Spa-Francorchamps

Les 100 ans d‘un circuit F1 mythique !

Pour cet anniversaire, et malgré le monumental flop de la dernière édition de son grand Prix, Spa-Francorchamps met les petits plats dans les grands, grâce à la Bande dessinée !

© Point Image

Osons le dire, en une époque où une certaine idéologie politique tend à tout faire pour que la voiture devienne un objet de luxe pour nantis (et politiciens…), l’automobile reste un élément majeur de ce qu’a permis le progrès tout au long du vingtième siècle.

Il fut un temps où un slogan s’affichait un peu partout dans nos cités, un slogan qui disait, tout simplement, « ma voiture, c’est ma liberté ».

Et c’est vrai que ce moyen de transport a permis petit à petit à ce que tout un chacun puisse se balader hors des sentiers battus, puisse découvrir, librement et au hasard de ses envies, des paysages, des lieux… La voiture a permis à l’être humain de ne plus être dépendant des circuits tout faits, des voyages organisés, des vacances toujours au même endroit. Cela, tout en offrant la possibilité de découvrir, véritablement, le monde qui nous entoure, loin des clichés…

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Oui, la voiture, à sa manière, a élargi les horizons de l’intelligence… Et de l’imaginaire ! Et c’est encore plus vrai lorsqu’on pense à la bande dessinée.

Des Pieds Nickelés à Michel Vaillant, de Leo Loden à Félix, de Franquin à Jidéhem, de Walthery à Paape, de Batman aux Casseurs, de la deux-chevaux au bolide tonitruant, l’automobile a fait et continue à faire quelques belles pages du neuvième art.

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C’était donc normal que la Formule 1 se fête aussi avec la bande dessinée !

Et c’est bien le cas avec une exposition qui reste visible, à l’Abbaye de Stavelot, jusqu’en janvier 2022…

https://www.abbayedestavelot.be/fr/news

© Point Image

Bien sûr, ce n’est pas la voiture de Madame et Monsieur Toutlemonde qui se retrouve à l’honneur tout au long des illustrations en grand format qui émaillent cette exposition. Quoique ! Mais l’essentiel, oui, y reste la compétition automobile, avec des dessins en grands formats de quelques dessinateurs qui, dans leur œuvre, ont rendu hommage aux vrombissements de voitures et à leurs pilotes.

© Point Image

Une trentaine d’auteurs nous offrent donc leur vision d’un sport qui continue à attirer en masse des fans de tous les âges.

Une trentaine d’auteurs, et non des moindres, jugez-en…

Philippe Jarbinet y côtoie Jean-Marc Krings, Jean-Luc Delvaux s’y retrouve proche de David P, Stibane et Baudouin Deville y font face à Michel Pierret et à Yves Plateau…Et bien d’autres encore tracent ainsi le portrait dessiné d’une aventure qui dure depuis cent ans, dans un des circuits qui reste considéré comme un des plus beaux qui soient…

© Point Image

Et outre cette exposition, un livre est paru qui ravira tout autant les amateurs de Formule 1 et les amoureux du neuvième art. Ce « carnet de croquis » est paru aux éditions Point Image.

https://www.pointimage.be/carnet-de-croquis/1024-3032-carnet-de-croquis-spa-francorchamps.html#/17-ex_libris-cooper_climax_de_jack_braham_par_olivier_weinberg

Jacques Schraûwen

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Vague d’Amour

Vague d’Amour

Dessins d’humour, dessins d’amour, une Bretagne tout en tendresse !

Auteur de BD, avec à son actif un excellent Nestor Burma, entre autres, François Ravard est aussi, et surtout peut-être, un amoureux de la mer… Celle de Normandie, qui a vu son entrée dans le monde, celle de la Bretagne dans laquelle il s’est immergé depuis…

Vague d’Amour © Glénat

Ce n’est pas un album de Bande dessinée…

C’est une suite tranquille de dessins qui rendent hommage, avec le sourire, à la présence de la mer, à la beauté de la Bretagne, à la douce folie de celles et ceux qui s’y arrêtent, qui s’y attardent, le temps d’une vie, d’un moment d’enfance ou d’un rapide tourisme…

Vague d’Amour © Glénat

Il y a de ces dessinateurs qui peuvent, sans un mot, rien que par la magie du trait et de la couleur, nous emmener dans des rêveries, dans des souvenances, dans des simples plaisirs, rapides, essentiels, nourris de sourires.

