Classe de Lune

Il y a des classes de neige, des classes vertes… Pourquoi n’y aurait-il pas aussi de « classe de lune » ?… De petit voyage scolaire sur ce satellite où l’homme, pour l’instant, n’a fait que mettre quelques pieds ?… Rêvons…

Classe de lune © Pastel

L’Ecole des Loisirs est sans doute la maison d’édition qui a le plus fait, depuis des années, pour casser la routine quelque peu désuète d’une littérature pour jeune public. Et cet éditeur continue, inlassablement, à nous offrir des œuvres littéraires et/ou graphiques extrêmement variées et qui ont l’immense avantage de pouvoir plaire autant aux parents qu’à leurs enfants !

Et c’est bien le cas avec cet album, d’une belle simplicité, du au talent de l’Américain John Hare. Pas un seul mot, mais des images en pleines pages, qui ne sont pas que des illustrations et qui s’apparentent vraiment à une bd muette au discours poétique accessible immédiatement.

Classe de lune © Pastel

Il s’agit donc d’une excursion scolaire. Toute une classe se rend sur la lune, s’y balade, écoutant et suivant leur professeur. Mais une petite fille reste en arrière et, éblouie par le spectacle d’un « clair de terre », elle s’arrête, prend son bloc de feuilles, ses crayons, et elle dessine cette planète qui est sienne et qui lui apparaît dans toute sa splendeur naturelle.

Mais voilà… Le reste de la classe n’a pas remarqué son absence (bien des professeurs et des animateurs se reconnaitront dans cette situation…) et remonte dans le vaisseau, prenant la direction de la Terre. Et cette petite fille, dans son scaphandre blanc, reste seule sur la Lune… Perdue, apeurée sans doute, mais sans angoisse particulière, malgré tout. Et elle se remet à dessiner… Un arc-en-ciel, une trouée de couleurs, comme pour affronter le sort.

Classe de lune © Pastel

Seule ?….

Pas vraiment… Des rochers se transforment, deviennent des formes humaines… La petite fille et ces formes vont ainsi devenir complices, dans le silence, d’un crime extraordinaire, celui du partage de la féérie artistique.

Les habitants de la lune se mettent à dessiner, eux aussi, sur eux-mêmes…

Mais voilà… Les meilleurs choses ont une fin, le vaisseau spatial revient, le professeur enguirlande son élève, l‘oblige à effacer ses « graffitis », ses « tags »…

Dans le vaisseau qui la ramène chez elle, cette enfant dessine ceux qui viennent d’être ses amis. Et sur la Lune, où elle a oublié ses feutres, la couleur devient un nouveau langage pour ces compagnons de quelques instants…

Classe de lune © Pastel

La poésie n’a pas toujours besoin de mots pour exprimer l’indicible… La poésie se trouve dans le regard qu’on pose sur elle… La poésie, ici, est celle d’une couleur somptueuse, d’une construction narrative à la simplicité superbe, d’un récit linéaire, mais qui parvient à la fois à ouvrir la porte au rêve à entrouvrir la fenêtre de l’âme à la magie de toutes les différences entre les êtres, ces différences qui les enrichissent lorsqu’ils acceptent d’ouvrir réellement les yeux et le cœur.

Une classe de lune, pour rêver et faire rêver… Un bien beau livre, pour les enfants en âge de maternelle, et pour leurs parents et leurs grands-parents… Un enchantement d’images !

Jacques Schraûwen

Classe de Lune (auteur : John Hare – éditeur : Pastel/L’Ecole des Loisirs/Rue de Sèvres – 48 pages – à savourer à partir de quatre ans et jusqu’à bien plus que 77 ans – parution : mai 2019)

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