Alerte 5

Alerte 5

De la SF simple, souriante, intelligente, belge !

Alerte 5 © Casterman

L’histoire que nous raconte et dessine Max De Radiguès se situe probablement dans un futur très proche. Une fusée habitée décolle de la Nasa, direction la station internationale. Et cette fusée explose. Un attentat, revendiqué par un groupe islamiste. Et donc, immédiatement, c’est l’alerte de niveau 5, le plus élevé, qui est mise en place dans tous les sites et pour toutes les missions en cours. Et parmi ces missions, il y a une base d’exploration martienne, dans laquelle vivent cinq astronautes… Et c’est là que commence le récit de ce petit album. Un thème qui, de but en blanc, s’inscrit dans l’univers de la science-fiction.

Alerte 5 © Casterman
Max De Radiguès : la science-fiction

Et oui ce récit va donc s’axer autour de ces cinq astronautes, trois femmes et deux hommes, qui voient soudain interdites toutes les communications personnelles avec la Terre. Cinq pionniers de la conquête spatiale qui doivent, à cause de cette alerte majeure, utiliser des procédures qui leur ôtent toute liberté individuelle. Et, parmi eux, Amir, d’origine marocaine, que la chef de cette expédition doit interroger, chaque jour, pour avoir la certitude qu’il n’est pas lié à l’attentat…

Alerte 5 © Casterman

On pourrait croire qu’il s’agit d’une science-fiction assez classique, tout compte fait, mais avec des échos actuels. Mais ce n’est pas tout à fait exact !… Parce que, avec Max De Radiguès, les apparences sont parfois trompeuses. Et que sa manière de construire un scénario laisse la porte ouverte pour bien des inattendus.

Max De Radiguès : le scénario

Plus que la narration, ce qui l’intéresse, vraiment, ce sont ses cinq héros quotidiens, obligés de vivre ensemble, obligés de se supporter et de tout faire pour que les rumeurs ne deviennent pas des soupçons. Cinq personnages qui, à leur manière, vivent leur vie de papier avec une certaine forme d’indépendance…

Alerte 5 © Casterman
Max De Radiguès : les personnages

Le style narratif de Max De Radiguès, vous l’aurez compris, est très particulier, original aussi. Et il se caractérise par l’importance que revêt pour lui, le temps. Le temps qui passe, qui fait évoluer ses héros, le temps qui s’étire et qui n’a nul besoin de s’exprimer par des mots… Le temps, oui, qui se fait silence parce que le lecteur se doit, lui aussi, de participer à l’histoire qui se raconte…

Max De Radiguès – les textes…

Le dessin de cet auteur s’inscrit, indéniablement, dans la lignée de la ligne claire. Mais avec un sens très spontané, aussi, que Max De Radiguès qualifie lui-même de naïf. Une spontanéité, dans le dessin comme dans le texte, qui fait que ce livre-ci est aussi un jeu narratif, un jeu de surprises. Mais ne comptez pas sur moi pour vous révéler les jeux narratifs de l’auteur ! Sous des dehors graphiques simples, il s’amuse à construire une histoire prenante, surprenante, parfois souriante, lue et regardée avec plaisir, tout simplement.

Alerte 5 © Casterman
Max De Radiguès : le dessin

Certes, il nous parle de confinement, de besoin de solitude pour exister, de fantasmes, d’envie de fuite… Mais, en même temps, on se trouve dans un récit qui ressemble presque parfois aux romans du Club des Cinq…

Et en finale, ce livre, tout simple, n’a rien de simpliste et se révèle extrêmement agréable à lire !

Jacques Schraûwen

Alerte 5 (auteur : Max De Radiguès – éditeur : Casterman – juin 2021 – 191 pages)

Alerte 5 © Casterman
Un Livre Belge dans ma Valise

Un Livre Belge dans ma Valise

Lire en Belgique, et partager ses coups de cœur !

