{"id":4764,"date":"2020-03-01T08:30:00","date_gmt":"2020-03-01T07:30:00","guid":{"rendered":"http:\/\/bd-chroniques.be\/?p=4764"},"modified":"2020-02-29T14:06:31","modified_gmt":"2020-02-29T13:06:31","slug":"riviere-dencre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bd-chroniques.be\/index.php\/2020\/03\/01\/riviere-dencre\/","title":{"rendered":"Rivi\u00e8re d\u2019Encre"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le dessin, trace intime de la m\u00e9moire et du r\u00eave<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a des bandes dessin\u00e9es ind\u00e9finissables, et qui, de ce fait, enrichissent le paysage du neuvi\u00e8me art. C\u2019est le cas de cet album \u00e9tonnant, intelligent, aux imaginations profondes, aux r\u00e9flexions essentielles\u2026 Un livre qui se regarde, qui se feuillette, qui se lit, qui ne se rate pas !<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/riviere1.jpg?resize=590%2C912\" alt=\"\" class=\"wp-image-4765\" width=\"590\" height=\"912\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/riviere1.jpg?w=550&amp;ssl=1 550w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/riviere1.jpg?resize=194%2C300&amp;ssl=1 194w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><figcaption>Rivi\u00e8re d&rsquo;encre \u00a9 La bo\u00eete \u00e0 bulles<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me souviens de Juillard me disant que tout le monde dessinait, que le dessin appartenait pleinement \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 de l\u2019enfance, mais que bien des gens (trop sans doute) renon\u00e7aient \u00e0 leur enfance et, de ce fait, ne savaient plus dessiner\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le dessin serait-il, d\u00e8s lors, le signe tangible d\u2019une enfance qui se refuse \u00e0 dispara\u00eetre et qui, insidieusement, devient \u00e9l\u00e9ment artistique d\u2019un improbable partage ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Etienne Appert, l\u2019auteur de ce livre, s\u2019est sans doute pos\u00e9 la question. Il s\u2019en est pos\u00e9 bien d\u2019autres quant au dessin, quant \u00e0 l\u2019\u00e9criture, quant aux raisons ou d\u00e9raisons qui peuvent pousser un \u00eatre humain \u00e0 dessiner et, plus largement, \u00e0 cr\u00e9er.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/riviere2.jpg?fit=768%2C512\" alt=\"\" class=\"wp-image-4766\" width=\"593\" height=\"395\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/riviere2.jpg?w=1476&amp;ssl=1 1476w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/riviere2.jpg?resize=300%2C200&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/riviere2.jpg?resize=1024%2C683&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/riviere2.jpg?resize=768%2C512&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 593px) 100vw, 593px\" \/><figcaption> Rivi\u00e8re d&rsquo;encre \u00a9 La bo\u00eete \u00e0 bulles <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout le monde se souvient d\u2019une des premi\u00e8res pages du \u00ab Petit Prince \u00bb de Saint-Exup\u00e9ry. Un gamin blond s\u2019approchant de l\u2019aviateur perdu en plein d\u00e9sert et lui demandant de lui dessiner un mouton. Ce livre-ci, cette rivi\u00e8re graphique et litt\u00e9raire, commence presque de la m\u00eame mani\u00e8re. Un homme dessine, au pied d\u2019un arbre, et un enfant blond lui demande : \u00ab Dis, pourquoi tu dessines ? \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et le livre, \u00e0 partir de cette simple question, va devenir une recherche de sens \u00e0 ce simple geste de tracer au papier les ombres de ce qu\u2019on voit, de ce qu\u2019on regarde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plusieurs histoires vont se croiser. Celle d\u2019un poilu dans une tranch\u00e9e, et trouvant dans ses dessins la seule \u00e9chappatoire \u00e0 l\u2019horreur. Celle d\u2019une femme pr\u00e9historique dessinant les ombres