{"id":4983,"date":"2020-05-16T14:24:46","date_gmt":"2020-05-16T12:24:46","guid":{"rendered":"https:\/\/bd-chroniques.be\/?p=4983"},"modified":"2020-05-16T14:24:47","modified_gmt":"2020-05-16T12:24:47","slug":"rosa","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bd-chroniques.be\/index.php\/2020\/05\/16\/rosa\/","title":{"rendered":"Rosa"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Le chef d\u2019\u0153uvre de Fran\u00e7ois Dermaut<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 19 mars dernier d\u2019une longue et p\u00e9nible maladie, selon l\u2019expression pudique consacr\u00e9e, Fan\u00e7ois Dermaut laisse derri\u00e8re lui une \u0153uvre r\u00e9aliste et historique importante et de belle qualit\u00e9. Et son dernier diptyque, ROSA, est la plus personnelle et la plus aboutie de ses \u0153uvres, sans aucun doute possible !<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"384\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/rosa0.jpg?resize=768%2C384&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-4984\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/rosa0.jpg?w=980&amp;ssl=1 980w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/rosa0.jpg?resize=300%2C150&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/rosa0.jpg?resize=768%2C384&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><figcaption>Rosa \u00a9 Gl\u00e9nat<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Pendant la triste p\u00e9riode de confinement complet que nous avons v\u00e9cue, je n\u2019ai pas voulu parler de la mort de Fran\u00e7ois Dermaut, l\u2019auteur entre autres des Chemins de Malefosse. Aujourd\u2019hui que cette loi sp\u00e9ciale du confinement s\u2019all\u00e8ge quelque peu, aujourd\u2019hui qu\u2019on peut enfin recommencer \u00e0 pense librement, je pense que le moment est venu pour moi de rendre hommage \u00e0 cet auteur complet, et de le faire au travers du point d\u2019orgue de son \u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p>Au tout d\u00e9but du vingti\u00e8me si\u00e8cle, dans un petit village de Normandie, Rosa tient un caf\u00e9. Femme soumise par obligation, par tradition, mais trouvant dans la lecture des \u00e9chapp\u00e9es \u00e0 ses quotidiens, Rosa est mari\u00e9e \u00e0 un homme plus \u00e2g\u00e9 qu\u2019elle, Mathieu, un homme qui, atteint de la tuberculose, ne va pas tarder \u00e0 mourir. Pour le soigner, pour lui permettre, dans un h\u00f4pital, d\u2019avoir les soins dont il a besoin, il faut de l\u2019argent. Et le hasard va permettre \u00e0 Rosa de trouver cet argent, gr\u00e2ce \u00e0 un pari que les soiffards qui boivent dans son bistrot engagent \u00e0 grands coups de gueule. Un vrai pari de m\u00e2les : qui est le meilleur amant ! Pour que ce pari aille jusqu\u2019\u00e0 son terme, il faut une femme qui puisse \u00eatre la juge des exploits amoureux des nombreux inscrits \u00e0 cette comp\u00e9tition triviale. Et c\u2019est Rosa qui prend les choses en main, qui organise la r\u00e9alisation de ce pari, et qui, en ouvrant son lit \u00e0 chacun, pourra impartialement couronner le meilleur \u00ab m\u00e2le \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/rosa3.png?resize=591%2C299&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-4985\" width=\"591\" height=\"299\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/rosa3.png?w=500&amp;ssl=1 500w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/rosa3.png?resize=300%2C152&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 591px) 100vw, 591px\" \/><figcaption>Rosa \u00a9 Gl\u00e9nat<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>D\u00e8s lors, Rosa va d\u00e9couvrir qu\u2019elle a un corps, elle va, avec l\u2019aide d\u2019une prostitu\u00e9e, comprendre le pouvoir de la chair lorsqu\u2019elle quitte le giron du sentiment ou de la routine.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle va surtout devenir importante et pouvoir, ainsi, pour la toute premi\u00e8re fois de son existence, savourer une sensation qu\u2019elle croyait seulement accessible aux hommes : la puissance\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 ce pari, elle pensait qu\u2019une femme est faite pour subir. Et l\u00e0, soudain, elle comprend que le plaisir n\u2019est pas uniquement r\u00e9serv\u00e9 aux hommes, et qu\u2019il d\u00e9pend de tout autre chose, tr\u00e8s souvent, que du contact de deux \u00e9pidermes\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Avec ce livre, Fran\u00e7ois Dermaut rend hommage \u00e0 la femme, \u00e0 la f\u00e9minit\u00e9, aux combats invisibles que des milliers d\u2019entre elles ont men\u00e9s, dans l\u2019ombre, sans m\u00eame pouvoir les nommer, des combats que d\u2019autres appelleront \u00ab f\u00e9minisme \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"1061\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/rosa4.jpg?fit=768%2C1019&amp;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-4986\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/rosa4.jpg?w=800&amp;ssl=1 800w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/rosa4.jpg?resize=226%2C300&amp;ssl=1 226w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/rosa4.jpg?resize=772%2C1024&amp;ssl=1 772w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/rosa4.jpg?resize=768%2C1019&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><figcaption>Rosa \u00a9 Gl\u00e9nat<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Oui, c\u2019est un peu cela, ce diptyque : nous montrer le f\u00e9minisme par le petit bout de la lorgnette. Nous montrer aussi ce que tout combat de lib\u00e9ration, d\u2019ind\u00e9pendance de corps et d\u2019esprit, provoque comme difficult\u00e9s et comme condamnations. Dans les villages de Normandie du d\u00e9but du victime si\u00e8cle, la religion occupait une place centrale, encore plus que la charge de la mairie. Or, cette d\u00e9cision de Rosa de laisser parler son corps va amener pour elle l\u2019intol\u00e9rable interdiction d\u2019entrer \u00e0 l\u2019\u00e9glise.