Malik : la mort d’un auteur de bd populaire.

Malik : la mort d’un auteur de bd populaire.

L’année 2020 creuse de grands vides dans le monde de la bande dessinée.

Malik est mort…

Malik © Malik

Ce dessinateur étonnant, réaliste parfois, humoristique souvent, érotique de temps à autre, poétique avec finesse, est décédé dans un incendie.

Résumer la carrière de cet artiste de 72 ans tient de l’impossible, tant il a abordé, tout au long de sa fertile carrière, bien des thèmes différents.

Ce fut d’abord, dès 1973, une série qui surprenait dans les pages du journal de Spirou, Archie Cash. Un héros de papier qui ressemblait à Charles Bronson et qui faisait le coup de poing pour sauver la veuve et l’orphelin avec un réalisme graphique qui, à sa manière, dénotait chez Dupuis… Mais qui a eu, très vite, son public, puisque quelque 17 albums ont été édités.

Malik © Dupuis

Dans ce style réaliste, il y eut Johnny Paraguay, Chiwana, aussi, une héroïne sexy, batailleuse et efficace.

Malik © Malik

Du côté du dessin non réaliste, Malik a été l’auteur d’une autre série à succès, Cupidon, les aventures humoristiques d’un petit dieu ailé à figure d’angelot, un personnage sans cesse en butte à toutes les difficultés que des humains peuvent avoir pour créer des liens amoureux. (https://www.rtbf.be/culture/litterature/detail_cupidon-22-une-copine-pour-cupidon?id=7766182)

Malik © Dupuis

Il s’est aussi amusé, il n’y a pas d’autre mot, et avec polissonnerie, à s’aventurer dans l’érotisme, en illustrant des chansons cochonnes et paillardes…

Malik © Malik

Pour l’avoir rencontré, je peux dire que Malik était quelqu’un de jovial, quelqu’un qui croyait en l’amitié, aussi, et qui l’a prouvé entre autres en se faisant l’illustrateur de chansons de son ami Georges Chelon, avec, là, un vrai sens de l’observation et de la poésie quotidienne. (https://www.rtbf.be/culture/article/detail_georges-chelon-dans-la-cour-de-l-ecole-un-cd-illustre-par-malik-jacques-schrauwen?id=9199464)

Du haut de ses 72 printemps, il avait toujours dans la tête des projets…

Malik, c’était un de ces dessinateurs pour qui le mot « populaire » était un compliment. Les gens, leurs sourires, leurs mains tendues, c’est cela, sans doute, qui le poussait à toujours vouloir, non pas plaire, mais amuser, intéresser, sans pédanterie, et, même, avec une vraie et sympathique discrétion.

Jacques Schraûwen

Richard Corben : la disparition d’un des vrais génies de la bande dessinée !

Richard Corben : la disparition d’un des vrais génies de la bande dessinée !

L’histoire de la bd est chaotique, diverse.

De ce côté-ci de l’Atlantique, on a tendance à considérer la bande dessinée américaine comme une espèce de pis-aller de la bd européenne.

Richard Corben © Corben

C’est, bien évidemment, un raccourci inacceptable.

La BD américaine, fort heureusement, ne se cantonne pas aux seuls super-héros, même si, parmi eux, il se trouve quelques créations qui méritent le détour, comme le Surfer d’Argent.

La bande dessinée américaine, c’est la série des Peanuts… C’et Will Eisner, c’est Bernie Whrigtson, c’est Crumb, c’est Kubert, Buscema, et tant d’autres encore.

Et c’est aussi, surtout même à mon humble avis, Richard Corben.

Richard Corben © Corben

Je parlais de Will Eisner… IL faut souligner que Corben fut, pendant un certain temps, coloriste de la série du Spirit de ce maître de la bd américaine.

On a pu cantonner Corben à un seul style de bande dessinée, l’horreur, le fantastique. Et s’il est vrai que Richard Corben a toujours voulu raconter des histoires qui s’éloignent résolument d’une réalité connue de tout un chacun, il ne l’a jamais fait gratuitement… Il l’a fait avec une volonté, parfois discrète, d’aborder des thématiques qui ont sous-tendu toute son œuvre.

Richard Corben © Corben

Le fantastique, oui… Dans la seule mesure où les mondes de l’ailleurs pouvaient lui permettre de parler, aussi, des dérives de nos présents.

