Hippie Papy – Une histoire d’adoption…

Hippie Papy – Une histoire d’adoption…

Après deux années, voici le retour de Zidrou et Monin nous contant des adoptions aux méandres souriants… et pleins de réflexions !

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Je l’ai déjà dit : lorsque Zidrou s’aventure loin des sentiers battus du tristounet Ducobu, et cela lui arrive de plus en plus souvent, il se révèle à chaque fois un scénariste d’une qualité exceptionnelle… Sa manière de raconter des histoires, de leur donner corps, de mêler toujours au récit des échappées nombreuses, parfois très sérieuses, parfois très émouvantes, parfois empreintes d’un humour qui est loin d’être toujours bon enfant… Il est par exemple le co-auteur d’une série extraordinaire, « Boule à Zéro », dans laquelle, avec Ernst au dessin, il nous parle d’un sujet ardu avec une tendresse extraordinaire…

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Et ici, avec sa série d’histoires d’adoption, c’est dans cette veine-là qu’il se plonge, et nous plonge avec lui… Il y a de la tendresse, il y a de « l’humanité », de l’émotion, et des sourires, par centaines… Parce que Zidrou aime profondément les personnages qu’il crée, des personnages toujours ancrés dans le réel, des personnages parfois peu sympathiques mais auxquels il insuffle une vérité souvent attendrissante… Et avec Arno Monin, son dessinateur pour cette série, il s’est trouvé un bel alter-ego… Entre dessin humoristique, parfois caricatural, et approches des visages, des regards et des mimiques des personnages, entre sens de la lumière et des ambiances et apprivoisement de la couleur, il permet aux mots de Zidrou de prendre véritablement vie.

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Et c’est bien le cas dans ce « Hippie Papy » qui met en scène Honoré, membre d’une famille de notaires et notaire lui-même avant, en 1967, de tout quitter pour devenir hippie, en une époque où l’occident, à la suite des Beatles, découvrait les philosophies indiennes avec une curiosité mêlée du goût de certaines herbes envoûtantes… Honoré, qui depuis quelque temps est revenu vivre chez son fils, notaire bien dans la norme, mais aimant son père hors-norme… Il y a aussi Diane, l’épouse de son fils, une grande bourgeoise pétrie de conventions. Et puis, Louise, sa petite-fille, qui, elle, a hérité d’une part du caractère de son grand-père atypique… Une famille comme bien des familles, finalement, avec un membre excentrique ! Et puis un jour, on sonne à la porte de la demeure familiale, et apparaît Kiaan, un homme mûr qu’un jour, il y a longtemps, Honoré a adopté en Inde !

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A partir de cette arrivée impromptue, de cette révélation, la belle-fille d’Honoré a peur de perdre l’héritage du vieil homme toujours hippie ! Surtout que, au fil des pages, on apprend qu’Honoré n’est pas vraiment du tout en bonne santé… Tout pourrait partie en vrille, devenir, en quelque sorte, un Chabrol provincial avec tout ce que cela comporte d’hypocrisie, de méchanceté, de jalousie ! Mais, il n’en est rien, parce que, je l’ai dit, Zidrou aime ses personnages… Parce que, aussi, il a le sens de l’inattendu, de la folie s’installant dans le quotidien, du coup de théâtre également, lorsque Honoré redevient notaire, le temps de faire part à ses héritiers de son testament ! Et ce vieil homme, avide de liberté, réussit alors, encore une fois, à surprendre tout le monde… Avec l’aide d’un groupe musical mythique, étrangement…

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Ce que j’aime dans cette série, c’est la bonne humeur, le plaisir que les auteurs ont à donner quelques coups de pieds rigolards dans la fourmilière des conventions. Avec quelques belles réflexions au passage : « je m’enorgueillis de n’avoir jamais rien fait de raisonnable », « nous sommes les enfants de chaque jour nouveau »… Des réflexions d’une truste actualité aussi, comme cette phrase prononcée par Diane, la bru : « Certes, nous, les riches, donnons aux pauvres : c’est dans l’ordre des choses… Mais nous leur donnons ce dont nous n’avons plus besoin. »… Et Zidrou, de planche en planche, s’amuse à nous parler du sens de la vie, au travers les mots de ses amis de papier… En nous disant, par exemple, que « les métis sont la plus belle des réponses aux connards de toutes sortes » ! Ou : « les dieux sont jaloux du rire des hommes »

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Que vous dire de plus sinon que j’ai énormément aimé cet album… Pour le talent de Zidrou à mêler l’horrible au sourire, à faire de l’absurde une règle libre de vie… Pour la lumière du dessin de Monin, son sens aigu du découpage, qui met véritablement en évidence et en relief les dialogues… Un très, très bon album, donc, que vous devriez toutes et tous apprécier !

