{"id":7609,"date":"2022-09-17T07:20:25","date_gmt":"2022-09-17T05:20:25","guid":{"rendered":"https:\/\/bd-chroniques.be\/?p=7609"},"modified":"2022-09-17T07:20:25","modified_gmt":"2022-09-17T05:20:25","slug":"merel-chronique-quotidienne-de-la-rumeur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bd-chroniques.be\/index.php\/2022\/09\/17\/merel-chronique-quotidienne-de-la-rumeur\/","title":{"rendered":"Merel \u2013 chronique quotidienne de la \u00ab\u00a0rumeur\u00a0\u00bb\u2026"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Clara Lodewick<\/strong>, pour sa premi\u00e8re bande dessin\u00e9e, fait preuve d\u2019une immense maturit\u00e9, tant au niveau du dessin que de la narration. Un r\u00e9cit au jour le jour qui rythme une existence. Un livre \u00e0 ne pas rater\u00a0!!!<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"757\" height=\"500\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/merel2.jpg?resize=757%2C500&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-7611\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/merel2.jpg?w=757&amp;ssl=1 757w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/merel2.jpg?resize=300%2C198&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 757px) 100vw, 757px\" \/><figcaption>copyright Dupuis<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Un village, ou une petite ville, dans la campagne flamande. Une communaut\u00e9 tranquille, qui vit au jour le jour des habitudes conviviales. En quelque sorte, un endroit qui ressemble \u00e0 un id\u00e9al de vie simple.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce village, Merel, une femme qui doit avoir quelque chose comme quarante printemps, qui vit seule, et dont l\u2019existence se module autour de son \u00e9levage de canards, autour de sa passion pour le football et, surtout, pour le club local, autour des rencontres quotidiennes avec les gens de ce qui est une communaut\u00e9 de vie \u00e0 taille humaine\u2026 Elle est aussi la correspondante locale pour un journal auquel elle collabore par plaisir. Parce que, finalement, ce qui caract\u00e9rise cette femme, c\u2019est que le plaisir est le moteur de son existence.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais voil\u00e0\u2026 Dans le monde qui est le n\u00f4tre, aucun microcosme ne conjugue la perfection au quotidien\u00a0! Et Merel, bonne vivante, aimant parler, plaisanter, vivre, tout b\u00eatement, sans conventions inutiles, Merel \u00e9veille un jour, par une blague quelque peu libidineuse, des soup\u00e7ons quant \u00e0 ses possibles amours\u00a0! Amours adult\u00e8res, bien \u00e9videmment\u2026 <\/p>\n\n\n\n<p>Geert, joueur de foot dans ce village, serait-il proche, trop proche de Merel&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est en tout cas ce que l\u2019\u00e9pouse de Geert, Suzie, pense.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans doute voit-elle dans cette possibilit\u00e9 amoureuse et triviale une excuse quant au naufrage de son couple\u2026 Un naufrage que les murs de leur demeure ont cach\u00e9 jusque-l\u00e0, mais qui, enfin, peut se montrer en plein jour avec l\u2019alibi de la trahison\u00a0!<\/p>\n\n\n\n<p>Et Suzie, sans vraiment se soucier de la v\u00e9rit\u00e9, en ne se souciant pas non plus de son fils qui se perd dans des r\u00e9alit\u00e9s adultes qui le font souffrir, Suzie va cr\u00e9er la \u00ab\u00a0rumeur\u00a0\u00bb\u2026 Comme le chante Georges Chelon, \u00ab\u00a0il n&rsquo;y a rien de plus terrible que les braves gens\u00a0\u00bb!<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"668\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/merel3.jpg?resize=500%2C668&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-7612\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/merel3.jpg?w=500&amp;ssl=1 500w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/merel3.jpg?resize=225%2C300&amp;ssl=1 225w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><figcaption>copyright Dupuis<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Et voil\u00e0 toute la trame de ce livre simple et d\u00e9mesur\u00e9 tout \u00e0 la fois.