de ses proches, avant de les enjoliver de traits dont la seule magie est de les immortaliser. Celle d\u2019une femme en h\u00f4pital psychiatrique, une femme perdue pour qui le dessin se r\u00e9v\u00e8le la seule v\u00e9rit\u00e9, celle du r\u00eave et de l\u2019ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/riviere3.jpg?fit=734%2C1024\" alt=\"\" class=\"wp-image-4767\" width=\"597\" height=\"833\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/riviere3.jpg?w=800&amp;ssl=1 800w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/riviere3.jpg?resize=215%2C300&amp;ssl=1 215w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/riviere3.jpg?resize=734%2C1024&amp;ssl=1 734w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/riviere3.jpg?resize=768%2C1071&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 597px) 100vw, 597px\" \/><figcaption> Rivi\u00e8re d&rsquo;encre \u00a9 La bo\u00eete \u00e0 bulles <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est, je le disais, un livre ind\u00e9finissable, une bande dessin\u00e9e qui rompt avec tous les codes de ce genre artistique. On se trouve plus dans \u00ab Le bateau Ivre \u00bb de Rimbaud que dans \u00ab La l\u00e9gende des si\u00e8cles \u00bb de Hugo\u2026 C\u2019est de la po\u00e9sie, oui, c\u2019est de l\u2019imagination, du fantastique, c\u2019est du r\u00eave, c\u2019est du souvenir, c\u2019est de l\u2019introspection. De temps \u00e0 autre, au fil des pages, on pense \u00e0 de l\u2019\u00e9criture automatique, l\u2019esprit et le doigt d\u00e9cidant soudain de changer d\u2019\u00e9poque, de r\u00e9cit, avant de revenir, tout aussi brusquement, \u00e0 une analyse moderne de la cr\u00e9ation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est un livre de rencontres, aussi. De rencontre de l\u2019auteur avec son enfance, avec SES enfances, m\u00eame, inscrites dans la suite des enfances de ses parents\u2026 De rencontre entre l\u2019auteur et deux dessinateurs qu\u2019il interpelle et qui lui r\u00e9pondent, en mots et en dessins : Edmond Baudouin et Fran\u00e7ois Boucq.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans sa construction aussi, ce livre n\u2019a rien de d\u00e9j\u00e0 vu. On a l\u2019impression d\u2019un face \u00e0 face entre le mot et le dessin. L\u2019\u00eatre humain, comme aurait pu le dire Sartre, ne vit que sous le regard des autres\u2026 Un regard qui se fait phrases et jugements\u2026 Des phrases qui, en devenant dessins, cr\u00e9ent un nouveau langage, une nouvelle approche, un neuf partage. Tout \u00ab trait \u00bb devient ainsi symbolique du moment o\u00f9 il faut cr\u00e9\u00e9, de ce qu\u2019il montre, de ce qu\u2019il tait\u2026<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/riviere4.jpg?resize=593%2C821\" alt=\"\" class=\"wp-image-4768\" width=\"593\" height=\"821\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/riviere4.jpg?w=650&amp;ssl=1 650w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/riviere4.jpg?resize=217%2C300&amp;ssl=1 217w\" sizes=\"auto, (max-width: 593px) 100vw, 593px\" \/><figcaption> Rivi\u00e8re d&rsquo;encre \u00a9 La bo\u00eete \u00e0 bulles <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le dessin, base de tous les arts, \u00ab cr\u00e9e \u00bb-t-il plus que les mots ? Ces mots qui, d\u2019ailleurs, sur une feuille, sont des signes trac\u00e9s, eux aussi, donc des dessins. Il s\u2019agit moins, donc, de reproduire le r\u00e9el que d\u2019en montrer une interpr\u00e9tation personnelle, tout comme le fait (ou devrait le faire) la litt\u00e9rature. Une des phrases qui m\u2019a frapp\u00e9 dans ce livre concerne l\u2019art musical : \u00ab La vie c\u2019est la musique. Je ne dessine plus que de la musique \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Etienne Appert nous prom\u00e8ne en se baladant, et les pays que l\u2019on croise vont de l\u2019abstraction au r\u00e9alisme, du symbolisme \u00e0 l\u2019expressionnisme, sans