Sexiste, moi ?

Sexiste, moi ?

Humour cynique, sourires assurés !

Antoine Chereau, à l’instar des « bons » dessinateurs de presse, est d’abord et avant tout un observateur. Une espèce de témoin du temps qui passe, au jour le jour, de tout ce qui, au quotidien de l’existence, construit l’absurdité d’une société dans laquelle, toutes et tous, nous vivons.

© Antoine Chereau

Le dessin de presse, ainsi, fait sourire, certes, mais en appuyant le doigt là où ça peut faire mal. Là où, qu’on le veuille ou non, ça peut NOUS faire mal. En affrontant nos certitudes, nos contradictions, nos lâchetés, nos dérives.

Le monde des dessinateurs de presse pourrait, me semble-t-il, se partager en deux courants. D’une part, il y a les artistes qui ont un trait vif, pressé, sans fioritures, qui vont donc, graphiquement, tout de suite au centre même de leur sujet. Parmi eux, on peut épingler Kroll, par exemple. L’efficacité avant tout, d’une certaine manière !

© Antoine Chereau

D’autre part, il y a ceux et celles qui privilégient l’environnement, le trait travaillé, la couleur, en accompagnement de l’idée, et qui, ainsi, laissent souvent une place importante au mot, également. C’est le cas de Vadot, et de Cécile Bertrand aussi, à sa façon. Et c’est dans cette famille-là qu’il faut d’évidence placer Antoine Chereau.

Et le voici donc auteur d’un album exclusivement consacré au sexisme, à cette attitude qu’ont les hommes, les « mâles », dans le monde professionnel, vis-à-vis des femmes. L’humour ainsi décrit dans ce livre ne peut donc se révéler que d’une certaine lourdeur frontale, puisque c’est un humour qui veut être miroir de la réalité, et qui réussit à l’être, d’ailleurs ! Le plaisir vient du décalage pris, à la lecture, entre des réflexions qu’on entend toutes et tous bien trop souvent, et qui, soudain, éveillent en nous des échos qui sont plus eux de la stupidité que de l’intelligence !

© Antoine Chereau

L’intelligence, justement, de Chereau, c’est d’être politiquement correct, au deuxième degré sans cesse, tout en montrant que le sexisme, de par la définition même de ce mot, n’est pas que l’apanage des mâles crétins soucieux d’affirmer une virilité en perte de reconnaissance, mais que le sexisme peut aussi être source de langage, d’attitudes et de rejets à l’encontre des hommes, et ce par les femmes.

© Antoine Chereau

Un livre amusant, un livre-miroir, un livre qui fait sourire et, ma foi, réfléchir… Le tout traité avec un dessin souple et expressif, et des légendes qui conjuguent la provocation à tous les temps ! A découvrir, vraiment !

Jacques Schraûwen

Sexiste, moi ? (auteur : Antoine Chereau – éditeur : Pixelfever – 71 pages – parution : septembre 2019 – site : www.antoinechereau.fr)

Loustal : un nouvel album et une exposition à Bruxelles

Loustal : un nouvel album et une exposition à Bruxelles

Jacques de Loustal est un auteur éclectique, certes, puisqu’il est autant, voire plus, illustrateur qu’auteur de bd, auteur de carnets de voyages comme de photos ou de livres pour jeune public… Et c’est une double actualité qui est la sienne aujourd’hui !

Loustal © Loustal

Bijou (dessin : Loustal, texte : Fred Bernard – éditeur : Casterman – 69 pages – parution : juillet 2019)

Deux dessins par page, qui accompagnent et complètent deux petites textes de Fed Bernard : une osmose entre deux auteurs pour nous raconter l’histoire d’un diamant qui se mêle à l’Histoire du vingtième siècle.

Nous ne sommes donc pas dans l’univers pur de la bande dessinée, ou alors dans un retour aux prémices de ce qu’elle fut au temps, par exemple, des images d’Epinal. Pas de « bulles », mais un récit dans lequel le dessin n’est pas la simple continuité du texte, dans lequel le texte n’est pas le simple support du dessin ! La narration en ressort grandie, et d’une belle efficacité !

Bijou © Casterman

Même si le dessin de Loustal appartient à ce qu’on peut appeler la « Ligne Claire », par la netteté des contours, par la mise en couleur faite de manière simple et homogène, il s’en différencie cependant par toute l’attention que Loustal porte à la fois aux expressions des visages et à l’importance des décors. Des décors qui, ici, dans ce livre, occupent une place prépondérante, puisque ce sont eux, d’une certaine manière, qui font évoluer l’histoire qui nous est racontée.

