Les Nouvelles Enquêtes Scapola : 1. Les Templiers Noirs

Les Nouvelles Enquêtes Scapola : 1. Les Templiers Noirs

Un prêtre enquêteur… Une jeune enquêtrice charmante… Une abbaye abandonnée… Des moines qui disparaissent… Un mystère qui date de la deuxième guerre mondiale…

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Le cardinal, c’est Scapola qui, dans les méandres du Vatican, est à l’affut de tout ce qui pourrait mettre en danger l’Eglise, la chrétienté… Les enquêteurs, ce sont Alys et Ludo… Le mystère met en scène des hauts dignitaires nazis, un mage, de la sorcellerie, et, bien évidemment, un autre cardinal avide de pouvoir absolu… Et le tout est mis en scène par deux auteurs qui ne cachent rien (et ils ont raison) de leurs attaches à une bande dessinée populaire, sans prétention, dans la lignée, sans aucun doute, de celle qui a enchanté leurs enfances…

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Quand je parle d’anciennes bd, je ne peux que dire que ces « enquêtes Scapola » s’inspirent du personnage de Gil Jourdan… N’allez pas dire que je compare le travail de nos deux auteurs compères (très proches l’un de l’autre d’ailleurs) à celui de Tillieux, un des artistes essentiels de ce neuvième art qui se laissait lire avec un plaisir immédiat, pour le dessin, pour l’humour, pour, également, toutes les fenêtres ouvertes, toujours, sur les réalités contemporaines. Non, Stibane au dessin ne cherche nullement à imiter Tillieux… Van Linthout au scénario ne veut en aucun cas resucer des scénarios d’avant-hier… Ils font, dans cet album, en fait, œuvre d’hommage à une bande dessinée qui a tendance à ne plus plaire aux intelligentsias bienpensantes, donc foncièrement stupides…

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D’accord, ce livre n’est pas la huitième merveille de la bd ! Ses influences, évidentes, en font cependant à la fois un livre-hommage, comme je le disais, et un récit qui tient la route et qu’on lit avec bien du plaisir ! Et le plaisir, en une époque d’experts imposant leurs vérités, de gouvernements réinventant la haine par les armes, au nord de l’Europe comme en Moyen-Orient, le plaisir, quel qu’il soit, n’est-il pas toujours bon à prendre ? Et oui, j’ai pris plaisir à lire ce livre, dans lequel le dessin, souple et classique, retient le regard, dans lequel le scénario aime à filer dans tous les sens, flirtant avec la satire sociale, avec l’humour quelque peu débridé, avec une approche, aussi, sur l’institution religieuse, ses failles, ses luttes internes… Mais tout cela se fait avec une légèreté tranquille, avec un sourire constant, avec une bonne humeur, ma foi, réjouissante !

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Un livre sympathique, donc, des auteurs qu’on sent s’amuser au fil des pages et des péripéties qu’ils inventent ! Un album qui ne déparera pas les bibliothèques des amateurs de bandes dessinées soucieuses de respecter leur passé, de bandes dessinées qui, toutes différentes les unes des autres, construisent la réalité d’un art à part entière… Un agréable moment de lecture, indubitablement!

Jacques Et Josiane Schraûwen

Les Nouvelles Enquêtes Scapola : 1. Les Templiers Noirs (dessin et couleur : Stibane – scénario : Georges Van Linthout – éditeur : éditions du Tiroir – octobre 2025 – 48 pages)

Jean-Paul Krassinsky

DÉCÈS DE JEAN-PAUL KRASSINSKY – 25 novembre 1972 – 31 mars 2026

Il avait 53 ans… Je l’ai rencontré par trois fois, et, à chacun de ses albums, je me suis trouvé face à un auteur, un vrai, un homme aimant raconter des histoires, aimant les dessiner, possédant à la fois un sens aigu de la narration et une originalité évidente du graphisme.

copyright krassinsky

Lucidité et romantisme sont les axes de son « œuvre »… S’y ajoute aussi un sens de l’humour, de la dérision même, au travers de ses récits, certes, mais surtout au travers des regards qu’il y portait sur le monde, sur ses personnages, sur l’Histoire aussi… Dessinateur passionné par la peinture, scénariste passionné pour des collaborations artistiques toujours réussies, c’est dans ses quelques ivres, désormais, que s’enfouit son éternité… Une éternité à lire, à relire, à faire lire… Adieu l’artiste !