Dessinateur également souvent qualifié d’underground, comme Crumb, ou Bodé, il a largement dépassé ce cadre trop étroit pour lui. Il a créé des personnages qui ont marqué l’Histoire de la bande dessinée, en y apportant, d’une part, un sens narratif et une imagination toujours étonnants, d’autre part une approche de l’érotisme tout en courbes, tout en reliefs charnels, avec une sorte de travail sur une troisième dimension graphique qui n’a jamais été égalé !…

Richard Corben © Corben

Du haut de mes âges en automne, je me dois d’avouer que j’ai toujours eu, pour Corben, bien plus que de l’admiration… Cet artiste, aimant les opulences de la chair comme celles des trames narratives, a, à sa manière, presque humblement, influencé profondément la bd… L’américaine comme l’européenne…

Lisez, relisez, relisez encore tous les livres de Richard Corben ! Il est pour la bande dessinée un des moteurs essentiels qui en ont fait un art adulte, majeur, exceptionnel !…

Richard Corben © Corben

Lisez Den, Rolf, Ogre…

Lisez Corben c’est la meilleure manière de lui rendre hommage, de lui rendre justice !

Il avait 80 ans. Et, avec lui, c’est un vrai monument du neuvième art qui disparaît…

Jacques Schraûwen

Olivier Taffin : la mort d’un artiste humaniste !

Olivier Taffin : la mort d’un artiste humaniste !

Olivier Taffin avait 74 ans. Et sa carrière ne fut pas uniquement, loin s’en faut, celle d’un auteur de bande dessinée.

Depuis les années 90, après vingt ans de présence dans les méandres du neuvième art, Olivier Taffin s’est fait Illustrateur, peintre, chroniqueur, dramaturge, affichiste, professeur de dessin, parolier, blogueur, amoureux de la chanson française aussi.

Olivier Taffin © Taffin

Pour bien saisir toute la qualité de cet artiste multiforme, avide tout autant de rencontres humaines que de découvertes, ou de redécouvertes, il faut vraiment, en effet, souligner le travail qu’il a fourni dans un cabaret de chansons d’auteurs, y accueillant des gens bien oubliés des médias, comme Jacques Bertin et Jehan, des chanteurs qui sont poètes, qui sont les troubadours d’aujourd’hui dans un monde qui n’en veut plus.

Fume, c’est du Taffin © Kesselring

Olivier Taffin, c’était un homme étonnant, un artiste incapable de se cantonner dans un seul style, dans une seule aventure. Un homme qui ne recherchait même pas la reconnaissance, ni le succès, mais qui se voulait au service de ce qu’il aimait, de ceux qu’il aimait.

Il n’a passé, finalement, qu’une vingtaine d’années à faire de la bande dessinée… Mais quelles années ! Ce furent celles de l’éclosion d’une bd se voulant d’autres publics que la seule jeunesse.

Orn © Dargaud

Il fait relire son « Fume, c’est du Taffin » (éditeur : Kesselring), par exemple, pour comprendre tout ce que cette époque avait d’aventurier. L’aventure, oui, c’était celle de raconter des aventures dans lesquelles l’humain avait totalement sa place, c’est-à-dire aussi avec de l’érotisme, avec du fantastique, avec de l’anticipation sombre.

Il est aussi l’auteur de la série « Orn » (éditeur : Dargaud), mettant en scène des dieux, des humains transformés, et de l’humanisme quelque peu désespéré.

Il est aussi le dessinateur d’une autre série, « Allaïve » (éditeur Dargaud), qui s’aventure dans des univers d’angoisse et de folie, d’une manière envoûtante, et graphiquement maîtrisée.

Allaïve © Dargaud

C’était le temps de collaborations avec des auteurs comme Vidal et Cothias.

Il fut aussi pendant sa période bande dessinée le fondateur d’une petite revue, « Tousse Bourin », dans laquelle furent publiés des auteurs devenus des grands noms de la BD : Loisel, Le Tendre, Cabanes, entre autres.

Sans doute Olivier Taffin aurait-il pu continuer une carrière comme auteur de BD… Il ne l’a pas voulu, il n’a jamais voulu dépendre de routines, quelles qu’elles soient, et c’est cela aussi, c’est cela surtout, qui fait de lui un artiste à part entière dont il est bon, aujourd’hui, de se souvenir.

Allaïve © Dargaud

Et me viennent en mémoire quelques mots de Jacques Bertin, au sujet de l’enterrement de l’épouse du chanteur Julos Beaucarne. Des mots qui sont de circonstance… Poétiques et profondément humains : « l’autre jour, c’était moi que l’on mettait en terre et je me regardais n’être plus rien… Il faut me réconcilier avec la terre et sa respiration qui est le chant » !

Jacques Schraûwen