Les aventures de Betsy : Le Fantôme d’Argent

Les aventures de Betsy : Le Fantôme d’Argent

Les années 60… Un riche collectionneur de vieilles voitures… Une jeune femme aussi sexy que douée pour les enquêtes et pour la mécanique… Du champagne, un trésor, et une Rolls sublime… Voilà la cocktail endiablé de cette deuxième aventure de la belle Betsy !

 

 

Fritz Schlumpf, riche industriel quelque peu caractériel, collectionne les réussites professionnelles et les voitures anciennes. Il découvre un jour qu’un champagne, qui n’est plus commercialisé depuis des années, porte le même patronyme que le sien. Il décide donc d’acheter ce vin noble. Surtout que, dans le dossier historique concernant cet achat, il a découvert une vieille photo d’une mythique Rolls Royce. Une voiture qu’il veut absolument dans sa collection… Et il engage Betsy, rencontrée dans l’épisode précédent, pour enquêter et retrouver cette automobile somptueuse !

Mais voilà, une quête peut en cacher une autre, et en cherchant cette splendeur britannique, Betsy va se retrouver embarquée dans une sombre histoire de templiers, de trésor disparu à la fin de la seconde guerre mondiale, de messages codés… et, bien évidemment, de quelques méchants poursuivant des buts peu avouables !

Le canevas de cette histoire, vous l’aurez compris, n’a rien de révolutionnaire ni de particulièrement original. L’intérêt d’une telle histoire réside donc ailleurs : dans le rythme du récit, sans sa construction, dans l’intérêt que tous les personnages révèlent, des rôles principaux jusqu’aux seconds couteaux.

Et Olivier Marin, nourri aux œuvres de l’âge d’or de la bd belgo-française, est orfèvre en la matière. Aucun temps mort dans son scénario, des rebondissements simples mais efficaces, une action dans effets spéciaux mais omniprésente. Tout cela fait de ce livre une histoire certes classique mais particulièrement agréable à lire.

Avec une petite restriction, malheureusement : il y au fil des pages quelques fautes de français… A la page 12, par exemple, où on parle de la  » GENTE  » féminine… C’est une erreur que l’on entend régulièrement dans la bouche de quidams en manque de connaissances étymologiques qui me hérisse toujours au plus haut point ! Mais bon, n’insistons pas… Le récit, lui, est excellent, et cette faute grossière n’enlève rien au plaisir que j’ai pris à la lecture de cet album !

 

Le dessin ressemble au scénario : sans faire preuve vraiment d’originalité, dans la lignée d’une forme de ligne claire revue et corrigée par les modes graphiques semi-réalistes du début des années 2000, il est d’une belle efficacité. Le trait est souple, les angles de vue sont variés, les différents protagonistes ont une existence propre, physique comme  » littéraire « . Phalippou a un sens du mouvement, du rythme, il possède aussi une précision machiavélique quant aux détails, dans les voitures comme dans les paysages urbains. Et tout cela fait de ce  » Fantôme d’argent  » un bel objet à regarder comme à lire !…

Bien sûr, tout compte fait, l’axe central et essentiel de cet album, c’est la voiture, d‘abord, avant tout ! Mais là où, dans d’autres séries, il faut être fan total du monde automobile pour se laisser embarquer dans des histoires souvent sans grand intérêt narratif, ici, il n’en est rien, que du contraire.

Cela par la force simple du scénario comme du dessin mais aussi par le talent du coloriste qui réussit à replonger le lecteur dans une ambiance très années 60 !…

Une belle réussite, donc, que ce deuxième volume qui nous montre une héroïne qui, sans afficher des convictions féministes évidentes, n’en demeure pas moins une femme qui, dans un univers très masculin, cherche, avec succès, à s’imposer, et ce sans aucune caricature ridicule ou réductrice !

