Michel Koeniguer – la mort d’un auteur qui avait encore bien des choses à nous montrer…

Michel Koeniguer – la mort d’un auteur qui avait encore bien des choses à nous montrer…

Le décès d’un dessinateur de bande dessinée, c’est toujours la disparition d’un univers de récits, de rêves, de partages…

Michel Koeniguer © Paquet

Michel Koeniguer n’était pas de ces auteurs qui aiment se montrer, qui aiment occuper l’avant de la scène. Il était d’abord et avant tout un artiste passionné par les récits qu’il dessinait.

Il allait avoir 50 ans, et son talent, au fil des séries qui furent les siennes, n’avait cessé de s’affirmer, de se peaufiner, tant au niveau graphique qu’au niveau narratif.

Sa carrière s’est essentiellement construite au sein des éditions Paquet, une maison d’édition qui lui a permis d’aller au bout de ses envies de nous raconter des histoires s’écartant, bien souvent, des sentiers battus.

On ne peut qu’être, déjà, ébloui par sa maîtrise réaliste dans sa série Bushido, série violente, sanglante, très « comics »…

Michel Koeniguer © Paquet

On a aussi été surpris par l’évolution de son dessin dans une série comme Misty Mission, dans laquelle l’aviation est un personnage essentiel.

Michel Koeniguer © Paquet

Autre style, encore, axé sur une femme, dans Brooklyn 62nd, un polar violent à l’américaine, sans temps mort.

Michel Koeniguer © Paquet

Et puis, c’est dans la guerre 40-45 que Koeniguer a puisé l’inspiration de quelques albums, dont le puissant Berlin sera notre tombeau, dans lequel il nous fait suivre les ultimes combats de la légion Charlemagne, de triste mémoire… Une histoire d’une étonnante fragilité, loin de tout jugement a posteriori… Un récit profondément humain…

Michel Koeniguer © Paquet

Il était de ces auteurs qui, tranquillement, vont puiser dans leur imaginaire comme dans la réalité les bases d’œuvres à taille d’homme, toujours.

Jacques Schraûwen

Jean Graton

Jean Graton

La mort d’un pionnier du neuvième art.

Il avait 97 ans. Et il a créé un personnage qui, depuis 1957, résiste à toutes les modes et continue à éblouir bien des lecteurs passionnés par l’automobile.

Jean Graton © Graton

Français de naissance, mais attiré par le dessin, c’est tout naturellement qu’adolescent Jean Graton est venu s’installer en Belgique, la terre de la bande dessinée, celle d’Hergé, De Jacobs, de Jijé.

De dessins publicitaires en dessins d’illustration pour un journal belge, il va, à l’âge de 26 ans, se retrouver dans une équipe qui créait les fameuses « Histoires de l’Oncle Paul ». Ce fut le temps des apprentissages, avec, à ses côtés, des gens comme Jean-Michel Charlier et Victor Hubinon, et sans doute l’immense Eddy Paape.

Passant de Spirou à Tintin, il va continuer pendant quelques années à dessiner et raconter l’Histoire, de manière didactique, et avec comme but une certaine éducation, voire édification, de la jeunesse.

Jean Graton © Graton

Et puis vint l’heure, au début des années 50, de créer un personnage qui lui appartienne totalement, qui appartienne au monde de la fiction, tout en gardant un réalisme total dans les attitudes, les décors, les mouvements, l’époque, la passion… Parce que c’est bien de passion qu’il s’agit, de passions plurielles, parce qu’en créant Michel Vaillant, Jean Graton réunissait celle qui oui fut inculquée par son père, la course automobile, et celle qui l’animait depuis des années déjà, la bande dessinée.

Et ce fut un premier album, en 1959, « Le Grand Défi », dans lequel Graton, déjà, montrait tout son talent de dessinateur réaliste, certes, mais surtout peut-être de maître du mouvement, du « geste », de la « vitesse »…

Jean Graton © Graton

Michel Vaillant a, à ce jour, vécu une septantaine d’histoires. Bien sûr, au fil des années, le dessin a évolué, et les scénarios également. A ses débuts, la course automobile était pour Michel Vaillant un métier, qui n’était en fait qu’un arrière-plan d’aventures au sens large du terme. Petit à petit, la course et ses circuits, ses vrombissements, ses sportifs ont pris de plus en plus de place. C’est sans doute ce virage progressif qui a fait de Michel Vaillant une icône parmi tous les amateurs d’autos, au fil des années.

