{"id":6175,"date":"2021-04-22T08:30:00","date_gmt":"2021-04-22T06:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/bd-chroniques.be\/?p=6175"},"modified":"2021-04-21T11:19:59","modified_gmt":"2021-04-21T09:19:59","slug":"dieu-nhabite-pas-la-havane","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bd-chroniques.be\/index.php\/2021\/04\/22\/dieu-nhabite-pas-la-havane\/","title":{"rendered":"Dieu N\u2019Habite Pas La Havane"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Une histoire d\u2019amour, de musique, et de vie<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Entre le non-dit et l\u2019aveu, un livre qui se lit comme s\u2019\u00e9coute une rumba. Sans penser \u00e0 autre chose qu\u2019au rythme des mots, des dessins, des pas que franchissent les protagonistes de ce r\u00e9cit !<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes dans les ann\u00e9es 50, sans doute. En attestent les d\u00e9cors, les dialogues aussi, et la pr\u00e9sence, discr\u00e8te, dans une des pages de l\u2019album, du Commandante Fidel Castro.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/dieu0.jpg?resize=554%2C799&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-6176\" width=\"554\" height=\"799\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/dieu0.jpg?w=400&amp;ssl=1 400w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/dieu0.jpg?resize=208%2C300&amp;ssl=1 208w\" sizes=\"auto, (max-width: 554px) 100vw, 554px\" \/><figcaption>Dieu N\u2019Habite Pas La Havane \u00a9 Michel Lafon<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>La Buena Vista est un lieu de rendez-vous pour tous les amateurs de musique cubaine, et y r\u00e8gne le chanteur Don Fuego, un musicien au charisme incontestable, une sorte d\u2019incarnation de l\u2019immortalit\u00e9 de l\u2019\u00e2me cubaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais voil\u00e0, m\u00eame si l\u2019id\u00e9ologie communiste est omnipr\u00e9sente, m\u00eame si tous les rouages de la soci\u00e9t\u00e9 cubaine, et \u00e0 La Havane encore plu qu\u2019ailleurs, sont dirig\u00e9s, noyaut\u00e9s par le Parti, le monde change\u2026 Et ce club va changer de propri\u00e9taire. Il va cesser d\u2019\u00eatre le temple ath\u00e9e de la musique des corps pour devenir un endroit bien propre ouvert \u00e0 des touristes tout aussi propres et peu int\u00e9ress\u00e9s par une musique qu\u2019ils ne connaissent pas.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"682\" height=\"412\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/dieu1.jpg?resize=682%2C412&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-6177\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/dieu1.jpg?w=682&amp;ssl=1 682w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/dieu1.jpg?resize=300%2C181&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 682px) 100vw, 682px\" \/><figcaption>Dieu N\u2019Habite Pas La Havane \u00a9 Michel Lafon<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Don Fuego tombe brutalement de son pi\u00e9destal. A cinquante ans, sa vie s\u2019\u00e9croule, ses certitudes et ses bonheurs disparaissent. Ses r\u00eaves aussi\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Divorc\u00e9, il tra\u00eene dans la ville son ballant, comme le chantait B\u00e9caud, \u00e0 la recherche de sa gloire pass\u00e9e\u2026 En nostalgie, plut\u00f4t, celle de ses jeunesses enfuies, de son fils qui veut \u00e9migrer vers les Etats-Unis, de sa fille Isabel qu\u2019il n\u2019a pas vu grandir. Il vit chez sa s\u0153ur, en bonne entente avec une smala heureuse de vivre.<\/p>\n\n\n\n<p>Petit \u00e0 petit, il va retrouver le chemin du succ\u00e8s\u2026 De petite salle enfum\u00e9e en petite salle enfum\u00e9e, il va accepter d\u2019avoir vieilli, il va accepter de retrouver lentement, sans se presser, les sensations qui \u00e9taient les siennes lorsqu\u2019il mettait le feu au Buena Vista.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/dieu2.jpg?resize=540%2C760&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-6178\" width=\"540\" height=\"760\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/dieu2.jpg?w=364&amp;ssl=1 364w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/dieu2.jpg?resize=213%2C300&amp;ssl=1 213w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><figcaption>Dieu N\u2019Habite Pas La Havane \u00a9 Michel Lafon<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Don Fuego rena\u00eet\u2026 Gr\u00e2ce \u00e0 la musique, mais gr\u00e2ce aussi \u00e0 une jeune femme myst\u00e9rieuse qu\u2019il a rencontr\u00e9e, dont il tombe amoureux, qu\u2019il s\u00e9duit malgr\u00e9 sa peur et sa m\u00e9fiance de femme vis-\u00e0-vis de tous les hommes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces deux amours, celui d\u2019une femme qu\u2019il apprivoise et de la musique qui le r\u00e9apprivoise, se m\u00ealent pour redonner \u00e0 Juan le go\u00fbt de vivre, le plaisir de chanter et d\u2019\u00eatre \u00e9cout\u00e9, de redevenir vraiment l\u2019homme qui met le feu en montant sur sc\u00e8ne !