 

Jacques Schraûwen

Les aventures de Betsy : Le Fantôme d’Argent (dessin : Jérome Phalippou – scénario : Olivier Marin – couleur : Fabien Alquier – éditeur : Paquet)

L’Adoption : 2/2 – La Garúa

L’Adoption : 2/2 – La Garúa

S’il vous faut n’acheter qu’un album de bd, c’est celui-ci que vous devez réclamer à votre libraire ! La Garúa, au Pérou, c’est le brouillard… Cette brume qui estompe les contours des paysages mais aussi les rêves des humains. La Garúa, c’est un album à taille d’homme, à taille de chagrin, de désillusion. Et, finalement, à taille de tendresse et d’humanisme !

 

J’aimerais pouvoir prendre à ma charge une des phrases glanées dans cet album : « Deux mots, parfois, ça suffit pour raconter une histoire » !…

Mais pour résumer cet album, ces deux albums, et vous donner l’envie profonde de les lire, de les faire lire, deux mots ne peuvent suffire…

Dans le premier volume, on assistait à une adoption, celle d’une petite fille péruvienne par un couple français. Le grand-père, d’abord réticent, se laissait séduire. Jusqu’à un dénouement dramatique, l’arrestation des parents adoptifs pour fraude à l’adoption, et le renvoi de la petite fille dans son pays, auprès de sa vraie famille.

Dans cet album-ci, on se retrouve un an et demi plus tard. Avec Gabriel, le grand-père français, qui a retrouvé la trace de cette petite fille et qui se rend au Pérou pour la rencontrer, la retrouver, avec l’espoir — insensé — que 18 mois n’auront rien effacé de ce qui les unissait.

« Les larmes parlent mieux que les mots« , dit un autre personnage de ce livre superbe… Et c’est vrai que ce diptyque est profondément attendrissant.

La première partie parlait de l’enfance, de ses confrontations avec le monde adulte, des éblouissements quotidiens qui peuvent en jaillir.

Dans cette seconde partie, il en va tout autrement. Gabriel n’a pas pardonné à son fils ce qu’il considère comme une trahison. Son ex-petite-fille vit une vie dans laquelle il n’a plus sa place. Et il rencontre au Pérou un Belge qui est là pour retrouver le cadavre de sa fille morte dans une catastrophe naturelle.

Cette deuxième partie, c’est un livre sur l’échec, sur la vieillesse, sur la mort, sur l’absence, sur la désillusion, sur le désenchantement. C’est un livre sur la mémoire, aussi, et l’amitié, et l’amour. Et la vie plutôt que la survie, en fin de compte!

 

 

Toutes les histoires humaines finissent par se ressembler par les « larmes qui parlent mieux que les mots« …

Comme le dit le personnage du Belge, « pour mieux distinguer les choses, il faut parfois prendre de la distance. »

Et c’est bien de la distance, en effet, que prend Gabriel, vis-à-vis du monde dans lequel il vit, vis-à-vis de son propre passé, vis-à-vis de son fils… Vis-à-vis surtout de lui-même, de ses angoisses et de ses convictions.

Je pense que Zidrou n’a jamais fait un scénario aussi humain que dans ces deux albums (sauf avec Boule à Zéro, mais d’une manière plus souriante…). Et ne vous y trompez pas, ce n’est certainement pas de mélo qu’il s’agit ici, mais d’un livre qui parle vraiment, avec intelligence, sensibilité, tristesse et joie, de ce qu’est l’être humain, et de toutes ses possibilités d’humanité, d’humanisme.

Zidrou, outre le travail sur le récit, accomplit également dans cette « adoption » un travail très réussi sur le langage, sur la barrière des mots qui peut se détruire par le regard et le partage de sentiments.

Le dessin de Monin, lui, dans une vraie tradition belgo-française, est d’une belle facture. Avec un sens tranquille du mouvement, ce dessinateur nous fait suivre les pas, souvent fatigués, de ses héros. Il nous fait vivre à leurs côtés, presque, et pas seulement comme spectateurs. Et son travail sur la couleur, qu’elle soit celle de la brume ou celle du ciel péruvien ensoleillé, ce travail nous restitue plus que des paysages, des vraies ambiances.

 

Finalement, on peut, en deux mots, résumer ce livre : à aimer !

