Skeletos : L’Affaire Du Sceptre Volé – un petit livre pour « petits » de 7 ans, et pour plus grands !

Skeletos : L’Affaire Du Sceptre Volé – un petit livre pour « petits » de 7 ans, et pour plus grands !

Une bd jeunesse, virevoltante, avec un sens de l’humour noir très joyeux !

copyright le seuil jeunesse

Les squelettes ont leur royaume. Un lieu sans couleurs, un lieu dans lequel on se dispute, on se brise les os, on les réassemble, sans cesse. Un monde dans lequel survit une légende, celle en un « monde d’avant ». Mais les squelettes n’y croient pas vraiment. Jusqu’au jour où débarque dans ce royaume Garance, une petite fille… Avec de la chair sur les os !

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Ses étonnements ne durent pas longtemps, moins longtemps, en tout cas, que ceux qu’elle provoque chez ces êtres faits uniquement d’os, ces squelettes qui ne connaissent même pas la sensation des « chatouilles » ! Cette gamine espiègle va s’amuser sans vergogne avec ces êtres vivants et morts en même temps, avec un roi qu’elle séduit, avec un garde royal, Skeletos. Et puis, soudain, elle s’en va, elle retourne dans son univers, emportant avec elle le sceptre royal ! Et sans ce symbole « parleur », le monde des squelettes est condamné à disparaître !

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Dès lors, c’est à Skeletos de retrouver dans le monde d’avant cette petite fille, et de récupérer ce sceptre essentiel ! Dès lors, donc, l’aventure commence, celle de l’interpénétration de deux univers totalement opposés, celle de la vie qui s’amuse de la mort en fêtant Halloween, celle de la mort découvrant le sens du plaisir et celui de l’amitié. Le scénario de Denis Baronnet est enjoué, vif, sans temps morts. Quelque peu iconoclaste, ce scénariste joue avec les codes « sérieux » de l‘existence pour en faire des sourires tout au long des pages et des mots qu’il y accroche.

copyright le seuil jeunesse

Le dessin de Gaétan Dorémus est tout aussi vif et joyeux… D’aucuns le comparent à celui de Sfar… Mais je ne partage pas cet avis ! Certes, le trait est rapide, parfois gribouillé, mais il se refuse à tout « sérieux », à tout « message », à toute « moralité » ! C’est un dessin de grand gosse, qui séduira, je pense, tous les petits gosses qui s’y plongeront… C’est un petit bouquin sans prétention qui, je l’avoue, m’a séduit, même si, habituellement, ce genre de graphisme ne fait pas partie de mes préférences… Mais, ici, je ne boude pas mon plaisir, certain que je suis qu’il sera aussi celui des jeunes lecteurs !

Jacques et Josiane Schraûwen

Skeletos : L’Affaire Du Sceptre Volé (dessin : Gaétan Dorémus – scénario : Denis Baronnet – éditeur : Seuil Jeunesse – 2025 – 86 pages)

Jean-Claude Servais : une exposition à Bruxelles à ne pas rater

Jean-Claude Servais : une exposition à Bruxelles à ne pas rater

Nous sommes, toutes et tous, les enfants des lectures que nous avons faites. Les enfants des éblouissements, des questionnements, des rêves, des découvertes, des attentes, des plaisirs, des déceptions nées de la fusion entre un objet, un livre, et nos regards.

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Du plus loin que je me souvienne, je me vois lire… Oh, jouer aussi, bien entendu, mais l’image que je garde de mon enfance me montre un livre à la main… Avant huit ans et demi, j’avais déjà lu une bonne partie des œuvres de la comtesse de Ségur, j’avais déjà lu d’autres romans, moins enfantins, Paul Féval entre autres. Et des bandes dessinées, aussi ! Des bandes dessinées que ma famille, en Belgique, m’envoyait dans la colonie africaine où je grandissais…

copyright annick schraûwen

J’ai appris à vivre, à être moi, en lisant, oui, et ce besoin ne m’a jamais quitté. Ce qui ne m’a jamais quitté non plus, c’est cette sensation puissante de me savoir vivant en passant de Hergé à Dalens, de Kipling à Jijé, de Léautaud à Franquin, de Cesbron à Pratt, de Maupassant à Davodeau… La lecture m’a toujours été, donc, une passion, faite d’éclectisme, faite d’abord et avant tout, oui, d’un mot qui, de nos jours, se fait de plus en plus condamner : le mot « plaisir » !

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Et la bande dessinée, oui, m’a toujours été passion, même avant qu’on ne la pare d’expressions pompeuses comme « neuvième art », ou « roman graphique », alibis sémantiques et « culturels » de quelques penseurs honteux, sans doute, d’aimer les petits mickeys !