arr\u00eat. Sans chronologie, sans d\u2019autre logique que la r\u00e9flexion de l\u2019auteur h\u00e9ros de son propre livre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un enfant dessine pour int\u00e9grer le monde qui l\u2019entoure \u00e0 ses propres magies. Un adulte dessine pour apprendre \u00e0 conna\u00eetre ce monde, et, ce faisant, \u00e0 se conna\u00eetre lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Appert nous conduit au fil des pages de l\u2019enfance s\u00e9ductrice au doute de l\u2019adultit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et s\u2019il nous dit que dessiner, c\u2019est imaginer et faire imaginer, Etienne Appert s\u2019empresse d\u2019ajouter que raconter, c\u2019est pour le dessinateur donner une trace au monde de son propre chemin humain. En disant encore que le dessin permet \u00e0 l\u2019artiste d\u2019intervenir sur les \u00eatres \u00e0 travers leur repr\u00e9sentation et, donc, \u00e0 travers l\u2019id\u00e9e que l\u2019on s\u2019en fait\u2026<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/rviere5.jpg?resize=593%2C821\" alt=\"\" class=\"wp-image-4769\" width=\"593\" height=\"821\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/rviere5.jpg?w=650&amp;ssl=1 650w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/rviere5.jpg?resize=217%2C300&amp;ssl=1 217w\" sizes=\"auto, (max-width: 593px) 100vw, 593px\" \/><figcaption> Rivi\u00e8re d&rsquo;encre \u00a9 La bo\u00eete \u00e0 bulles <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Disons-le tout de suite, ce livre ne se lit pas comme \u00e7a, en passant, vite, sur le coin d\u2019une table\u2026 C\u2019est un v\u00e9ritable ouvrage intelligent sans jamais \u00eatre p\u00e9dant, c\u2019est une recherche intime et personnelle d\u2019un artiste au sujet de son propre art et de ses possibilit\u00e9s, c\u2019est aussi un discours cultiv\u00e9 qui n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 m\u00eame \u00e0 tout acte cr\u00e9atif les r\u00e9alit\u00e9s du r\u00eave, du d\u00e9sir, de la souffrance, de la guerre, de la mort.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je n\u2019ai jamais lu, je le dis haut et fort, une bande dessin\u00e9e comme cette \u00ab Rivi\u00e8re d\u2019encre \u00bb. Et croyez-moi, la derni\u00e8re page tourn\u00e9e, les mots, les dessins et les r\u00e9flexions d\u2019Etienne Appert continuent \u00e0 \u00e9blouir\u2026 A faire r\u00e9fl\u00e9chir !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Oui, le dessin est un miroir qui ne fige pas la vie, qui ne fige des instants, et, finalement, tout acte cr\u00e9atif na\u00eet d\u2019abord et avant tout d\u2019un d\u00e9sir d\u2019amour\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Jacques Schra\u00fbwen<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Rivi\u00e8re D\u2019Encre (auteur : Etienne Appert \u2013 \u00e9diteur : La Bo\u00eete \u00e0 Bulles \u2013 224 pages \u2013 parution : janvier 2020)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong> <\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/riviere0-730x1024.jpg?resize=595%2C834\" alt=\"\" class=\"wp-image-4770\" width=\"595\" height=\"834\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/riviere0.jpg?resize=730%2C1024&amp;ssl=1 730w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/riviere0.jpg?resize=214%2C300&amp;ssl=1 214w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/riviere0.jpg?resize=768%2C1077&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/riviere0.jpg?w=1070&amp;ssl=1 1070w\" sizes=\"auto, (max-width: 595px) 100vw, 595px\" \/><figcaption> Rivi\u00e8re d&rsquo;encre \u00a9 La bo\u00eete \u00e0 bulles <\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le dessin, trace intime de la m\u00e9moire et du r\u00eave Il y a des bandes dessin\u00e9es ind\u00e9finissables, et qui, de ce fait, enrichissent le paysage du neuvi\u00e8me art. 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