Les foot maniacs : tome 24

Les foot maniacs : tome 24

De la bd gentillette et d’actualité…

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De la bd dans l’air du temps… Un album consacré, vous n’en serez pas surpris, au football ! Nous sommes en pleine coupe du monde, il était normal, donc, de parler ici, en quelques lignes, d’un album qui parle de foot, surtout, par le petit bout de la lorgnette, celui d’un humour bon enfant, potache, sans d’autre ambition que de faire passer un peu de bon temps entre deux mi-temps par exemple. Et nous en sommes au 24ème tome de cette série ! L’éditeur Bamboo aime ce genre de livres nous montrant un métier, un sport, une catégorie de gens, d’animaux, toujours par le biais du sourire, celui de l’humour…

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On peut parler de bd « tout-venant » parlant de catégories humaines très variées… Il y a les profs, les blagues à toto, la vie au zoo, la mythologie, l’équitation, etc. Et, donc, le foot ! Toutes ces séries utilisent le même canevas, des gags d’une page, un dessin souple, des couleurs très présentes, des personnages bien typés, et des « vannes » toujours sans méchanceté ! De quoi amuser un lectorat jeune, mais pas seulement… Parce qu’il s’agit quand même de caricatures sympas et parfois très justes… Celles des supporters… Celles des joueurs qui rêvent d’être stars…

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Et puis, coupe du monde oblige, donc, on y parle un peu de la coupe du monde ! Avec tous les proches du football club Palajoy qui vont suivre de près cette coupe du monde… Buts ratés, tacles loupés, blessés imaginaires… Tout y est. Même, comme l’annonce un petit autocollant en couverture, un rêve à réaliser : « album remboursé si la Belgique bat la France » ! A vérifier, on ne sait jamais, en allant voir sur le site de cet éditeur. Cela dit, il y a peu de chance que cela arrive, au vu de la piètre prestation des « diables », au vu de l’adulation imbécile offerte à « saint Lukaku » (je n’invente rien, ce sont des propos « sanctifiés » dits, stupidement et en outre erronément, par un commentateur sportif !) !

Jacques et Josiane Schraûwen

Les foot maniacs 24 – dessin : Saive – scénario : Sti – éditeur : Bamboo – 2026 – 48 pages)

Français Langue Etrangère – un livre qui parle d’un métier (trop) peu connu

Français Langue Etrangère – un livre qui parle d’un métier (trop) peu connu

Eric Salch, l’auteur de cet album, nous fait entrer, à sa manière, dans l’univers d’une enseignante de langue française pour un public adulte et immigré. Il se fait qu’une de mes filles exerce le même métier… C’est donc à elle que je laisse la parole dans cette chronique !

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Mon père m’a donné un « devoir » et, pour une fois, je l’ai fait sérieusement. J’ai ramené l’album « Français langue étrangère » de Salch à la maison et j’ai lu chaque chapitre attentivement, en prenant des notes. J’ai même poussé l’exercice plus loin en le prêtant à une collègue pour avoir son avis.

D’emblée, j’ai eu du mal à entrer dans l’album. Le dessin ne me plaît pas du tout : je le trouve très (trop) caricatural et, d’un avis partagé, agressif. Je ne comprends pas non plus le choix des couleurs : tout est gris, à l’exception de la chevelure rouge du personnage principal et de quelques éléments en jaune. C’est visuellement brut, presque violent, et ça ne donne pas envie de lire. Mais je l’ai fait. Par curiosité ? Par devoir ? Par nostalgie de l’époque où mon p’tit papa m’obligeait à lire pour ensuite lui raconter ?

Bref… entrons dans le vif du sujet.

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Pourquoi mon père m’a-t-il donné ce devoir, et pas à mes sœurs ? Pourquoi l’avoir partagé avec une collègue ? Simplement parce que cet album parle de notre métier, et que l’héroïne et moi avons à peu près le même nombre d’années d’expérience en français langue étrangère.

L’album est structuré en chapitres, chacun racontant une tranche de vie du quotidien de Marie, formatrice. Elle y décrit sa manière de donner cours, mais aussi les réactions et interactions de son public.

Une fois passé le cap du rejet du dessin, et en se concentrant sur le fond, on trouve des éléments très justes et parfois poignants, mais aussi des passages qui relèvent davantage de la caricature ou de l’exagération.

Le premier chapitre m’a immédiatement agacée : cette formatrice qui enchaîne mimes, grimaces et imitations grossières, face à un public qui rit “grassement”… ça ne m’a pas parlé.

Ensuite, ma casquette de syndicaliste a réagi dès le deuxième chapitre, lorsque la formatrice évoque la “journée de la femme” au lieu de la “journée des droits des femmes”. Oui, c’est un détail, mais c’est un combat que je mène chaque année. Ça m’a crispée, au point d’hésiter à arrêter ma lecture.

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Et pourtant, j’ai continué. Et l’auteur a su me rattraper, notamment à travers les récits des apprenants. Là, on touche à quelque chose de profondément vrai. On entre en classe avec un thème banal — le logement, la famille — et soudain, les histoires surgissent : une maison détruite, une famille disparue. Ce sont des réalités que l’on entend, malheureusement, trop souvent.

Et ça, il faut le dire. Il faut le montrer. Parce qu’on entend encore trop de discours simplistes du type “ils viennent prendre notre travail”. La réalité est bien plus dure : beaucoup ont fui des situations insoutenables. Et cet album, sur ce point, a le mérite d’ouvrir une fenêtre sur ces vécus.

