Le Goût Du Métal – Un album signé Bruno Duhamel, cela se savoure !

Le Goût Du Métal – Un album signé Bruno Duhamel, cela se savoure !

Savoir raconter une histoire quotidienne, à taille humaine, et le faire sans mélo ni manichéisme, ce n’est pas à la portée de tous les dessinateurs et scénaristes. Bruno Duhamel écrit et dessine… Et chacun de ses livres est un petit bijou…

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En d’autres temps, on aurait sans doute dit que cet auteur s’intéressait aux « petites gens ». De nos jours, cette expression prend, de manière tristement erronée, un sens que d’aucuns trouvent inacceptable. Et pourtant, c’est quoi, les « petites gens » ?… Ce sont nos voisins, dont ne connait rien de la vie… Ce sont ceux que l’on croise sans les regarder, dans la rue, chez le boulanger, au restaurant… Ce sont les ombres de la ville, ou de la campagne, qui déambulent dans l’existence sans avoir l’air de se demander ce qu’ils y font…

Les « petites gens », c’est nous, c’est vous, c’est le monde des vivants, tout simplement, des vrais vivants, qui ne sont pas des héros, ne le seront jamais, et vivent au quotidien ce que le quotidien veut bien leur offrir…

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Ce sont ces gens-là qui sont au centre, et aux pourtours, de cet album. Il y a Léo, chômeur, qui passe son temps en rêvant d’un jour trouver un trésor, en pêchant à l’aimant, comme internet, dieu invisible des paumés de l’existence, lui en fait croire la possibilité.

Il y a Hélène, sa sœur, chez qui il vit presque en parasite, et dont la colère pousse Léo à passer un cap, en achetant un détecteur de métaux, toujours comme internet le lui propose.

Il y a Gabriel, sorte d’historien de village, qui hait les chasseurs de trésor, et pas uniquement parce qu’ils pillent le patrimoine.

Il y a son amie Justine, qui l’aide, et devient le garde-fou de son obsession tournant peu à peu à la folie…

Il y a le voisin, éleveur, chez qui Léo trouve l’amitié… Ce voisin qui lui dit un jour « c’est pas moi qui vais te dire de renoncer à une passion pour trouver un vrai métier », mais qui va lui offrir ce métier pourtant, en lui disant alors « ça gagne pas des mille et des cents, mais ça occupe la tête » ! Il y a Sarah, l’ancienne femme de Gabriel, qu’on entend dire à Léo, souriante « faites attention, les rêves sont parfois dangereux… mais les étouffer, c’est pire que tout… » !

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Et toutes ces vies s’entremêlent, et l’aventure s’invite à la table des routines des heures et des jours… L’aventure, avec un a minuscule, avec une arme à feu,  avec des vieilles rancunes, des haines, avec, qui sait, un trésor qui ne soit pas uniquement rêvé… Une aventure qui pourrait se résumer par ce petit dialogue entre Léo et Sarah, en fin de volume :

-La dernière chose qu’il a dite, c’est qu’il avait trouvé un trésor, un jour. Et qu’à force d’avoir peur de le perdre, il avait réussi à le faire fuir. Je crois qu’il parlait de vous.

-Nous avions un rêve commun… Un jour, j’ai cessé d’y croire. Il ne l’a pas supporté. L’amertume a fait le reste.

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Ce livre met en scène les illusions du monde moderne. Il met face à face les bonnes intentions et la réalité. Il parle de la vie, de la mort aussi, comme échappatoire, comme arme ultime face à la grisaille des rêves brisés. Ce livre est un petit polar tendre, humain, celui de quelques existences qui, peu ou prou, disjonctent, pour mieux se retrouver, peut-être, pour mieux se perdre, également peut-être…

Ce livre est un livre d’observation, observation de la vie qui nous entoure, ce livre est ainsi un miroir de qui nous sommes, de qui nous pouvons être aussi…

