Airborne 44 – Philippe Jarbinet expose à Bruxelles, jusqu’au 31 octobre, dans la galerie Champaka

Airborne 44 – Philippe Jarbinet expose à Bruxelles, jusqu’au 31 octobre, dans la galerie Champaka

Cela fait 17 ans que Philippe Jarbinet nous raconte, à sa manière, la deuxième guerre mondiale… Cela fait 17 ans que son dessin et ses scénarios sont œuvres à la fois de mémoire et de fidélité historique…

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Il y a dans la vie des rencontres qu’on ne peut pas oublier… J’ai cette chance, depuis des années maintenant, de croiser la route d’auteurs dont j’aime les œuvres, et que j’ai découverts humains, merveilleusement humains, tout simplement… Certains sont devenus des amis, beaucoup ont marqué, dans ma petite existence, des jalons importants…

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C’est le cas de Philippe Jarbinet… Je me souviens d’une belle journée de presse du côté de Stavelot, en un moment difficile pour moi… Cet homme est un homme de « regard »… Il pose sur la vie, la sienne, celle des gens qui l’entourent, des yeux qui restent toujours lucides, et, en même temps, accueillants. C’est aussi, je pense, la caractéristique de ses albums : il s’y intéresse, de près, à des individus, à des êtres qui ne sont pas des héros et que l’Histoire, la grande Histoire sans cesse répétée, ballote d’horreur en horreur.

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Ses scénarios, ainsi, construits en diptyques, n’ont strictement rien de manichéen. Ils ne sont pas non plus l’apologie d’une forme d’héroïsme revenant de plus en plus à la mode en nos tristes jours… Ses scénarios relatent des petites histoires, presque quotidiennes, perdues dans des quotidiens inacceptables, mais survivant par le simple fait de le vouloir… Airborne 44, c’est le récit éclaté de destins à taille d’hommes et de femmes, et il en résulte une forme de réflexion qui, au fil des années, s’aiguise de plus en plus…Une réflexion sur ce qu’est l’être humain, sur ce que nous sommes, toutes et tous, sur ce que sont les réactions que nous pourrions avoir face à l’indicible…

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Et son dessin, réaliste, jouant avec les couleurs et les ambiances, faisant frissonner en hiver ses lecteurs, les faisant suer aux étés de ses récits, ce dessin est somptueux… Et une exposition comme celle-ci permet d’en découvrir toutes les évolutions, toutes les réussites, toutes les émotions… Philippe Jarbinet s’expose dans la galerie Champaka, et c’est un événement à ne pas rater !

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Face aux planches et dessins originaux accrochés aux cimaises de cette galerie, j’ai rencontré Philippe Jarbinet… Voici, in extenso, ce que fut notre conversation…

Philippe Jarbinet

Jacques et Josiane Schraûwen

Exposition de Philippe Jarbinet dans la galerie Champaka, 27 rue Ernest Allard, 1000 Bruxelles. JUSQU’AU 31 OCTOBRE !

Le Chat Président – Une chronique qui parle du Chat, de son dernier opus, de l’humour, en compagnie de PHILIPPE GELUCK

Le Chat Président – Une chronique qui parle du Chat, de son dernier opus, de l’humour, en compagnie de PHILIPPE GELUCK

C’est presque une tradition, le félin caustique de Geluck est de retour sur les étals de toutes les librairies…

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Philippe Geluck est un dessinateur qui fait, tout compte fait, moins de bande dessinée que du dessin d’humour et d’humeur… On peut ne pas aimer sa manière de faire rire, ou sourire, je le comprends bien, on peut aussi, parfois, estimer qu’il s’essouffle, mais il est un des auteurs belges les plus connus à travers le monde, et j’ai toujours pensé que son humour, décapant, rarement bon enfant, cela faisait du bien à l’âme comme à l’intelligence ! Et je vais vous parler aujourd’hui de cet album, sans digressions inutiles…

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Depuis 1983, date de sa création, le chat a vécu plus de 25 albums…

Et le titre de celui-ci, « Le Chat Président », augure d’un contenu basé sur l’actualité de nos voisins français, c’est assez évident. Mais, malgré tout, ce titre n’est finalement qu’anecdotique, qu’une accroche de marketing pour les lecteurs de l’outre-Quiévrain… Ici, en fait, et c’est d’ailleurs clairement indiqué dès la couverture, il s’agit d’un best of… Un recueil, donc, de gags récents, d’autres anciens, dans un mélange, ma foi, réjouissant…

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Et ce mélange est réussi, il tient parfaitement la route. Parce que Le Chat, c’est une suite de gags, certes, mais c’est aussi, et surtout, une suite de mots d’auteurs, absurdes, surréalistes, provocateurs… On sent chez Geluck qu’il a beaucoup lu et beaucoup aimé des auteurs comme Wilde, Dac, Blanche, Guitry, Allais ! Il y a ainsi des dialogues savoureux, comme ce Chat, couché sur un divan, disant « docteur, je ne suis pas fou », et s’entendant répondre par un homme sur un autre divan « ça tombe bien, je ne suis pas docteur ». J’aime cet absurde qui fait plus sourire que rire, oui… Comme cette espèce d’aphorisme : « Chacun de nous est certes unique. Mais moi, j’ai une particularité que personne d’autre n’a. Je suis le seul à être moi. » Et dire que cela fait 43 ans que ce félin de papier vit ainsi des aventures immobiles et essentiellement littéraires ! Un chat qui s’adresse toujours directement au lecteur… Et je vous propose maintenant, tout simplement, d’écouter in extenso la conversation que nous avons eue, Philippe Geluck et moi…

Jacques et Josiane Schraûwen

Le Chat Président (auteur : Philippe Geluck – éditeur : Casterman – octobre 2026 – 48 pages)

Philippe Geluck au micro de Jacques Schraûwen

Mamie Luger – Du « polar », du dur, du vrai de l‘excellent !!!!

