Jungle Book – une trilogie à ne pas rater…

Jungle Book – une trilogie à ne pas rater…

Le livre de Rudyard Kipling est un des plus grands chefs d’œuvre de la littérature mondiale… En voici une conjugaison terriblement originale, étonnamment fidèle aussi !

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Il y a bien longtemps… J’étais exilé dans une ville trop grande, trop grise, loin du pays africain qui m’avait donné le jour… Mes parents ont eu la bonne idée de m’inscrire, à neuf ans, dans une unité scoute… De quoi, sans doute, consciemment ou pas, me laisser en contact avec la nature. Et le scoutisme a été compagnon de ma vie, pendant de longues années. J’ai été louveteau, sizainier, scout unitaire, chef de patrouille, assistant de troupe, assistant de meute, chef de meute et, plus tard, chef d’unité. Oui, j’ai été Akela pendant trois années et demi. Un film, auparavant, était sorti, consacré à l’histoire du livre de la jungle, histoire encadrant le louvetisme… Et la foule imbécile adorait ce film dénaturant totalement l’histoire originelle… Disney, ses studios en tout cas, ont réussi à faire de Mowgli un personnage mièvre, à faire des méchants du livre de Kipling des caricatures stupides ! En tant qu’Akela, face à mes louveteaux, je suis revenu aux deux livres originaux de Kipling… Deux albums dans lesquels le monde des hommes était raconté au travers de celui des animaux, au travers des travers de toute existence.

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C’est dire que, en découvrant le premier tome de la trilogie inspirée par ce récit mythique, une trilogie dessinée par Anne Quenton, j’étais pour le moins dubitatif… Il m’a suffi de lire quelques pages pour avoir l’extraordinaire surprise de pénétrer dans une aventure du neuvième art d’une totale réussite ! Dans le premier tome, « La Meute », les choses se mettent en place : on se trouve sur Terre, et l’humain semble avoir disparu, au profit d’animaux se tenant debout, êtres anthropomorphisés. Deux de ces animaux, deux loups, recueillent un enfant, un soir, un enfant humain, une petite fille, poursuivie par Shere Khan… Une petite fille qui est acceptée par la meute des Loups, sous la direction d’Akela. Elle reçoit le nom de Moogli, petite grenouille perdue dans un univers dans lequel elle n’a pas sa place… Elle va y faire ses apprentissages, avec entre autres l’aide de Baloo, l’Ours qui se souvient d’avoir été enfermé par l’homme… L’aide aussi de Bagheera, de Kaa, de Hathi…

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Kaa que Moogli rencontre dans le deuxième volume de cette histoire somptueuse. Un épisode dans lequel cette enfant perdue va quitter la meute, pour essayer de retrouver ses propres semblables, des « vrais » humains… Un épisode dans lequel commence une grande chasse, celle de Shere Khan qui attend depuis des années de pouvoir retrouver Moogli et en faire sa proie. Et le serpent Kaa va être d’une aide essentielle, dans bien des domaines, pour cette adolescente humaine… Surtout lorsqu’interviennent les Bandars, des rats sauvages et cruels à l’organisation plus que chaotique.

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Et puis vient le troisième volume de cette saga… Celui qui ponctue le récit, celui qui va voir s’affronter Moogli et Shere Khan… Celui dans lequel les explications vont être données qui permettent de comprendre ce qu’est ce monde postapocalyptique faisant toute la trame de cette série…

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Et je le dis, sans détours, cette trilogie m’est bien plus qu’un éphémère coup de cœur ! J’y ai retrouvé toutes les thématiques de l’œuvre de Kipling… Modifiées, certes, mais sans jamais, au contraire de la triste connerie de Disney, s’éloigner de la vérité des personnages… Certes, l’enfant élevé par les loups est une fille… Certes les singes cruels à la recherche de la fleur rouge, le feu, deviennent des rats cupides et cruels… Certes, Hathi n’est pas un éléphant mais un cervidé…

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Mais Anne Quenton ne trahit à aucun moment Rudyard Kipling… C’est une adaptation, dans le meilleur sens du terme ! C’est une œuvre originale qu’elle a créée, une œuvre qui, comme chez Kipling d’ailleurs, dépasse le simple récit pour se faire universelle… Parce que tout ce qui y est montré, raconté, était, en 1895 comme aujourd’hui, sublimement métaphorique… L’histoire du Livre de la Jungle et celle de Jungle Book ne font pas que se ressembler… Ces histoires frémissent et frissonnent d’identiques émotions… Elles parlent des rôles que la société impose… Elles n’enjolivent rien, elles ne caricaturent rien non plus… Et les valeurs quelles véhiculent n’ont rien de stupidement moral, mais elles sont essentiellement humanistes… Le dessin, semi-réaliste, faisant penser, d’évidence, à l’animation, ne cherche pas le tape-à-l’œil. Il est au service de la narration… Il est surtout au service des nombreux personnages que l’on croise. Anne Quenton aime les visages… Elle s’en approche, et on sent, dans ses cadrages, tout le respect qu’elle a vis-à-vis de ses propres créations, mais aussi de celles de Kipling.

