L’Incroyable Histoire de la Géographie

L’Incroyable Histoire de la Géographie

Avec cet album, dans une collection qui raconte les grandes histoires de l’Histoire, on sourit, on apprend, on s’amuse…

copyright arènes bd

Ce n’est pas un livre récent, mais il mérite le détour… Et je pense, depuis longtemps, que cette habitude éditoriale de laisser vivre pendant un temps limité les albums est un vrai irrespect à l’égard des auteurs.  

copyright les arènes bd

Dessiné par Bercovici, dessinateur par ailleurs des femmes en blanc, cet album nous rappelle avec humour mais aussi fidélité historique que sans des vrais aventuriers, Google maps, le gps, les bonnes vieilles cartes routières, tout cela n’existerait pas…

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L’histoire de la géographie est incroyable, en effet, elle est le résultat d’hommes et de femmes, d’expéditions tumultueuses, d’aventures humaines, de découvertes de territoires et de gens, de cultures. Avec tout ce que cela comprend de manque de tolérance, de condescendance aussi.

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Ce livre, axé autour de l’exploration française, se partage en trois grands chapitres : le temps des explorateurs, le temps ces diplomates, et le temps des universitaires. De quoi nous faire remarquer, si besoin en était, que la géographie a toujours été également un moyen d’asseoir son pouvoir.

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C’est donc tout cela, animé par le dessin tout en vivacité de Bercovici, qui nous est raconté dans ce livre. Le bémol que j’ai, c’est que cet album est véritablement franco-français… Mais il reste cependant un excellent panorama d’une des réalités qu’on utilise le plus de nos jours : la localisation, le trajet, la mobilité, les vacances, les découvertes personnelles…

Jacques et Josiane Schraûwen

L’Incroyable Histoire de la Géographie dessin : Philippe Bercovici – scénario : Jean-Robert Pitte et Benoist Simmat – éditeur : Les Arènes BD)

Ils ont de la chance ma mamie et mon papi !

Ils ont de la chance ma mamie et mon papi !

Un livre pour enfants ?… Oui, mais pas seulement, loin s’en faut !

L’édition destinée à un jeune public a terriblement évolué ces dernières années. Grâce à un éditeur comme « L’école des loisirs », dont les « audaces » ont permis, au fil des années, à d’autres éditeurs de tracer, à leur tour, de nouveaux chemins éditoriaux…

© Casterman

Dans notre société occidentale, la famille n’a plus le sens qu’elle avait il y a un siècle, c’est évident ! Elle ne véhicule plus les valeurs qu’on retrouve dans d’autres continents, comme l’Afrique, et qui, jusque dans les années 60, étaient encore de mise de par chez nous.

Cependant, l’évolution des habitudes de travail, celle des contraintes d’un monde sans cesse en mouvement, tout cela a recréé un lien entre l’enfant et ses grands-parents. Il n’y a là rien de généralisé, sans doute, mais il y a incontestablement une tendance de plus en plus réelle.

De nombreux ouvrages sérieux ont ainsi fait la part belle à la place des grands-parents dans l’évolution d’un enfant, dans son éducation, dans sa manière d’appréhender le monde et ses libertés, et ses diktats.

Du côté de la « littérature » jeunesse, par contre, on en est le plus souvent resté aux clichés, sympathiques, certes, souriants, mais un peu mièvres, reconnaissons-le, tout en reconnaissant qu’il y a quand même pas mal d’exceptions à cette règle !

© Amélie Graux

Et parmi ces exceptions, en voici une, superbe, intelligente, qu’il faudrait offrir à tous les enfants qui ont la chance de pouvoir côtoyer leurs grands-parents, à tous les grands-parents ayant gardé une part de leur enfance ou de leur adolescence, et à tous les parents pour qu’ils se rendent compte que tout discours, aussi tolérant soit-il, peut s’enrichir de son contraire !

Marie-Agnès Gaudrat est auteure de bien des livres pour « tout-petits ». Amélie Graux, la dessinatrice, possède un sens évident de la mise en scène simple, avec une construction de ses dessins qui permet au regard du lecteur, enfant ou adulte, de se diriger vers l’essentiel… L’essentiel étant le plus souvent les sourires des personnages qu’elle dessine !

Ce livre nous montre des réalités quotidiennes… Celles d’un enfant persuadé que, grâce à lui, ses grands-parents ont de la chance de vivre des choses passionnantes ! Mais chacune de ses chances voit en quelque sorte son contrepoint également illustré, grâce à un livre construit en « rabats ».

© Amélie Graux

Et c’est là que ce petit album est jouissif : il nous montre à voir qu’on peut avoir de la chance d’être heureux de mille manières différentes… En jouant aux petits chevaux avec sa petite-fille ou son petit-fils, mais aussi en regardant la télé avec son époux ou son épouse dont on est toujours amoureux…

Le bonheur, nous dit-on, est éphémère…

Je pense pourtant qu’il peut s’éterniser par la magie des sourires que nous sommes prêts à partager.

Et ce livre, croyez-moi, est un sourire réjouissant qu’il faut partager avec tout un chacun, toute une chacune !

Jacques Schraûwen

Ils ont de la chance ma mamie et mon papi ! (dessin : Amélie Graux – texte : Marie-Agnès Gaudrat – éditeur : Casterman – 16 pages – septembre 2021)

Incroyable!

Incroyable!

Un PRIX ROSSEL totalement mérité !