<\/p>\n\n\n\n<p>On se trouve presque dans l\u2019univers de \u00ab&nbsp;La fianc\u00e9e du pirate&nbsp;\u00bb. Mais de mani\u00e8re invers\u00e9e, en fait\u2026 Merel n\u2019est accueillante qu\u2019en amiti\u00e9, pas en amours passag\u00e8res. Par contre, elle est libre, et affiche sans complexe et avec le sourire ses r\u00e9alit\u00e9s, ses normalit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est l\u00e0 la premi\u00e8re qualit\u00e9 de ce livre de Clara Lodewick, que de ne magnifier en rien la vie de tous les jours. Les gens qu\u2019elle nous montre ou, plut\u00f4t, qu\u2019elle nous raconte, sont des gens normaux\u2026 Ils n\u2019ont pas de destins exceptionnels. Ils ne sont en rien iconiques. Merel est une femme m\u00fbre, ronde, libre, et les gens qui l\u2019entourent n\u2019ont rien d\u2019exceptionnel eux non plus, ni physiquement, ni socialement.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce livre a bien d\u2019autres qualit\u00e9s, tellement rares de nos jours, il faut oser le dire&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Clara Lodewick ne travestit rien. Elle nous montre la vie telle qu\u2019elle est, elle se fait chroniqueuse du quotidien, et elle l\u2019est sans user du petit bout de sa lorgnette, mais en tra\u00e7ant un portrait g\u00e9n\u00e9ral d\u2019une entit\u00e9 humaine en train de perdre son humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>En fait, ce n\u2019est pas d\u2019un quotidien qu\u2019elle nous parle, celui de Merel, mais de plusieurs quotidiens qui s\u2019entrecroisent et influent les uns sur les autres, et elle le fait, narrativement parlant, au travers de tranches de vie, de moments d\u2019existence, tout simplement\u2026 Simplicit\u00e9\u00a0: c\u2019est le mot cl\u00e9 de cette \u0153uvre, c\u2019est tout ce qui en fait un ouvrage \u00e0 la fois tendre et cruel, toujours r\u00e9el, et, soulignons-le, sans jugement aucun. A ce titre, on peut presque parler d\u2019un livre sociologique\u00a0!<\/p>\n\n\n\n<p>Sociologique, mais sans p\u00e9danterie\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Sociologique et po\u00e9tique, tant il est vrai que la premi\u00e8re des po\u00e9sies nous montre les choses telles qu\u2019elles sont et pas telles qu\u2019on les r\u00eave, n\u2019en d\u00e9plaise aux romantiques de tout poil\u2026<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"700\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/merel4.jpg?resize=700%2C1024&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-7613\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/merel4.jpg?resize=700%2C1024&amp;ssl=1 700w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/merel4.jpg?resize=205%2C300&amp;ssl=1 205w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/merel4.jpg?resize=768%2C1124&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/merel4.jpg?w=800&amp;ssl=1 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><figcaption>copyright Dupuis<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Le personnage central de ce livre, c\u2019est certes Merel\u2026 C\u2019est aussi tous les autres habitants de son village qu\u2019on apprend \u00e0 conna\u00eetre au fil des pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c\u2019est surtout quelque chose d\u2019impalpable et de souverain, d\u2019injuste et d\u2019horrible&nbsp;: la RUMEUR&nbsp;! Cette rumeur qui aboutit tellement souvent \u00e0 l\u2019inacceptable du harc\u00e8lement, quelle que soit la forme que ce harc\u00e8lement puisse prendre. Avec \u00ab&nbsp;Merel&nbsp;\u00bb, on est loin, tr\u00e8s loin, des r\u00e9seaux sociaux&nbsp;! Et ce n\u2019est pas la moindre des qualit\u00e9s de Clara Lodewick que de nous rappeler que le harc\u00e8lement existe aussi en dehors de toute virtualit\u00e9 \u00e0 la mode&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans le choix de ce personnage axial et omnipr\u00e9sent que le talent de Clara Lodewick s\u2019\u00e9panouit pleinement.<\/p>\n\n\n\n<p>Parce que ce qu\u2019elle nous donne \u00e0 voir, ce n\u2019est pas une histoire singuli\u00e8re d\u2019un personnage de hasard. C\u2019est la triste v\u00e9rit\u00e9 d\u2019un monde, le n\u00f4tre, dans lequel un mot, un seul, devient mouton de Panurge et en entra\u00eene mille autres, de plus en plus en plus ob\u00e9issant \u00e0 des fantasmes destructeurs.