<\/p>\n\n\n\n<p>Mais tout cela se vit dans une ambiance tr\u00e8s particuli\u00e8re, puisqu\u2019un tueur en s\u00e9rie s\u00e9vit sur la plage\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Ne croyez pas pour autant que cette chronique cubaine se fasse pour autant polar\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e9nariste, V\u00e9ronique Grisseaux, a choisi, en adaptant le roman de Yasmina Khadra, le chemin d\u2019une narration tranquille\u2026 D\u2019une errance humaine, en quelque sorte, d\u2019une ballade presque po\u00e9tique dans une ville et un pays \u00e9cras\u00e9s avec bonheur par un soleil amical.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"695\" height=\"336\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/dieu3.jpg?resize=695%2C336&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-6179\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/dieu3.jpg?w=695&amp;ssl=1 695w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/dieu3.jpg?resize=300%2C145&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 695px) 100vw, 695px\" \/><figcaption>Dieu N\u2019Habite Pas La Havane \u00a9 Michel Lafon<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Tout le r\u00e9cit est centr\u00e9 sur Juan, le chanteur. Il se d\u00e9finit par ses mots, par ses rencontres, par les gens qui l\u2019entourent aussi : sa s\u0153ur, sa famille, son fils, sa fille, un vieux musicien. Mais il reste, dans ce monde, solitaire, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de cette femme \u00e9trange. Et m\u00eame avec elle, m\u00eame au travers de la place qu\u2019elle prend dans son existence, Juan va rester fondamentalement, fonci\u00e8rement solitaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le sc\u00e9nario est lent, tranquille, m\u00e9lancolique, il est le portrait d\u2019un homme perdu et vivant dans une ville, il est la trame sereinement rythm\u00e9e d\u2019une musique qu\u2019on entend de loin sans l\u2019\u00e9couter\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Pour r\u00e9ussir \u00e0 rendre tout cela, graphiquement, il fallait un dessinateur qui puisse, lui aussi, s\u2019effacer derri\u00e8re son sujet, laisser le dessin cr\u00e9er lui-m\u00eame une ambiance, des sensations, des sentiments, une m\u00e9lodie\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Arnaud Floc\u2019h y parvient sans coups d\u2019\u00e9clat, avec une sorte d\u2019\u00e9vidence sans tape-\u00e0-l\u2019\u0153il. Avec l\u2019aide essentielle de Christophe Bouchard, le colorise\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Son style est souple, lumineux, il aime ne montrer que tr\u00e8s peu les visages en gros plans, pr\u00e9f\u00e9rant les enfouir au quotidien de La Havane, les perdre dans des d\u00e9cors et des paysages, parfois \u00e0 peine esquiss\u00e9s, parfois vraiment fouill\u00e9s, un environnement qui, tout compte fait, est le vrai personnage central de ce livre.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/dieu4.jpg?resize=534%2C753&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-6180\" width=\"534\" height=\"753\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/dieu4.jpg?w=363&amp;ssl=1 363w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/dieu4.jpg?resize=213%2C300&amp;ssl=1 213w\" sizes=\"auto, (max-width: 534px) 100vw, 534px\" \/><figcaption>Dieu N\u2019Habite Pas La Havane \u00a9 Michel Lafon<\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Mais la vraie histoire reste, m\u00eame si elle est entre guillemets, une histoire d\u2019amour. Un amour impossible, bien \u00e9videmment, un amour qui, pourtant, et au-del\u00e0 de la violence et de la mort, s\u2019ouvre sur la vie, la vraie, celle qui se nourrit de non-dits pour mieux fermer la porte aux pass\u00e9s et \u00e0 leurs clairs obscurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Dieu n\u2019habite peut-\u00eatre pas La Havane. Mais \u00ab si l\u2019existence n\u2019\u00e9tait qu\u2019un chant d\u2019\u00e9t\u00e9, personne ne saurait combien la neige est belle en hiver \u00bb ! Telle est l\u2019ultime phrase de ce livre, comme l\u2019ultime ponctuation d\u2019une m\u00e9lodie dans laquelle la m\u00e9lancolie et le bonheur de vivre se m\u00ealent sans cesse\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacques Schra\u00fbwen<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dieu N\u2019Habite Pas La Havane (dessin : Arnaud Floc\u2019h \u2013 sc\u00e9nario : V\u00e9ronique Grisseaux, d\u2019pr\u00e8s le roman de Yasmina Khadra \u2013 couleurs : Christophe Bouchard \u2013 \u00e9diteur : Michel Lafon \u2013 102 pages \u2013 janvier 2021)<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une histoire d\u2019amour, de musique, et de vie Entre le non-dit et l\u2019aveu, un livre qui se lit comme s\u2019\u00e9coute une rumba. Sans penser \u00e0 autre chose qu\u2019au rythme des mots, des dessins, des pas que franchissent les protagonistes de ce r\u00e9cit ! Nous sommes dans les ann\u00e9es 50, sans doute. 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