 

Jacques Schraûwen

L’Adoption : 2/2 – La Garúa (dessin : Arno Monin – scénario : Zidrou – éditeur : Bamboo/Grand Angle)

Alena

Alena

Violence, érotisme, horreur et fantastique sont au rendez-vous de ce comics  particulièrement réussi ! Un comics qui nous vient de Suède…

 

Alena est une adolescente presque comme toutes les autres. Presque, car, dans l’internat où elle est élève, elle éveille la haine de certains élèves, surtout celle d’une pimbêche snobinarde qui n’arrête pas de la harceler.

Face à ces humiliations incessantes, Alena reste presque sans réaction. Sa seule façon de continuer à vivre, c’est dans la solitude de sa chambre, dans celle de ses pensées et de ses souvenirs qu’elle la construit. Des souvenirs qui, un jour, prennent vie, puisque son amie, sa seule amie, vient l’aider à combattre, à devenir active plutôt que passive. Sa seule amie, Joséphine.

Joséphine qui  est morte il y a un an, se suicidant en se jetant d’un pont, devant Alena.

 

 

Avec un  » i  » de plus dans son nom, l’héroïne de ce livre ne cacherait rien de ce qui l’habite, de cette aliénation qui, de jour en jour, devient réelle au quotidien de ses peurs, de ses angoisses, de ses révoltes.

Parce que c’est là, sans doute, tout le sujet de cet album : le portrait d’une superbe jeune femme en butte à des événements qui la déstabilisent et qui la poussent à se recréer autre, tout simplement, en un dédoublement qui peut laisser alors la place à la colère, la rage, la vengeance.

A ce titre, même si l’apparence première de ce comics est celle du fantastique, c’est bien plus de souvenance qu’il s’agit, de souvenance à assumer, de souvenance qui ne peut déboucher, puisque les mots n’ont pas pris vie lorsqu’il fallait qu’ils existent, que sur l’horreur la plus totale.

Joséphine est-elle un fantôme ? N’est-elle que l’émanation des angoisses et des lâchetés d’Alena ?

Toujours est-il qu’elle existe, de manière extrêmement présente tout au long de ce livre, comme un point d’orgue à tous les récits qui s’entremêlent de page en page.

Parce que la force et l’intelligence du scénario, c’est de parvenir à nous raconter, certes, une histoire frontale assez simple, mais de l’enfouir dans un environnement où les personnages secondaires occupent tous une place essentielle : celle du chœur antique, en quelque sorte. Parce que, oui, ce comics suédois peut montrer à certains moment une connotation de tragédie… Moins à la Sophocle qu’à la Racine ! Parce que, finalement, tout naît et  conduit à une seule réalité humaine et universelle : l’amour, celui des âmes, celui des chairs, celui qui ose défier les morales et les tabous !

 

 

Comics venu du froid suédois, certes, ce  » Alena  » respecte à la perfection les codes de ce genre de bande dessinée : des chapitres, assez  courts, en vue de parutions régulières en petits formats, une part importante de violence gratuite, une manière de jouer avec les couleurs pour créer des univers qui se différencient les uns des autres au premier regard ou presque, des perspectives graphiques parfois démesurées pour rythmer la narration…

Mais le dessin d’Andersson est un dessin qui mêle deux influences, celle de la bd américaine, mais aussi celle de la bd belgo-française. Il en résulte un graphisme qui, parfois proche de l’illustration par des gros plans somptueux, choisit plutôt la voie de l’expression que de la description. Et si Andersson est particulièrement explicite dans les scènes d’horreur sanglante comme dans celles de l’amour charnel, il l’est tout autant pour dessiner les sensations et les sentiments de ses personnages.

Je ne suis pas fan de comics, trop souvent à mon goût, d’un manichéisme pesant qui élimine toute profondeur aux héros qu’ils mettent en scène.

Mais ici, tout m’a séduit, je peux l’avouer : le dessin, qui n’est jamais lassant, jamais répétitif, le scénario qui laisse la part belle à des sujets totalement contemporains, le mélange étroit qui s’y révèle entre l’amour et la mort, entre Eros et Thanatos, comme (je me répète…) dans les tragédies anciennes…

Un très bon livre, donc, à savourer en frissonnant !…

 

Jacques Schraûwen

Alena (auteur : Kim W. Andersson – éditeur : Glénat)