Dans ce livre, Bruno Duhamel partage ses sensations, ses sentiments, il nous raconte que chaque vie peut être une existence… Et ce livre, ainsi, devient miroir de ses propres espérances. De son « humanisme », osons le mot ! L’humanisme simple des petites gens !…

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Vous l’aurez compris, ce livre me plaît, immensément… Ce livre est à savourer, pour son scénario, ses dialogues, son découpage. Pour son dessin qui réussit à la fois à nous plonger dans des paysages, des décors, et dans des regards, des expression… Pour la lumière de ses couleurs, aussi, et cette façon que Duhamel a de les séquencer, sans en avoir vraiment l’air…

Un excellent livre, comme tous ceux de cet auteur passionnant parce qu’humain d’abord et avant tout !

Jacques et Josiane Schraûwen

Le Goût Du Métal (auteur : Bruno Duhamel – éditeur : grandangle – avril 2026 – 64 pages)

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Macbeth – Shakespeare comme scénariste d’un superbe livre appartenant au neuvième art !

Macbeth – Shakespeare comme scénariste d’un superbe livre appartenant au neuvième art !

Tous les livres des frères Brizzi sont des vrais bijoux ! Celui-ci ne déroge pas à cette vérité, que du contraire !!!!

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Soyons honnêtes… Nous connaissons toutes et tous l’œuvre de Shakespeare. Ou, du moins, nous en connaissons toutes et tous quelques titres… Nous en avons aussi des souvenances cinématographiques, avec Orson Welles par exemple… Ou avec l’excellent « Shakespeare in love »…  Personnellement, j’ai vu, au théâtre, deux de ses pièces… Mais combien sommes-nous à nous être plongés réellement dans ses écrits ? Le nom de Shakespeare appartient, c’est indéniable, à la culture mondiale, mais ses œuvres n’en sont que des jalons dont nous ne saisissons que quelques bribes.

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Or, et ce « Macbeth » en est la parfaite illustration, Shakespeare est toujours d’une actualité évidente, et, ma foi, il est un scénariste extraordinaire ! Quand on parle de cinéma, on oublie souvent que ce septième art est né du Théâtre… Et donc, adapter une pièce de théâtre en bande dessinée, ce neuvième art qui mêle intimement les réalités de la mise en scène, du rythme, de la succession des plans, les réalités de l’écriture comme de l’image, du découpage cinématographique aussi, cela n’a rien d’iconoclaste, que du contraire ! A condition, bien évidemment, de rester fidèle au texte originel, et d’en faire le support d’une nouvelle visualisation, en deux dimensions plutôt qu’en trois.

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Deux dimensions, oui, celles du dessin sur une page… Mais une troisième dimension s’y ajoute, essentielle, celle de l’imaginaire, de la sensation, celle du choix des thèmes et des angles de vue choisis… La dimension du talent, simplement, dans le respect d’une construction littéraire existante, dans la démesure graphique qui permet à cette littérature de se trouver un autre cadre… Et à ce titre, les deux frères Brizzi, jumeaux de l’animation, de l’illustration, de la bande dessinée, sont des auteurs exceptionnels, et leur travail à deux est une merveille pour l’œil du lecteur, une merveille pour son intelligence aussi…

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Macbeth, c’est un général écossais que les ambitions de sa femme mènent au régicide, et puis à la culpabilité sans rémission possible, et enfin à la folie. Son histoire, créée et racontée par Shakespeare, est l’universel récit du pouvoir, de ses dérives, de la guerre, de la mort omniprésente à chaque errance de l’existence. Un récit universel, oui, et, de ce fait, ancré profondément dans tout ce qui construit et déconstruit une âme humaine. Et je me permets ici de citer les frères Paul et Gaëtan Brizzi, parlant de ce livre à ne pas rater !

