Macbeth – Shakespeare comme scénariste d’un superbe livre appartenant au neuvième art !

Macbeth – Shakespeare comme scénariste d’un superbe livre appartenant au neuvième art !

Tous les livres des frères Brizzi sont des vrais bijoux ! Celui-ci ne déroge pas à cette vérité, que du contraire !!!!

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Soyons honnêtes… Nous connaissons toutes et tous l’œuvre de Shakespeare. Ou, du moins, nous en connaissons toutes et tous quelques titres… Nous en avons aussi des souvenances cinématographiques, avec Orson Welles par exemple… Ou avec l’excellent « Shakespeare in love »…  Personnellement, j’ai vu, au théâtre, deux de ses pièces… Mais combien sommes-nous à nous être plongés réellement dans ses écrits ? Le nom de Shakespeare appartient, c’est indéniable, à la culture mondiale, mais ses œuvres n’en sont que des jalons dont nous ne saisissons que quelques bribes.

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Or, et ce « Macbeth » en est la parfaite illustration, Shakespeare est toujours d’une actualité évidente, et, ma foi, il est un scénariste extraordinaire ! Quand on parle de cinéma, on oublie souvent que ce septième art est né du Théâtre… Et donc, adapter une pièce de théâtre en bande dessinée, ce neuvième art qui mêle intimement les réalités de la mise en scène, du rythme, de la succession des plans, les réalités de l’écriture comme de l’image, du découpage cinématographique aussi, cela n’a rien d’iconoclaste, que du contraire ! A condition, bien évidemment, de rester fidèle au texte originel, et d’en faire le support d’une nouvelle visualisation, en deux dimensions plutôt qu’en trois.

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Deux dimensions, oui, celles du dessin sur une page… Mais une troisième dimension s’y ajoute, essentielle, celle de l’imaginaire, de la sensation, celle du choix des thèmes et des angles de vue choisis… La dimension du talent, simplement, dans le respect d’une construction littéraire existante, dans la démesure graphique qui permet à cette littérature de se trouver un autre cadre… Et à ce titre, les deux frères Brizzi, jumeaux de l’animation, de l’illustration, de la bande dessinée, sont des auteurs exceptionnels, et leur travail à deux est une merveille pour l’œil du lecteur, une merveille pour son intelligence aussi…

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Macbeth, c’est un général écossais que les ambitions de sa femme mènent au régicide, et puis à la culpabilité sans rémission possible, et enfin à la folie. Son histoire, créée et racontée par Shakespeare, est l’universel récit du pouvoir, de ses dérives, de la guerre, de la mort omniprésente à chaque errance de l’existence. Un récit universel, oui, et, de ce fait, ancré profondément dans tout ce qui construit et déconstruit une âme humaine. Et je me permets ici de citer les frères Paul et Gaëtan Brizzi, parlant de ce livre à ne pas rater !

« Il nous a paru intéressant de traduire en images cette dimension spirituelle qui caractérise si particulièrement les personnages shakespeariens. Là où l’auteur, par le biais d’une prose oratoire magnifique, exprime leurs tourments intérieurs, c’est par le dessin et la lumière que nous avons voulu les traiter et les transmettre. »

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Entre romantisme débridé et symbolisme fantastique, les références graphiques sont nombreuses, et extrêmement personnalisées jusqu’à faire du travail de ces deux frères extraordinaires une œuvre sans comparaison… Un peu comme si Rops et Doré avaient rencontré le Hugo dessinateur pour demander aux Brizzi d’aller encore plus loin dans l’intimité, dans la démesure, ces deux pôles des sentiments qui, humains, construisent depuis toujours l’humanité. Le texte de Shakespeare nous dit qu’il faut laisser faire le destin, mais qu’il dépend toujours de notre volonté… Il dit aussi qu’il faut se rire dédaigneusement du pouvoir des hommes… Macbeth est bien plus qu’une fable sur le pouvoir. C’est une œuvre magique qui définit les contours de ce qui fait l’ambition, l’amour, la haine, la déshumanisation, la tyrannie, la trahison, la mort, l’injustice. Et tout cela ruisselle, dans ce livre, d’un dessin auquel aucun reproche ne peut être fait. Les prouesses, celles de la couleur entre autres dans certaines planches, celles de la narration, sont d’une totale réussite. Et je tiens à souligner le talent exceptionnel des frères Brizzi dans la manière qu’ils ont de dessiner les regards et, en quelques traits, d’y montrer l’apparition de la folie !

