{"id":5106,"date":"2020-07-08T08:30:00","date_gmt":"2020-07-08T06:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/bd-chroniques.be\/?p=5106"},"modified":"2020-07-07T11:22:13","modified_gmt":"2020-07-07T09:22:13","slug":"sengo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bd-chroniques.be\/index.php\/2020\/07\/08\/sengo\/","title":{"rendered":"Sengo"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Le Prix Asie de la Critique ACBD 2020<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019association des critiques de bande dessin\u00e9e attribue chaque ann\u00e9e plusieurs prix, dont celui-ci, destin\u00e9 \u00e0 mettre en \u00e9vidence une bd asiatique. Et le gagnant 2020 est, croyez-moi, une bd qui s\u2019\u00e9carte avec talent du formatage habituel des mangas !<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1248\" height=\"701\" src=\"https:\/\/i2.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/sengo0.jpg?fit=768%2C431&amp;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-5107\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/sengo0.jpg?w=1248&amp;ssl=1 1248w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/sengo0.jpg?resize=300%2C169&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/sengo0.jpg?resize=1024%2C575&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/sengo0.jpg?resize=768%2C431&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><figcaption>Sengo \u00a9 Casterman<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Oui, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9tonn\u00e9 d\u2019abord, s\u00e9duit ensuite, passionn\u00e9 enfin par les deux premiers volumes d\u2019une s\u00e9rie qui s\u2019appelle Sengo, et qui devrait compter, si je ne m\u2019abuse, sept \u00e9pisodes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le titre g\u00e9n\u00e9rique, Sengo, me semble correspondre \u00e0 l\u2019id\u00e9e de guerre, de combat sous toutes ses formes. Et c\u2019est bien de guerre qu\u2019il s\u2019agit. D\u2019apr\u00e8s-guerre, plut\u00f4t, de l\u2019ann\u00e9e 1945. Au Japon\u2026 Et vu du seul point de vue des vaincus, les Japonais !<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/sengo2.jpg?fit=740%2C1024&amp;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-5109\" width=\"590\" height=\"816\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/sengo2.jpg?w=770&amp;ssl=1 770w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/sengo2.jpg?resize=217%2C300&amp;ssl=1 217w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/sengo2.jpg?resize=740%2C1024&amp;ssl=1 740w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/sengo2.jpg?resize=768%2C1063&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 590px) 100vw, 590px\" \/><figcaption>Sengo \u00a9 Casterman<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>La guerre est finie. Dans un Tokyo d\u00e9vast\u00e9, deux soldats se retrouvent. L\u2019un, Toku Kawashima, tient une \u00e9choppe de nourriture. L\u2019autre, Kadomatsu, a \u00e9t\u00e9 soldat sous ses ordres et se retrouve sans rien, bagarreur, affam\u00e9, mais pas amer. Et c\u2019est une \u00e9trange amiti\u00e9 qui va unir ces deux hommes. Un ancien \u00a0\u00bb chef \u00a0\u00bb qui se noie dans l\u2019alcool pour oublier peut-\u00eatre, pour ne pas oublier plut\u00f4t, et un ancien soldat de base qui doit la vie \u00e0 ce chef \u00e9trange. Un homme instruit, d\u2019une part, un homme ripailleur et sans \u00e9ducation d\u2019autre part.<\/p>\n\n\n\n<p>On va suivre leurs aventures dans une cit\u00e9 qui est occup\u00e9e par les Am\u00e9ricains, on va en m\u00eame temps d\u00e9couvrir une r\u00e9alit\u00e9 qui n\u2019a rien d\u2019ang\u00e9lique : la survie difficile pour les hommes, d\u00e9gradante pour les femmes, avec la cr\u00e9ation de bordels pour les yankees\u2026 Qui ressemblent aux bordels militaires dans lesquels, comme le disait Brel, chacun est le suivant d\u2019un suivi\u2026 Une r\u00e9alit\u00e9 faite de trafics de toutes sortes, d\u2019humiliations, d\u2019amertumes, de d\u00e9sespoirs, de souvenirs. Et c\u2019est ce portrait d\u2019un pays vaincu, humili\u00e9, que nous montre cette s\u00e9rie, mais en s\u2019int\u00e9ressant essentiellement \u00e0 des \u00eatres de chair, de sang, de r\u00eaves et de d\u00e9sespoirs.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"760\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/sengo3.jpeg?resize=768%2C760&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-5110\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/sengo3.jpeg?w=770&amp;ssl=1 770w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/sengo3.jpeg?resize=300%2C297&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/sengo3.jpeg?resize=768%2C760&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><figcaption>Sengo \u00a9 Casterman<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>On d\u00e9finit souvent les mangas comme des livres vite lus pour adolescents\u2026 Ce n\u2019est vraiment pas le cas ici ! M\u00eame si certains des codes de ce genre de bd sont pr\u00e9sents (expressions d\u00e9mesur\u00e9es de visages, caricaturisation des sentiments et des sensations, par exemple\u2026), on se trouve dans une th\u00e9matique tr\u00e8s rarement abord\u00e9e et proche, de ce fait, de la bd europ\u00e9enne : l\u2019horreur de la guerre, la cruaut\u00e9 extr\u00eame impos\u00e9e \u00e0 des gens oblig\u00e9s d\u2019ob\u00e9ir, le mot patrie excusant toutes les vilenies.