« Il nous a paru intéressant de traduire en images cette dimension spirituelle qui caractérise si particulièrement les personnages shakespeariens. Là où l’auteur, par le biais d’une prose oratoire magnifique, exprime leurs tourments intérieurs, c’est par le dessin et la lumière que nous avons voulu les traiter et les transmettre. »

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Entre romantisme débridé et symbolisme fantastique, les références graphiques sont nombreuses, et extrêmement personnalisées jusqu’à faire du travail de ces deux frères extraordinaires une œuvre sans comparaison… Un peu comme si Rops et Doré avaient rencontré le Hugo dessinateur pour demander aux Brizzi d’aller encore plus loin dans l’intimité, dans la démesure, ces deux pôles des sentiments qui, humains, construisent depuis toujours l’humanité. Le texte de Shakespeare nous dit qu’il faut laisser faire le destin, mais qu’il dépend toujours de notre volonté… Il dit aussi qu’il faut se rire dédaigneusement du pouvoir des hommes… Macbeth est bien plus qu’une fable sur le pouvoir. C’est une œuvre magique qui définit les contours de ce qui fait l’ambition, l’amour, la haine, la déshumanisation, la tyrannie, la trahison, la mort, l’injustice. Et tout cela ruisselle, dans ce livre, d’un dessin auquel aucun reproche ne peut être fait. Les prouesses, celles de la couleur entre autres dans certaines planches, celles de la narration, sont d’une totale réussite. Et je tiens à souligner le talent exceptionnel des frères Brizzi dans la manière qu’ils ont de dessiner les regards et, en quelques traits, d’y montrer l’apparition de la folie !

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Vive la « culture », vive le mélange des genres, des arts, quand le résultat nous laisse aimer et découvrir une œuvre comme ce Macbeth, une œuvre d’artistes, une bande dessinée dans laquelle vibrent les mots et les imaginaires d’un des plus grands dramaturges de l’histoire humaine…

Jacques et Josiane Schraûwen

Macbeth (auteurs : Paul et Gaëtan Brizzi – éditeur : Daniel Maghen – octobre 2025 – 128 pages)

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Les sentiers d’Anahuac – une plongée superbe dans le monde des Aztèques, au seizième siècle

Il y a de ces livres qui réussissent, par l’image comme par le texte, à faire découvrir une part de l’Histoire qui nous était inconnue… C’est le cas avec ce somptueux album auquel je ne trouve que des qualités.

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Il y a de ces livres qu’on feuillette, qu’on referme, qui ne nous attirent pas plus que cela, qu’on dépose dans le coin d’une étagère, qu’on oublie… Et puis un jour, par hasard, on les retrouve, on les ouvre, et on se dit « allez, je vais m’y plonger »… C’est pour moi ce qui s’est passé avec ces sentiers d’Anahuac, et je me demande pourquoi j’ai mis autant de temps à le lire, à le savourer, à y trouver des chemins qui, sans aucun manichéisme, racontent une histoire, une Histoire, une civilisation, des humains soucieux déjà, il y a bien longtemps, à ne pas faire de la religion une opaque et imperméable conquête ! C’est un livre extrêmement bien fait, touffu sans être confus, intelligent, didactique et humaniste.

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Ce livre est la preuve qu’une bande dessinée peut à la fois être rigoureuse, historiquement, et passionnante, agréable à lire. Il y a tellement, de nos jours, de bd qui sortent et qui sont plus pédantes que didactiques, plus ennuyeuses que lisibles, plus « mode » que véritablement de grande qualité… Le scénariste, Romain Bertrand, est un historien, et son approche du sujet de ce livre est exemplaire. Il y a à la fois tout un côté explicatif fouillé, et à la fois une aventure humaine, la rencontre de deux êtres, les rencontres qui en résultent. Et le total est un tableau de quelque 160 pages qui met en lumière, en clair-obscur ai-je envie d’écrire, le Mexique du milieu du seizième siècle et, surtout, le courage et la volonté d’un Franciscain de préserver la mémoire du peuple aztèque avant son anéantissement.

