Sow – 1. Les Dieux Célestes

Sow – 1. Les Dieux Célestes

Après avoir envahi les étals des libraires spécialisés pendant des années, pour le meilleur et pour le pire, l’heroic fantasy a calmé ses ardeurs éditoriales depuis quelque temps. Ce qui devrait permettre aux albums appartenant à cette thématique d’être de meilleure qualité.

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C’est bien le cas, me semble-t-il, avec ce livre-ci.

Avec un dessin onirique à souhait, un graphisme qui aime le mouvement sous toutes ses formes, quitte à en détruire les perspectives pour mieux le faire ressentir, avec un talent qui, certes, s’intéresse aux regards, mais encore plus aux visages, le dessinateur Bojan Vukic fait du récit de Blaede une belle fresque extrêmement vivante.

Enfin, quand je dis vivante, c’est façon de parler, ou plutôt d’écrire ! Parce que la violence la plus sanglante, la mort la plus horrible sont aussi des ingrédients importants, voire essentiels, de cette série naissante.

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Tous les genres littéraires, donc dessinés également, ont leurs propres codes. L’aventure, le polar, le western… Des codes que des auteurs ont réussi, au fil des temps, à détourner, à contourner, à modifier… Bizarrement, avec l’heroic fantasy, ces détournements sont rares, très rares, trop rares, et, quand ils existent, la réussite n’est pas vraiment au rendez-vous.

Disons-le tout de suite, cet album-ci respecte, lui aussi, toute la symbolique propre à ce genre de récit.

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Avec Sow, nous nous trouvons dans un monde dans lequel les dieux se sont mêlés, ou se mêlent encore aux humains. Une planète sur laquelle se côtoient, avec plus ou moins de tranquillité, plusieurs royaumes, donc plusieurs cultures différentes, plusieurs « races » aussi…

Et dans cet univers, Bron et Mira, frère et sœur, et jumeaux, sont les gardes du corps de la jeune princesse Philel, adolescente à la curiosité omniprésente.

Et voilà que cette jolie princesse se fait enlever, avec comme raison ce qui semble être l’envie de lancer une guerre. Dans quel but ?… On ne le sait, pas encore en tout cas.

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Et les jumeaux, en poursuivant les ravisseurs, révèlent peu à peu leurs pouvoirs… Le garçon est seul à pouvoir manipuler une épée magique à la puissance redoutable, et la fille, elle, peut parler aux animaux et a, régulièrement, des visions. En outre, ils ont comme compagnon Zepp, animal de compagnie dont les pouvoirs vont se révéler au fil des pages également. Et puis, il y a un roi dragon, des jolies filles aux tenues guerrières particulièrement seyantes, une enquête, au cours de la quête de nos jumeaux, qui va s’orienter autour de leur origine… Donc de l’Histoire de cette planète.

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Vous voyez, toutes les recettes de l’heroic-fantasy sont bien présentes. Pour que la sauce prenne, il faut cependant que le scénario réussisse à ne pas être redondant par rapport aux nombreuses productions de ce genre.

Et, ma foi, c’est bien le cas…

Parce que le scénariste parvient, avec naturel, à aborder des thèmes qui sont ceux d’aujourd’hui.

Sow, c’est une saga, teintée de tradition, sans aucun doute. On y voit s’affronter, de manière directe ou pas, les dieux et les humains. On y parle de fantastique, de magie, on y aborde de front aussi la violence la plus extrême, la plus sanglante. La mort est omniprésente, et pas seulement de manière imagée… Elle est multiple dans ses aspects, dans ses origines, dans les horreurs qui la provoquent.

Mais, en même temps, on parle des mystères de la gémellité… De l’utilité politique de la guerre et de tous les conflits… De l’identité… De l’erreur des apparences, des failles de la mémoire, des impuissances face à la trahison…

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Et puis, il y a en trame de tout le récit entamé dans ce premier tome, une réflexion moins légère que ce qu’elle en a l’air sur la différence… Avec, comme postulat, pour les bons comme les méchants, que seule l’unicité de chaque être est importante, et que c’est de toutes ces unicités que peut naître l’espoir d’un monde vivable.

C’est donc un album réussi, qui donne l’envie de découvrir la suite de cette saga héroïque… Avec, cependant, à mon avis, une faiblesse : la mise en couleurs. Les tons sont très prononcés, et ils en deviennent criards, dévorant un peu le dessin, à certains moments, et le rendant moins lisible…

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Jacques et Josiane Schraûwen

Sow – 1. Les Dieux Célestes (dessin : Bojan Vukic – scénario : Blaede – éditeur : Kalopsia – 50 pages – juin 2022)

Vikings Dans La Brume – Deux frères quelque peu déjantés nous racontent à leur manière les invasions des Vikings !

