Bourricorne – Une fable pour jeune lectorat pleine de sourires…

Bourricorne – Une fable pour jeune lectorat pleine de sourires…

Quand un âne se prend pour une vedette, il peut lui arriver bien des revers !

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Derrière ce titre, en effet, se cache un album tout en finesse, tout en imagination tranquille, tout en humour sans provocation… Un album qui met en scène des animaux de la ferme, le monde du cirque, celui des enfants et de leurs curiosités, pour un récit rythmé et serein tout en même temps !

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C’est un livre aux dessins épurés, privilégiant l’expression comique, le tout avec un humour, oui, qui n’empêche nullement quelques réflexions… Dans ce petit album broché de 64 pages, l’auteur, José Fragoso nous emmène dans une ferme… Et dans cette ferme, il y a Bruno, le bourricot, qui en a marre de son existence formatée d’âne et se sent l’âme d’une star ! Et l’arrivée d’un cirque va lui permettre d’essayer de donner vie à ce rêve, et de faire étalage de son vrai talent !

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Il va déposer sa candidature pour devenir une vedette de ce cirque, et cette candidature va être acceptée. Le problème, c’est qu’il s’est fait passer pour une licorne ! Heureusement que Camélia, une petite truie tranquille, est là pour l’aider, pour lui faire un déguisement adéquat ! Et voilà donc notre âne devenant l’attraction centrale de ce cirque itinérant ! Mais les choses, bien évidemment, ne vont pas être aussi simples !

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Il va découvrir que d’autres animaux de la ferme, qu’il considérait comme inférieurs, vont eux aussi recueillir leur content d’applaudissements. Manuela la poule est déguisée en Phénix, des moutons se transforment en Cerbère, Gracia la vache devient Pégase… Ainsi, au-delà du jeu des apparences, Bruno le bourricot va découvrir le plaisir d’être à sa place, d’être lui-même. Et de l’être malgré les mensonges que son ambition sans intérêt l’a conduit à inventer… Il comprend que,  » même s’il a trompé, il a fait du bien  » ! Et tout compte fait, n’est-ce pas l’essentiel ! Pour un âne désireux de prouver ses talents, comme pour tout enfant qui grandit…

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Eh oui, les rêves sont là pour découvrir qui on est ! Et c’est pour cela, sans doute, que le livre se termine en nous montrant Bruno cultivant, déjà, une nouvelle envie, un nouveau fantasme… Oui, les rêves ont la vie dure et finissent parfois par être les plus forts, réussissant alors à renier les routines de l’existence…

Jacques et Josiane Schraûwen

Bourricorne (auteur : José Fragoso – éditeur : Nöpp – 64 pages – janvier 2026)

Frankenstein – un album exceptionnel, de par ses nombreuses qualités, un livre à ne rater sous aucun prétexte 

Frankenstein – un album exceptionnel, de par ses nombreuses qualités, un livre à ne rater sous aucun prétexte 

Une adaptation de plus pour un roman bien connu ?…. Non, ce livre est bien plus que cela !

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Au départ, il s’agit, oui, d’un roman écrit, en 1818, par Mary Shelley… « Le Prométhée moderne », ou, plus simplement, Frankenstein ! Un roman qui nous raconte comment un scientifique veut créer la vie, y parvient, mais en faisant naître un monstre repoussant. Cette créature et son apparence font partie de l’imaginaire collectif, tant le cinéma en a fait ses choux gras, avec Boris Karloff, image mythique de ce personnage inhumain… Avec des films plus ou moins réussis, dont celui, le meilleur sans doute, de Kenneth Branagh… Ou, dans ce qui est à la fois un hommage et un pastiche, l’excellent « Frankenstein junior » de Mel Brooks. En bd aussi, plusieurs adaptations ont été faites… Mais celle de David Sala dépasse toutes les autres !