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Vive la « culture », vive le mélange des genres, des arts, quand le résultat nous laisse aimer et découvrir une œuvre comme ce Macbeth, une œuvre d’artistes, une bande dessinée dans laquelle vibrent les mots et les imaginaires d’un des plus grands dramaturges de l’histoire humaine…

Jacques et Josiane Schraûwen

Macbeth (auteurs : Paul et Gaëtan Brizzi – éditeur : Daniel Maghen – octobre 2025 – 128 pages)

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La Poupée Sans Tête – Le retour du commissaire Raffini

Dans la veine du polar à la française, le commissaire Raffini est un personnage créé dans les années 80 par le duo Rodolphe-Ferrandez, continué épisodiquement ensuite pendant des années avec Maucler au dessin… Un personnage qui, si je ne m’abuse en est à sa quatorzième aventure.

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Rodolphe, le scénariste (prolixe) de cette série, est de ceux qui ont une véritable culture dite générale, et qui, de ce fait, subissent et assument pleinement des influences diverses qui nourrissent leur travail, qui nourrissent, surtout, leur plaisir à écrire, à raconter des histoires. Le Commissaire Raffini, parmi les héros, ou anti-héros qu’il a créés, se trouve dans la continuité évidente et mêlée d’écrivains policiers importants. Je pense au Maigret de Simenon, évidemment… Au Burma de Malet, voire parfois aux Tarpon de Manchette. Raffini est un flic, dont les enquêtes avancent au rythme de ses dérives personnelles, de ses réflexions désabusées.

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Oui, Raffini est un personnage désabusé qui balade sa silhouette déglinguée dans les méandres du temps qui passe… Etait, ai-je envie de dire, dans la mesure ou le retour qui est le sien aujourd’hui, aux éditions du tiroir, ressemble presque à une parenthèse « ludique » de ses aventures… A un amusement qu’a voulu Rodolphe en nous montrant une époque pas très lointaine, un monde de paillettes artificielles, celui du cinoche des années 50-60. Et dans cet album, c’est à une enquête tranquille, linéaire, sans désespérance, que nous assistons… Certes, il y a là de quoi être déstabilisé, voire déçu… Mais le plaisir de retrouver Raffini reste, lui, complet…

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Nous sommes en 1959… Un metteur en scène, producteur en même temps, tourne un film intitulé « la poupée dans tête », une sombre histoire de trafic de bijoux. Et, pendant le tournage, l’actrice Martine Saintonge, se faisant tirer dessus pour les besoins du scénario, meurt réellement d’une balle qui n’est pas à blanc. Raffini est chargé de l’enquête, accompagné d’un nouvel adjoint, d’une nouvelle adjointe plutôt, la sémillante Claire. Eh oui, la très masculine police, à cette époque, s’ouvrait avec lenteur à la gent féminine ! Et cette enquête se fait sans heurts, de révélation en révélation, jusqu’à l’attendu dénouement… Là où Rodolphe s’est amusé, c’est en mettant en face de son commissaire des personnages hauts en couleur que sont Jean Gabin et Lino Ventura.

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Et Maucler, de ce fait, s’est amusé aussi… Son dessin, aux chaudes couleurs (après un début d’album en un somptueux et désuet noir et blanc), restitue tranquillement l’ambiance de cette époque… Et on sent tout l’intérêt qu’il a pris à dessiner Gabin et Ventura… Des « portraits » physiques assez réussis, dans l’ensemble, et qui ont fait sourire, j’en suis certain, le dessinateur et le scénariste, comme ils font sourire les lecteurs… Le dessin de Maucler aime les plans cinématographiques, les approches au plus près des visages et de leurs expressions, ce qui, quand on parle du cinéma, est totalement approprié.

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Je ne boude pas mon plaisir à retrouver le commissaire Raffini… Je le trouve, c’est vrai, un peu trop « lisse » par rapport à ce qu’il était… Mais L’album tient la route, l’enquête, même sans rebondissements, nous montre à voir en souriant un monde en changements pluriels, un monde qui n’existe plus que dans les salles des cinémathèques… Et Raffini appartient, pleinement, à l’univers du polar à la française, cet univers qui a désormais quitté le monde des romans de gare pour devenir un style à part entière. Une bonne lecture, sans ambition, mais bien agréable…

Jacques et Josiane Schraûwen

La Poupée Sans Tête – Le retour du commissaire Raffini (dessin : Maucler – scénario : Rodolphe – éditeur : éditions du tiroir – 2026 – 48 pages)

Nécronomickey – Le Livre des destins maudits

Nécronomickey – Le Livre des destins maudits

Le « fantastique » est un genre littéraire très souvent décrié… Je me souviens, lors de mon examen de maturité (oui, cela existait en Belgique, avant de pouvoir entamer des études supérieures…), il y a bien longtemps, avoir essuyé le refus de parler de Jean Ray… Puis du fantastique belge… Et d’avoir finalement gagné la partie et ma liberté de choix en parlant de « Le fantastique chez Henri Michaux » !