<\/p>\n\n\n\n<p>La rumeur, c\u2019est la jalousie. C\u2019est la m\u00e9chancet\u00e9 au jour le jour. C\u2019est le d\u00e9ni du pass\u00e9 et la mort de la m\u00e9moire. C\u2019est la peur et c\u2019est l\u2019angoisse. C\u2019est, de l\u2019enfance \u00e0 la vieillesse, qui croient contr\u00f4ler, se contr\u00f4ler, et qui ne peuvent plus rien g\u00e9rer, l\u2019engrenage de la b\u00eatise humaine.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"531\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/merel5.jpg?resize=400%2C531&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-7614\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/merel5.jpg?w=400&amp;ssl=1 400w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/merel5.jpg?resize=226%2C300&amp;ssl=1 226w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption>copyright Dupuis<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Ce livre aurait donc pu, vous l\u2019avez compris, \u00eatre tr\u00e8s sombre, tr\u00e8s violent m\u00eame. Il n\u2019en est rien\u2026 Parce que les d\u00e9mesures qu\u2019engendre la rumeur autour de Merel s\u2019enfouissent aussi dans des tendresses quotidiennes sereines. Merel et une \u00ab\u00a0h\u00e9ro\u00efne normale\u00a0\u00bb, une femme, une vraie femme, qui assume ses d\u00e9sirs et qu\u2019on sait belle loin des canons que nous imposent une mode de plus en plus format\u00e9e. Elle n\u2019est ni jeune ni couverture de magazine. Elle est, dans sa belle normalit\u00e9, un symbole de ce qu\u2019est la vie\u00a0: une ind\u00e9pendance de c\u0153ur, de corps, d\u2019\u00e2me, de quotidiens assum\u00e9s, m\u00eame dans leurs souffrances et leurs horreurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec un dessin sans fioritures, avec des textes qui nous laissent entendre les accents profonds et profond\u00e9ment humains de la campagne flamande, Clara Lodewick rend hommage \u00e0 la vie\u2026 A l\u2018enfance, aussi, qui, de faille en faille, peut encore r\u00e9ussir \u00e0 changer le monde. Ce livre est une bande dessin\u00e9e au graphisme d\u2019ambiance et de dialogue, et aucun des personnages qu\u2019on y croise n\u2019y est qu\u2019une silhouette.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"250\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/merel6.jpg?resize=768%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"\" class=\"wp-image-7615\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/merel6.jpg?resize=1024%2C333&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/merel6.jpg?resize=300%2C98&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/merel6.jpg?resize=768%2C250&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/merel6.jpg?resize=1536%2C499&amp;ssl=1 1536w, https:\/\/i0.wp.com\/bd-chroniques.be\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/merel6.jpg?w=2000&amp;ssl=1 2000w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><figcaption>copyright Dupuis<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Livre choral, livre lumineux, livre de vies plurielles aux infinis possibles, MEREL, croyez-moi, ne pourra que vous s\u00e9duire\u2026 Par son h\u00e9ro\u00efne qui se bat contre l\u2019injustice sans jamais ha\u00efr, par le regard que pose une jeune autrice sur un univers dont on sent, dont on sait qu\u2019elle peut, elle, l\u2019apprivoiser bien mieux qu\u2019en grands discours toujours inutiles&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Trag\u00e9die \u00e0 la Giono, cette bande dessin\u00e9e nous donne \u00e0 d\u00e9couvrir une auteure qui, sans aucun doute, a devant elle plus qu\u2019une carri\u00e8re&nbsp;: un besoin de partager ses regards avec les n\u00f4tres, avec les v\u00f4tres&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacques et Josiane Schra\u00fbwen<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Merel (auteure&nbsp;: Clara Lodewick \u2013 \u00e9diteur&nbsp;: Dupuis\/Les Ondes Marcinelle \u2013 ao\u00fbt 2022 \u2013 roman graphique)<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Clara Lodewick, pour sa premi\u00e8re bande dessin\u00e9e, fait preuve d\u2019une immense maturit\u00e9, tant au niveau du dessin que de la narration. 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