Mamie Luger – Du « polar », du dur, du vrai de l‘excellent !!!!

Je suis un grand lecteur de bandes dessinées… Je suis aussi un grand lecteur, tout simplement ! Pour le moment, par exemple, mon livre de chevet, signé André Billy, s’intéresse aux frères Goncourt ! Cela dit, mes préférences, en guise de littérature, sont depuis longtemps ancrées aux bouquins « policiers » de toutes sortes…

Et, donc, cette bd, avec un titre qui donne le ton tout de suite, « Mamie Luger », ne pouvait que m’attirer. En outre, au départ de cet album, il y a un roman policier de Benoît Philippon, passionnant, grinçant, sur j’ai lu. Et adoré… Alors, en voyant que le dessinateur Nicolas Kéramidas avait décidé de l’adapter en bd, j’ai d’abord été inquiet, et ensuite, en le lisant, superbement séduit ! Il n’est pas fréquent de trouver un livre dont le personnage central est une femme tueuse, une femme, une femme de 102 ans, en plus !

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Une mamie serial killeuse oui… Après cinq pages où on voit Berthe Gavignol, vieille dame âgée de plus d’un siècle, résister aux forces de l’ordre, on entre tout de suite dans le feu de l’action, une arrestation, un interrogatoire…. Dans une ambiance qui rappelle le superbe film « garde à vue », de Claude Miller, Berthe se trouve face à face avec l’inspecteur Ventura. Et cet interrogatoire va prendre un certain temps… Un temps certain… Puisque cette bd va se construire en trois tomes… Entre le langage particulièrement fleuri, pour parler poliment, de la délinquante et les questions policées du flic, c’est le portrait d’une vraie tueuse qui se dessine, une terrible tueuse en série, et cela dans une sorte de connivence, voire de respect, entre le policier et son inculpée…

Nicolas Keramidas : le début…

Je parlais de mon inquiétude… Parce que le roman, extrêmement réussi, fourmille, en chaque page, d’images fortes, amusantes, burlesques, sombres aussi, horribles même parfois, des images que chaque lecteur fait siennes. Adapter une langue écrite d’une telle puissance d’évocation me semblait une difficile gageure… Et Nicolas Keramidas a parfaitement relevé ce défi, faisant des contraintes de son adaptation les lignes de force époustouflantes d’un récit qui se fait complicité entre lui, l’écrivain et, finalement, le lecteur…

Nicolas Keramidas : les défis de cette adaptation

Nicolas Keramidas jongle avec les images comme Benoît Philippon jongle vac les mots… Ils réussissent tous deux à tantôt émouvoir, à tantôt faire frémir, à tantôt encore faire réfléchir… Ancrer, en quelque sorte, une histoire plus ou moins anecdotique en quelque chose de plus large, de faire d’un regard passager une sorte d’ouverture sur un paysage largement humain.

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Parce que cette fameuse Berthe Gavignol a à son actif plusieurs meurtres, c’est vrai… Mais, au-delà de son âge canonique, ce livre, le roman comme la bd, s’ouvre sur des thèmes qui restent très actuels, malheureusement…

L’âge de cette héroïne permet, tout simplement, de nous raconter en même temps que des tas de meurtres sanglants et brutaux, la grande Histoire de tout un siècle au travers de ses petites histoires… On suit, au fil des pages, la vie de cette femme, enfant d’abord, dans un monde d’après la guerre 14-18, vivant dans une misère sociale et humaine… On la voit grandir, devenir adolescente désirée, se marier… On la voit pendant la guerre 40-45 face à un occupant…

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Et, ainsi, on découvre peu à peu des univers sordides dans lesquels la femme ne peut être qu’utile, donc violentée, violée… Et tous les meurtres que Berthe, au fil de son interrogatoire, relate, avoue, sont pratiquement des « défenses », comme si Berthe, et Ventura, étaient incapables de juger le passé selon les normes du présent… Le romancier Philippon et le dessinateur Keramidas font de ce thème de violences faites aux femmes la vraie thématique, en fait, de ce livre.

Nicolas Keramidas : la thématique

Je parlais de meurtres sanglants et brutaux… Le dessin de Keramidas, qui n’a rien de réaliste, n’estompe rien, en fait, du visuel de ces tueries nombreuses… Cela dit, si ce graphisme permet de laisser la place au premier plan à un humour fait de décalage et de noirceur souvent, une noirceur tempérée par un sens sans faille du dialogue, la couleur, elle, nous rappelle, et dès la couverture, que c’est bien d’une forme d’horreur quotidienne qu’il s’agit… Le sang est là, bien là, omniprésent même…

Nicolas Keramidas : le sang

Le premier tome s’intitule « la tentation du mâle », et deux autres volumes doivent suivre… Dont le prochain, « L’amour aux trousses », va paraître très, très, très prochainement ! A ne pas rater, parce que deux talents ainsi conjugués, celui d’un écrivain et celui d’un dessinateur bd surdoué, cela ne se refuse pas !!!!

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Jacques et Josiane Schraûwen

Mamie Luger- 1 : La Tentation Du Mâle (auteur : Nicolas Keramidas – éditeur : Casterman – mai 2026 – 80 pages)

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