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la description que nous fait l\u2019auteur, Sansuke Yamada, de la vie militaire, \u00e0 coups de flash-backs, d\u2019abord, et puis de mani\u00e8re bien plus compl\u00e8te dans le deuxi\u00e8me volume intitul\u00e9 initiation, dans cette description, on retrouve des accents \u00e0 la Tardi, souvent insupportables. Mais, en m\u00eame temps, Sansuke Yamada pratique une narration proche des exc\u00e8s propres \u00e0 des litt\u00e9ratures qui se veulent, au Japon comme en Chine, proches de la v\u00e9rit\u00e9 au jour le jour de tout un chacun. Alors, oui, il y a de l\u2019humour, gras, \u00e9pais, il y a un c\u00f4t\u00e9 sales gosses&#8230; Il y a de l\u2019\u00e9rotisme, vulgaire, sans concessions, sans tabou, celui des filles \u00e0 soldats qui n\u2019ont que cette mani\u00e8re-l\u00e0 de ne pas mourir de faim, et qui parlent sans fioritures de leurs pratiques amoureuses.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"770\" height=\"1050\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/sengo4.jpg?fit=751%2C1024&amp;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-5111\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/sengo4.jpg?w=770&amp;ssl=1 770w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/sengo4.jpg?resize=220%2C300&amp;ssl=1 220w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/sengo4.jpg?resize=751%2C1024&amp;ssl=1 751w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/sengo4.jpg?resize=768%2C1047&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><figcaption>Sengo \u00a9 Casterman<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Et l\u2019auteur laisse la parole \u00e0 ces femmes bless\u00e9es qui pourtant se refusent \u00e0 l\u2019abandon de ce qu\u2019elles sont, fonci\u00e8rement. C\u2019est peut-\u00eatre cela qui m\u2019a vraiment accroch\u00e9 dans ces deux livres, d\u2019ailleurs : ce sont des narrations faites de dialogues bien plus que d\u2019action. Sengo, c\u2019est le paysage d\u2019un monde qui, mortellement atteint, ne sait pas comment reprendre vie, \u00e0 l\u2019image des deux anti-h\u00e9ros mis en sc\u00e8ne par Sansuke Yamada. Un monde qui doit accepter que ses traditions soient viol\u00e9es par l\u2019occupant pour qu\u2019un jour ces traditions redeviennent les symboles d\u2019une nation.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"770\" height=\"1050\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/sengo5.jpg?fit=751%2C1024&amp;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-5112\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/sengo5.jpg?w=770&amp;ssl=1 770w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/sengo5.jpg?resize=220%2C300&amp;ssl=1 220w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/sengo5.jpg?resize=751%2C1024&amp;ssl=1 751w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/sengo5.jpg?resize=768%2C1047&amp;ssl=1 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><figcaption>Sengo \u00a9 Casterman<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Il y a dans cette s\u00e9rie une vraie libert\u00e9 de ton, tant dans l\u2019image que dans le texte. Les \u00e9treintes y sont montr\u00e9es dans toute leur puissance, sans po\u00e9sie aucune, puisqu\u2019elles se vivent dans l\u2019urgence de la chair bien plus que dans la r\u00eaverie du c\u0153ur\u2026 Et cependant, le dessin fait alterner cette violence charnelle avec des moments tr\u00e8s lumineux, presque sentimentaux. Sengo, c\u2019est \u00e0 la fois tr\u00e8s sobre et tr\u00e8s d\u00e9mesur\u00e9\u2026 Sengo, c\u2019est une s\u00e9rie qui nous permet de d\u00e9couvrir des r\u00e9alit\u00e9s qu\u2019on ne connaissait pas. C\u2019est, d\u2019abord et avant tout, une s\u00e9rie superbement humaine, et, donc, porteuse de bien des r\u00e9flexions. Cette fa\u00e7on-l\u00e0 de faire du manga, cela ne peut qu\u2019enthousiasmer tous les amateurs du neuvi\u00e8me art !<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacques Schra\u00fbwen<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sengo, de Sansuke Yamada. Deux opus d\u00e9j\u00e0 parus, chez Casterman : Retrouvailles et Initiation.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Prix Asie de la Critique ACBD 2020 L\u2019association des critiques de bande dessin\u00e9e attribue chaque ann\u00e9e plusieurs prix, dont celui-ci, destin\u00e9 \u00e0 mettre en \u00e9vidence une bd asiatique. Et le gagnant 2020 est, croyez-moi, une bd qui s\u2019\u00e9carte avec talent du formatage habituel des mangas ! 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