Le Vent dans les Saules – une intégrale « prestige » à mettre en bonne place dans toutes les bibliothèques bd !

Le Vent dans les Saules – une intégrale « prestige » à mettre en bonne place dans toutes les bibliothèques bd !

La bande dessinée « animalière » ne manque pas de représentants importants… Macherot… Hausman… Servais… Autant d’auteurs qui ont su, avec chacun son talent, son regard, plonger leurs lecteurs dans le monde de la nature…

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Et il y a aussi un chef d’œuvre du neuvième art, ce « Vent dans les saules » que les éditions Delcourt ont la bonne idée de rééditer en un très bel album au dos toilé, d’une belle dimension, et qui nous rappelle que son auteur, Michel Plessix, mort bien trop tôt, il y a neuf ans, était et reste un artiste essentiel d’une bande dessinée intelligente et refusant toute mode…

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Certes, ce « Vent des saules » est, au départ, un roman, mythique, paru dans les années 1930. Un roman qui entraîne ses lecteurs à la découverte de quelques personnages hauts en couleurs, très typés mais jamais caricaturaux… Des personnages que Michel Plessix a fait bien plus qu’adapter, des personnages qu’il s’est appropriés, des personnages qui sont devenus les siens !

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Il y a Taupe, maladroit, émotif. C’est, d’une certaine manière, le personnage central, axial plutôt, de cet album. Taupe qui abandonne son grand ménage de printemps pour se balader avec ses amis. Rat, paresseux et rêveur, poète aussi… Loutre, sanguin… Blaireau, la famille Hérisson… Et puis, il y a Crapaud, toujours imprévisible, toujours prêt à exploser de colère, lui dont les folies vont entraîner tous ces petits êtres de la nature dans des aventures de toutes sortes.

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Des aventures souriantes, des aventures poétiques, mais des aventures pas toujours amusantes… Parce que le monde des animaux et le monde des humains ont bien des défauts en commun ! Et c’est là que le roman, comme la bd de Plessix, fait preuve d’une exceptionnelle qualité : celle de nous offrir une fable dans laquelle nous pouvons, toutes et tous, nous reconnaître ! Il y a de la violence, il y a de l’injustice, il y a de la révolte… Il y a surtout de l’amitié, de l’entraide, de l’acceptation des différences… Dans cette bande dessinée, destinée à tous les publics, à tous les âges ou presque, et à l’instar des auteurs que j’ai cités en préambule, c’est notre société qui est montrée… Mais elle l’est, même objective, avec une tendresse et un sens de l’espoir fabuleux ! Plessix était un magicien…L’univers britannique qu’il nous montre, de page en page, de dessin en dessin ai-je même envie de dire, est un paysage de rêve, de beauté. Plessix dessine et peint le printemps pendant 128 pages, sans jamais édulcorer le récit, mais en l’intégrant dans une narration silencieuse et plus grande, celle de la poésie, celle de l’existence et de ses choix, celle du bonheur de vivre loin de toute solitude…

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Tous les livres de Michel Plessix, que j’ai eu le plaisir d’un jour rencontrer, sont des chefs d‘œuvre de la bande dessinée, croyez-moi ! A côté de la pléthore d’albums finissant de plus en plus par tous se ressembler, cette intégrale est à ne pas rater ! Une histoire mythique éclairée par un talent exceptionnel !

Jacques et Josiane Schraûwen

Le Vent dans les Saules – intégrale prestige (auteur : Michel Plessix – éditeur : Delcourt – avril 2026 – 128 pages)

Victor Hugo : La Bouche d’ombre

Victor Hugo : La Bouche d’ombre

De 1853 à 1885, celui qu’on a appelé le plus grand poète de son temps nous montre ici sa part d’ombre… Une ombre faite, bien évidemment pour Victor Hugo, de mots…

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Je ne sais pas si vous êtes comme moi… Mais je l’avoue, les « génies », les « héros », les « stars », les « plus grands », tout cela, depuis bien longtemps, m’horripile au plus haut point… Je n’éprouve aucune adoration pour les premiers des hit-parades, pour les philosophes et leurs certitudes, pour les grands hommes, pour les stratèges et leurs cortèges sanglants… Je n’ai pas plus de respect pour la plupart de ceux que les modes imposent comme étant des « grands » écrivains ! Baudelaire, de son vivant, ne fut pas un « grand », ni Rimbaud, ni Lautréamont, ni Villon, ni Scève, ni Michaux…

