Brian Bones, Détective Privé – DS 29

Brian Bones, Détective Privé – DS 29

De la bande dessinée classique, tant au niveau du découpage que du dessin, du scénario que de son traitement graphique… Classique, et efficace, ouverte à tout un chacun !

DS 29 © Paquet

Brian Bones est mandaté par son employeur, une compagnie d’assurance, pour conduire, des Etats-Unis jusque chez Citroën en France, une voiture, la mythique DS, équipée d’un moteur révolutionnaire à base de jus de betterave.

C’est la quatrième aventure de ce « privé » qui, même s’il vit aux States, a quand même une vision du monde plus européenne qu’américaine. Comme, en d’autres temps, Felix débarquant à New York… Comme les personnages racontés par Simenon pendant sa période américaine.

Avec Brian Bones, on retrouve des références à Tillieux, bien évidemment. Et d’aucuns le reprochent au dessinateur, Georges Van Linthout, le taxant d’imitation trop évidente.

Or, c’est oublier ce qu’est la carrière de Georges Van Linthout. Il a toujours été, c’est vrai, très proche, graphiquement, de ce que faisaient les grands (et moins grands) anciens. Rappelons quand même qu’il est aussi le dessinateur de l’excellent « Falkenberg », du très musical « Mojo » et du très sombre « Braquages et bras cassés ». Une carrière qui, on le remarque, a toujours refusé de se vivre dans le « ronronnement » tranquille et routinier.

DS 29 © Paquet

C’est d’ailleurs une qualité partagée par le scénariste Rodolphe, vieux routier du neuvième art, un art dans lequel il s’est plongé dès les années 70, avec un bagage littéraire et culturel important. Pour lui aussi, même si le polar, au sens large du terme, fait partie de ses références essentielles, la routine n’a jamais vraiment existé… Il est le scénariste du Commissaire Raffini, une série policière qui lorgne, certes, du côté de Tardi, mais qui tient extrêmement bien la route… S’il fallait trouver une constante dans l’œuvre de Rodolphe, ce serait le plaisir, je pense… Celui de raconter des histoires sans se prendre la tête, le plaisir de se vouloir populaire sans crétinisme, le plaisir de ne pas être dans un tiroir, dans un moule, comme l’aime tellement la critique surtout parisienne.

DS 29 © Paquet

Et Brian Bones est un peu un personnage à leur image. Aventurier, aimant les femmes, pas toujours très malin, hâbleur, il prouve encore une fois dans cet album-ci que seul le hasard, finalement, peut changer une aventure humaine. Cela dit, même si ce livre est tous publics, un moment de délassement sans intellectualisme, cela ne signifie pas que ce qui y est raconté manque de consistance. Et d’actualité ! On y parle de carburant non polluant, de multinationales qui n’en veulent pas, d’amour et de désir, de racisme et de politique. Des thèmes d’aujourd’hui traités avec légèreté.

Un livre agréable à lire, dessiné et scénarisé avec efficacité : voilà ce qu’est cette DS 29 qui vous fera découvrir bien des péripéties, bien des surprises assez bien amenées.

Jacques Schraûwen

Brian Bones, Détective Privé – DS 29 (dessin : Georges Van Linthout – scénario : Rodolphe – éditeur : Paquet – 48 pages – juillet 2020)

Le Banquier du Reich – tome 1

Le Banquier du Reich – tome 1

Nous sommes en 1951. Un avion de ligne atterrit à Tel Aviv pour une simple escale de ravitaillement. A son bord, Hjalmar Schacht et son épouse.

Hjalmar Schacht… Un personnage historique extrêmement ambigu. Il fut le banquier du Reich, et c’est son histoire que cette bande dessinée nous raconte.

Le Banquier du Reich 1 © Glénat

Un homme vient s’asseoir aux côtés de Schacht. Il s’appelle Jacob Lieber, et il se dit agent du Mossad. Et c’est lui qui va faire parler Hjalmar Schacht, en lui posant des questions qui prouvent qu’il connaît particulièrement bien la carrière et la vie de son interlocuteur. Des questions qui s’orientent, très vite, non seulement sur le métier d’économiste et de sauveur de l’économie allemande de Hjalmar Schacht, mais aussi sur un homme qui fut son proche, son adjoint, Rolf Lübke.