Jacques Schraûwen

Ecoutez-le, dans cette ancienne chronique… Sa voix ressemblait à ses sourires…

Fragile – une pépite bd à (re)découvrir

Fragile – une pépite bd à (re)découvrir

Un livre lumineux et littéraire… Ce n’est pas une nouveauté, mais je continue à vouloir que les bandes dessinées ne soient pas uniquement des « objets » à la vie éphémère !…

copyright casterman

Une rencontre entre deux jeunes femmes, entre deux univers, entre deux milieux sociaux… D’une part, il y a Emily, blonde, élancée. Elle suit des études et kote chez une vieille dame au caractère bien trempé. D’autre part, il y a Mia, brune, adorablement ronde, appartenant à un milieu dans lequel l’argent n’est pas un problème.

D’une part, il y a Emily qui cherche des petits boulots pour faire un peu plus que survivre. Et d’autre part, il y a Mia qui cherche à engager quelqu’un pour s’occuper de son chien !…

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Ce livre est d’abord celui d’une rencontre improbable qui débouche sur une histoire d’amitié, ou d’amour, qui sait… Et, finalement, ce sentiment qui les unit, avec des failles, avec des fuites, avec des attentes non rencontrées, ce sentiment n’est pas vraiment au centre du récit. Ce qui est axial, c’est la réalité d’une rencontre orchestrée par le seul hasard. Plus que de sentiments, quels qu’ils soient, cette rencontre est celle de sensations, pour les deux jeunes femmes, des sensations inattendues, celles des regards, des mots, celles des découvertes que ces deux étrangères l’une à l’autre vont faire progressivement d’elles-mêmes… Et les moments quotidiens qu’elles partagent vont ainsi, peu à peu, se glisser dans un univers entre réalité et rêve, entre possibles et fantasmes… Des fantasmes non exprimés…

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L’autrice de ce livre, Mathilde Ducrest, parvient à ce que son dessin réussisse cependant à les exprimer, ces rêves, cette vie fantasmée à deux… Son dessin est lumineux, c’est un dessin dans lequel les couleurs ont une importance capitale, un dessin qui est « beau » sans jamais chercher à embellir… Les dialogues, quant à eux, sont discrets, légers, comme si les deux protagonistes du livre hésitaient sans cesse à laisser les mots les définir, les révéler. Et c’est là, dans cette volonté que toutes deux ont de ne pas s’engager, que ce soit en amitié ou en sentiment amoureux, que réside la fragilité qui donne son titre à cet album. Mais n’est-ce pas, finalement, une même réalité, fragile, ténue, une même vérité que ces deux pôles, amour-amitié, capables d’unir des êtres humains ? Ce livre, ainsi, est aussi un double trajet de vie, parfois d’un quotidien sans intérêt visible immédiatement, parfois d’émotions (vis-à-vis du chien, entre autres) importantes mais progressivement avouées… Et c’est tout cela, avec un côté très littéraire, très « journal » littéraire même, qui fait la magie de ce livre, de cette bande dessinée. Qui permet au lecteur d’être, à son tour, touché par ce jeu étrange que des humains peuvent créer pour se découvrir tels qu’ils sont, capables d’aimer, au sens le plus large du terme…

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Une belle surprise que ce livre, qui se savoure lentement, comme on savoure les heures qui, parfois, prennent le temps d’être « également » légères… Un livre de tendresse, de petites touches, et dont le dessin est un atout évident!

Jacques et Josiane Schraûwen

Fragile (autrice : Mathilde Ducrest – éditeur : Casterman – 181 pages)