De l’enfance à l’adolescence, la mise en scène littéraire et graphique d’une errance humaine… Ce livre a quelques mois d’existence, c’est vrai, mais il mérite assurément que vous le découvriez, si ce n’est pas déjà fait !

Incroyable! © Dargaud

Après « Les Ombres » qui nous parlaient, avec un spectre large, des migrations (in)humaines, revoici le duo formé par un scénariste belge et un dessinateur réunionnais. Avec comme résultat un livre en effet « incroyable » à bien des points de vue.

La trame du scénario, pourtant, est simple et se résume avec facilité. Un gamin, Jean-Loup, psychologiquement perturbé, collectionne les tocs. Le hasard va lui permettre de se découvrir, grâce à un concours « d’exposés », donc d’éloquence. De se découvrir, oui, et de commencer à vivre « normalement ». Et tout cet album va donc nous raconter l’évolution quotidienne de ce gamin.

Incroyable! © Dargaud

Seulement, avec Vincent Zabus, le mot « simplicité » n’a jamais sa place ! Et son écriture, car c’est bien d’écriture qu’il s’agit avec lui, s’apparente plus à l’automatisme surréaliste qu’à la tradition hergéenne.

On a l’impression qu’il se laisse entraîner, réellement, par les événements qu’il raconte, qu’il les laisse, en fait, faire exactement ce qu’ils veulent d’un récit qui, de ce fait, s’amuse à filer dans tous les sens, à ouvrir des portes nouvelles, sans arrêt, qui se refermeront ou s’ouvriront totalement plus tard dans le livre. Un peu comme si Zabus créait une banane, au début du livre, sans savoir qu’en fin d’album, cette banane allait accélérer l’action et le temps. La prouesse, c’est que tout cela tient parfaitement la route, qu’à aucun moment on ne se trouve, lecteur, perdu. Et que même Tchékhov appartient au rythme de la narration, des narrations plurielles.

Incroyable! © Dargaud

Jean-Loup, le héros paumé de cette histoire, je le disais, est perturbé et collectionne un peu tout ce qu’on sait d’un monde de l’enfance vivant « à coté de ses pompes ». Il est asocial. Il ne s’intègre pas parmi ses camarades de classe. Il a des tocs de toutes sortes. Il éprouve sans cesse le besoin de compter. Il a un ami virtuel, avec qui il dialogue, une figurine qui représente le roi Baudouin de Belgique.

On peut d’ailleurs le comprendre. A aucun moment, dans ce livre, on ne voit son père, trop occupé, toujours absent. Quant à sa mère, elle est bien présente, dans une urne funéraire, dans la chambre du gamin. Cela pourrait être du « mélo », mais c’est surtout du « vécu »…

Incroyable! © Dargaud

Parce que les apparences, avec Zabus, sont toujours trompeuses. Et la force de ce livre, sa force poétique ai-je envie de dire, c’est d’aller de l’autre côté du miroir, petit à petit, comme Caroll. Et de nous y entraîner, en douceur, avec sérénité.

Il y a sans aucun doute quelque chose d’autobiographique dans ce livre. Mais il s’agit d’une autobiographie universelle, en quelque sorte, dans laquelle chacun peut se reconnaître, à condition de ne rien renier de son enfance.

Pour Zabus, la vie est un grand théâtre où tout est possible, où tout peut être raconté.

Incroyable! © Dargaud

Pour Hippolyte, il faut que le dessin puisse accompagner les imaginaires plus ou moins réels de Zabus, ce qui fait que, graphiquement, on se balade tout au long de ce livre dans plusieurs styles. Dans plusieurs références, aussi, totalement maîtrisées, comme celle des illustrations de Jules Verne ou les dessins iconoclastes de Topor pour les têtes de chapitres.

C’est un livre qui se lit avec plaisir, avec le sourire, même si les sujets qui y sont abordés ne sont pas tous, loin s’en faut, amusants. L’absence, la maladie, la dépression, la folie, la solitude, l’abandon, la mort, aussi… La peur du lendemain, et, du coup, la volonté étrange de chercher sans cesse à mettre en fiches toutes les vérités du monde.

C’est un livre sur le temps qui passe, sur la nécessité de « grandir » sans pour autant perdre ce qu’on fut, ce qu’on a été, ce qu’on a rêvé.

C’est un livre sur la nécessité de parler, de SE raconter.

C’est un livre sur le hasard, sur tous les hasards qui nous créent et nous inventent mieux encore que nos certitudes.

Incroyable! © Dargaud

C’est un livre dont le maître-mot pourrait être : « A quoi ça tient » !

Jean-Loup ne veut pas « devenir comme… », et Zabus et Hippolyte lui donnent une existence à la fois poétique et réaliste, à la fois étrange et quotidienne. Une existence tout simplement incroyable comme le sont toutes les vies humaines !

Je ne suis pas un grand « fan » des prix qui, trop souvent, permettent à un aéropage d’intellectuels de couronner l’un des leurs sans tenir compte réellement du public.

Mais ce « Incroyable ! », qui parle de l’adolescence, qui nous la fait vivre dans une Belgique à peine fantasmée, qui refuse à la fois tout intellectualisme et tout simplisme, tant au niveau du texte que du dessin, cet album a reçu en 2020 le prix Rossel, et je ne peux que souscrire à cette récompense !

Et je ne peux, surtout, que vous conseiller de le lire, de le regarder, de le faire lire… D’aller le chercher, vite fait, chez votre libraire préféré !

Jacques Schraûwen

Incroyable ! (dessin : Hippolyte – scénario : Zabus – éditeur : Dargaud – 200 pages – avril 2020)