Vikings Dans La Brume – Deux frères quelque peu déjantés nous racontent à leur manière les invasions des Vikings !

Oui, les auteurs de ce livre sont des frères, des complices, Wilfrid Lupano, d’une part, et Rodolphe Lupano (pseudo Ohazar) d’autre part. Et, ma foi, on sent qu’ils se sont bien amusés en réussissant à nous amuser aussi !

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Dans la mémoire collective, tellement infidèle, de plus en plus infidèle ai-je même envie de dire, le peuple Viking est un peuple sauvage, ayant besoin, pour se sentir exister, de rapines, de raids, de pillages, de tueries, d’incendies, d’horreurs sans nom !

Heureusement que la bande dessinée est là, depuis longtemps, pour en dresser un portrait différent ! Réaliste, sérieux, ésotérique, mythologique et sanglant, le plus souvent, bien entendu, tant il est vrai que la thématique de ces peuples du nord et de leurs dieux est porteuse, graphiquement, de bien des possibilités : Ragnar le Viking, Thorgal, Harald, Asgard en sont quelques fleurons incontestables.

Et puis, il y a eu aussi des bd infiniment moins sérieuses, avec Asterix, Johan et Pirlouit, entre autres, de manière assez classique. Mais également de façon plus absurdement jouissive avec Hultrasson, de Remacle et Hagar du nord, de Dick Brown…

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C’est dans cette veine-là que se situent les deux frangins maîtres d’œuvre de cet album-ci !

Comme chaque année, des vikings fiers et belliqueux abandonnent les côtes plus ou moins hospitalières de leur Nord aux nombreuses divinités pour aller prouver leur virilité en allant porter la guerre et le sang plus au sud.

C’est le cas de Reidolf qui, cette fois, fier meneur de raid, emmène son fils Arnulf pour lui faire découvrir les saines joies de la rapine !

Oui, c’est bien d’une initiation qu’il s’agit, dans ce livre…

Seulement, avec Wilfrid Lupano aux commandes du scénario, il n’est jamais question de classicisme. Lui qui, avec Cauuet, a créé les ineffables Vieux Fourneaux, éprouve souvent le besoin d’ajouter son grain de sel, ou de poil à gratter, dans tout ce qui pourrait lui sembler trop sérieux ! Donc dans la grande Histoire aussi, et surtout!

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Donc, Arnulf, comme tous les autres Vikings d’ailleurs, n’aime pas l’eau froide… Il a un tempérament plutôt écolo que guerrier, il a le mal de mer et est incapable de prédire l’avenir grâce aux runes…

En outre, les femmes, restées bien évidemment au village, prennent du bon temps, et, surtout, se sont converties au catholicisme, obligeant leurs époux et putatifs maîtres à ne pas piller ni brûler les églises au cours de leurs mâles amusements.

C’est la vie quotidienne de ces Vikings qui est au centre de cet album, construit en gags d’une demi-page. L’humour y est omniprésent, parfois bon enfant, plus souvent grinçant et quelque peu noir… C’est ainsi, par exemple, qu’on parle, au détour d’une page, d’un « pillage durable et écoresponsable » !

C’est dans cette forme d’humour, d’ailleurs, que réside le talent de Lupano : réussir à parler de notre monde, par une multiplication d’allusions, de petites « piques », de gags récurrents aussi (un canard et une oie…). Il le fait avec les Vieux Fourneaux, de manière frontale, directe, puisque ces vieux adolescents vivent leurs aventures dans notre présent, il le fait ici avec l’alibi souriant d’un passé lointain.

Un alibi, oui, puisque rien n’empêche le sieur Lupano de nous caricaturer des religions, celle des Vikings comme celle des chrétiens, religions dont un des personnages dit : « Tu n’as pas idée du pouvoir de la croyance. » D’un côté, neuf mondes plats agrémentés de dieux et de personnages mythiques, de l’autre, un seul monde symbolisé par un crucifié ! Pas de vainqueur, en finalité…

Je parlais des allusions, et elles sont nombreuses, avec ces Vikings tellement peu sérieux ! On y parle des experts et de leurs pouvoirs absolus et sans cesse inutiles, on nous parle de la lutte des classes, de la place de la femme… Mais toujours, bien évidemment, avec un humour qui se révèle à la fois gentillet et acerbe !

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Le dessin d’Ohazar crée, quant à lui, cette brume du titre qui permet tous les flous historiques possibles et imaginables… Ce dessin participe pleinement, par sa façon d’étirer les personnages, ou de les écraser, à l’humour grinçant du scénario. D’une belle efficacité, une efficacité immédiate, ce graphisme se permet aussi quelques références, quelques allusions… Gratuites, certes, mais extrêmement agréables, comme à Hokusai…

Un livre agréable, avec une morale, pourtant, exprimée par un personnage : « Le monde change vers davantage de communication. L’Histoire dira si c’est une bonne chose. ».

