Berck

Berck

La mort d’un auteur populaire et efficace !

Qu’est- ce que l’efficacité, quand on parle de création, de littérature, de bande dessinée ? La capacité d’un créateur à se trouver proche de celles et de ceux qui regardent ou lisent ses œuvres.

Berck © Berck

A ce titre, on peut dire que Berck, qui vient de mourir à 91 ans, a été, tout au long de sa prolifique carrière, un dessinateur extrêmement efficace.

C’est dans l’hebdomadaire « Tintin » qu’il a débuté comme auteur de bande dessinée, après avoir fait de l’illustration et de la « réclame ». Et, excusez du peu, son premier personnage, Strapontin, est né sous la plume d’un scénariste exceptionnel, Goscinny.

Berck © Berck

C’est avec Vidal qu’il a créé Rataplan, également, parvenant à mélanger à l’histoire napoléonienne un humour parfois très acerbe.

Peut-être cet humour parfois débridé, parfois très critique aussi, n’a-t-il pas eu l’heur de plaire à d’aucuns, au Lombard, et faut-il voir là son départ pour le concurrent Spirou.

Berck © Berck

Là, il a dessiné avec des scénaristes comme Macherot ou Delporte, trouvant dans cet univers à a fois poétique, humoristique et décalé de quoi alimenter son dessin et le rendre de plus en plus parlant. Il faut dire qu’il côtoyait Franquin, pour qui il a toujours voué une admiration sans borne. Sans pour autant, loin s’en faut, l’imiter, le plagier, tout comme il ne l’a pas fait pour un autre de ses modèles, Macherot.

C’est chez Spirou aussi qu’il a créé, avec Raoul Cauvin, un scénariste qu’Angoulème ferait bien de couronner un jour, une série policière déjantée tout en restant accessible à tout le monde : Sammy.

Berck © Berck

Une série dont il a dessiné quelque trente-et-un albums, avant de laisser la place à Jean-Pol.

Parallèlement à cette saga, Berck assumait d’autres aventures graphiques en néerlandais, dont une histoire de scouts. Ce qui rappelle, également, qu’il fut aussi illustrateur de temps à autre, de la Fédération des Scouts Catholiques de Belgique, pour leurs calendriers.

La bande dessinée, bien des auteurs et des exégètes aujourd’hui l’oublient, n’existe dans sa diversité que parce qu’elle fut, dans son évolution, d’abord un art populaire méconnu, destiné à un jeune public. Berck fait partie de ces artistes-là, pour qui le plaisir de dessiner et de raconter des histoires ne pouvait se concevoir sans se rapprocher du plus près possible de son lectorat.

Berck © Berck

Avec lui, c’est un des derniers représentants d’un âge d’or de la bande dessinée qui disparaît. Un de ces artistes qui savait ne pas se prendre au sérieux et éviter les dérives d’un intellectualisme soi-disant élitiste ! C’est cela, oui, l’âge d’or du neuvième art !

Jacques Schraûwen

Malik : la mort d’un auteur de bd populaire.

Malik : la mort d’un auteur de bd populaire.

L’année 2020 creuse de grands vides dans le monde de la bande dessinée.

Malik est mort…

Malik © Malik

Ce dessinateur étonnant, réaliste parfois, humoristique souvent, érotique de temps à autre, poétique avec finesse, est décédé dans un incendie.

Résumer la carrière de cet artiste de 72 ans tient de l’impossible, tant il a abordé, tout au long de sa fertile carrière, bien des thèmes différents.

Ce fut d’abord, dès 1973, une série qui surprenait dans les pages du journal de Spirou, Archie Cash. Un héros de papier qui ressemblait à Charles Bronson et qui faisait le coup de poing pour sauver la veuve et l’orphelin avec un réalisme graphique qui, à sa manière, dénotait chez Dupuis… Mais qui a eu, très vite, son public, puisque quelque 17 albums ont été édités.

Malik © Dupuis

Dans ce style réaliste, il y eut Johnny Paraguay, Chiwana, aussi, une héroïne sexy, batailleuse et efficace.

