{"id":11094,"date":"2026-03-09T11:03:13","date_gmt":"2026-03-09T10:03:13","guid":{"rendered":"https:\/\/bd-chroniques.be\/?p=11094"},"modified":"2026-03-09T11:29:32","modified_gmt":"2026-03-09T10:29:32","slug":"sois-femme-et-tais-toi-dans-loeil-de-delphine-seyrig","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bd-chroniques.be\/index.php\/2026\/03\/09\/sois-femme-et-tais-toi-dans-loeil-de-delphine-seyrig\/","title":{"rendered":"Sois femme et Tais-toi \u2013 Dans l\u2019\u0153il de Delphine Seyrig"},"content":{"rendered":"\n<p>A force de voir de nos jours se multiplier les \u00ab\u00a0actions\u00a0\u00bb f\u00e9ministes de toutes sortes, porteuses parfois, il faut le reconna\u00eetre, de haine plus que de revendication humaine et humaniste, on oublie trop souvent que ces combats, essentiels, ont \u00e9t\u00e9, depuis bien longtemps, ceux, presque individuels, de femmes\u00a0! Des femmes m\u00e9connues, voire oubli\u00e9es\u2026 <\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"271\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-14.png?resize=768%2C271&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-11096\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-14.png?w=800&amp;ssl=1 800w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-14.png?resize=300%2C106&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-14.png?resize=768%2C271&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">copyright steinkis<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Et voici le portrait de l\u2019une d\u2019elles. R\u00e9volt\u00e9e plus que militante\u2026 Artiste plus que guerri\u00e8re\u2026 Voici le portrait d\u2019une des signatrices du fameux \u00ab\u00a0manifeste des 343\u00a0\u00bb en 1971\u2026 Ce manifeste (qu\u2019on appelle souvent, de mani\u00e8re imb\u00e9cile, celui des \u00ab\u00a0salopes\u00a0\u00bb, \u00e0 cause d\u2019un trait d\u2019humour absolument cr\u00e9tin du magazine Charlie Hebdo, je pense) fut un v\u00e9ritable coup de pied dans la fourmili\u00e8re bien-pensante d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise \u00e0 la morale pudibonde et aveugle\u2026 Comme la justice, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, qui condamnait l\u2019avortement\u2026 Ce manifeste \u00e9tait celui de 343 femmes, souvent connues, qui disaient, simplement\u00a0: \u00ab\u00a0Je me suis fait avorter\u00a0\u00bb\u2026 <\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"432\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-15.png?resize=768%2C432&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-11097\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-15.png?resize=1024%2C576&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-15.png?resize=300%2C169&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-15.png?resize=768%2C432&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-15.png?w=1200&amp;ssl=1 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">copyright steinkis<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Et donc, Delphine Seyrig \u00e9tait l\u2019une d\u2019entre elles\u2026 Actrice tr\u00e8s \u00ab\u00a0nouvelle vague\u00a0\u00bb, elle a \u00e9clair\u00e9 des films importants dans l\u2019Histoire du septi\u00e8me art, elle a illumin\u00e9 de sa pr\u00e9sence l\u00e9g\u00e8re, de sa voix \u00e0 la m\u00e9lodie reconnaissable entre toutes, de sa silhouette traquille des \u0153uvres tr\u00e8s diverses, mais toutes sortant, r\u00e9solument, des sentiers battus du cin\u00e9ma des ann\u00e9es 60. Alain Resnais, Luis Bunuel, Marguerite Duras, Joseph Losey, Fran\u00e7ois Truffaut firent d\u2019elle une ic\u00f4ne de ce cin\u00e9ma parfois extr\u00eamement intellectuel, toujours habit\u00e9 par des textes, et donc des voix \u00ab\u00a0porteuses\u00a0\u00bb\u2026 La voix de Delphine Seyrig fut essentielle, en ces temps-l\u00e0, au th\u00e9\u00e2tre \u00e9galement, de Pirandello \u00e0 Pinter&#8230; <\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"572\" height=\"818\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-16.png?resize=572%2C818&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-11098\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-16.png?w=572&amp;ssl=1 572w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-16.png?resize=210%2C300&amp;ssl=1 210w\" sizes=\"auto, (max-width: 572px) 100vw, 572px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">copyright steinkis<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>On aurait donc pu, au vu de la carri\u00e8re hors normes de cette femme morte \u00e0 58 ans en 1990, imaginer ici une bande dessin\u00e9e \u00ab\u00a0biographique\u00a0\u00bb. Les autrices de ce livre en ont d\u00e9cid\u00e9 tout autrement, et elles ont eu raison\u2026 Elles ont voulu, plus simplement, montrer que la lutte des femmes pour \u00eatre femmes et ne pas se taire, se construit dans des rapports humains extr\u00eamement vari\u00e9s\u2026 Elles ont donc fait le choix de raconter la vie de Delphine Seyrig au travers de deux \u00e9poques se faisant face au-del\u00e0 des temps qui passent\u2026 Cet album au dessin lumineux, aussi clair et clairvoyant que ce que fut son h\u00e9ro\u00efne sur les grands \u00e9crans d\u2019un cin\u00e9ma qu\u2019on disait, \u00e0 juste titre, \u00ab\u00a0d\u2019auteur\u00a0\u00bb, cet album, oui, se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre un triple portrait\u2026 Celui de Delphine Seyrig, actrice, r\u00e9alisatrice aussi, et d\u00e9cidant un jour de ne plus tourner que pour des r\u00e9alisatrices, seules capables de raconter