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Cela dit, au fil de ma lecture, mon ressenti est resté très mitigé. Il y a du vrai, du sincère, mais aussi des représentations qui m’ont agacée.

On y découvre un public à la fois touchant et parfois déroutant. On y voit que chaque culture apporte ses propres codes, et que les formateurs et formatrices continuent d’apprendre, eux aussi, au quotidien. On y perçoit aussi la nécessité, parfois, de prendre de la distance pour se protéger.

Avec le recul, ma conclusion est claire : je n’ai pas vraiment aimé cet album. Mais il contient des vérités importantes, qui méritent d’être dites et entendues.

Alors si ce livre peut aider à ouvrir les yeux sur certaines réalités encore méconnues, alors oui, il mérite d’être lu.

Cécile Schraûwen

Français Langue Etrangère (auteur : Eric Salch – éditeur : Dargaud – mars 2026 – 136 pages)

Frankenstein – un album exceptionnel, de par ses nombreuses qualités, un livre à ne rater sous aucun prétexte 

Frankenstein – un album exceptionnel, de par ses nombreuses qualités, un livre à ne rater sous aucun prétexte 

Une adaptation de plus pour un roman bien connu ?…. Non, ce livre est bien plus que cela !

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Au départ, il s’agit, oui, d’un roman écrit, en 1818, par Mary Shelley… « Le Prométhée moderne », ou, plus simplement, Frankenstein ! Un roman qui nous raconte comment un scientifique veut créer la vie, y parvient, mais en faisant naître un monstre repoussant. Cette créature et son apparence font partie de l’imaginaire collectif, tant le cinéma en a fait ses choux gras, avec Boris Karloff, image mythique de ce personnage inhumain… Avec des films plus ou moins réussis, dont celui, le meilleur sans doute, de Kenneth Branagh… Ou, dans ce qui est à la fois un hommage et un pastiche, l’excellent « Frankenstein junior » de Mel Brooks. En bd aussi, plusieurs adaptations ont été faites… Mais celle de David Sala dépasse toutes les autres !

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D’abord parce qu’il s’agit d’une vraie adaptation… David Sala a opéré des coupures dans le livre originel, il a rajouté certaines choses, certains textes, même, dont celui qui clôture cet album.

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A partir d’une œuvre dont on nous dit qu’elle est « romantique » et usant d’un vocabulaire « ampoulé », David Sala a su dégager un style, un vrai style personnel, sans rien trahir du récit de base, et en faisant de ce romantisme gothique cher à Mary Shelley un langage actuel.

David Sala

Quand je parle de style personnel, je veux parler des thématiques que David Sala met en évidence… Des thèmes qui lui sont chers, comme les différences, comme l’amour, l’amitié, l’enfance… La violence, l’incompréhension… La solitude, le besoin freudien de tuer le père… A ce titre, David Sala nous livre métaphoriquement son regard sur le monde d’aujourd’hui, ses dérives, scientifiques et humaines…

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Il nous donne un double portrait. D’une part, celui du docteur Frankenstein, pas très sympathique, orgueilleux, froid, incapable d’assumer ses actes et leurs résultats, et leurs conséquences, un être pour qui la science est une parfaite divinité. Et d’autre part, celui de sa créature, immense personnage apprenant peu à peu à parler, à communiquer, mais condamné à rester seul… Et, lorsque cette créature se venge, c’est elle-même qu’elle fait aussi et surtout souffrir… Et ces deux portraits sont ceux de deux existences qui ne peuvent s’affirmer que dans la peur et sa sœur la mort. Deux destins unis éternellement par la grâce de la littérature, et qui, de ce fait, deviennent universels…

David Sala

Et puis, il y a la couleur… Ce livre est une vraie prouesse graphique ! On peut, en tant que lecteur, y trouver des références à des peintres très différents les uns des autres. Personnellement, j’ai croisé les ombres de Klimt, de Grosz, de Rouault… Mais ce ne sont là que des sensations personnelles, parce que le talent de David Sala est de laisser parler, librement, son âme d’artiste, et de faire de la couleur l’élément le plus respectueux qui soit du récit qu’il illustre, qu’il construit.

David Sala

Ce n’est pas un livre d’horreur…Ce n’est pas uniquement un livre de science-fiction… C’est un livre d’émotions, de sensations, de sentiments. Un récit qui mène du désir de découvrir à la création, de la création à l’abandon. Un livre qui, sans arrêt, parle de la mort, tout en disant qu’elle laisse des présences immuables… C’est un livre qui montre qu’on ne part jamais, mais qu’on fuit toujours… La foi en un dieu rationnel est tout aussi irrationnelle que celle en n’importe quelle divinité, et chaque foi, en quoi que ce soit, ne devient-elle pas une funeste passion ?…

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Il y a dans cet album des portes entrouvertes, des réflexions totalement humaines, des liens incessants entre tous les passés et tous les présents… C’est un livre somptueux, dont on peut, inlassablement, parler, y découvrant continuellement des beautés, des symbolismes, de la poésie qui se déroule librement dans les dernières pages, comme s’est enfui, en d’autres temps, le bateau ivre de Rimbaud… Un livre, oui, qui, d’ores et déjà, j’en ai la certitude, sera une des meilleurs parutions de l’année 2026!!!

Jacques et Josiane Schraûwen

Frankenstein (auteur : David Sala – éditeur : Casterman – avril 2026 – 232 pages)

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