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D’abord parce qu’il s’agit d’une vraie adaptation… David Sala a opéré des coupures dans le livre originel, il a rajouté certaines choses, certains textes, même, dont celui qui clôture cet album.

david sala

A partir d’une œuvre dont on nous dit qu’elle est « romantique » et usant d’un vocabulaire « ampoulé », David Sala a su dégager un style, un vrai style personnel, sans rien trahir du récit de base, et en faisant de ce romantisme gothique cher à Mary Shelley un langage actuel.

David Sala

Quand je parle de style personnel, je veux parler des thématiques que David Sala met en évidence… Des thèmes qui lui sont chers, comme les différences, comme l’amour, l’amitié, l’enfance… La violence, l’incompréhension… La solitude, le besoin freudien de tuer le père… A ce titre, David Sala nous livre métaphoriquement son regard sur le monde d’aujourd’hui, ses dérives, scientifiques et humaines…

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Il nous donne un double portrait. D’une part, celui du docteur Frankenstein, pas très sympathique, orgueilleux, froid, incapable d’assumer ses actes et leurs résultats, et leurs conséquences, un être pour qui la science est une parfaite divinité. Et d’autre part, celui de sa créature, immense personnage apprenant peu à peu à parler, à communiquer, mais condamné à rester seul… Et, lorsque cette créature se venge, c’est elle-même qu’elle fait aussi et surtout souffrir… Et ces deux portraits sont ceux de deux existences qui ne peuvent s’affirmer que dans la peur et sa sœur la mort. Deux destins unis éternellement par la grâce de la littérature, et qui, de ce fait, deviennent universels…

David Sala

Et puis, il y a la couleur… Ce livre est une vraie prouesse graphique ! On peut, en tant que lecteur, y trouver des références à des peintres très différents les uns des autres. Personnellement, j’ai croisé les ombres de Klimt, de Grosz, de Rouault… Mais ce ne sont là que des sensations personnelles, parce que le talent de David Sala est de laisser parler, librement, son âme d’artiste, et de faire de la couleur l’élément le plus respectueux qui soit du récit qu’il illustre, qu’il construit.

David Sala

Ce n’est pas un livre d’horreur…Ce n’est pas uniquement un livre de science-fiction… C’est un livre d’émotions, de sensations, de sentiments. Un récit qui mène du désir de découvrir à la création, de la création à l’abandon. Un livre qui, sans arrêt, parle de la mort, tout en disant qu’elle laisse des présences immuables… C’est un livre qui montre qu’on ne part jamais, mais qu’on fuit toujours… La foi en un dieu rationnel est tout aussi irrationnelle que celle en n’importe quelle divinité, et chaque foi, en quoi que ce soit, ne devient-elle pas une funeste passion ?…

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Il y a dans cet album des portes entrouvertes, des réflexions totalement humaines, des liens incessants entre tous les passés et tous les présents… C’est un livre somptueux, dont on peut, inlassablement, parler, y découvrant continuellement des beautés, des symbolismes, de la poésie qui se déroule librement dans les dernières pages, comme s’est enfui, en d’autres temps, le bateau ivre de Rimbaud… Un livre, oui, qui, d’ores et déjà, j’en ai la certitude, sera une des meilleurs parutions de l’année 2026!!!

Jacques et Josiane Schraûwen

Frankenstein (auteur : David Sala – éditeur : Casterman – avril 2026 – 232 pages)

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Zebraska : 1. Un garçon pas comme les autres

Zebraska : 1. Un garçon pas comme les autres

Un héros HPI… Une bd qui est un regard, actuel et futuriste à la fois, sur ce sujet de société extrêmement présent de nos jours.

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Les personnes à haut potentiel existent… Elles sont tout autres que ce que les médias, souvent, par souci de simplification surdimensionnée, nous en montrent. Même si la série télévisée « HPI » a rencontré un succès, mérité d’ailleurs, elle n’a que peu de rapports avec la réalité de ce que vivent les « hpi » au quotidien. Isabelle Bary, la co-scénariste et écrivaine du roman à la base de cette bande dessinée, sait, elle, de quoi elle parle, puisque, dans son entourage le plus proche, elle a vu grandir un enfant possédant cette caractéristique dont on dit, de nos jours, souvent n’importe quoi.