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Le fantastique se trouve partout… Dans la littérature, la peinture, la musique même… C’est, bien plus qu’un « genre », une façon ludique d’aborder les thématiques essentielles de l’existence. De cerner, en quelque sorte, l’âme humaine et toutes ses hantises, en la mêlant à la déraison, à l’imaginaire, à la folie. Il y a le fantastique horrifique, celui de King par exemple, il y a le fantastique poétique, comme celui de Johan Daisne et du réalisme magique, il y a Lautréamont, Rimbaud et son bateau ivre, Baudelaire et ses mysticismes.

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Et il y a Jean Ray, le Belge, évidemment, et ses contes… Jean Ray qui a ouvert bien des portes chez bien des jeunes lecteurs, dont j’ai été, dont le dessinateur Foerster a été également, incontestablement ! Un auteur complet qui a également plongé ses délires dans un fantastique américain dessiné très à la mode dans les années 60 et 70, celui de magazines tels que « Eerie » et « Creepy ». La construction des récits qui peuplaient ces magazines était d’ailleurs très proche de celle des contes chers à Jean Ray : un personnage raconte, en quelques pages, une histoire qui commence dans la vie « normale » et se perd, avec horreur, dans la vie de toutes les hantises !

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Parmi les auteurs importants du genre fantastique, il y a Lovercraft. Et, dans ce nouveau livre de Foerster, c’est un peu cet écrivain très particulier qui est mis en avant… Lovecraft a créé un univers terrible, dans lequel, je l’avoue humblement, je n’ai jamais pu « entrer » vraiment… Et c’est cet univers-là auquel Foerster, ici, rend hommage, tout en n’y agrippant que ce qui correspond, aussi et surtout, à ses propres mondes, en écriture comme en graphisme.

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Et pour ce faire, il utilise les codes narratifs de Ray, de Seignole, de Prévot, de Corben, de Whrightson… On se trouve en présence, dans cet album- ci, d’une espèce de mutant aux tentacules remuants, qui introduit chaque petite nouvelle dessinée. Ce personnage, Nyalarpoupeth, que l’on nomme le démiurge dément ouvre le livre des destins ét égrène ainsi toute une série de ce qu’on peut nommer des contes horrifiques… Il le fait avec un sens aigu du dessin envoûtant, démesuré, certes, avec aussi immensément d’humour décalé… Il y a par exemple, un petit plaisir pervers et, ma foi, presque adolescent, à lire tout haut les noms que ce dessinateur donne à tous ses personnages peu héroïques ! La « marque de fabrique » de Foerster réside d’ailleurs, depuis toujours, dans ce jeu de cache-cache qu’il impose à ses lecteurs, entre des sourires crispés et des frissons épars, entre la peur et l’éclat de rire.

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Ainsi, en utilisant les thèmes habituels du fantastique, en usant d’un vocabulaire quelque peu (faussement) ésotérique, mais en détournant tout cela avec frénésie et plaisir, il se construit, et nous l’offre, un environnement étrange, dérangeant, mais jouissif ! Avec, par exemple, les affres innommables d’une famille, les « Faramine », dans laquelle tous les membres, sans exception, vivent les pires des horreurs, et, évidemment, en meurent ! Son plaisir d’écrivain et de dessinateur éclate de page en page, et j’aime, entre autres, les passants de ses récits qui ont des regards à la « Sartre », les yeux semblant regarder de plusieurs côtés en même temps… Il y a là du Jean-Sol Partre, et de « l’agité du bocal »…

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J’ai toujours aimé Foerster… Ses formes d’horreur toujours tempérées par des amusements de « sale gosse »… Ce qui ne l’empêche jamais de nous plonger, lecteurs souriants et frémissants, dans tout ce qui fait l’humain, l’humanité : l’amour, l’enfance, la famille, la maladie, la mort… Et deux récits, dans ce livre, sont, à ce titre, extrêmement réussis : le véritablement horrible « Les sous-terreux », et « Cap’tain Nemo » abordant le thème de la mémoire…

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Vous l’aurez compris, Foerster fait, depuis longtemps, partie des auteurs que j’ai toujours plaisir à retrouver… Et même si ce « Nécronomickey » manque cruellement parfois d’un correcteur orthographique humain, il mérite, croyez-moi, le détour… Tous les détours, et tous leurs cauchemars…

Jacques et Josiane Schraûwen

Nécronomickey (auteur : Foerster – éditeur : Fluide Glacial – 96 pages)