Un diamant est découvert par un ami de Jack London, à l’aube du vingtième siècle. Et cet objet de luxe va passer de main en main, de mort en mort, jusqu’à l’annonce du décès d’Alain Bashung, l’auteur de la chanson « Bijou »

Le thème de ce récit n’est pas neuf, c’est vrai. Mais sa construction, ici, en fait une fable lumineuse, merveilleusement colorée, une fable qui nous parle de la mort, de l’ambition, de la coïncidence… Une fable qui nous dit que la grande Histoire n’est peut-être qu’une succession de hasards et de jeux culturels emmêlés. Une fable dans laquelle l’idée prime sans cesse sur le réalisme, créant ainsi, dans un tissu narratif très littéraire, une histoire de néant peuplé d’un expressionnisme puissant.

Bijou © Casterman

Loustal illustre Simenon : une exposition jusqu’au 19 octobre 2019 à « HUBERTY & BREYNE GALLERY » 33, Place du Châtelain – 1050 BRUXELLES

Dans ce lieu spacieux, lumineux, je vous invite à aller voir de tout près le travail d’illustrateur de Loustal. Un illustrateur amoureux, depuis des années déjà, de l’œuvre du Belge Simenon. Et sur les murs de la galerie Huberty & Breyne, vous verrez ainsi que Loustal, maître d’une couleur parfois très « flash », peut également prendre un vrai plaisir au noir et blanc, au crayon, s’éloignant ainsi très fort de cette fameuse Ligne Claire à laquelle on le rattache le plus souvent.

Loustal © Loustal

Le style de Loustal, je le disais, est reconnaissable au premier coup d’œil. Souvent imité, cet auteur inclassable aime la vie, l’Histoire, l’être humain, dans tout ce qu’il peut posséder de contradictions, de terreurs, de routines, d’horreurs. L’univers qui est le sien, un univers de disproportions évidentes, et celui de Simenon, un univers de faux-semblants, ne pouvaient que se rencontrer, et se mêler. Ce sont ces deux univers-là que vous pouvez découvrir aux cimaises de cette galerie bruxelloise.

Loustal © Loustal

Loustal fait partie de ces auteurs qu’on peut aimer au premier regard, ou dans l’univers desquels, tout au contraire, on ne réussit pas à pénétrer.

Mais il fait partie intégrante de l’Art, au sens le plus large du terme, et sa double actualité devrait vous pousser, si ce n’est pas encore le cas, à le découvrir, à trouver chez lui des miroirs parfois déformants de nos mille réalités…

Jacques Schraûwen

Tintin C’est L’Aventure

Tintin C’est L’Aventure

Une revue trimestrielle, dont le contenu éditorial, certes, s’articule autour du personnage de Tintin, mais qui ouvre ses pages, également, à bien d’autres auteurs qu’à Hergé. Avec un « slogan » clair et net : La nouvelle revue pour partir découvrir le monde d’aujourd’hui avec TINTIN et GEO.

1. Objectif Lune

Au sommaire de cette première livraison, il faut souligner la présence de Bernard Yslaire, avec quelques pages qui, selon son habitude, dépassent la réalité pour le transcender, en nous montrant une femme marchant sur la lune… Et, au détour d’une case, liant un album de Tintin… Mais d’autres articles font de cette revue imposante (164 pages) un véritable livre varié, culturellement fouillé, et, ma foi, atteignant son but : faire le tour d’un sujet de manière à la fois didactique et amusante. On parle de l’Ecosse, de Matthieu Tordeur et de l’Antarctique, mais, surtout, de la place essentielle qu’a eue la conquête de l’espace au récent vingtième siècle.

Tintin c’est l’aventure © Moulinsart et Géo

2. Cap sur les îles, terres d’imaginaire

Après Yslaire, c’est l’excellent Olivier Grenson qui illumine de son graphisme cette deuxième livraison d’une revue dans laquelle science, géographie et imaginaire font excellent ménage. Mais il y a aussi l’écriture de Tonino Benacquista, le Yeti, et un entretien avec Michel Serres (dont je me demanderai toujours ce qui fait de lui un philosophe « reconnu », mais il s’agit là d’un avis personnel !…). Et, on y trouve, aussi, bien évidemment, des dessins d’Hergé, dont les albums ont toujours aimé partir à l’aventure à travers le monde et, donc, d’île en île aussi !

Tintin c’est l’aventure © Moulinsart et Géo

Quand le monde d’Hergé se fait, comme dans cette revue, ouverture sur le monde, celui d’aujourd’hui plus que celui d’hier, sans pour autant se regarder le nombril, l’intérêt est au rendez-vous… Et c’est là un bien plus intéressant respect offert à Tintin que celui représenté par cette démarche à la limite de l’intelligence, qui a osé faire recommencer une affiche à Lepage, un des dessinateurs les plus importants de la bd contemporaine ! Mais là aussi, il ne s’agit que d’un avis tout personnel…

Jacques Schraûwen