Une série qui, au long des années, reste résolument (et heureusement!) souriante et populaire…

Souvenez-vous… Fantasio et Zantafio, face à face dans la jungle palombienne, à la recherche d’un animal aussi mythique que le monstre du Loch Ness. Nous étions en 1952 ! Oui, c’est dans les aventures de Spirou, dans l’album « Spirou et les héritiers », sous la plume et l’imagination du génial Franquin, qu’est née cette bête étrange à la longue queue, le Marsupilami, maillon improbable entre l’humain et l’animalité pensante.

Et puis, malgré l’affection que Franquin a toujours portée à cet être fantasque et souvent révolté, il a accepté en 1987 d’en confier les rênes à Batem, qui en a fait un héros à part entière, sans jamais trahir ce que Franquin avait voulu qu’il soit. Batem, depuis, a fait évoluer le Marsupilami, au gré d’aventures de plus en plus ancrées dans les réalités géo-politico-écologistes du temps présent. Il a réussi ce coup de maître: ne pas faire vieillir ce personnage haut en couleurs tout en faisant de lui une illustration d’un monde en continuel changement. Et cette réussite, il la doit aussi, bien évidemment, aux scénaristes qui l’ont accompagné, de Greg à Colman, de Dugommier à Yann, entre autres.

Et revoici donc ce Marsupilami, pour une trente-cinquième aventure, toujours dessiné par Batem, mais scénarisé par un nouveau duo d’auteurs, Kid et Ced.
Deux scénaristes qui ont, derrière eux, une carrière très éclectique, très variée… Les séries à succès signées Kid (Toussaint) ne manquent pas, de « Holly Ann » à « Magic 7 ». Quant à Ced, il a baladé son dessin comme ses scénarios chez plusieurs éditeurs, restant soucieux, semble-t-il, de ne pas s’enfermer dans un seul style, dans un seul genre.

Ont-ils réussi à entrer pleinement dans l’univers du Marsupilami ?…
Ce qu’ils ont réussi, en tout cas, c’est raconter une histoire parfaitement insérée dans les codes chers à ce marsupilami toujours insaisissable. Ils mettent en scène cinq chasseurs débarqués en pleine jungle pour qu’un mystérieux commanditaire puisse accrocher sur son mur un trophée de plus, celui de cet animal ! Et la narration fonctionne, sans aucun doute… Il y a de l’action, il y a ces chasseurs qui, très différents les uns des autres, de par leurs passés comme de par leurs raisons d’être là, existent vraiment… Il y a bien évidemment toute la famille du Marsupilami (avec des bébés qui, étrangement, semblent l’être éternellement…), il y a un Indien déraciné, il y a un pauvre Ara, peu de piranhas, mais des méchants serpents, il y a une romance improbable entre une figure bien connue, Bring M. Backalive, et une chasseuse émotive… Il y a quelques jeux de mots… Il y a un vrai rythme.

Cela dit, la sauce ne prend pas tout le temps… Les références existent, mais un peu trop transparentes… Le récit en lui-même manque un peu de souffle, tout en réussissant quand même, disons-le, à ne pas lasser le lecteur… En fait, il me semble, et l’ultime dessin de l’album me le prouve d’ailleurs, que cette « Dernière Chasse » n’est que l’entame d’un nouveau cycle des aventures du superbe Marsupilami. Et je mise dès lors sur les talents conjugués de Batem, Kid et Ced, pour peaufiner leur entrée dans le monde foisonnant, et populaire, d’un héros râleur créé par l’immense Franquin !

Cette dernière chasse prouve, mille fois mieux qui les tristes et inutiles guignolades de Chabat, ou pire encore, de Lacheau, que le Marsupilami existe, et existe bien, lorsque ses auteurs décident de ne pas en faire un simple objet de marketing imbécile ! En ce qui concerne le Marsupilami, et 95% des bd que d’aucuns ont cru pouvoir adapter en cinoche, n’allez pas au cinéma, mais lisez !!! Et lisez ce 35ème volume de ses aventures toujours réjouissantes!
Jacques et Josiane Schraûwen
Marsupilami : 35. La dernière chasse (dessin : Batem – scénario : Kid et Ced – éditeur : Dupuis – 2026 – 55 pages)