Jacques et Josiane Schraûwen

Hippie Papy (dessin : Arno Monin – scénario : Zidrou – éditeur : Grandangle – mai 2026 – 73 pages)

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Hermann – Un géant du neuvième art, un homme « bien », un artiste exceptionnel…

Hermann – Un géant du neuvième art, un homme « bien », un artiste exceptionnel…

Le plus grand des dessinateurs réalistes, me disait un jour Boucq, s’est enfoui dans la mort… Et la bande dessinée est orpheline d’un artiste exceptionnel qui en était, bien plus que d’aucuns adulés, un des créateurs les plus essentiels !

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Quand je vois tout le tintouin médiatique qui a lieu pour le moindre petit truc consacré à Hergé, qui ne fut, finalement, qu’un patron de studio, je ne comprends pas comment Hermann a été totalement oublié, le jour de sa mort, par les journaux télévisés de Belgique, de France, et d’ailleurs…

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Je me souviens pourtant de l’effervescence qui régnait dans les rédactions de la rtbf lorsque Hermann a remporté (très tardivement) le grand prix d’Angoulème… Je me souviens parfaitement de l’aide que j’ai apportée, à l’époque, au JT pour avoir sur antenne la réaction de ce monument de la bd… Le temps a bien passé, depuis, et l’oubli me semble être le signe d’une intelligence en déliquescence…

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A croire que les journalistes ont peu de mémoire… Et qu’ils n’ont pas le temps d’aller voir sur les réseaux sociaux ce que la mort d’un tel homme provoque comme réactions… Et que, en définitive, ils préfèrent parler de la mode plutôt que du talent ! Il est vrai, d’ailleurs, que la bande dessinée populaire n’a pas vraiment bonne presse dans les médias de toutes sortes, mettant de plus en plus en évidence les éphémères idolâtries d’une certaine intelligentsia péteuse et inutile !

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J’ai, quant à moi, de la mémoire… Il y a trente ans, j’avais écrit (internet n’existait pas…) à Hermann, pour lui demander un dessin original. Pas pour moi, mais pour le mettre en vente aux enchères au bénéfice de l’unité scoute dont je m’occupais… Il m’a répondu par téléphone… Il m’a engueulé en me demandant si j’avais conscience du prix de ses dessins… Et puis, soudain, il m’a dit d’aller chez lui le lendemain matin. Nous y avons été, ma femme et moi… Et il m’a offert la première couverture, si ma mémoire est bonne, qu’il avait faite pour le magazine tintin, avec Bernard Prince sur son Cormoran… Une couverture que j’ai vendue, un bon prix, et qui m’a permis, pour les mômes du bas de Saint-Gilles, de financer un camp en Ardenne…

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Ce fut notre première rencontre… Timide, terriblement intimidée, une rencontre avec un homme étonnant… Une rencontre dont nous avons souvent parlé, Josiane et moi… La rencontre avec un dessinateur hors-pair, qui enchantait les lectures de milliers et de milliers de jeunes lecteurs !

Par après, nous nous sommes vus plusieurs fois… Ne me faites pas dire ce que je ne dis pas : nous n’étions pas des amis… Mais nous étions proches… Et je me souviens de toute une après-midi passée avec lui, dans une galerie bruxelloise où il exposait des œuvres qui n’avaient rien à voir avec ses bandes dessinées… Toute une après-midi, oui, à parler de la vie, de l’amour, du talent, de Schiele… Je me souviens aussi de notre dernière rencontre, il y a peu de temps, à Ath, dans le magasin « profil bd ». Me voyant l’attendre pour une petite interview, il m’a simplement dit qu’en me voyant là, il était content, parce qu’il était en pays de connaissance…

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Aujourd’hui, j’ai l’âme à la dérive… Comme je l’avais lorsque je l’ai vu à l’enterrement d’une amie commune. Je me rappelle très exactement ce qu’il m’a dit, ce jour-là, au cimetière : « Tu me connais, je ne suis pas du genre à être ému. Mais ton texte, là, il m’a mis la larme à l’œil. » !