Parce que c’est cela qui est remarquable, chez Graton : le besoin qui a été le sien de toujours insérer totalement son héros dans le quotidien de l’époque où il le dessine. Le dessin évolue, comme évoluent les décors, comme évoluent les voitures et leurs performances, les circuits et leur sécurité. Michel Vaillant et son complice Steve Warson ne vieillissent qu’à peine… Mais le monde autour d’eux, lui, vieillit, change.

Jean Graton © Graton

Il est vrai qu’on peut penser que Jean Graton est l’auteur d’une seule série, d’un seul personnage, mais c’est loin d’être le cas. Bien évidemment, on ne peut nier que le monde du sport et de la performance, celui de la vitesse et de ses records ont toujours occupé la place privilégiée dans son travail. Il a été ainsi l’auteur d’une héroïne et de sa moto, avec Julie Wood. Mais aussi celui du tour de France et de ses forçats de la route.

Jean Graton © Graton

Et puis, avec son épouse Francine, il a mis en scène une histoire très familiale, très fleur bleue, presque inspirée par les romans-photos qui avaient un indéniable succès dans les années 60 et 70. Les Labourdet ont trouvé leur public, et leur côté désuet, ma foi, permet à cette série de se révéler presque sociologique, tout comme Boule et Bill par exemple. Et d’avoir, de nos jours encore, ses vrais fans !

Jean Graton © Graton

Avec Jean Graton, c’est tout un pan de l’Histoire de la bande dessinée qui s’efface. C’est toute une époque qui revient en mémoire. C’était un grand monsieur de la bd, et je peux ici avouer que j’ai, en très piteux état il faut le dire, « Le Grand Défi » depuis mes 6 ans, et qu’il reste pour moi un vrai livre culte.

Jacques Schraûwen

Berck

Berck

La mort d’un auteur populaire et efficace !

Qu’est- ce que l’efficacité, quand on parle de création, de littérature, de bande dessinée ? La capacité d’un créateur à se trouver proche de celles et de ceux qui regardent ou lisent ses œuvres.

Berck © Berck

A ce titre, on peut dire que Berck, qui vient de mourir à 91 ans, a été, tout au long de sa prolifique carrière, un dessinateur extrêmement efficace.

C’est dans l’hebdomadaire « Tintin » qu’il a débuté comme auteur de bande dessinée, après avoir fait de l’illustration et de la « réclame ». Et, excusez du peu, son premier personnage, Strapontin, est né sous la plume d’un scénariste exceptionnel, Goscinny.

Berck © Berck

C’est avec Vidal qu’il a créé Rataplan, également, parvenant à mélanger à l’histoire napoléonienne un humour parfois très acerbe.

Peut-être cet humour parfois débridé, parfois très critique aussi, n’a-t-il pas eu l’heur de plaire à d’aucuns, au Lombard, et faut-il voir là son départ pour le concurrent Spirou.

Berck © Berck

Là, il a dessiné avec des scénaristes comme Macherot ou Delporte, trouvant dans cet univers à a fois poétique, humoristique et décalé de quoi alimenter son dessin et le rendre de plus en plus parlant. Il faut dire qu’il côtoyait Franquin, pour qui il a toujours voué une admiration sans borne. Sans pour autant, loin s’en faut, l’imiter, le plagier, tout comme il ne l’a pas fait pour un autre de ses modèles, Macherot.

C’est chez Spirou aussi qu’il a créé, avec Raoul Cauvin, un scénariste qu’Angoulème ferait bien de couronner un jour, une série policière déjantée tout en restant accessible à tout le monde : Sammy.

Berck © Berck

Une série dont il a dessiné quelque trente-et-un albums, avant de laisser la place à Jean-Pol.

Parallèlement à cette saga, Berck assumait d’autres aventures graphiques en néerlandais, dont une histoire de scouts. Ce qui rappelle, également, qu’il fut aussi illustrateur de temps à autre, de la Fédération des Scouts Catholiques de Belgique, pour leurs calendriers.

La bande dessinée, bien des auteurs et des exégètes aujourd’hui l’oublient, n’existe dans sa diversité que parce qu’elle fut, dans son évolution, d’abord un art populaire méconnu, destiné à un jeune public. Berck fait partie de ces artistes-là, pour qui le plaisir de dessiner et de raconter des histoires ne pouvait se concevoir sans se rapprocher du plus près possible de son lectorat.

Berck © Berck

Avec lui, c’est un des derniers représentants d’un âge d’or de la bande dessinée qui disparaît. Un de ces artistes qui savait ne pas se prendre au sérieux et éviter les dérives d’un intellectualisme soi-disant élitiste ! C’est cela, oui, l’âge d’or du neuvième art !

Jacques Schraûwen