Malik © Malik

Du côté du dessin non réaliste, Malik a été l’auteur d’une autre série à succès, Cupidon, les aventures humoristiques d’un petit dieu ailé à figure d’angelot, un personnage sans cesse en butte à toutes les difficultés que des humains peuvent avoir pour créer des liens amoureux. (https://www.rtbf.be/culture/litterature/detail_cupidon-22-une-copine-pour-cupidon?id=7766182)

Malik © Dupuis

Il s’est aussi amusé, il n’y a pas d’autre mot, et avec polissonnerie, à s’aventurer dans l’érotisme, en illustrant des chansons cochonnes et paillardes…

Malik © Malik

Pour l’avoir rencontré, je peux dire que Malik était quelqu’un de jovial, quelqu’un qui croyait en l’amitié, aussi, et qui l’a prouvé entre autres en se faisant l’illustrateur de chansons de son ami Georges Chelon, avec, là, un vrai sens de l’observation et de la poésie quotidienne. (https://www.rtbf.be/culture/article/detail_georges-chelon-dans-la-cour-de-l-ecole-un-cd-illustre-par-malik-jacques-schrauwen?id=9199464)

Du haut de ses 72 printemps, il avait toujours dans la tête des projets…

Malik, c’était un de ces dessinateurs pour qui le mot « populaire » était un compliment. Les gens, leurs sourires, leurs mains tendues, c’est cela, sans doute, qui le poussait à toujours vouloir, non pas plaire, mais amuser, intéresser, sans pédanterie, et, même, avec une vraie et sympathique discrétion.

Jacques Schraûwen

Richard Corben : la disparition d’un des vrais génies de la bande dessinée !

Richard Corben : la disparition d’un des vrais génies de la bande dessinée !

L’histoire de la bd est chaotique, diverse.

De ce côté-ci de l’Atlantique, on a tendance à considérer la bande dessinée américaine comme une espèce de pis-aller de la bd européenne.

Richard Corben © Corben

C’est, bien évidemment, un raccourci inacceptable.

La BD américaine, fort heureusement, ne se cantonne pas aux seuls super-héros, même si, parmi eux, il se trouve quelques créations qui méritent le détour, comme le Surfer d’Argent.

La bande dessinée américaine, c’est la série des Peanuts… C’et Will Eisner, c’est Bernie Whrigtson, c’est Crumb, c’est Kubert, Buscema, et tant d’autres encore.

Et c’est aussi, surtout même à mon humble avis, Richard Corben.

Richard Corben © Corben

Je parlais de Will Eisner… IL faut souligner que Corben fut, pendant un certain temps, coloriste de la série du Spirit de ce maître de la bd américaine.

On a pu cantonner Corben à un seul style de bande dessinée, l’horreur, le fantastique. Et s’il est vrai que Richard Corben a toujours voulu raconter des histoires qui s’éloignent résolument d’une réalité connue de tout un chacun, il ne l’a jamais fait gratuitement… Il l’a fait avec une volonté, parfois discrète, d’aborder des thématiques qui ont sous-tendu toute son œuvre.

Richard Corben © Corben

Le fantastique, oui… Dans la seule mesure où les mondes de l’ailleurs pouvaient lui permettre de parler, aussi, des dérives de nos présents.

Dessinateur également souvent qualifié d’underground, comme Crumb, ou Bodé, il a largement dépassé ce cadre trop étroit pour lui. Il a créé des personnages qui ont marqué l’Histoire de la bande dessinée, en y apportant, d’une part, un sens narratif et une imagination toujours étonnants, d’autre part une approche de l’érotisme tout en courbes, tout en reliefs charnels, avec une sorte de travail sur une troisième dimension graphique qui n’a jamais été égalé !…

Richard Corben © Corben

Du haut de mes âges en automne, je me dois d’avouer que j’ai toujours eu, pour Corben, bien plus que de l’admiration… Cet artiste, aimant les opulences de la chair comme celles des trames narratives, a, à sa manière, presque humblement, influencé profondément la bd… L’américaine comme l’européenne…

Lisez, relisez, relisez encore tous les livres de Richard Corben ! Il est pour la bande dessinée un des moteurs essentiels qui en ont fait un art adulte, majeur, exceptionnel !…

Richard Corben © Corben

Lisez Den, Rolf, Ogre…

Lisez Corben c’est la meilleure manière de lui rendre hommage, de lui rendre justice !

Il avait 80 ans. Et, avec lui, c’est un vrai monument du neuvième art qui disparaît…

Jacques Schraûwen