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J’ai une admiration sans borne pour le livre de Kipling… J’ai la même admiration pour ce que Pierre Joubert en a fait, en tant qu’illustrateur… Eh bien, me voici avec le même sentiment devant le travail exemplaire d’Anne Quenton ! Je le dis, je le redis, cette trilogie ne peut pas se rater, elle se doit d’être en bonne place dans votre bibliothèque ! Que vous ayez été louveteaux ou pas…

Jacques et Josiane Schraûwen

Jungle Book – trois tomes (autrice : Anne Quenton – éditeur : Dupuis)

Justine et autres récits entre vice et vertu – l’esthétique charnelle de l’érotisme selon Guido Crepax, pour lecteurs avertis, selon l’expression consacrée…

Justine et autres récits entre vice et vertu – l’esthétique charnelle de l’érotisme selon Guido Crepax, pour lecteurs avertis, selon l’expression consacrée…

Le divin marquis, qui se voulait moraliste aussi, mais moraliste d’une totale amoralité, a fait du vice et de la vertu deux sœurs du charnel humain, comme l’ont été dans ses œuvres les sœurs Justine et Juliette, symboles dénudés de deux regards antinomiques sur le plaisir, et donc le bonheur…

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Le dessinateur Guido Crepax est symbolique de ces années 70 qui ont vu, dans la société, s’écrouler peu à peu les normes morales et, surtout, leurs censures. Ce fut également le cas dans la bande dessinée, avec mille et une approches enfin possibles de l’érotisme et de la pornographie, deux mots miroirs de deux réalités littéraires fusionnelles… Le monde de l’édition vit alors se côtoyer le pire et le meilleur, qualitativement parlant… Des noms, aujourd’hui, restent encore, et c’est tant mieux, de quelques-uns de ces artistes qui se sont aventurés dans les méandres de la liberté d’imaginer, de rêver, de décrire, de raconter les soubresauts de l’âme humaine s’acceptant enfin faite de chair !

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Et donc, parmi ces véritables artistes de l’érotisme, aux côtés de gens comme Pichard, ou Levis, ou Lucques, ou Hugdebert, ou Manara, ou d’autres encore, il y a eu Crepax… Il est de ces dessinateurs dont on n’a nul besoin de voir la signature pour reconnaître son travail… Il est de ces dessinateurs qui, sans jamais avoir peur de dessiner, dans ce qu’il peut avoir de plus trivial, le désir sexuel et ses aboutissements, a réussi à construire un style à aucun autre semblable, tant au niveau de la narration graphique qu’à celui des canons de la beauté et du plaisir physique. Il fut l’auteur, ainsi, surfant sur une certaine mode libertine et donc libertaire, d’albums importants dans l’Histoire du neuvième art : Valentina, Histoire d’O, Emmanuelle… Il y a eu ses inspirations sadiennes, mais aussi celle de Sacher Masoch avec la Venus en fourrure.

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Et cet album-ci nous offre la chance, en une époque où la moralisation de la société semble vouloir à nouveau se glisser partout dans les corridors du pouvoir, de nous plonger, lecteurs sachant que toute histoire racontée l’est au travers du sentiment et de ses émotions, de s’immerger, oui, dans un « style » mêlant la beauté formelle de corps aux jeunesses parfaites, et de visages aux caricatures lubriques évidentes… Un style qui, au-delà de la narration, de la construction des récits, va chercher ses outils dans les univers littéraires, certes, mais aussi dans ceux d’une peinture érotique, et enfin dans les mondes du cinéma. Mais jamais Crepax ne se contente d’utiliser ces outils simplement. Ses planches mêlent ainsi, en des constructions presque anarchiques, des gros plans, des insertions d’images, des mises en avant de détails qui vont du sourire à la vérité d’un sexe dénudé… Un livre de Crepax, cela se lit, certes… Mais cela se regarde, d’abord et avant tout, cela se feuillette, se visite, au hasard des pages tournées… Crepax a inventé, en une époque de libertés possibles, une esthétique étrange, envoûtante, à la fois démesurée et intimiste. A ce titre, il fait sans aucun doute possible partie des grands noms de la bande dessinée !

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Dans cet album, oui, le vice et la vertu se font face, sans apprêts, avec comme seuls chemins possibles ceux de la volupté et du désir. Crepax s’enfouit dans un récit de Sade, mais aussi dans d’autres histoires nées de ses propres imaginaires, de ses propres fantasmes probablement. Il en résulte une œuvre qui réussit à survoler avec intelligence une carrière époustouflante, une œuvre dans laquelle se définissent dans le flou, mais dans des dessins d’une précision esthétique totale, les notions de bonheur, de désir, de plaisir, et de jouissance… Crepax nous parle-t-il de jouissances perverses assumées ou de libertés de corps au bout desquelles seul compte le frisson ?