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Tout cela pour vous dire que Victor Hugo, remis à la mode grâce aux relectures, aux réécritures que sont les comédies musicales, que sont des adaptations de toutes sortes, au cinéma comme dans la littérature, tout cela pour vous dire que Hugo n’a jamais fait partie de mes préférences littéraires… Certes, il a à son actif, dans la pléthore de ses textes, quelques poèmes exceptionnels, des poèmes qui s’éloignent de ses « productions » pour parler à l’âme sans rien de pompeux… « Demain dès l’aube… » par exemple… Ou « Je ne songeais pas à Rose… » ! Je reconnais aussi qu’il a eu le sens de l’action, de la description, de l’aventure humaine, donc, dans ses « Misérables » entre autres… Mais dites-moi, qui, aujourd’hui, a véritablement lu « Notre Dame de Paris », ou ces « Misérables » avant, ou après, qu’ils ne soient transformés en chansons adulées ?

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Tout cela pour vous dire que je me suis réjoui de lire cette bande dessinée qui n’est pas une œuvre de plus en hommage à un écrivain ancré dans l’Histoire par décisions officielles… C’est un livre qui, tout au contraire, nous montre un personnage dont le moins que l’on puisse dire est qu’il fut, même vis-à-vis de ses contemporains, voire même de ses proches, terriblement ambigu. On le découvre, dans cet album, en exil, sur l’île de Jersey… Un exil, plus ou moins volontaire d’ailleurs, provoqué par la haine qu’il avait de Napoléon III… Vient l’y rejoindre un de ses jeunes admirateurs, un jeune homme pour qui Hugo est un « phare »… Il y rencontre le grand homme, toujours perdu dans les douleurs de la mort de sa fille Léopoldine. Une souffrance humaine superbement immortalisée dans des rimes d’une beauté absolue…. Il y rencontre surtout un homme sacrifiant, par orgueil et par chagrin, à une mode puissante, celle de l’ésotérisme, celle du spiritisme…

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Oui, Victor Hugo faisait tourner les tables… Oui, Victor Hugo dialoguait avec Léopoldine, mais aussi avec Galilée, Molière, et même l’océan, cet océan dont Hugo a raconté les vivantes tempêtes dans son « Oceano nox », quelques années auparavant. Et le Hugo que nous racontent Rodolphe au scénario et Olivier Roman au dessin, n’a rien d’une icône posée sur un immuable piédestal… C’est le portrait d’un homme malheureux, probablement, mais imbu aussi de lui-même… Un homme, dans un siècle voyant la raison prendre le pouvoir de plus en plus, s’enfouissant dans les méandres du renouveau d’une sorte de mysticisme sans religion… Un écrivain incapable d’accepter la mort de sa fille avec laquelle, incontestablement, il avait vécu une relation extrêmement fusionnelle, et cherchant, dès lors, une voie nouvelle, une voie de foi, sous l’égide de Delphine de Girardin, sorte de prêtresse vouée à un ésotérisme capable de faire illusion même chez les gens les plus intelligents…

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Rodolphe, en scénariste chevronné, sait raconter une histoire sans peser sur elle. Ici, en prenant comme base les retranscriptions faites par Hugo lui-même de ses séances de spiritisme, il nous livre le portrait d’un poète prêt à tout croire pour croire à sa propre éternité, mais aussi celui d’un époque… D’un moment de l’histoire humaine dans lequel le grand poète rêvait « d’une religion dans laquelle chacun s’adresse directement à Dieu »… Rodolphe le fait tranquillement, abordant entre autres, en parallèle de cette ode au mysticisme engendrée par Hugo, son combat contre la peine de mort… Mais il n’occulte en rien cette forme, répandue à l’époque, de croyance plus que de foi, et devenant, jusque dans les rêves de Hugo, le support de visions, de folie aussi… De folie surtout ! On a pu décrire Hugo comme visionnaire, surtout après la parution de ses « contemplations » et du dernier poème de cette œuvre qui a donné son titre à cette bd… Qu’en est-il, en réalité ?… Une tranche d’existence, de peur de la mort et de l’oubli aussi… Avec le dessin d’Olivier Roman, classique et lumineux, qui parvient à mélanger tout cela pour en faire un récit bien charpenté. Avec l’aide également, à ne pas passer sous silence, de la coloriste Cerise…

