{"id":4281,"date":"2019-10-23T08:30:27","date_gmt":"2019-10-23T06:30:27","guid":{"rendered":"http:\/\/bd-chroniques.be\/?p=4281"},"modified":"2019-10-22T17:36:41","modified_gmt":"2019-10-22T15:36:41","slug":"leopoldville-60","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bd-chroniques.be\/index.php\/2019\/10\/23\/leopoldville-60\/","title":{"rendered":"L\u00e9opoldville 60"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Un regard d\u2019aujourd\u2019hui sur une fin de colonisation belge !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e9opoldville, depuis les ann\u00e9es 60, a chang\u00e9 de nom, prenant celui de Kinshasa, un changement n\u00e9cessaire, sans doute, \u00e0 une ind\u00e9pendance nouvelle, \u00e0 une libert\u00e9 politique \u00e0 construire, \u00e0 cr\u00e9er, m\u00eame, \u00e0 partir de structures coloniales que le nouveau pouvoir refusait totalement.<\/p>\n\n\n\n<p>Et donc, en 1960, L\u00e9opoldville, capitale du Congo Belge, se pr\u00e9parait \u00e0 vivre un moment historique, \u00e0 une prise de libert\u00e9 face \u00e0 l\u2019Occident, \u00e0 se faire, ainsi, exemplaire face au continent africain, un continent depuis bien longtemps sous d\u00e9pendance\u2026<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"580\" height=\"819\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/leo1.jpg?resize=580%2C819\" alt=\"\" class=\"wp-image-4283\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/leo1.jpg?w=580&amp;ssl=1 580w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/leo1.jpg?resize=212%2C300&amp;ssl=1 212w\" sizes=\"auto, (max-width: 580px) 100vw, 580px\" \/><figcaption>L\u00e9opoldville 60 \u00a9 Anspach<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Les auteurs de ce livre, fid\u00e8les \u00e0 ce qu\u2019ils firent avec \u00ab Sourire 58 \u00bb, utilisent ce fait historique pour construire une histoire qui puisse s\u2019y ins\u00e9rer de mani\u00e8re plausible. Une histoire, comme dans \u00ab Sourire 58 \u00bb, qui m\u00eale donc politique, Histoire, polar et espionnage, avec des personnages r\u00e9currents, une h\u00f4tesse de l\u2019air travaillant pour Sabena, et un policier particuli\u00e8rement machiste, \u00e0 l\u2019image des hommes de ces ann\u00e9es-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est du polar, oui, puisqu\u2019il y a du sang vers\u00e9. C\u2019est de l\u2018espionnage aussi, puisque les Am\u00e9ricains pr\u00e9parent d\u00e9j\u00e0 la place qu\u2019ils veulent prendre au Congo. C\u2019est de l\u2019Histoire, bien s\u00fbr, puisqu\u2019on parle de cette ind\u00e9pendance, de la table ronde qui l\u2019a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e, \u00e0 Bruxelles, du discours de Lumumba, des relations entre les Noirs et les Blancs, des luttes d\u2019influence et des violences qui en r\u00e9sult\u00e8rent.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"580\" height=\"819\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/leo2.jpg?resize=580%2C819\" alt=\"\" class=\"wp-image-4284\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/leo2.jpg?w=580&amp;ssl=1 580w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/leo2.jpg?resize=212%2C300&amp;ssl=1 212w\" sizes=\"auto, (max-width: 580px) 100vw, 580px\" \/><figcaption> L\u00e9opoldville 60 \u00a9 Anspach <\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Il y a \u00e9galement un regard sociologique sur cette \u00e9poque pas tellement lointaine, et j\u2019avoue que c\u2019est ce que j\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 dans cet album\u2026 Un album qui joue sans doute un peu avec la r\u00e9alit\u00e9 de cette ann\u00e9e 60 en imaginant une sorte de Juliette blanche amoureuse d\u2019un Rom\u00e9o Noir. Mais cet aspect narratif permet aux auteurs d\u2019extrapoler, sans insistance inutile, sur ce qu\u2019\u00e9tait le racisme ordinaire de ce milieu de vingti\u00e8me si\u00e8cle. On sent que Patrick Weber s\u2019est parfaitement document\u00e9 pour nous offrir un panorama des attitudes, des sentiments, des jugements qui ne trahit pas ce que v\u00e9curent les habitants du Congo en 1960, Noirs ou Blancs.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a aussi un c\u00f4t\u00e9 sociologique dans la description qui est faite du m\u00e9tier d\u2019h\u00f4tesse de l\u2019air, dans la fa\u00e7on dont Kathleen, l\u2019h\u00e9ro\u00efne, \u00e9volue, dans ce m\u00e9tier comme dans la vie de tous les jours, avide d\u2019une libert\u00e9 que le f\u00e9minisme, peu \u00e0 peu, va rendre tangible ! Elle roule en Daf, une voiture mise en circulation depuis quelques mois \u00e0 peine, elle fait passer ses sentiments avant ses obligations professionnelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Sociologique par le vocabulaire utilis\u00e9, aussi. Ainsi, comment ne pas \u00eatre horrifi\u00e9 du nom que le pouvoir colonial donnait \u00e0 ceux des \u00ab indig\u00e8nes \u00bb qui \u00e9taient capables de lire, d\u2019\u00e9crire, de travailler dans un bureau ! On les appelait les \u00ab \u00e9volu\u00e9s \u00bb\u2026 Et cette terminologie n\u2019avait rien, dans la bouche des coloniaux, de p\u00e9joratif, elle correspondait tout simplement \u00e0 l\u2019\u00e9poque, \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue au quotidien. Le racisme \u00e9tait tristement \u00ab naturelle \u00bb, quotidienne, au Congo comme en Rhod\u00e9sie, en Afrique du Sud comme au S\u00e9n\u00e9gal, en Alg\u00e9rie comme dans les d\u00e9partements d\u2019outremer chers \u00e0 la France.