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Et des frissons naissent, à l’âme plus qu’aux chairs, avec cet album à ne pas mettre entre toutes les mains, mais à savourer avec délices…

Jacques et Josiane Schraûwen

Justine et autres récits entre vice et vertu (auteur : Guido Crepax – éditeur : Delcourt Erotix – novembre 2025 – 232 pages)

Jérôme K. Jérôme Bloche : 29. Perpétuité

Jérôme K. Jérôme Bloche : 29. Perpétuité

29 volumes, déjà, dans cette série qui continue à mêler, avec talent, enquêtes policières sans envergure mais importantes, sentiments amoureux à avouer, quotidien d’une rue normale dans une ville normale…

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Je parlerai ici, certainement, de quelques-unes des nouveautés de cette « rentrée ». Certainement également, j’aurai plaisir à rencontrer quelques auteurs, passionnés et passionnants…

Mais je ne sacrifie pas à cette mode à la fois médiatique et éditoriale, vieille de bien des années pourtant, qui tend à retirer des articles comme des étalages tout ce qui n’est pas « nouveauté » ! En bd encore plus qu’ailleurs, peut-être même !

Je me demande toujours, quand j’entre dans une libraire spécialisée en neuvième art, pourquoi un mur n’est-il pas consacré à des livres, sortis il y a bien des mois, et que le libraire considère comme importants, essentiels, à partager… A découvrir, donc…

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Vous l’aurez compris, je vais aujourd’hui, chroniquer un livre paru il y a pratiquement un an. Eh oui, je l’avoue, j’aime aussi laisser traîner quelques lectures, attendre que l’envie prenne le pas sur le quotidien, pour les feuilleter, les lire, les dévorer parfois… Les oublier aussi, quelquefois, il faut bien le dire ! Avec Dodier, le plaisir, je le sais, est toujours au rendez-vous… Plaisir de se plonger dans des intrigues bien agencées, dans lesquels les détails participent pleinement à l’action (ou au manque d’action), plaisir de sourire aux errances presque poétiques d’un héros qui n’en sera jamais un…

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Dans ce 29ème opus, de quoi nous parle Dodier ? Dans quelle enquête tarabiscotée a-t-il jeté son personnage ? On nous parle d’un doudou perdu par une petite fille… D’un tonton un peu paumé qui disparaît aussi… D’une prof de piano qui cache un secret… D’un homme captif dans une cave… Et d’un Jérôme fatigué qui ne rêve que de se reposer ! Le talent de Dodier a toujours été, dans cette série, de ne parler finalement que de plusieurs réalités plausibles se mêlant en un récit qui coule, limpide, en mots comme en dessin.

Cela dit, à la lecture de cette aventure-ci, on peut avoir l’impression d’un album un peu plus faible que les autres, comme si cette série semblait rechercher un second souffle. C’est, en tout cas ce que je me suis dit, avant de me poser une question : pourquoi ce titre, « perpétuité » ?…

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Et ce mot résume, à sa manière, tous les sentiments qui se croisent dans ce livre… Un peu comme pour dire que nous sommes toutes et tous, personnages de fiction ou lecteurs réels, soumis à de multiples perpétuités… Le prisonnier dans sa cave ne se souvient de rien, sinon de cette étrange condamnation qu’il subit… Le tonton a perdu la tête et ses remords envahissent tous ses présents… Le doudou symbolise toutes les enfances qu’il nous reste à vivre… Il y a l’Amour, ses hauts, ses bas, ses distractions, mais sa continuité pour que la vie reste vivable… Je dirais presque que même la fatigue de Jérôme correspond sans doute aussi à celle d’un auteur qui, créant un univers, s’y retrouve sans cesse plongé d’album en album, comme se jetant, avec Cocteau, dans un miroir aux liquides accueils…

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C’est peut-être par cela que cette série continue à me plaire, à m’envoûter même… Bien sûr, il y a le côté polar à l’américaine détourné par l’humour… Mais il y a surtout le talent de Dodier d’avoir inventé, en 29 albums, un véritable univers complètement réaliste, avec des tas et des tas de personnages qui, d’aventure en aventure, reviennent sur le devant de la scène, se révèlent et se dévoilent un peu plus… Le prêtre… Les voisins, les voisines, l’épicier… C’est dans un monde fourmillant de vérité qu’évolue Jérôme K. Jérôme, et la magie opère dans chaque nouvel opus : ce personnage de fiction, on l’a déjà rencontré… Et il y a en chaque autre personnage un peu de nous, et beaucoup des quotidiens qui nous entourent… Cette série mêle ainsi, en dessins et en textes, les humanismes tranquilles qui font qu’une existence est vivable et souriante…

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Vive Jérôme K. Jérôme, ses références, ses faiblesses, ses fatigues, ses regrets et ses sommeils ! Dodier en a fait, au fil des années, plus qu’un héros de papier, un compagnon que ses lecteurs sont toujours heureux de retrouver… Un ami, oui !!!

Jacques et Josiane Schraûwen

Jérôme K. Jérôme Bloche : 29. Perpétuité (auteur : Dodier – couleurs : Cerise – éditeur : Dupuis – octobre 2024 – 53 pages)