Macbeth – Shakespeare comme scénariste d’un superbe livre appartenant au neuvième art !

Macbeth – Shakespeare comme scénariste d’un superbe livre appartenant au neuvième art !

Tous les livres des frères Brizzi sont des vrais bijoux ! Celui-ci ne déroge pas à cette vérité, que du contraire !!!!

copyright daniel maghen

Soyons honnêtes… Nous connaissons toutes et tous l’œuvre de Shakespeare. Ou, du moins, nous en connaissons toutes et tous quelques titres… Nous en avons aussi des souvenances cinématographiques, avec Orson Welles par exemple… Ou avec l’excellent « Shakespeare in love »…  Personnellement, j’ai vu, au théâtre, deux de ses pièces… Mais combien sommes-nous à nous être plongés réellement dans ses écrits ? Le nom de Shakespeare appartient, c’est indéniable, à la culture mondiale, mais ses œuvres n’en sont que des jalons dont nous ne saisissons que quelques bribes.

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Or, et ce « Macbeth » en est la parfaite illustration, Shakespeare est toujours d’une actualité évidente, et, ma foi, il est un scénariste extraordinaire ! Quand on parle de cinéma, on oublie souvent que ce septième art est né du Théâtre… Et donc, adapter une pièce de théâtre en bande dessinée, ce neuvième art qui mêle intimement les réalités de la mise en scène, du rythme, de la succession des plans, les réalités de l’écriture comme de l’image, du découpage cinématographique aussi, cela n’a rien d’iconoclaste, que du contraire ! A condition, bien évidemment, de rester fidèle au texte originel, et d’en faire le support d’une nouvelle visualisation, en deux dimensions plutôt qu’en trois.

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Deux dimensions, oui, celles du dessin sur une page… Mais une troisième dimension s’y ajoute, essentielle, celle de l’imaginaire, de la sensation, celle du choix des thèmes et des angles de vue choisis… La dimension du talent, simplement, dans le respect d’une construction littéraire existante, dans la démesure graphique qui permet à cette littérature de se trouver un autre cadre… Et à ce titre, les deux frères Brizzi, jumeaux de l’animation, de l’illustration, de la bande dessinée, sont des auteurs exceptionnels, et leur travail à deux est une merveille pour l’œil du lecteur, une merveille pour son intelligence aussi…

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Macbeth, c’est un général écossais que les ambitions de sa femme mènent au régicide, et puis à la culpabilité sans rémission possible, et enfin à la folie. Son histoire, créée et racontée par Shakespeare, est l’universel récit du pouvoir, de ses dérives, de la guerre, de la mort omniprésente à chaque errance de l’existence. Un récit universel, oui, et, de ce fait, ancré profondément dans tout ce qui construit et déconstruit une âme humaine. Et je me permets ici de citer les frères Paul et Gaëtan Brizzi, parlant de ce livre à ne pas rater !

« Il nous a paru intéressant de traduire en images cette dimension spirituelle qui caractérise si particulièrement les personnages shakespeariens. Là où l’auteur, par le biais d’une prose oratoire magnifique, exprime leurs tourments intérieurs, c’est par le dessin et la lumière que nous avons voulu les traiter et les transmettre. »

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Entre romantisme débridé et symbolisme fantastique, les références graphiques sont nombreuses, et extrêmement personnalisées jusqu’à faire du travail de ces deux frères extraordinaires une œuvre sans comparaison… Un peu comme si Rops et Doré avaient rencontré le Hugo dessinateur pour demander aux Brizzi d’aller encore plus loin dans l’intimité, dans la démesure, ces deux pôles des sentiments qui, humains, construisent depuis toujours l’humanité. Le texte de Shakespeare nous dit qu’il faut laisser faire le destin, mais qu’il dépend toujours de notre volonté… Il dit aussi qu’il faut se rire dédaigneusement du pouvoir des hommes… Macbeth est bien plus qu’une fable sur le pouvoir. C’est une œuvre magique qui définit les contours de ce qui fait l’ambition, l’amour, la haine, la déshumanisation, la tyrannie, la trahison, la mort, l’injustice. Et tout cela ruisselle, dans ce livre, d’un dessin auquel aucun reproche ne peut être fait. Les prouesses, celles de la couleur entre autres dans certaines planches, celles de la narration, sont d’une totale réussite. Et je tiens à souligner le talent exceptionnel des frères Brizzi dans la manière qu’ils ont de dessiner les regards et, en quelques traits, d’y montrer l’apparition de la folie !