Dans des styles très différents, je peux citer Topor et Sempé… Ou le très, trop oublié André François.

Vague d’Amour © Glénat

C’est dans leur lignée, dans leur famille qu’on peut inscrire ce livre et son auteur, François Ravard.

Il ne nous montre pas la Bretagne. Il nous montre la mer, la plage, les gens… Son regard, au travers de ses aquarelles lumineuses, est celui du sourire attendri, pas celui de l’humour caricatural. Ses instantanés nous racontent l’amour, avec une sorte de tendresse qui évite toute caricature… Même en nous dessinant des « humains » que d’aucuns auraient transformés en tristes beaufs, il reste gentil, il reste admiratif de la vie, sous toutes ses formes, ému par la puissance d’émotion que chaque individu recèle, au-delà de tout ridicule !

Vague d’Amour © Glénat

J’ai adoré, ainsi, son « Flamand rose », avec une faute d’orthographe qui n’en est pas une…

Vague d’Amour © Glénat

En ces heures où le monde, ici, là, partout, semble perdre la boule, en ces temps où les révoltes grondent avant d’être écrasées dans le silence général de l’intolérance, un livre comme celui-ci fait du bien… Attention, ne me faites surtout pas dire ce que je ne dis pas ! Ce n’est pas un album « feel-good », genre à la mode qui me hérisse l’intelligence ! Rien de snobinard, rien de bobo chez François Ravard . Mais un plaisir, simple, qu’il partage avec nous, un plaisir et un talent. Et c’est énorme !

Jacques Schraûwen

Vague d’Amour (auteur : François Ravard – éditeur : Glénat – juin 2021 – une cinquantaine de dessins)

Vague d’Amour © Glénat

« Un papa, une maman » et « Marathon »

« Un papa, une maman » et « Marathon »

Deux coups de cœur, deux belles réussites à lire, absolument !

Ce que j’aime dans la bande dessinée, dans la littérature, c’est l’éclectisme… Celui de mes goûts, celui des éditeurs aussi qui, de plus en plus, aiment à nous proposer, lecteurs, des lectures très variées… et de qualité !

Marathon

(auteur : Nicolas Debon – éditeur : Dargaud – 128 pages – juin 2021)

Marathon © Dargaud

Le 5 août 1928, pendant les Jeux Olympiques d’Amsterdam, c’est le jour d’une des épreuves les plus éprouvantes, le marathon.

Le 5 août 1928, c’est une course longue, dure, avec un vent puissant contre lequel se battre, qui débute. Avec des favoris, les Américains, les Japonais. Avec un inconnu, un Français qui vient d’ailleurs, d’Algérie, un ouvrier de chez Renault, un petit Arabe dont personne ne retient le nom.

Marathon © Dargaud

Et c’est cette course que nous raconte Nicolas Debon, vue à la fois de l’intérieur et de l’extérieur grâce à la perception qu’en a un journaliste français.

Et dans ce récit, Nicolas Debon réalise un vrai exploit, tout comme celui de ce coureur, El Ouafi Boughéra… Celui de nous montrer, de page en page, des dessins qui, tous, se ressemblent un peu, des coureurs, des hommes seuls avec eux-mêmes, bien qu’entourés d’autres coureurs. Et, ce faisant, de réussir à créer un rythme, sans jamais lasser les yeux du lecteur… Dans des tons bruns, couleur de Sienne, éclairés ici et là de quelques touches de couleur un tout petit peu plus vives, Debon fait de son album une sorte de livre d’animation… On voit les sportifs courir, certes, mais, surtout, on les « sent » courir… Se fatiguer, douter, se battre pour des raisons qu’ils sont seuls à connaître.

Marathon © Dargaud

Oui, ce livre est d’abord un livre visuel, un livre de sensations, d’impressions, de musique, celle des pas qui martèlent le sol.

Mais il est aussi un livre qui nous parle de l’idéal olympique, si souvent bafoué pour des raisons mercantiles, politiques, tristement raciales, aussi, donc idéologiques.