L’édition, en Belgique, est un monde culturel vivant et, qualitativement, extrêmement varié. L’ADEB (association des éditeurs belges) veut le mettre en avant, pour une action qui demande l’aide passionnée de tous les Belges lecteurs !

© adeb

Tout le monde le sait : les mesures sanitaires de ces derniers longs mois n’ont porté qu’un intérêt très partiel à l’importance de la culture ! Certes, les librairies ont pu rouvrir avant les salles de cinéma ou de spectacle. Mais nous l’avons tous constaté : ce que les libraires, dans notre petit pays, ont présenté en majorité sur leurs étalages, c’étaient les best-sellers potentiels. Et français ! En oubliant, ou en reportant à plus tard, les livres sortant des sentiers battus de l’édition.

Benoît Dubois, Directeur de l’ADEB : l’état des lieux

Les auteurs belges, pourtant, ont nourri la littérature française de bien belle manière, et depuis très, très longtemps ! On peut penser à André Baillon, à Emile Verhaeren, à Achille Chavée, à Jijé, Franquin, à Simenon, à Pieter Aspe…

Rops © Espace Nord

Et c’est pour rappeler aux lecteurs belges la force et l’intérêt de l’édition « locale », au moins aussi importante que celle des grands groupes français, c’est pour remettre en avant tous ces éditeurs qui ne se contentent pas de noms vendeurs à mettre en couverture de leurs livres, que l’ADEB s’est lancée dans une action simple, sympathique, participative, intelligente, et qui ne demande que le plaisir pour tout un chacun de partager ses coups de cœur.

Benoît Dubois, Directeur de l’ADEB : l’action

Les réseaux sociaux sont ce qu’ils sont… Des lieux virtuels dans lesquels fleurissent parfois (souvent…) des sentiments qui n’ont pas grand-chose à voir avec la tolérance, il faut bien le reconnaitre !

Spirou © Dupuis

Vouloir dépasser les clivages imbéciles qui semblent vouloir envahir Facebook ou Instagram, c’est une initiative qu’on ne peut, dès lors, que trouver salutaire. Même si elle est quelque peu utopiste…

Benoît Dubois, Directeur de l’ADEB : une utopie

Nous avons, toutes et tous, des souvenances de lectures qui, à leur manière, nous ont construits… Et dans ce que sont nos coups de cœur dans ce domaine, l’important est et restera toujours la diversité. J’ai souvenance d’une « intellectuelle » jugeant de manière péremptoire les gens qui osaient lire des « romans de gare » ou des « romans-photos ». Pour elle, du haut de ses prétentions snobinardes, la lecture demandait un « effort » !

Lambersy © La Renaissance du Livre

Non, lire ne demande aucun effort, lire ne demande pas de vouloir paraître élitiste… Je me souviens par exemple de Gérard Valet, lors de la première réunion des jurés de son prix des auditeurs de la RTBF, le « Prix Point de Mire », leur disant : le but est de donner un prix à un livre qui peut intéresse le plus grand nombre, ne vous sentez donc surtout pas obligés de vouloir paraître au-dessus des autres par vos goûts !

Lire est un plaisir, tellement bien raconté par Daniel Pennac dans « Comme un Roman ».

Baillon © Espace Nord

Lire est votre plaisir… Il ne tient qu’à vous de le partager, de dire haut et fort que la culture ne se définit que dans la variété. Et d’espérer, ainsi, que des inconnus, des voisins peut-être, auront envie d’emporter dans leur valise, pour leurs prochaines vacances, un des livres que vous avez aimé lire, un de ces livres qui, depuis longtemps ou quelques semaines à peine accompagne vos existences, leurs rêves, leurs attentes, leurs chemins d’envol loin des quotidiens de plus en plus sombres qui nous enserrent…

Jacques Schraûwen

Un Livre Belge dans ma Valise : abonnez-vous sur Facebook en suivant ce lien : https://www.facebook.com/groups/527581748600393

Servais © Weyrich

Black Squaw – 2. Scarface

Black Squaw – 2. Scarface

Et une Henriet s’expose à Bruxelles jusqu’au 31 juillet 2021

Yann et Henriet, un duo d’auteurs passionnés pour une série passionnante ! Et une très agréable exposition dans la galerie Huberty & Breyne, place du Châtelain, à Bruxelles.