<\/p>\n\n\n\n<p>Et Weber fait \u0153uvre de journaliste historique, en ne portant pas jugement a posteriori, mais en nous montrant, simplement, ce qu\u2019\u00e9tait la r\u00e9alit\u00e9. Et il parvient \u00e0 cette construction humaniste plus que politique gr\u00e2ce \u00e0 sa construction qui lui permet de multiplier les personnages, donc les avis, dont les lieux.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"580\" height=\"819\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/leo3.jpg?resize=580%2C819\" alt=\"\" class=\"wp-image-4285\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/leo3.jpg?w=580&amp;ssl=1 580w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/leo3.jpg?resize=212%2C300&amp;ssl=1 212w\" sizes=\"auto, (max-width: 580px) 100vw, 580px\" \/><figcaption> L\u00e9opoldville 60 \u00a9 Anspach <\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Mais cela peut amener \u00e0 l\u2019une ou l\u2019autre confusion, voire \u00e0 une erreur, me semble-t-il\u2026 Le drapeau du Katanga, par exemple, qu\u2019on voit \u00e0 un certain moment, n\u2019existait pas avant l\u2019ind\u00e9pendance\u2026 Il ne prit existence, si ma m\u00e9moire est bonne, qu\u2019\u00e0 partir du moment de la s\u00e9cession katangaise, \u00e0 la mi-juillet, et donc APR\u00c8S l\u2019ind\u00e9pendance du 30 juin, \u00e9poque pr\u00e9cise pendant laquelle se d\u00e9roule ce r\u00e9cit.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut regretter le choix que les auteurs ont fait de n\u2019utiliser la grande Histoire que comme toile de fond, un choix qui, je viens de le dire, peut provoquer des petites erreurs. On peut regretter un sc\u00e9nario privil\u00e9giant l\u2019aventure, mais r\u00e9alis\u00e9 un peu comme on le faisait dans les ann\u00e9es 60, justement, en usant de raccourcis pour cacher quelques lacunes narratives. Cela dit, ce livre se laisse lire avec plaisir, ce livre, \u00e9galement, nous montre avec justesse, gr\u00e2ce au dessin de Deville que l\u2019on sent amoureux de ses d\u00e9cors, des lieux aujourd\u2019hui disparus, au Congo comme \u00e0 Bruxelles.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"580\" height=\"819\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/leo4.jpg?resize=580%2C819\" alt=\"\" class=\"wp-image-4286\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/leo4.jpg?w=580&amp;ssl=1 580w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/leo4.jpg?resize=212%2C300&amp;ssl=1 212w\" sizes=\"auto, (max-width: 580px) 100vw, 580px\" \/><figcaption> L\u00e9opoldville 60 \u00a9 Anspach <\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Et, pour savourer ce \u00ab L\u00e9opoldville 60 \u00bb, c\u2019est comme \u00e7a qu\u2019il faut le prendre : un agr\u00e9able divertissement qui ne trahit pas la r\u00e9alit\u00e9 de cette ville \u00e0 l\u2019aube de l\u2019ind\u00e9pendance du Congo. Les auteurs ne prennent pas position, et c\u2019est, \u00e0 mon avis, la grande intelligence de ce livre. Ils n\u2019ont pas choisi la voie de la pol\u00e9mique, souvent et de plus en plus m\u00eame st\u00e9rile. Et d\u00e8s lors, je leur pardonne facilement leurs petits manques, moi qui, il y a bien longtemps, suis n\u00e9 et ai v\u00e9cu dans ce pays magnifique que les pouvoirs de l\u2019argent et de la corruption ont d\u00e9truit !<\/p>\n\n\n\n<p>Un livre int\u00e9ressant et agr\u00e9able, donc, qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 une part importante de l\u2019histoire de la Belgique !<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacques Schra\u00fbwen<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u00e9opoldville 60 (dessin : Baudouin Deville \u2013 sc\u00e9nario : Patrick Weber \u2013 couleurs : B\u00e9rang\u00e8re Marquebreucq \u2013 \u00e9diteur : Anspach \u2013 64 pages \u2013 date de parution : octobre 2019)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"595\" height=\"800\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/leo0ter.jpg?resize=595%2C800\" alt=\"\" class=\"wp-image-4282\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/leo0ter.jpg?w=595&amp;ssl=1 595w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/leo0ter.jpg?resize=223%2C300&amp;ssl=1 223w\" sizes=\"auto, (max-width: 595px) 100vw, 595px\" \/><figcaption> L\u00e9opoldville 60 \u00a9 Anspach <\/figcaption><\/figure><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un regard d\u2019aujourd\u2019hui sur une fin de colonisation belge ! 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