des vraies histoires de femmes\u2026 Celui, ensuite, de sa m\u00e8re, Hermine de Saussure, qui, dans les ann\u00e9es de l\u2019apr\u00e8s-premi\u00e8re guerre mondiale, r\u00eavait des r\u00eaves d\u2019aventures marines libres aux quatre vents des oc\u00e9ans, avant de les faire glisser dans les m\u00e9moires de quelques d\u00e9sillusions jamais avou\u00e9es\u2026 Le portrait, ensuite, de la relation entre Delphine et cette m\u00e8re, qu\u2019elle ne d\u00e9couvre, r\u00e9ellement, que tr\u00e8s tard\u2026 Dans des lettres trouv\u00e9es et lues\u2026 Dans des photos aussi, sans doute\u2026 <\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"550\" height=\"330\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-17.png?resize=550%2C330&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-11099\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-17.png?w=550&amp;ssl=1 550w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-17.png?resize=300%2C180&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 550px) 100vw, 550px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">copyright steinkis<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Et autour de ces trois axes sans cesse m\u00eal\u00e9s \u00e0 l\u2019imparfait de l\u2019existence, il y a le monde, la soci\u00e9t\u00e9, les diktats de la bonne \u00e9ducation, les ruades dans les grisailles de r\u00f4les pr\u00e9\u00e9tablis\u2026 Le monde, tel qu\u2019il \u00e9tait, tel qu\u2019il \u00e9tait, surtout, \u00e0 changer. Ce qui m\u2019a frapp\u00e9 dans ce livre, c\u2019est que tout, finalement, dans ce combat \u00e9minemment f\u00e9ministe men\u00e9 sur un si\u00e8cle, pratiquement, ne cherche pas \u00e0 d\u00e9truire, mais \u00e0 construire\u2026 Jusqu\u2019\u00e0 ce film r\u00e9alis\u00e9 par Delphine Seyrig, un film laissant la parole \u00e0 des actrices pour parler, bien avant aujourd\u2019hui, de leurs soumissions \u00e0 des images d\u2019elles impos\u00e9es par un monde, celui du cinoche, essentiellement masculin. Un film-documentaire, \u00ab\u00a0Sois belle et tais-toi\u00a0\u00bb, qui a inspir\u00e9 le titre de ce livre-ci. <\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"539\" height=\"712\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-18.png?resize=539%2C712&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-11101\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-18.png?w=539&amp;ssl=1 539w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-18.png?resize=227%2C300&amp;ssl=1 227w\" sizes=\"auto, (max-width: 539px) 100vw, 539px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">copyright steinkis<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>En lisant cet album bd, en passant ainsi, d\u2019une \u00e9poque \u00e0 une autre, en d\u00e9couvrant un trajet humain qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 que celui d\u2019une artiste unique et, donc, exceptionnelle, me sont revenus des souvenirs\u2026 \u00ab\u00a0L\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re \u00e0 Marienbad\u00a0\u00bb\u2026 \u00ab\u00a0Le charme discret de la bourgeoisie\u00a0\u00bb\u2026 \u00ab\u00a0India Song\u00a0\u00bb\u2026 Des films ardus, souvent, des films aux actions \u00e0 peine esquiss\u00e9es, souvent aussi, dans lesquels sa pr\u00e9sence cr\u00e9ait \u00e0 chaque fois des ambiances, des sensations, des sentiments\u2026 Delphine Seyrig \u00e9tait aussi une \u00ab\u00a0diseuse\u00a0\u00bb, et je me souviens de sa voix, je pense que c\u2019\u00e9tait dans un film oubliable, disant du Boris Vian\u2026 <\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"432\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-19.png?resize=768%2C432&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-11102\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-19.png?resize=1024%2C576&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-19.png?resize=300%2C169&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-19.png?resize=768%2C432&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-19.png?w=1280&amp;ssl=1 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Delphine Seyrig dans le film \u00ab\u00a0Jeanne Dielman\u00a0\u00bb<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>En lisant ce livre, je me suis donc plong\u00e9 \u00e0 la fois dans un triple r\u00e9cit men\u00e9 avec une lenteur tranquille, celle des mots, des rencontres, des amours \u00e9galement, et \u00e0 la fois dans une red\u00e9finition, tellement oubli\u00e9e aujourd\u2019hui me semble-t-il, de ce qu\u2019\u00e9tait le combat f\u00e9ministe, un combat \u00ab\u00a0pour\u00a0\u00bb et pas encore exclusivement \u00ab\u00a0contre\u00a0\u00bb\u2026 Un combat, bien \u00e9videmment, toujours essentiel\u2026. Celui de faire de la diff\u00e9rence, quelle qu&rsquo;elle soit, une richesse&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacques et Josiane Schra\u00fbwen<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sois femme et Tais-toi (dessin&nbsp;: Arianna Melone \u2013 sc\u00e9nario&nbsp;: Nina Almberg \u2013 \u00e9diteur&nbsp;: Steinkis \u2013 janvier 2026 \u2013 150 pages)<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A force de voir de nos jours se multiplier les \u00ab\u00a0actions\u00a0\u00bb f\u00e9ministes de toutes sortes, porteuses parfois, il faut le reconna\u00eetre, de haine plus que de revendication humaine et humaniste, on oublie trop souvent que ces combats, essentiels, ont \u00e9t\u00e9, depuis bien longtemps, ceux, presque individuels, de femmes\u00a0! 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