Et il nous en parle sans idéologie, justement, avec le seul regard de l’intelligence et de l’empathie. Avec les seuls mots, ou presque, de son personnage central et de tout ce à quoi peut penser un athlète en marche, croit-il, vers la seule victoire qui compte, celle d’une liberté plus forte que toute gloire.

Marathon © Dargaud

Ce livre est étonnant… Extrêmement graphique, il est une totale réussite… Et le dossier qui le termine, et qui éclaire la vie de ce vainqueur que l’Histoire des jeux olympiques a oublié, ce dossier est clair, précis, et bienvenu…

Un Papa, Une Maman – Une Famille Formidable (La Mienne)

(auteure : Florence Cestac – éditeur : Dargaud – janvier 2021 – 56 pages)

Un Papa, Une Maman – Une Famille Formidable (La Mienne) © Dargaud

On ne parle bien que de ce qu’on connaît, et aucun imaginaire ne remplacera jamais la puissance de la vraie souvenance.

C’est cette certitude qui me pousse, depuis longtemps, à préférer Jules Renard à Schmitt, Léautaud à Levy, Malet à De Villers, Céline à Musso, Pennac à Dard.

En BD, cette notion du « vécu » prend souvent des formes détournées, de par le format, déjà, imposé à cet art. Même dans un roman graphique, il faut que l’imagination soit bien présente, et, de ce fait, le vécu, lui, et ses idées, ses impressions, ses coups de gueule, ses coups de cœur, tout cela se retrouve en arrière-plan. Et c’est lorsque cet arrière-plan se laisse voir, apprivoiser, qu’un album bd me semble le mieux réussi… C’est le cas chez Tardi, par exemple, chez des scénaristes comme Dufaux, ou même Cauvin. C’est le cas, pratiquement toujours, dans les livres que je prends plaisir, ici, à chroniquer.

Un Papa, Une Maman – Une Famille Formidable (La Mienne) © Dargaud

Avec Florence Cestac, les choses sont différentes. A l’instar de Claire Bretécher, elle parle presque toujours d’elle, ouvertement, d’album en album.

Et, bon Dieu, elle en parle bien ! Avec une sorte de distanciation qui souligne avec encore plus de puissance la réalité de la révolte. Avec une délectation, aussi, à nous dessiner, au feu de ses souvenirs, les braises vacillantes de ce qu’était la vie, avant, hier, avant-hier…

Dans ce livre-ci, c’est presque à une démarche sociologique qu’elle se livre. Elle nous raconte sa famille, son enfance, son adolescence, dans ce qu’on appelle aujourd’hui « les trente glorieuses » et qui n’avaient de la gloire que les apparats clinquants !

Eh oui, Florence Cestac est ce que quelques crétins intellectuels sans être intelligents appellent une « boomer » !

Un Papa, Une Maman – Une Famille Formidable (La Mienne) © Dargaud

Et le récit de sa jeunesse nous montre, sans faux fuyant, ce qu’était le sens de la famille, les autorités évidentes qui y régnaient, les rôles préétablis qui y prévalaient. Elle nous rappelle ainsi qu’aucune époque ne ressemble à quelque paradis que ce soit, et que ces fameuses trente glorieuses ont été aussi des années pendant lesquelles quelques combats essentiels ont vu le jour. Combat pour la liberté d’être soi, combat pour nier à la famille un pouvoir absolu, combat pour que la jeunesse puisse être un éveil, combat pour que la place de chacun, et de la femme singulièrement, se vive sous la seule loi de l’égalité.

C’est un peu tout cela que Florence Cestac nous raconte dans cet album. Mais avec légèreté… Avec sourire… Avec émotion aussi, et, de ce fait, sans manichéisme… Elle le fait en parlant d’elle, de sa propre évolution et donc de celle de la bande dessinée des années 70, de sa carrière, de ce prix d’Angoulême qui, chose pas toujours évidente dans ce haut lieu d’une certaine obédience « parisienne », a récompensé en elle une artiste d’exception !

Un Papa, Une Maman – Une Famille Formidable (La Mienne) © Dargaud

Dans ce livre, bien des gens, toutes générations confondues d’ailleurs, vont reconnaître une part d’eux-mêmes.

Parce que, finalement, c’est en parlant de ce qu’on connaît, de ce qu’on a vécu, sans mensonge, qu’on réussit le mieux à faire une œuvre qui concerne tout un chacun !

Jacques Schraûwen