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Vive la « culture », vive le mélange des genres, des arts, quand le résultat nous laisse aimer et découvrir une œuvre comme ce Macbeth, une œuvre d’artistes, une bande dessinée dans laquelle vibrent les mots et les imaginaires d’un des plus grands dramaturges de l’histoire humaine…

Jacques et Josiane Schraûwen

Macbeth (auteurs : Paul et Gaëtan Brizzi – éditeur : Daniel Maghen – octobre 2025 – 128 pages)

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Le Mystère De La Femme Du Tableau – Un petit conte dessiné pour des lecteurs de six ans et plus !!!

Le Mystère De La Femme Du Tableau – Un petit conte dessiné pour des lecteurs de six ans et plus !!!

Les « vieux » d’aujourd’hui, d’hier et d’avant-hier, ont grandi avec les contes… Ceux de Grimm… Ceux de ma mère l’Oie… Ceux d’Andersen… Ceux mis en images par le grand Disney également… Des contes que, par après, l’industrie Disney a vidés de leur sens, bien souvent.

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Les contes comme les fables dépassent la simple anecdote racontée pour éveiller des sentiments, des émotions, donc des réflexions chez les lecteurs, chez ceux qui en écoutaient les récits, le soir, au coin d’un feu… Il y avait de la peur, de la magie, des larmes, des joies, il y avait, tout simplement, la vie telle qu’elle était et les rêves qui, pourtant, restaient accessibles à tout un chacun. Avec le temps, avec, ces dernières années, une étrange normalisation d’une tout étrange moralisation, les contes ont disparu… L’enfant que je fus a appris le poids du chagrin en regardant Bambi, l’adulte que je suis devenu s’est entendu dire que c’était un dessin animé à ne pas montrer à un enfant !!!! Pourquoi les adultes pétris de certitudes psys ont-ils ainsi abandonné les fenêtres que les contes ouvraient dans la grisaille quotidienne de la vie de leurs enfants ?

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Heureusement, la littérature jeunesse, comme on dit, se libère depuis des années des carcans qui étaient devenus omniprésents, « omnipesants »… Chez Sala comme chez des tas et des tas d’autres auteurs pour enfants, la mièvrerie a disparu, et de nouvelles formes de contes sont apparues. C’est aussi le cas en bande dessinée, même si, trop souvent me semble-t-il, les bd pour jeune public finissent par se ressembler un peu toutes, avec de la « fantasy », avec un graphisme très influencé par une certaine mode…

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Mais ce n’est pas le cas avec ce petit livre de 49 dessins, dû au talent tranquille et souriant de Bruno Heitz. Un livre qui renoue avec la construction des contes d’antan, justement. Il était une fois un peintre du dimanche, qui ne peignait que le dimanche, un peintre amateur qui, anonyme donc, ne signait jamais ses tableaux. Il était une fois une femme à sa fenêtre, dans un de ses tableaux. Une femme disparue… Et le mystère de cette disparition, dès lors, va amener des péripéties de toutes sortes dans l’existence bien rangée de cet artiste de l’ombre !

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Il est une fois un auteur qui, usant d’un dessin simple, d’un découpage sans tape-à-l’œil, d’un scénario linéaire et d’accès immédiat, parvient, comme en d’autres temps, à parler de la renommée, du succès, de l’amour, des normes sociétales, des jugements à l’emporte-pièce, de la gloire et du bonheur de vivre, de la foule et de la tendre beauté d’une plage au soleil…

Bruno Heitz est cet auteur… Et j’en été, dans ce petit album, le lecteur, ébloui, le lecteur, surtout, soucieux de tout faire pour que ce « mystère de la femme du tableau » soit pour vous, vos enfants, vos petit-enfants, un vrai plaisir intelligent !