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La bande dessinée a accompagné bien des étapes de ma vie… Au départ, en urgence, de mon pays natal, qu’on appelait Congo Belge, j’ai emporté peu de choses… Un Spirou et Fantasio, « Les chapeaux noirs », un Lambique, « Le gladiateur mystère », un livre de Forget que je n’arrête pas de lire et de relire, « L’ombre de Saïno »… Ils sont les jalons de mes huit premières années… Et d’autres jalons, depuis, s’y sont ajoutés…

copyright servais

J’ai grandi… J’ai rencontré une femme qui m’est devenue essentielle, et qui partageait cette passion pour la bande dessinée… Elle aimait Line, de Cuvelier, entre autres, Mad et Gloria, aussi… Nous nous sommes aimés, pendant plus de 46 ans, en lisant, en lisant encore, en nous passionnant pour cet art qu’est la bande dessinée, un art populaire d’abord et avant tout… Nous nous sommes plongés ensemble dans les œuvres de Tardi, par exemple. Dans celles, aussi, de Jean-Claude Servais… Et nous avons eu le bonheur de passer une journée, avec lui, dans son chalet bleu…

copyright servais

Jean-Claude Servais est un de ces dessinateurs découverts, si ma mémoire est bonne, dans les pages du magazine Tintin, dans celle de la revue « A suivre », aussi. Avec lui, n’en déplaise aux penseurs de la bd qui l’oublient bien souvent, la bd s’est mise à emprunter volontairement des chemins nouveaux… Ceux d’une nature proche de tout un chacun que Servais nous a poussés à regarder mieux, à écouter, à aimer… Les chemins, aussi, d’un érotisme sans provocation, celui de l’amour, du désir, de la tendresse d’une Violette qui a, j’en suis persuadé, permis à la bande dessinée de prendre place, intimement, dans la réalité de la vie, de l’existence.

copyright servais

Le dessin de Servais, après s’être distancé de ses premières influences, (Alexis, entre autres), s’est fait d’un réalisme délicat… D’une manière très sensuelle, très poétique aussi, de s’approcher de la vérité des personnages par le biais de détails, les sourires, les trognes, les mouvances du vent dans les chevelures, les hiératismes des bons bourgeois, et les regards plus lumineux que tous les soleils de l’imaginaire !

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Servais est un auteur essentiel dans l’univers de la bande dessinée, un auteur qui s’impose naturellement, dans le paysage des artistes du dessin et du récit, un artiste honnête, un homme droit, un homme de mémoire, aussi… Juste quelqu’un de bien !… Et cette rétrospective qui a lieu à Bruxelles, après celle, il y a quelques années, à Bastogne, au « Picon Rue », nous le montre, tel qu’il est, tel qu’il se révèle dans ses planches…

copyright servais

Cette exposition est d’une belle sobriété, et, de ce fait, ressemble véritablement à Jean-Claude Servais… Un très grand de la bd populaire « humble », que je ne peux que vous pousser à aller découvrir dans la galerie qui accueille une œuvre sans commune mesure avec les modes, quelles qu’elles soient ! Une œuvre qui est loin d’être terminée !

Jacques et Josiane Schraûwen

Rétrospective Jean-Claude Servais – Galerie Huberty & Breyne – 33, place du Châtelain – 1050 Bruxelles – jusqu’au 28 mars

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Les Mémés – tome 6 : A La Recherche Du Temps Qui Reste

Les Mémés – tome 6 : A La Recherche Du Temps Qui Reste

Eh oui, cela fait déjà pas mal de temps, six albums, que Sylvain Frécon nous impose ses vieilles dames terriblement indignes ! Et c’est toujours un plaisir un peu pervers que de les retrouver, ces mémés amorales !

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Les voici donc, avec un titre tout à fait dans le style « fluide glacial » : à la recherche du temps qui reste… Du temps qui leur reste à vivre… Parce que, quoi qu’ait pu en écrire Proust, se coucher de bonne heure n’a d’intérêt que s’il n’y a rien à la télé ! Je parlais d’un style propre aux éditions Fluide Glacial, et il s’agit d’un style qu’on pourrait appeler sans queue ni tête, qu’on peut aussi définir comme étant à la fois proche de l’absurde d’une part, et enfoui dans une forme d’observation de monsieur et madame toutlemonde d’autre part… Madame, bien sûr, ici, madame d’un âge certain, d’un âge qui n’a pas peur de s’affirmer, de se montrer, de s’exposer même…

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Huguette, Lucette et Paulette se savent vieilles, même si leurs amusements sont souvent dignes de sales gosses. Elles aiment les blagues sous la ceinture, elles aiment peloter les fesses des statues dans un musée, avant de vouloir faire de même avec la croupe du gardien… Elles aiment se foutre de la tête d’un flic en lui faisant croire qu’une de leurs amies est une dangereuse dealer… Elles sont vieilles, mais loin d’être vétustes ! Elles sont femmes, aussi, et, à leur manière, elles n’oublient jamais de prendre soin de leur corps.

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On sourit sans doute plus qu’on rit, au fil des pages-gags de ce livre… Mais qu’est-ce que cela fait du bien de suivre les aventures de ces vieilles qui peuvent en remontrer, et pas qu’un peu, à tous les pseudo-jeunes bien sérieux et bien propres sur eux, ces adorables jeunes qui regardent de travers les « boomers » pour ne pas se regarder eux-mêmes dans leurs petits miroirs ! Vive le troisième âge de ces mémés, avec ses ridicules, mais aussi ses quelques lucidités jouissives !

Jacques et Josiane Schraûwen

Les Mémés – tome 6 : A La Recherche Du Temps Qui Reste (auteur : Sylvain Frécon – éditeur : Fluide Glacial – février 2026 – 56 pages)