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Et qu’en est-il du dessin de Jean Dytar ? Il en est ici à son septième album bd, et c’est en virtuose que ce dessin donne vie au scénario… En virtuose, oui, avec un travail du noir et blanc exceptionnel de beauté partagée, avec aussi une façon tout aussi exceptionnelle, graphiquement, de rendre accessible à tout un chacun les méandres de la civilisation aztèque, de ses divinités, de ses « glyphes ». Je n’ai qu’exceptionnellement rencontré deux talents ainsi fusionnels dans une bande dessinée… Et puis, ce qui ajoute encore à la qualité « d’objet » de cette bd, c’est son format, 27,5 sur 27,5 centimètres, et la texture du papier, épais, souple sous les doigts, et doux au regard…

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Ces « sentiers d’Anahuac » nous racontent, en fait, l’histoire d’un livre, le « codex de Florence », initié par le père Bernardino, se mettant à l’écoute de ce qu’était cette région du monde avant la colonisation des Espagnols. Ce Franciscain ne s’est pas arrêté aux simples relations qu’on faisait à l’époque des sacrifices humains des Aztèques. Il s’est fait journaliste avant l’heure, gommant ses propres préjugés et ceux de sa religion, pour aller à la rencontre des gens… De leurs souvenances… De leur culture… Et, dans ce périple en des sentiers que le dieu chrétien imposé par le colonisateur ignorait, il est parti, simplement, à la découverte d’une civilisation et d’une religion… Dans ces sentiers qu’il a empruntés avec Antonio Valeriano, un jeune Mexicain converti au catholicisme, il va se promener sans apriori, l’âme en éveil, le cœur en accord avec la terre, le ciel, et les humains, quels qu’il soient. On ne parle pas d’âme dans ce livre, mais elle est là, omniprésente, et d’une complexité et d’une tolérance étonnantes.

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En fin d’album, un dossier complète la lecture, en nous expliquant comment ce codex de Florence a été créé, ce qu’ont été les destins du padre Bernardino et de son élève mexicain Antonio Valariano. Dans ce dossier, on découvre également le travail de recherche graphique qui a permis à cette bande dessinée de ne rien trahir de que fut cette civilisation aztèque. Et on y ajoute un glossaire espagnol, un glossaire de la langue « nahuatl », et la liste des divinités aztèques également. Un dossier passionnant, lui aussi, à lire!

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Je parlais du scénario… Un récit charpenté avec un immense talent, dans lequel les mots, les dialogues, les réflexions forment la trame réelle de cet album. Voici quelques-uns de ces mots…

« – Je dois reconnaître, Juanito, que le génie de ton peuple n’a rien à envier à celui des Romains. – Je sais, padre. Qu’est-ce que c’est, le génie des Romains ? »

« C’est un lieu difficile que la terre, un lieu de pleurs et de douleurs, où l’on connaît l’amertume et l’affliction. Le vent glacé passe et glisse : on dit qu’en réalité la chaleur et le vent se calment, mais il n’y a que la faim et la soif. Les choses sont simplement ainsi. »

« – Je ne sais plus qui croire. Qui dit la vérité, qui n’en dit qu’une partie… qui la transforme ? – Dieu seul le sait, Antonio. – Certes… Mais il faut admettre qu’Il n’est pas bavard, ces temps-ci… »

« Pour la première fois, la pensée m’effleura que l’entreprise du padre Bernardino pouvait n’être rien d’autre que son propre rêve. »

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Ce rêve-là, profondément humaniste, méritait d’être vécu… Et d’être raconté… Ce livre, croyez-moi, est d’une qualité totalement exceptionnelle, à tous les niveaux… Et, en outre, c’est un très bel objet ! A placer, sans attendre comme je l’ai fait, dans votre bibliothèque d’honnête Homme…

Jacques et Josiane Schraûwen

Les sentiers d’Anahuac (dessin : Jean Dytar – scénario : Romain Bertrand – éditeur : Delcourt – octobre 2025 – 160 pages)