Il n’y a pas de ciel, me disait-il à Ath… Pourtant, j’aimerais qu’il y en ait un, et qu’Hermann y retrouve Eliane, cette amie commune… Josiane, qu’il passionnait d’album en album…

Ath… Une petite ville dans laquelle un magasin bd fait un boulot exemplaire… Le dernier endroit où j’ai rencontré Hermann… Où je lui ai tendu mon micro, à l‘occasion de la sortie du Jeremiah 42… Pour une interview que je ne peux que vous faire écouter, aujourd’hui, l’interview d’un homme, d’un sanglier ardennais dont Jean-Claude Servais me disait, en novembre dernier, combien il l’admirait…

Jacques (et Josiane) Schraûwen

INTERVIEW REALISEE AU « PROFIL BD » A ATH

Habemus Bastard – Deux albums pour un polar endiablé et iconoclaste

Habemus Bastard – Deux albums pour un polar endiablé et iconoclaste

Un tel titre ne cache pas, en effet, que le récit dans lequel on va se plonger se fiche totalement de la bienséance, détournant sans détours la fameuse annonce de l’élection d’un nouveau pape.

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Oui, avec ce diptyque, vous allez pouvoir vous plonger dans un récit pour le moins iconoclaste ! Ce n’est pas d’un pape qu’il s’agit dans cette histoire, dont le deuxième et dernier volume s’intitule « un cœur sous une soutane ». Ce n’est d’ailleurs nullement d’un homme de Dieu qu’il s’agit ! Mais d’un homme de main qui débarque dans une petite cité, sous le nom de Père Philippe… Et au début de l’histoire, tout ce qu’on sait, c’est qu’il fuit quelque chose… Quelqu’un… Et que ce tueur à gages pense trouver, en jouant le rôle d’un prêtre, un abri sûr…

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Disons-le tout de suite : ce mélange entre deux mondes, celui de la religion et celui des truands, ce n’est pas une nouveauté. Le cinéma, par exemple, a utilisé bien des fois cette thématique faite d’opposition de réalités, d’idéologies, d’univers même. Les exemples ne manquent pas : La Main gauche du seigneur, par exemple, avec Humphrey Bogaert… Ou Pale Rider de et avec Clint Eastwood… Ou encore la nuit du chasseur avec Robert Mitchum… Mêler ainsi la religion et la violence n’est, c’est vrai, pas chose nouvelle, ni dans le cinéma, ni dans la littérature… La série Soda ne nous montre-t-elle pas, avec talent, depuis des années, les aventures d’un policier qui se fait passer pour un prêtre?

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Et donc, qui dit thème connu, impose, pour qu’un album nouveau mérite le détour, d’indubitables qualités. Et c’est le cas ici, avec le dessin de Sylvain Vallée, le scénario de Jacky Schwartzmann et les superbes couleurs d’Elvire De Cock. Ce livre, résolument, se veut totalement amoral, immoral même… Ce n’est pas de sabre et de goupillon qu’on parle, mais de flingue et de crucifix. Le scénario est touffu, semble filer dans tas de sens différents, dans des tas d’histoires qui paraissent n’avoir aucun rapport entre elles et s’entremêlent jusqu’à une fin en apocalypse encore plus iconoclaste que tout le reste de cette mini-série en deux albums ! Il y a des morts, de la drogue, des jeunes pas du tout paumés, des entrepreneurs véreux, des truands avides de vengeance, des paroissiens étonnés… Il y a un dialogue à la Audiard, l’humour des mots en moins mais le réalisme sanglant en plus… Cela aurait pu être une histoire très noire, et ce l’est en partie, mais en lorgnant vers Tarentino et son ami Rodriguez…

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Avec des planches éclatées comme l’est l’action, avec des jeux de perspective nombreux, avec un graphisme au plus près des expressions des personnages, ce livre est enthousiasmant ! Une belle réussite, sans aucun doute possible ! Endiablée, l’histoire qu’il nous raconte nous emporte de bout en bout sans temps mort. Tous les personnages créés au fil des pages, truands notoires, gitans, croyants, athées, profiteurs, même les plus humbles, les plus éphémères dans la trame du récit, ont une vie propre, un langage personnel, une manière de bouger qui fait qu’ils ne sont jamais uniquement des silhouettes ! Et le travail du scénario comme celui du dessin, parvient à créer plusieurs univers côte à côte sans que le lecteur, jamais, ne s’y perde.

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Une excellente histoire en deux tomes, donc, qui vous fera passer, j’en ai la certitude, d’excellents moments !

Jacques et Josiane Schraûwen

Habemus Bastard (dessin : Sylvain Vallée – scénario : Jacky Schwartzmann – couleurs : Elvire De Cock – éditeur : Dargaud – deux tomes – octobre 2024)