Jacques et Josiane Schraûwen

Vikings Dans La Brume (dessin : Ohazar – scénario : Wilfrid Lupano – éditeur : Dargaud – mars 2022 – 64 pages)

Erotopia 1 – Une héroïne plurielle pour des plaisirs sublimes !

Erotopia 1 – Une héroïne plurielle pour des plaisirs sublimes !

Que serait la vie sans le désir ? Que serait l’amour sans l’humour ? Et « Je » est-il vraiment « un(e) autre » ?… Une réponse souriante et endiablée par le biais de l’érotisme !

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Cela fait des siècles qu’on a droit au même débat, sans cesse recommencé : qu’est-ce que l’érotisme, qu’est-ce que la pornographie ?

Je n’ai jamais beaucoup aimé les définitions dont le définitif ressemble toujours à une forme de morale. Je n‘ai jamais trouvé par exemple la lecture du divin marquis particulièrement agréable, de par son aspect sans cesse moralisateur et excessif.

Je pense qu’en question d’érotisme ou de pornographie, il en va exactement comme de la littérature générale : un livre est bon, pour moi, parce que je prends plaisir à la lire quelle qu’en soit la raison. Et ce premier tome de Erotopia m’a amusé, m’a fait sourire, m’a plu, oui !

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Ce premier épisode met en scène la gentille et retenue Violette. Une femme passe-partout, que personne ne remarque, une travailleuse comme toutes les travailleuses, dépendant d’une patronne dictatoriale, Madame Counterfate.

Effacée dans la vie de tous les jours, elle n’attire ni le regard ni les attentions des hommes qu’elle croise au jour le jour. Et pourtant, cette jeune femme sage comme une image perdue dans les pages d’un missel occupe un emploi très particulier… Elle est créatrice d’objets susceptibles d’aider les femmes (et les couples) à faire de leurs moments d’amour des extases à chaque fois uniques.

Et pourtant, aussi, cette gentille Violette est loin d’être la femme pudique et invisible que ses collègues imaginent !

C’est à l’unif qu’elle a découvert que sa libido, très intense, trouvait son apogée grâce à ce qu’elle appelle son chakra-fleur, un chakra qui s’ouvre totalement au bonheur du corps plus que de l’âme lorsqu’elle se répète le prénom d’un amant possible. Pas imaginé, non. Elle jouit, osons dire les choses comme elles sont, en hurlant le prénom d’un homme qui la fait fantasmer !

Et cette secrète jeune femme a trouvé de quoi assouvir ce chakra particulier en se dédoublant !

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Créatrice de sex-toys le jour, Violette se transforme la nuit en Capucine, influenceuse suivie par des milliers et des milliers de gens, influenceuse très particulière, puisqu’elle teste tout simplement, face à la caméra, les objets du plaisir inventés par son double sage.

Un même corps, et deux femmes différentes, mais qui réussissent à cohabiter, vaille que vaille, voilà donc la trame de ce premier livre qui la présente et nous la montre, fort heureusement, dans tous ses états.

Et, bien entendu, cette cohabitation dans un même corps d’un volcan et d’une plage de sable pur, cela ne peut pas durer ! Et c’est tout le contenu de ce livre que de nous raconter les péripéties, dont l’irruption d’une forme amoureuse sentimentale, qui vont déstabiliser la belle Violette-Capucine, et en faire une héroïne de papier plus qu’intéressante !

Le scénario de Stéphane Louis se construit, vous l’aurez compris, autour d’un seul axe, celui du désir, de sa réalisation, de la libido. Et ce scénario est d’une belle construction, sans aucun doute ! Je dirais même que, à l’instar du dessin de Davide Percoco, il ne manque jamais de relief(s) ! Ce graphisme est tout en courbes, en expression, en nudités souriantes, et il est d’une joyeuse impudeur, d’un amusant libertinage, d’un érotisme plein d’humour mais qui ne cache rien des réalités des chairs !

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Je parlais d’un dessin aux pleins reliefs, et je ne peux qu’insister, dans la création et l’omniprésence de ces reliefs, de cette espèce de troisième dimension de la beauté d’un corps amoureux, je ne peux que souligner le travail de la coloriste Véronique Daviet !

Jacques et Josiane Schraûwen

Erotopia 1 (dessin : Davide Percoco – scénario : Stéphane Louis – couleur : Véronique Daviet – éditeur : Joker – novembre 2021 – 32 pages)