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Zebraska, c’est une bd qui va se conjuguer en deux volumes. Isabelle Bary, partie prenante dans cette adaptation de son propre livre, nous livre un récit à la fois fictionnel et réaliste, nous racontant le quotidien de ces enfants, de ces jeunes, qu’une psychologue a un jour nommés des « zèbres ». D’où le titre de ce roman et de cette bd. Une bd parfaitement réussie, passionnante, intelligente, jamais pesante ! Mais une bd qui est aussi, je le disais, une fiction.

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Marty, un jeune à haut potentiel, vit en 2056, dans un monde qui, après une « grande bascule », a des apparences de perfection… Les différences sont acceptées, c’est la paix qui est mise en avant… Mais c’est aussi un monde dans lequel les livres n’existent plus, dans lequel le passé, donc l’Histoire, est gommé. Au profit d’un monde peut-être « meilleur ». Ou pas… Ce livre est une fiction, oui, une science-fiction même…

Isabelle Bary, autrice

A écouter Isabelle Bary, on comprend en effet que ce monde futur inventé n’a rien de parfait. Et c’est ce que Marty va découvrir en recevant de sa grand-mère un livre… Un vrai livre, qu’on feuillette… Une bd intitulée Zebraska… Un livre dans lequel cette grand-mère parle d’elle et du père de Marty, lorsqu’il était enfant, un enfant hp, un enfant zèbre… A partir de là, ce que nous raconte cet album se déroule dans deux époques différentes. Et celle de 2026, que Marty découvre, découvrant en même temps les similitudes entre lui et son père, interfère petit à petit avec celle de 2056.

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Marty se voit obligé d’écouter et de comprendre sa grand-mère qui lui dit que lire est un acte d’insolence, et, presque inconsciemment, tout en vivant sa vie d’adolescent et ses premiers amours, il choisit de retrouver l’Histoire telle qu’elle fut et pas telle qu’un pouvoir quelconque l’a rêvée… On n’est pas loin de certains livres d’Asimov ou de Bradbury. On pourrait croire que cette double époque mise en scène rendrait difficile la lecture, mais, le dessinateur Ludo Borecki utilise des codes qui, justement, facilitent totalement la lecture de cet album.

Ludo Borecki, dessinateur

Finalement, la thématique centrale de ce livre est double. Il y a l’importance de la lecture, de la « transmission », dans toute culture humaine, un importance que la société contemporaine est en train, insidieusement, de délaisser… Mais la thématique axiale de cet album, c’est surtout, les HP, ces enfants qui ont « des ailes qui les empêchent de se déplacer comme tout le monde »… C’est une des citations de ce livre, qui rappelle l’albatros de Baudelaire… Les poètes n’ont-ils pas eu, depuis toujours, un potentiel essentiel… Les « zèbres » sont, qui sait, à leur manière, à leurs manières plurielles ai-je envie de dire, des poètes également !

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Et force est de reconnaitre qu’on parle de nos jours très mal, sans rien y connaître même, de cette caractéristique dont tant de parents voudraient, un peu (beaucoup) stupidement, que leurs enfants la possèdent ! Une caractéristique qu’un dossier, en fin d’album, explique très clairement.

Isabelle Bary

La bande dessinée permet ainsi de plus en plus d’aborder la vie de manière frontale, réfléchie, sereine même. Elle le fait, ici, dans cet album, grâce au texte, grâce à la participation de Corbeyran, scénariste éclectique et efficace, à la construction de la narration. Et grâce à un dessin qui, s’adressant à tous les publics, laisse la place belle à la lumière, aux expressions, à l’émotion.

Ludo Borecki et Isabelle Bary

Jacques et Josiane Schraûwen

Zebraska : 1. Un garçon pas comme les autres (dessin : Ludo Borecki – scénario : Isabelle Bary et Corbeyran – couleurs : BenBK – éditeur : Dupuis – Janvier 2026 – 72 pages)

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