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Nini Cordy 1949 – Une icône de la belgitude dans un hommage dessiné

Oui, voici un livre très belge, une aventure qui mêle fiction et portrait de Nini la chance, une aventure qui se déroule en 1949, juste avant qu’Annie Cordy ne quitte Bruxelles pour le Lido de Paris.

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Mettons les choses au point tout de suite. Ce n’est pas une biographie. Il y a une intrigue, comme dans pas mal des livres édités par les éditions Anspach. Mais à la différence des albums consacrés à Kathleen, cette intrigue, cette enquête mêlant espionnage, guerre froide et grande musique, ne se prend pas vraiment au sérieux. Stéréotypée, elle se révèle un arrière-plan bien plus qu’un élément moteur de la narration. Et c’est très bien ainsi !

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Parce que même si le côté fictionnel de ce livre résulte d’un travail de recherche historique effectué par le scénariste Bernard Swysen, un travail extrêmement bien fait, il ne s’agit là que d’un argument permettant, comment dire, de « lier la sauce »… Et la sauce, c’est le personnage d’Annie Cordy, en 1949… Une jeune femme qui n’a pas la langue dans sa poche, qui est délurée, qui est typiquement bruxelloise, un vrai « personnage », pourtant totalement réel !

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Parce que la caractéristique intelligente de cet album, c’est qu’il a été réalisé en collaboration avec Michèle Lebon-Cooreman, la nièce d’Annie Cordy… Et cela fait que, par la grâce de flash-backs particulièrement réussis, c’est un portrait pratiquement intime, de l’adolescence au début de l’âge adulte, que nous offre, avec talent, ce livre… Et, ce faisant, sans que ce soit un livre historique, je dirais qu’on se plonge, par petites touches, dans ce qu’était la société de 1949…

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Une époque où on opérait parfois de l’appendicite sous anesthésie locale, ce que subit Annie dans cet album ! On se plonge aussi, grâce au dessin de Christophe Alvès, dans un Bruxelles tel qu’il a véritablement existé à l’époque ! La Bourse, les Beaux-Arts, Notre Dame au Bois, le Métropole, le Palais de Justice, tout cela rythme le livre, rythme un scénario extrêmement bien ficelé quand il s’intéresse à Annie Cordy… Bernard Swysen fait de l’excellent boulot, en laissant au second plan le récit « aventurier » pour faire vivre, pleinement, Annie Cordy, avec un humour omniprésent, avec des expressions typiquement bruxelloises, avec des références de chansons de l’époque, des vraies références à la vie quotidienne de ces années, comme la bassine servant au bain dans la cuisine…

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C’est un très bon bouquin, intelligemment bruxellois, avec un texte joyeux et un dessin d’une belle précision. Un tout petit bémol malgré tout : une triste faute d’orthographe dans la toute dernière planche, juste avant de se plonger dans un dossier qui nous parle d’Annie avant Cordy, un dossier clair, avec des tas de photos superbes ! A vous de la découvrir, cette faute, en lisant ce bouquin qui, assurément, est extrêmement agréable à lire ! Un livre culturellement belge et bruxellois… Et qui, donc, mérite le détour…

Jacques et Josiane Schraûwen

Nini Cordy 1949 (dessin : Christophe Alvès – scénario : Bernard Swysen – éditeur : Anspach – avril 2026 – 56 pages)

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Poppée – la femme qui vécut deux fois

Poppée – la femme qui vécut deux fois

Une reine de sang de plus, dans une collection qui mêle, ici en tout cas, la réalité historique et la fiction… Un album passionnant !

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J’avoue ne pas savoir exactement combien d’albums forment déjà cette série intitulée « Les reines de sang ». J’en ai lu plusieurs, avec très souvent plaisir… J’ai aimé me plonger dans des destins féminins aussi horribles, finalement, que les destins des mâles dont les images brillent sur l’Histoire humaine… Catherine de Médicis tout comme Theodora ou Marie Tudor n’ont rien à envier aux cruautés des Napoléon, Alexandre, ou Ivan !… Sans doute ont-elles été, ces reines vêtues des attributs de la mort, plus discrètes… Quoique… Et voici donc que des Romaines viennent rejoindre la cohorte de ces souveraines qui ont marqué les petites et grandes histoires des pouvoirs humains ! Après Agrippine et Messaline, oui, voici Poppée…

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Ces albums « romains » ont tous en commun un scénariste identique, Luca Blengino. Un écrivain qui, incontestablement, connaît son sujet, connaît les méandres des institutions romaines, connaît les remous des luttes de pouvoir, connaît les folies des hommes et des femmes à la tête d’un empire romain dont nos civilisations restent héritières. Mais Blengino est aussi romancier et, donc, il aime faire de cette grande Histoire qui le passionne le lieu, également, de rêver, d’imaginer, d’extrapoler… Et dans ce « Poppée », il y réussit parfaitement…

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Nous sommes au premier siècle de notre ère. Cet album nous fait suivre les chemins, détournés bien évidemment, de Poppée Sabina, dont la famille, noble cependant, finira mal, très mal, par la volonté de Messaline, épouse de l’empereur Claude. Poppée, enfant, va ainsi grandir avec un esclave qu’elle affranchit, qui sera son premier amant, qui sera l’ami de toute son existence… Elle grandit, surtout, avec une ambition démesurée… Rêve-t-elle de vengeance ?… Peut-être… Elle rêve, surtout, de grimper les échelons du pouvoir en utilisant les hommes, en usant d’eux sans aucune morale… Pour elle, seul le but compte, comme pour tous les êtres humains porteurs de puissances temporelles… et temporaires ! Elle veut épouser un empereur… Claude meurt, assassiné, et c’est sur Néron que retombe son choix…

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Elle devient la troisième épouse de ce personnage qui se voulait artiste plus qu’empereur, qui pouvait se révéler violent, buveur, dangereux, fou également, et dont les mains ruisselaient, l’Histoire nous le dit, du sang de ses ennemis, Sénèque entre autres… Néron auquel on attribue, faussement plus que probablement, l’incendie de Rome… Et c’est donc l’ascension et la vie de cette maîtresse femme qu’on suit au fil des pages, jusqu’à sa mort sous les coups de Néron ! Un Néron inconsolable qui, et, là, c’est ce livre qui nous le conte, voudra la ramener des enfers… D’où le sous-titre de cet album : la femme qui vécut deux fois… Et je ne vous divulgâcherai pas ici le récit qui en découle !

