La Fragilité Des Hommes – il faut aimer la vie et aimer en parler

La Fragilité Des Hommes – il faut aimer la vie et aimer en parler

Vincent Zabus et Nicoby nous offrent un album dans lequel la tendresse et l’intelligence étincellent des mille feux de la poésie, de l’humanisme, du talent…

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Vous êtes peut-être comme moi… Moi qui en ai marre de ce que les pontes de la « critique » bd nous conseillent… Le dernier Sfar, le nouveau Van Hamme, le tristounet Lucky Luke au scénario insignifiant, les Astérix qui feraient pleurer Goscinny, les élucubrations sans âme d’un Gaston aux mains de deux tâcherons, et toutes ces « reprises » nostalgiques, Blake et Mortimer par exemple, et puis tous ces romans graphiques qui n’ont de roman que l’étiquette et de graphique pas grand-chose ! Quand j’entends ces critiques, je me dis bien souvent que ces membres des médias n’ont pas lu les livres qu’ils encensent…

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Oui, je sais, tout cela ne se dit pas ! Seulement, et même si cela m’a déjà joué bien des tours, je n’ai jamais eu l’habitude de me taire… Seulement, parler de ces livres qui me sont tombés des mains, je n’en vois pas l’utilité, ou très rarement, même si je reconnais qu’en dire du mal, haut et fort, cela fait du bien ! Depuis les presque vingt ans que je chronique les bd que j’ai lues, j’ai toujours choisi de parler de celles que j’ai aimé lire… Et l’album que je vais aujourd’hui proposer à votre curiosité, à votre intérêt, est un album à ne pas rater ! Un livre humain, comme il y en a peu, comme il y en a trop peu…

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Vincent Zabus est un scénariste qui puise ses inspirations dans les existences qui l’entourent, dans les activités qui sont les siennes en dehors de la bande dessinée, dans son passé d’enseignant aussi, et, surtout, dans le regard bienveillant et presque utopiste qu’il pose sur le monde qui l’entoure… Plus que sur le monde, sur les gens, simplement, les gens simples dans la simplicité de chaque jour…

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Puisque ce livre se plonge dans une pratique théâtrale, celle du « glanage », usons d’un vocabulaire particulier… Il y a d’abord le narrateur, qui s’avère être le village de « Mouais »… Il y a une metteuse en scène, venue d’ailleurs, Fanny… Il y les acteurs, les femmes et les hommes qui vivent à « Mouais » et qui n’ont jamais eu d’autre horizon que celui de leurs rues… Parmi eux, Il y a Michel, qui décide de redonner vie à une ancienne salle de spectacle oubliée… Il y a aussi le meilleur ami de Michel, François Sauvage, et les copains de bistrot, et ces vieilles personnes qui vivent dans un ehpad…

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Fanny n’est pas une metteuse en scène… Parce que la scène, celle sur laquelle vont jouer tous les gens de ce village, ce sont les rues, les pas des maisons, les fenêtres ouvertes, les chemins perdus… Elle est la cheville ouvrière d’une forme de théâtre des rues qui, dans le spontané des rencontres, se fait universel. Fanny est une oreille, elle écoute les gens parler d’eux, de leur vie, de leurs passés, de leurs tristesses, de leurs révoltes. Et dans ce petit village, en parlant à cette jeune femme venant du théâtre de rue, les acteurs se livrent… Se délivrent… Et le spectacle qui se construit peu à peu possède une seule unité : celle de raconter, par bribes, des quotidiens qui survivaient et qui, en osant se révéler, vivent vraiment… Les femmes de « Mouais », de tous les âges, participent très vite à cet étrange jeu à la fois culturel et simplement humain. Les hommes, par contre, ont une fragilité que Fanny va réussir à faire vaciller, doucement… Parce que vivre ensemble, c’est aussi parler ensemble, se connaître les uns les autres, s’accepter sans jugements…

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Et le plus fragile de ces hommes, celui qui, finalement est l’interlocuteur premier du narrateur, « Mouais », c’est François Sauvage… Qui va finir par réussir à terminer ses phrases, et à parler de lui… De ses failles… De ses souffrances, de ses deuils… Nous sommes tous des « François Sauvage »… Dans notre monde qui voit de plus en plus la solitude devenir une habitude d’existence, dans les cités comme en province, le poids de nos propres silences érode les mille vérités de nos mémoires… Ce livre se termine « bien »… Est-ce de l’utopie que de croire que les mots libres peuvent changer, si pas le monde, un petit coin de ce monde quand même ? Oui, sans doute… Parce que « la fragilité des hommes », c’est aussi celle de « l’Homme », masculin et féminin…

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Oui, c’est de l’utopie… Mais peut-on vivre sans utopie ? Zabus et Nicoby, le duo en osmose d’auteurs de ce livre, nous disent que toutes les utopies sont bonnes à prendre, pourvu qu’elles nous mettent en face de nous-mêmes… Et cette « Fragilité des hommes » est un arc en ciel de sensations, d’émotions, de sourires, de larmes, de poésie et de quotidien… Un arc en ciel qui sert de miroir à tous les possibles qui sont en nous !