Jacques et Josiane Schraûwen

Le Mystère De La Femme Du Tableau (auteur : Bruno Heitz – éditeur : Casterman – janvier 2026 – 48 pages)

Marsupilami : 35. La dernière chasse

Marsupilami : 35. La dernière chasse

Une série qui, au long des années, reste résolument (et heureusement!) souriante et populaire…

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Souvenez-vous… Fantasio et Zantafio, face à face dans la jungle palombienne, à la recherche d’un animal aussi mythique que le monstre du Loch Ness. Nous étions en 1952 ! Oui, c’est dans les aventures de Spirou, dans l’album « Spirou et les héritiers », sous la plume et l’imagination du génial Franquin, qu’est née cette bête étrange à la longue queue, le Marsupilami, maillon improbable entre l’humain et l’animalité pensante.

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Et puis, malgré l’affection que Franquin a toujours portée à cet être fantasque et souvent révolté, il a accepté en 1987 d’en confier les rênes à Batem, qui en a fait un héros à part entière, sans jamais trahir ce que Franquin avait voulu qu’il soit. Batem, depuis, a fait évoluer le Marsupilami, au gré d’aventures de plus en plus ancrées dans les réalités géo-politico-écologistes du temps présent. Il a réussi ce coup de maître: ne pas faire vieillir ce personnage haut en couleurs tout en faisant de lui une illustration d’un monde en continuel changement. Et cette réussite, il la doit aussi, bien évidemment, aux scénaristes qui l’ont accompagné, de Greg à Colman, de Dugommier à Yann, entre autres.

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Et revoici donc ce Marsupilami, pour une trente-cinquième aventure, toujours dessiné par Batem, mais scénarisé par un nouveau duo d’auteurs, Kid et Ced.

Deux scénaristes qui ont, derrière eux, une carrière très éclectique, très variée… Les séries à succès signées Kid (Toussaint) ne manquent pas, de « Holly Ann » à « Magic 7 ». Quant à Ced, il a baladé son dessin comme ses scénarios chez plusieurs éditeurs, restant soucieux, semble-t-il, de ne pas s’enfermer dans un seul style, dans un seul genre.

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Ont-ils réussi à entrer pleinement dans l’univers du Marsupilami ?…

Ce qu’ils ont réussi, en tout cas, c’est raconter une histoire parfaitement insérée dans les codes chers à ce marsupilami toujours insaisissable. Ils mettent en scène cinq chasseurs débarqués en pleine jungle pour qu’un mystérieux commanditaire puisse accrocher sur son mur un trophée de plus, celui de cet animal ! Et la narration fonctionne, sans aucun doute… Il y a de l’action, il y a ces chasseurs qui, très différents les uns des autres, de par leurs passés comme de par leurs raisons d’être là, existent vraiment… Il y a bien évidemment toute la famille du Marsupilami (avec des bébés qui, étrangement, semblent l’être éternellement…), il y a un Indien déraciné, il y a un pauvre Ara, peu de piranhas, mais des méchants serpents, il y a une romance improbable entre une figure bien connue, Bring M. Backalive, et une chasseuse émotive… Il y a quelques jeux de mots… Il y a un vrai rythme.

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Cela dit, la sauce ne prend pas tout le temps… Les références existent, mais un peu trop transparentes… Le récit en lui-même manque un peu de souffle, tout en réussissant quand même, disons-le, à ne pas lasser le lecteur… En fait, il me semble, et l’ultime dessin de l’album me le prouve d’ailleurs, que cette « Dernière Chasse » n’est que l’entame d’un nouveau cycle des aventures du superbe Marsupilami. Et je mise dès lors sur les talents conjugués de Batem, Kid et Ced, pour peaufiner leur entrée dans le monde foisonnant, et populaire, d’un héros râleur créé par l’immense Franquin !

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Cette dernière chasse prouve, mille fois mieux que les tristes et inutiles guignolades de Chabat, ou pire encore, de Lacheau, que le Marsupilami existe, et existe bien, lorsque ses auteurs décident de ne pas en faire un simple objet de marketing imbécile ! En ce qui concerne le Marsupilami, et 95% des bd que d’aucuns ont cru pouvoir adapter en cinoche, n’allez pas au cinéma, mais lisez !!! Et lisez ce 35ème volume de ses aventures toujours réjouissantes!

Jacques et Josiane Schraûwen

Marsupilami : 35. La dernière chasse (dessin : Batem – scénario : Kid et Ced – éditeur : Dupuis – 2026 – 55 pages)