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Le résultat de ce mélange entre fiction assumée et base historique extrêmement fidèle est une réussite… Le dessin de Randazzo, aidé par les couleurs de Lou, parvient à être classique sans jamais lasser… Il y a du mouvement, il y a un plaisir à construire un découpage cinématographique, il y a des superbes paysages, aussi… S’il me fallait mettre un bémol, je l’apposerais au texte… Le langage peu châtié est, parfois, un langage actuel qui brise un peu le côté historique, justement… Je ne pense pas, par exemple, que l‘expression « bordel de merde » ait une origine latine ! Mais dans l’ensemble, ce livre tient très bien la route et se laisse, dès lors, lire avec plaisir…

Jacques et Josiane Schraûwen

Poppée – la femme qui vécut deux fois (dessin : Riccardo Randazzo – scénario : Luca Blengino – couleur : Lou – éditeur : Delcourt – mars 2026 – 56 pages)

Robinson Crusoé, une époustouflante adaptation de TOPPI

Robinson Crusoé, une époustouflante adaptation de TOPPI

Plutôt que d’une adaptation, on doit parler, avec cet album de l’immense Toppi, d’une illustration d’un des romans les plus connus au monde !

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Et ce roman, au fil des années, a eu droit à bien des adaptations… Plus ou moins réussies, au cinéma comme en bande dessinée… Face au foisonnement originel des aventures de ce naufragé célèbre, il faut reconnaître que la volonté de tout retranscrire en dessins est une gageure que bien peu d’artistes ont réussi à assumer… Et c’est donc intéressant, devant cet album de Toppi, de voir comment un artiste graphique exceptionnel parvient à offrir un récit totalement fidèle à l’œuvre de Daniel Defoe, tout en y recherchant les éléments pivots d’une aventure extrêmement touffue, intelligente, ancrée dans une réalité sociale bien précise, celle d’un dix-huitième siècle britannique.

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Cette bande dessinée, certes, n’est pas neuve… Toppi, maître de la bande dessinée italienne, s’en est allé rejoindre ses personnages, il y a déjà quatorze ans… Et il nous a laissé une œuvre importante, une œuvre qui fait de lui une sorte de fer de lance du neuvième art italien… De l’utilisation du noir et blanc… Du sens aigu du raccourci graphique… De la manière, toujours, d’aborder un récit, et de le mettre, comme on dit, à sa main… Et c’est bien tout cela qu’on retrouve dans ce « Robinson Crusoé » qui se révèle, véritablement, être une œuvre maîtresse de ce dessinateur bd essentiel…

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Tout le monde connaît l’histoire de ce Robinson, naufragé sur une île pendant 28 ans, y vivant avec un indigène auquel il a donné le nom de « Vendredi ». Des millions d’enfants, et d’adultes, très certainement, ont rêvé en lisant le livre de Daniel Defoe, rêvé à des horizons lointains, rêvé à des péripéties guerrières, à des moyens de survie de toutes sortes. Parce que, finalement, ce livre est un livre qui parle de survie… Matérielle, oui, mais surtout humaine… Intellectuelle, ai-je envie de dire… Avec, comme axe central, un « héros » issu d’un milieu de marchands d’esclaves… Un « héros » obligé, pour combattre sa solitude, de se faire le maître, puis l’ami, de ce « Noir » qui, seul, saura lui conserver l’envie de vivre, encore, toujours, sans désespoir…

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Le portrait que Toppi fait de ce personnage légendaire est d’une beauté évidente… On le voit vieillir… On admire, surtout, de page en page, un rythme dans le dessin qui semble précéder le récit lui-même, de manière à ce que le lecteur se sente enfoui dans l’histoire… Ce rythme, c’est celui d’un homme devenant peu à peu humain, sans pour autant renier son univers social… Ce rythme, c’est surtout celui de la mer, de la nature, des cieux qui remplissent les trois quarts, parfois, des cases, créant ainsi dans la narration des profondeurs de champ qui permettent, en même temps, des focus graphiques sur Robinson… Sur Vendredi… Sur un perroquet, aussi… Toppi illustre le Robinson qui l’a fait, lui, rêver… Il reste ancré au récit de Defoe, mais n’y cherche et n’y trouve que ce que son art de dessinateur aime : faire de quelques planches mises bout à bout une œuvre qui, étrangement, peut peut-être ressembler à une sorte de symphonie musicale et muette en même temps…

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Relisez le livre de Daniel Defoe, ou refeuilletez-le… Et puis, plongez-vous dans cet album, pour y ressentir, je pense, le souffle épique et humaniste que Defoe voulait mettre en évidence… Et que Toppi, ici, magnifie d’un dessin, je le répète, exceptionnel…

Jacques et Josiane Schraûwen

Robinson Crusoé (auteur : Toppi – éditeur : Mosquito – 2026 – 58 pages)