Jacques et Josiane Schraûwen

La Fragilité Des Hommes (scénario : Zabus – dessin : Nicoby – éditeur : Dargaud – 2026 – 126 pages)

Fils De Bourge – le doux printemps 1936

Fils De Bourge – le doux printemps 1936

Eric Stalner est un dessinateur dont le dessin réaliste enchante le monde du neuvième art depuis quelque 90 albums… Amoureux de l’Histoire, des liens qu’elle peut -et doit- avoir avec le présent, il est aussi un superbe raconteur d’histoires…

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Le « fils de bourge », c’est François Bompierre, âgé de 17 ans. Il débarque à Gramont, une petite cité industrielle du centre de la France, avec ses parents et sa sœur. Le père, sous-directeur de l’usine locale, est autoritaire… L’éducation, pour lui, passe par sa ceinture qui claque sur le dos de son fils pour des punitions répétées… Mais nous sommes en 1935, et les notables et industriels voient monter tout autour d’eux un sentiment de révolte qui, petit à petit, devient révolutionnaire… Et la grève règne dans l’usine qui fait « vivre » une grande partie de la population locale…

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François, fils de Bourgeois, fils de notable, fils d’un sous-directeur dont l’idéologie se tourne vers l’Allemagne et son charismatique « guide », porte en lui la même révolte, mais exclusivement tournée vers son père… A chaque punition reçue, quinze coups de ceinture très exactement, il ferme les yeux, pense à une libellule cherchant à échapper à un crapaud. Cela l’aide, non pas à supporter la douleur, encore moins à l’accepter, mais à en faire, silencieusement, une force.

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Eric Stalner nous montre le quotidien de François… Le manque de vrais rapports familiaux, même avec sa sœur, sa haine pour son père, son absence de compréhension à l’égard de sa mère qui laisse faire. Permettez-moi, du haut de mon grand âge, de laisser ici parler ma mémoire personnelle. Intime… J’ai eu droit, enfant, à de telles punitions, moins répétées, certes, mais tout aussi cinglantes… Et j’ai toujours gardé la souvenance de la présence de ma mère regardant agir mon père sans dire un mot… Le temps a passé, sans que s’efface le souvenir, même si j’ai, au fil des années, compris les raisons de mon père, des raisons venues de sa propre enfance, des raisons d’éducation, des raisons ancrées dans un monde qui fut mais qui n’est plus, et qu’on ne peut juger, dès lors, qu’à l’aune du moment historique où elles ont régné.

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Fin de mon intervention personnelle… Parce que ce livre dépasse largement l’anecdote. François, solitaire, refusant de se joindre à la bande de jeunes bourgeois (comme lui) qui jouent au tennis, va s’éveiller à la vie en rencontrant une bande de non-bourgeois… En faisant, avec eux, l’apprentissage de la liberté et, en parallèle, de la colère, de la révolte, de la castagne avec le pouvoir établi, notables et flics… Son adolescence s’affirme et se vit désormais aux côtés des grévistes… Contre le pouvoir, contre son père… Contre son milieu. Ainsi, Stalner, au travers du portrait de ce fils de bourge, nous esquisse aussi le portrait d’une époque… Le front populaire va arriver, bientôt, et ses espérances vont vite être mises à bas par la haine officielle et étatique à l’encontre des bolchéviques, des Juifs et des francs-maçons… Bientôt va venir une époque d’ombre, de violence, et de mort…

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Sans aucun manichéisme, avec une fidélité historique fouillée sans jamais être pesante, Stalner nous remet en mémoire un univers qui devrait ne plus jamais exister, mais qui, cependant, repointe le bout de son horreur régulièrement. Les Bourges de 1935 lisaient Drumont et Mauras, pendant que les Prolétaires « éduqués » lisaient Blum et Aragon… Et si le livre dépasse l’année 1935, nous fait entrer, pendant quelques pages, dans les actions de la résistance, c’est pour nous montrer que, finalement, la libellule peut arriver à ne plus être dévorée par les crapauds de l’universelle connerie…

Jacques et Josiane Schraûwen

Fils De Bourge (auteur : Eric Stalner – éditeur : Grandangle – mai 2026 – 80 pages)

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Les foot maniacs : tome 24

Les foot maniacs : tome 24

De la bd gentillette et d’actualité…

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De la bd dans l’air du temps… Un album consacré, vous n’en serez pas surpris, au football ! Nous sommes en pleine coupe du monde, il était normal, donc, de parler ici, en quelques lignes, d’un album qui parle de foot, surtout, par le petit bout de la lorgnette, celui d’un humour bon enfant, potache, sans d’autre ambition que de faire passer un peu de bon temps entre deux mi-temps par exemple. Et nous en sommes au 24ème tome de cette série ! L’éditeur Bamboo aime ce genre de livres nous montrant un métier, un sport, une catégorie de gens, d’animaux, toujours par le biais du sourire, celui de l’humour…

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On peut parler de bd « tout-venant » parlant de catégories humaines très variées… Il y a les profs, les blagues à toto, la vie au zoo, la mythologie, l’équitation, etc. Et, donc, le foot ! Toutes ces séries utilisent le même canevas, des gags d’une page, un dessin souple, des couleurs très présentes, des personnages bien typés, et des « vannes » toujours sans méchanceté ! De quoi amuser un lectorat jeune, mais pas seulement… Parce qu’il s’agit quand même de caricatures sympas et parfois très justes… Celles des supporters… Celles des joueurs qui rêvent d’être stars…

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Et puis, coupe du monde oblige, donc, on y parle un peu de la coupe du monde ! Avec tous les proches du football club Palajoy qui vont suivre de près cette coupe du monde… Buts ratés, tacles loupés, blessés imaginaires… Tout y est. Même, comme l’annonce un petit autocollant en couverture, un rêve à réaliser : « album remboursé si la Belgique bat la France » ! A vérifier, on ne sait jamais, en allant voir sur le site de cet éditeur. Cela dit, il y a peu de chance que cela arrive, au vu de la piètre prestation des « diables », au vu de l’adulation imbécile offerte à « saint Lukaku » (je n’invente rien, ce sont des propos « sanctifiés » dits, stupidement et en outre erronément, par un commentateur sportif !) !

Jacques et Josiane Schraûwen

Les foot maniacs 24 – dessin : Saive – scénario : Sti – éditeur : Bamboo – 2026 – 48 pages)