Black Squaw 2 © Dupuis

Envolons-nous pour les années 20, envolons-nous vers les nuages avec une héroïne, la belle Bessie… Une femme qui, dans un Texas où règne le Ku Klux Klan, éprouve bien des peines à réaliser son rêve, celui de voler ! Il faut dire qu’elle a la peau sombre, sa mère étant noire, et son père Cherokee… Elle réussit malgré tout à passer son brevet de pilote, en France, et devient, aux Etats-Unis, la pilote préférée d’un truand de haut vol, Scarface, qui donne son titre à ce deuxième tome… Nous sommes en pleine prohibition, et Saint Pierre et Miquelon, accessibles par avion, sont une plaque tournante de l’alcool de contrebande ! L’avion… Une passion pour le dessinateur de cette série, Henriet…

Alain Henriet : Faire « vrai »

Il s’agit donc d’une bonne bd d’aventure, mais pas seulement. Yann, le scénariste, certes passionné d’aviation, aime mêler à ses scénarios des échos sociaux, voire politiques. Avec Black Squaw, il met en avant le racisme, en comparant, par exemple, la situation en Amérique dans la première moitié du vingtième siècle, et celle en France, infiniment plus tolérante, du moins en apparence…

Black Squaw 2 © Dupuis

Et son plaisir à créer des personnages hauts en couleur rencontre, dans cette série, le plaisir d’Alain Henriet, le dessinateur, à donner vie, d’abord et avant tout, aux personnages, moteurs, toujours, de ses mises en scène.

Alain Henriet : les personnages

Mais Yann aborde aussi, par petites touches, et toujours avec un humour presque à l’anglaise, l’importance qu’ont, pour tout humain, les racines, le métissage, il nous parle aussi de la force des rêves de l’enfance, des compromissions qui ne réussissent cependant pas à détruire ces rêves… L’objet qu’est un avion devient ainsi, par la grâce de son scénario, un symbole presque guerrier de liberté…

Black Squaw 2 © Dupuis

Et la liberté, dans ces albums, est affaire de mouvement… De rythmes… De construction graphique qui, de page en page, donne vie aux personnages comme aux décors.

Alain Henriet : le mouvement

Alain Henriet, le dessinateur, a déjà collaboré avec Yann, pour l’excellente série Dent d’Ours… Les femmes qu’il dessine sont guerrières et obstinées. Les enfants ressemblent aux gamins que dessinait Poulbot, les décors sont somptueux, d’une véracité, d’une vie plutôt, qui mérite le détour.

Black Squaw 2 © Dupuis

Et son dessin prend un superbe relief grâce à sa coloriste, Usagi, dont les variations de tons, de lumières et d’ombres est d’une présence indispensable…

Usagi, la coloriste

Et pour mieux découvrir le talent réaliste et classique de ce dessinateur, pourquoi ne vous rendriez-vous pas dans la Galerie Huberty & Breyne, place du Châtelain, à 1050 Bruxelles ? Il y expose des originaux de son excellente série précédente, Dent D’Ours.

Alain Henriet: l’expo
Black Squaw 2 © Dupuis

Une excellente série, donc, due à deux joailliers de la bd qu’on peut appeler classique ! Dans le meilleur des sens… Celui qui permet de raconter des histoires passionnantes sans, pour autant, renier du présent les remous…

Jacques Schraûwen

Black Squaw – 2. Scarface (dessin : Alain Henriet – scénarsio : Yann – couleurs : Usagi – éditeur : Dupuis – 48 pages – avril 2021)

Exposition jusqu’au 31 juillet 2021 dans la galerie Huberty & Breyne à Bruxelles. https://hubertybreyne.com/fr/expositions/presentation/428/black-squaw-et-dent-d-ours

Alain Henriet © Alain Henriet