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais peu \u00e0 peu, tout va \u00e9voluer, s\u2019arranger. Parce que, en se faisant objet de pari, Rosa va aussi d\u00e9couvrir des v\u00e9rit\u00e9s cach\u00e9es, des hontes, des secrets. Parce que, de par cette d\u00e9cision prise, ce sont des amiti\u00e9s inattendues qui vont s\u2019offrir \u00e0 elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un premier temps, Rosa comprend que le corps a des raisons que le sentiment se doit d\u2019ignorer. Dans un second temps, d\u2019\u00e9treinte en \u00e9treinte, elle comprend que le corps a des sentiments que la raison se doit de mettre en pleine lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2500\" height=\"1129\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/rosa5.jpg?fit=768%2C347&amp;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-4987\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/rosa5.jpg?w=2500&amp;ssl=1 2500w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/rosa5.jpg?resize=300%2C135&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/rosa5.jpg?resize=1024%2C462&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/rosa5.jpg?resize=768%2C347&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/rosa5.jpg?resize=1536%2C694&amp;ssl=1 1536w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/rosa5.jpg?resize=2048%2C925&amp;ssl=1 2048w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/rosa5.jpg?w=2304&amp;ssl=1 2304w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><figcaption>Rosa \u00a9 Gl\u00e9nat<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est par le trajet de cette femme, par la narration de son apprentissage \u00e0 la fois \u00e0 la libert\u00e9, celle de penser, celle de parler, celle de se donner, et \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019amour, c\u2019est par cette construction d\u00e9licate et parfaitement men\u00e9e que cette histoire en deux albums se r\u00e9v\u00e8le universelle, intelligente, passionnante, sans aucun faux pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Aucun faux pas, non, ni dans la construction narrative ni dans le dessin. Un dessin qui prouve que Fran\u00e7ois Dermaut avait encore bien des choses \u00e0 nous raconter, \u00e0 nous montrer. Seul ma\u00eetre \u00e0 bord de ces deux albums, il nous offre une galerie de portraits humains \u00e9poustouflants. Son plaisir \u00e0 dessiner des trognes n\u2019a jamais atteint un tel niveau. Quant au sc\u00e9nario, il lui permet de montrer sa ma\u00eetrise dans la transcription des \u00e2ges qui \u00e9voluent\u2026 Mathieu, le mari de Rosa, vieillit, d\u00e9p\u00e9rit, et il y a dans le graphisme de Dermaut quelque chose de palpable dans cette repr\u00e9sentation, de palpable et d\u2019\u00e9mouvant. Rosa change aussi, physiquement, au fur et \u00e0 mesure que se modifie sa perception de la vie et de l\u2019amour.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 la couleur, elle ne cache rien de la virtuosit\u00e9 graphique de Fran\u00e7ois Dermaut, tout en d\u00e9limitant, en ombres ou en lumi\u00e8re, les diff\u00e9rentes s\u00e9quences qui forment la trame lin\u00e9aire de ce diptyque.<\/p>\n\n\n\n<p>Rosa, c\u2019est le chef d\u2019\u0153uvre d\u2019un dessinateur qui va au bout de ses envies\u2026 Ce sont deux livres \u00e0 lire, \u00e0 faire lire\u2026 Deux albums de tr\u00e8s grande qualit\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacques Schra\u00fbwen<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Rosa (1. Le Pari et 2. Les hommes \u2013 auteur : Fran\u00e7ois Dermaut \u2013 \u00e9diteur : Gl\u00e9nat<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"576\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/collage.jpg?resize=768%2C576&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-4988\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/collage-scaled.jpg?resize=1024%2C768&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/collage-scaled.jpg?resize=300%2C225&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/collage-scaled.jpg?resize=768%2C576&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/collage-scaled.jpg?resize=1536%2C1152&amp;ssl=1 1536w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/collage-scaled.jpg?resize=2048%2C1536&amp;ssl=1 2048w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/collage-scaled.jpg?w=2304&amp;ssl=1 2304w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><figcaption>Rosa \u00a9 Gl\u00e9nat<\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le chef d\u2019\u0153uvre de Fran\u00e7ois Dermaut D\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 19 mars dernier d\u2019une longue et p\u00e9nible maladie, selon l\u2019expression pudique consacr\u00e9e, Fan\u00e7ois Dermaut laisse derri\u00e8re lui une \u0153uvre r\u00e9aliste et historique importante et de belle qualit\u00e9. 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