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Dans le journal des frères Goncourt, il y a quelques pages qui nous dévoilent un Hugo mercantile, empli d’orgueil, dont les écrits ne correspondent que peu à la réalité de ses quotidiens. Me reviennent en mémoire, par exemple, les lignes décrivant son attitude, chez Daudet, vis-à-vis de ses petits-enfants, une attitude intransigeante n’ayant aucun rapport avec son livre « L’art d’être grand-père »… Et ce que j’aime dans ce livre, c’est aussi cela : le refus tranquille d’être en adoration devant un homme dont un journal disait, lors de son décès, « qu’il était fou depuis plus de trente ans »…

Jacques et Josiane Schraûwen

Victor Hugo : La Bouche d’ombre (dessin : Olivier Roman – scénario : Rodolphe – éditeur : Anspach – 48 pages – mars 2026)

Voyages de Gulliver – un livre illustré par Lorenzo Mattotti

Voyages de Gulliver – un livre illustré par Lorenzo Mattotti

On a tendance, ces temps-ci, oublieux de ce qu’est la culture, au sens large du terme, de ne plus avoir mémoire des grands classiques de la littérature… Heureusement, il y a encore des éditeurs qui remettent en avant des livres, modernes dans leur forme, que tout le monde devrait (re)découvrir !

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C’est le cas, sans aucun doute possible, avec ces Voyages de Gulliver, écrits par Jonathan Swift, en 1721 (et publié une première fois en 1726), s’il vous plaît ! L’inconscient collectif actuel n’a retenu de ce roman que les péripéties de surfaces, les aventures échevelées et leurs sourires. C’est oublier que Jonathan Swift était aussi pamphlétaire et que, dans ce livre « d’aventures », il ne se prive pas du tout, loin de là, d’épingler les travers et les horreurs de son époque, politiquement, socialement… Avec, donc, une forme de philosophie humaniste qui manque, me semble-t-il, terriblement de nos jours !

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Oui, Swift était pamphlétaire… Et je ne peux que vous pousser à lire l’extraordinaire ouvrage de « La Pléiade », « Modeste proposition et autres textes »… On s’y plonge dans des virulences d’humour noir absolument remarquables… Absolument ancrées, non dans une époque, mais dans tout ce qu’une société peut engendrer comme attitudes et règles de vie !

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Avec Gulliver, son propos est, certes, plus discret… Mais au travers des différents voyages imaginaires de Lemuel Gulliver, chirurgien de marine, Swift nous parle, frontalement même, de son monde… En quatre chapitres, quatre voyages donc, les thèmes que l’auteur aborde, dénonce même, sont extrêmement variés : à Lilliput, on parle de guerre et de lois imbéciles les provoquant ; à Brobdingnag, Swift se livre à une critique en règle de la société anglaise et de ses règles autoritaristes ; à Laputa, à Balnibarbi, à Glubbdubdrib, à Luggnagg et au Japon, Swift parle de la violence d’état, de caste aussi, du pouvoir insensé de la science devenant dieu omnipotent, de l’âge et du vieillissement, de la mort, de la philosophie ; au pays des Houyhnhnms, enfin, c’est de la place de l’être humain face à l’animal que l’auteur nous parle. Au total, et c’est également là que le propos de Swift se fait universel, et contemporain, c’est de pouvoir et de différences que ce livre frémit de page en page…

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A ce texte dans lequel la satire et l’humour le disputent à l’observation et au récit passionnant, l’éditeur Futuropolis ajoute les illustrations d’un artiste, auteur de bd ET graphiste exceptionnel, Lorenzo Mattotti. En dessins sépia, presque esquissés parfois, en pleines pages aux couleurs d’une vivacité tonitruante, Madttotti ne se contente pas d’illustrer l’œuvre de Swift, mais il l’accompagne, il la poursuit, à sa manière… Ce qui est extraordinaire aussi, dans son dessin, c’est la liberté dont il fait preuve, laissant, en quelque sorte, ses œuvres se placer où elles veulent dans le récit qu’elles complètent. Il fallait un auteur tel que lui pour que la fidélité au texte se magnifie en touches variées, en variations de formes et de coloris, tout compte fait parallèles à l’écrit lui-même…

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Il faut lire, lire encore, lire toujours… Il faut lire, parce que les écrivains, les vrais, comme les vrais auteurs de bd, pas les faiseurs, sont des amis invisibles qui accompagnent nos vies en nous permettant la curiosité, donc l’intelligence. Swift a trouvé, dans cet ouvrage-ci, et après bien d’autres illustrateurs, sans doute un de ses meilleurs partenaires !

Jacques et Josiane Schraûwen

Voyages de Gulliver (auteur : Jonathan Swift – illustrateur : Lorenzo Mattotti – éditeur : Futuropolis – novembre 2025 – 356 pages)