Le Banquier du Reich 1 © Glénat

Particulièrement bien documenté, ce premier album fait le choix du flash-back pour nous parler de la grande Histoire, et pour nous faire en même temps le portrait d’un homme, d’un milieu, d’un pays, de toute une époque. Cet outil de narration fonctionne ici à la perfection, ce qui, avouons-le, n’est pas toujours le cas en bande dessinée. Et il est d’une belle efficacité, malgré l’absence totale d’artifice de couleur, comme c’est le plus souvent le cas pour montrer la différence entre aujourd’hui et hier. Le passé et le présent, ainsi, restent intimement mêlés, de bout en bout. Et le lecteur a presque l’impression d’être un observateur, une oreille, et d’assister à des retrouvailles d’un homme avec ce qu’il fut. Des retrouvailles sans fioritures d’un humain qui a occupé une place importante dans l’histoire de l’Allemagne nazie, tout en restant dans son domaine, celui de l’argent, celui de l’économie.

Le Banquier du Reich 1 © Glénat

Avec un tel sujet, un tel thème, on aurait pu s’attendre à une construction narrative et graphique nous montrant de près les horreurs nazies. Mais il n’en est rien, et pas seulement parce que ce premier tome se déroule avant guerre. La volonté des auteurs est vraiment de tout centrer sur ce personnage de Hjalmar Schacht, un intellectuel seulement intéressé par son pays, à redresser après une première guerre mondiale qui l’a laissé exsangue, et par son métier. C’est ainsi qu’il nous est montré : personnage de bureau, de l’ombre en quelque sorte, personnage ambitieux et sûr de lui, personnage proche de Hitler, jusqu’à en être un ministre, mais haï par Goering et protégeant son adjoint, marié pourtant avec une Juive.

Le Banquier du Reich 1 © Glénat

Au-delà de ce portrait humain tracé au plus proche de son modèle, ce livre évite tous les pièges du manichéisme, et c’est vraiment à souligner. En nous racontant « Hjalmar Schacht », il nous raconte une grande part de l’histoire politique et économique de la vieille Europe, celle d’un vingtième siècle qui a perdu plus d’une fois son âme ! Mais ce que nous montre et nous raconte surtout ce livre, c’est comment une dictature telle que le nazisme a pu s’installer, au vu et au su du monde entier, et avec même l’aval non seulement de la population allemande mais aussi des pouvoirs de l’argent en Angleterre par exemple.

Le texte est sans excès, sans intellectualisme, les personnages n’ont rien de plus exceptionnel qu’eux-mêmes, dans la vérité de leurs existences montrées, dévoilées, révélées au jour le jour.

Le Banquier du Reich 1 © Glénat

Le dessin, tranquillement réaliste ai-je envie de dire, ne cherche à aucun moment à éblouir. Cela ne veut pas dite qu’il est simpliste, que du contraire. Des belles perspectives, des paysages, des décors, des plans rapprochés des personnages centraux, tout participe, dans ce graphisme, à rendre tangible ce qui est raconté. Le dessin est ici véritablement au service du scénario, et cela fait toute sa force…

Le Banquier du Reich 1 © Glénat

Il faut aussi parler de Céline Labriet, à qui on doit les couleurs. Elle s’est mise au service, elle, de l’époque racontée, montrée, telle qu’on l’imagine aujourd’hui : tout en grisaille ,mais avec quelques fulgurances lumineuses. Elle est d’un beau classicisme qui n’écrase aucun des personnages ni aucun des décors, et parvient à mettre en évidence les visages avec des ombres subtilement multipliées..

Ce livre s’arrête en 1939, et laisse, il faut bien le dire, le lecteur sur sa faim… Un lecteur qui, comme moi, veut connaître la suite de l’existence étonnante de Hjalmar Schacht…

Jacques Schraûwen

Le Banquier du Reich – tome 1 (dessin : Cyrille Ternon – scénario : Pierre Boisserie et Philippe Guillaume – couleurs : Céline Labriet – éditeur : Glénat – 56 pages – février 2020