{"id":3577,"date":"2019-05-03T11:10:09","date_gmt":"2019-05-03T09:10:09","guid":{"rendered":"http:\/\/bd-chroniques.be\/?p=3577"},"modified":"2019-05-03T11:10:10","modified_gmt":"2019-05-03T09:10:10","slug":"haikus-de-siberie-les-mentors","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bd-chroniques.be\/index.php\/2019\/05\/03\/haikus-de-siberie-les-mentors\/","title":{"rendered":"Ha\u00efkus de Sib\u00e9rie &#8211; Les Mentors"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"text-align:center\"><strong>Deux aspects de la bd contemporaine&#8230;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce sont deux albums tr\u00e8s diff\u00e9rents, certes, mais dans lesquels la perte de l&rsquo;enfance est au centre du r\u00e9cit. Ce sont aussi deux traitements presque oppos\u00e9s, pour deux livres qui m\u00e9ritent assur\u00e9ment d&rsquo;\u00eatre d\u00e9couverts&#8230; <\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Ha\u00efkus de Sib\u00e9rie <\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(dessin : Lina Itagaki \u2013 texte : Jurga Vil\u00e9 \u2013 \u00e9diteur Sarbacane) <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une bd qui nous vient de Lituanie, et qui nous parle de la  dictature sovi\u00e9tique, au travers des yeux du souvenir\u2026 Un roman graphique tendre, attachant, po\u00e9tique, et qui nous enfouit dans une Histoire du vingti\u00e8me si\u00e8cle peu connue, trop peu connue incontestablement\u2026 <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1169\" height=\"800\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/haikus1.jpg?fit=768%2C526\" alt=\"\" class=\"wp-image-3578\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/haikus1.jpg?w=1169&amp;ssl=1 1169w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/haikus1.jpg?resize=300%2C205&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/haikus1.jpg?resize=768%2C526&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/haikus1.jpg?resize=1024%2C701&amp;ssl=1 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><figcaption><br>Haiku \u00a9 Sarbacane<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jurga Vil\u00e9, la sc\u00e9nariste, est lituanienne. Et c\u2019est l\u2019histoire de son p\u00e8re qu\u2019elle nous raconte dans ce livre. En 1941, Staline et Hitler s\u2019affrontent, chacun recherchant le pouvoir et la puissance. On conna\u00eet les horreurs nazies. On devine les horreurs staliniennes. On les d\u00e9couvre ici, dans un roman graphique qui nous montre des wagons \u00e0 bestiaux emmenant des Lituaniens au fond de la froide Sib\u00e9rie. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et ce roman graphique, au dessin et au texte simples, parfois na\u00effs, ne cache rien de la douleur, de la mort, de l\u2019absence, du d\u00e9part, de la faim, du froid, de la d\u00e9sesp\u00e9rance. Mais Jurga Vil\u00e9 et sa complice Lina Itagaki ont choisi de le faire avec po\u00e9sie\u2026 Ce livre est d\u2019abord et avant tout, peut-\u00eatre, une galerie de personnages perdus dans la d\u00e9b\u00e2cle humaine d\u2019un conflit qui ne peut que les d\u00e9passer. Ce sont des portraits, d\u00e9couverts et dessin\u00e9s \u00e0 hauteur d\u2019enfance, \u00e0 hauteur de ce p\u00e8re encore enfant qui, dans ces camps perdus loin de toute humanit\u00e9, a appris \u00e0 aimer, \u00e0 se distancer de la \u00a0\u00bb masse m\u00e9contente \u00ab\u00a0.  <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et pour ce faire, il d\u00e9couvre la puissance et la n\u00e9cessit\u00e9 absolue de r\u00eaver, d\u2019aimer, malgr\u00e9 les chagrins et les violences. R\u00eaver, aimer, et \u00e9crire, surtout\u2026 Pour se raconter, mais pour voir ailleurs, pour laisser les mots prendre la place des id\u00e9es noires, pour \u00e9changer et partager, envers et contre tout. La po\u00e9sie est au centre  m\u00eame de ce livre, avec les ha\u00efkus, forme po\u00e9tique extr\u00eamement codifi\u00e9e. Mais pour vivre, et ne pas se contenter d\u2019essayer de survivre, les codes doivent se briser, peu \u00e0 peu\u2026 Et c\u2019est ainsi que le h\u00e9ros de ce livre, Algis, devient po\u00e8te, par ses regards, ses \u00e9crits, ses \u00e9toiles, ses dialogues avec ceux qui sont morts. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plus roman illustr\u00e9 que bande dessin\u00e9e traditionnelle, cet album est, totalement, un roman graphique, un roman extr\u00eamement bien \u00e9crit, avec des mots dont la simplicit\u00e9 ne cache jamais l\u2019intensit\u00e9. Un roman extr\u00eamement bien dessin\u00e9, avec un graphisme dont la simplicit\u00e9 n\u2019emp\u00eache pas la pr\u00e9cision dans le rendu les sensations, des expressions. Un roman qui se lit comme un long po\u00e8me en prose, avec tendresse, avec humanisme, tout simplement, avec, dans la m\u00e9moire, le go\u00fbt de sa propre enfance\u2026 <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"600\" height=\"810\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/haikus2.jpg?resize=600%2C810\" alt=\"\" class=\"wp-image-3579\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/haikus2.jpg?w=600&amp;ssl=1 600w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/haikus2.jpg?resize=222%2C300&amp;ssl=1 222w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><figcaption>Haiku \u00a9 Sarbacane<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les Mentors : 1. Ana <\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(dessin et couleurs : Francis Porcel \u2013 sc\u00e9nario : Zidrou \u2013 \u00e9diteur : Grandangle) <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est le premier tome d\u2019une s\u00e9rie qui s\u2019annonce d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0, prenante, puissante\u2026 Un peu de science-fiction, un peu de r\u00e9f\u00e9rences cin\u00e9matographiques revisit\u00e9es, du polar, de la mort et deux h\u00e9ro\u00efnes en survivance\u2026 <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"659\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/mentor1.jpg?resize=500%2C659\" alt=\"\" class=\"wp-image-3580\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/mentor1.jpg?w=500&amp;ssl=1 500w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/mentor1.jpg?resize=228%2C300&amp;ssl=1 228w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><figcaption>Les mentors \u00a9 Grandangle<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Francis Porcel et Zidrou ont d\u00e9j\u00e0 travaill\u00e9 ensemble, et je ne peux que vous conseiller de d\u00e9couvrir, par exemple, les excellents \u00a0\u00bb Folies Berg\u00e8res \u00a0\u00bb et \u00a0\u00bb Bouffon \u00ab\u00a0. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec \u00a0\u00bb Les Mentors \u00ab\u00a0, c\u2019est dans une fiction extr\u00eamement contemporaine qu\u2019ils nous entra\u00eenent. On peut, sans doute, parler ici d\u2019une bd d\u2019anticipation\u2026 Mais une anticipation tellement ancr\u00e9e dans les quotidiens qui sont n\u00f4tres qu\u2019elle atteint son but : faire fr\u00e9mir le lecteur, le faire frissonner, le faire donc r\u00e9fl\u00e9chir\u2026 <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a vingt ans, Ana, dans la salle d\u2019accouchement, voit arriver des personnages masqu\u00e9s, qui ressemblent \u00e0 des motards, et qui lui arrachent du ventre l\u2019enfant pr\u00eat \u00e0 na\u00eetre, avant de s\u2019en aller, ne laissant derri\u00e8re eux que des cadavres. Sauf Ana qui, miraculeusement, r\u00e9chappe de cette atroce tuerie.  <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui, Ana cherche encore et toujours son enfant disparu\u2026 L\u2019argent que l\u2019h\u00f4pital lui a vers\u00e9 lui permet de d\u00e9penser sans compter. Et sa route croise celle d\u2019une jeune femme exer\u00e7ant le plus vieux m\u00e9tier du monde et poursuivie par des truands qui ne veulent que la faire souffrir jusqu\u2019\u00e0 la mort. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce sont donc deux histoires qui, de parall\u00e8les, finissent par se diriger vers un m\u00eame but, un but personnifi\u00e9 par ces fameux motards, par une sorte de secte \u00e0 la z\u00e9nitude manipulatrice\u2026  <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a quelques r\u00e9miniscences cin\u00e9matographiques particuli\u00e8rement agr\u00e9ables \u00e0 retrouver, \u00e0 deviner, comme \u00ab\u00a0It\u2019s Alive \u2013 Le monstre est vivant\u00a0\u00bb, ou \u00a0\u00bb Rosemary\u2019s baby \u00ab\u00a0\u2026 Il y a surtout un dessin et un sc\u00e9nario qui font corps, totalement, qui \u00e9vitent que le lecteur se perde en route, malgr\u00e9 le c\u00f4t\u00e9 \u00a0\u00bb puzzle \u00a0\u00bb de l\u2019intrigue.  <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Zidrou prouve encore une fois l\u2019\u00e9tendue de son talent et l\u2019intelligence de son travail sur les mots. Quant \u00e0 Francis Porcel, avec un dessin fort diff\u00e9rent de son extraordinaire \u00a0\u00bb Bouffon \u00ab\u00a0, il r\u00e9ussit \u00e0 cr\u00e9er deux univers dans cet album : celui d\u2019un quotidien codifi\u00e9 comme l\u2019est tout thriller, tout polar, et un univers sombre, presque \u00e0 la King\u2026 Deux mondes dans lesquels l\u2019enfance, celle qui a \u00e9t\u00e9 vol\u00e9e, est bien plus, finalement, qu\u2019un simple fil d\u2019Ariane ! <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"600\" height=\"792\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/mentor2.jpg?resize=600%2C792\" alt=\"\" class=\"wp-image-3581\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/mentor2.jpg?w=600&amp;ssl=1 600w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/mentor2.jpg?resize=227%2C300&amp;ssl=1 227w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><figcaption><br>Les mentors \u00a9 Grandangle<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un roman graphique et un premier tome d\u2019une s\u00e9rie endiabl\u00e9e\u2026 Deux livres tr\u00e8s diff\u00e9rents, c\u2019est vrai, mais qui ont quelques points communs. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a d\u2019abord la qualit\u00e9 du r\u00e9cit, sa puissance litt\u00e9raire, son sens du dialogue. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a ensuite une osmose entre les mots et les dessins, de mani\u00e8re \u00e0 ce que l\u2019objet final, le livre, tienne parfaitement la route, comme on dit. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et puis, il y a ce th\u00e8me central, celui de l\u2019enfance, l\u2019enfance qu\u2019on vole, qu\u2019on d\u00e9truit, qu\u2019on cherche \u00e0 utiliser, dont on cherche \u00e0 d\u00e9truire toute \u00ab originalit\u00e9, au sens premier de ce terme. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A ce titre, oui, ces deux livres se ressemblent quelque peu. Et ils prouvent qu\u2019une bonne bd, c\u2019est d\u2019abord une bonne histoire, bien \u00e9crite, une histoire qui a besoin du dessin pour s\u2019exprimer enti\u00e8rement\u2026  <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et c\u2019est vraiment, oui, le cas avec ces deux livres que je ne peux que vous conseiller de d\u00e9couvrir ! <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Jacques Schra\u00fbwen<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1180\" height=\"802\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/haikumentorok.jpg?fit=768%2C522\" alt=\"\" class=\"wp-image-3582\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/haikumentorok.jpg?w=1180&amp;ssl=1 1180w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/haikumentorok.jpg?resize=300%2C204&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/haikumentorok.jpg?resize=768%2C522&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/haikumentorok.jpg?resize=1024%2C696&amp;ssl=1 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"text-align:center\"><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deux aspects de la bd contemporaine&#8230; Ce sont deux albums tr\u00e8s diff\u00e9rents, certes, mais dans lesquels la perte de l&rsquo;enfance est au centre du r\u00e9cit. 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