Les Cochons Dingues

Les Cochons Dingues

Un livre à glisser sous le sapin pour tous les enfants plus ou moins sages !…

Face à ce titre, ne nous trompons pas ! Même si cela fait penser aux « Lapins Crétins », c’est une tout autre démarche que celle de ce livre qui conjugue un aspect ludique, amusant, souriant, et un aspect didactique particulièrement bien fait… Les enfants, et leurs parents, se régaleront à sa lecture, croyez-moi…

 

          Les cochons dingues©Delcourt

 

Cochons d’Inde ou cobayes : ces animaux, tout comme leurs petits cousins les hamsters, font partie du monde de l’enfance. Combien sommes-nous à avoir joué avec ces animaux domestiques, lors de nos années enfuies ?…

Ici, dans cet album qui leur est destiné, ce n’est pas en cage que vivent ces animaux familiers… C’est, dans une maison humaine, à un véritable parc à leur taille qu’ils ont droit !

Dans cet environnement tranquille, sans remous, chacun vit sa petite vie sans se poser de question… Jusqu’au jour où arrive César, capturé sans doute en pleine campagne, et que la captivité, d’emblée, hérisse. Non seulement il ne rêve que d’évasion, mais, en outre, il n’arrête pas de poser et de se poser des questions auxquelles personne ne peut répondre !

 

          Les cochons dingues©Delcourt

 

Le dessin est volontairement simple, puisqu’il s’adresse, d’évidence, à un jeune public. Simple, sans jamais cependant être simpliste, loin s’en faut ! Les humains sont en quelque sorte réduits à une simple apparence souriante, jusque dans leurs gestes les plus quotidiens : en s’affalant dans un canapé devant la télévision, en jouant à dieu sait quel jeu vidéo…

Par contre, les animaux, eux, n’ont rien d’une simple apparence ! La dessinatrice Miss Prickly nous fait le portrait, dans ce livre, de différentes races de cobayes. Il y a celui dort tout le temps, il y a l’hirsute, le renfrogné, l’amusé, le chevelu… Il y a aussi des couleurs différentes pour chaque animal, et leurs attitudes, et leurs mimiques. C’est vraiment une bd animalière pour jeune public, mais une bd animalière qui ne pourra que faire sourire également les parents !

          Les cochons dingues©Delcourt

 

Ce qui fait la réussite d’une bd pour jeune public, c’est, au-delà du dessin qui se doit, évidemment, d’être parfaitement lisible, c’est la présence d’un scénario qui, lui aussi, ne peut qu’être accessible sans difficulté. Mais il est important également que le « discours » ne soit pas infantile, qu’il s’ouvre à des réalités autres qu’au seul amusement éphémère.

Et, à ce titre, Laurent Dufreney atteint son but, c’est évident. Elle utilise, en quelque sorte, les trucs et ficelles des fables chères à Esope ou La Fontaine pour faire de ses petits animaux les symboles vivants de ce que sont les sentiments humains, les réactions humaines, les bêtises humaines.

En outre, l’album proprement dit de bande dessinée se complète d’un dossier consacré à l’univers des cobayes. Qui sont-ils, comment se nourrissent-ils, comment faut-il les traiter pour qu’ils se sentent bien… Autant de questions que tous les enfants pourront, désormais se poser en y trouvant des réponses souriantes, illustrées avec un humour tranquille par Dufreney. Et il y a même une page d’autocollants pour illustrer cahiers, livres ou murs de la chambre à coucher !…

Un livre vraiment tous publics, attendrissant, souriant…

 

Jacques Schraûwen

Les Cochons Dingues (scénario  : Laurent Dufreney – dessin : Miss Prickly – couleur : Magali Paillat – éditeur : Delcourt)

L’Afrique de Papa

L’Afrique de Papa

L’Afrique de Papa, c’est celle d’aujourd’hui… Une Afrique que le regard occidental n’arrête pas de méconnaître…

 

          L’Afrique de Papa©Des Bulles dans l’Océan

 

On pourrait croire, au vu du titre de cet album, à un livre de plus sur la colonisation. Mais il n’en est rien, loin s’en faut !…

D’ailleurs, plus qu’une histoire linéaire, plus qu’un récit logiquement charpenté, c’est un carnet de voyage, d’une certaine manière, que l’auteur nous invite à feuilleter.

Un carnet qui, en photos et en dessins, rend compte des retrouvailles entre un fils et son père. Un fils, Hippolyte, l’auteur de ce livre, Français vivant en Réunion, et son père, Français vivant sa retraite au Sénégal. L’Afrique de Papa n’a donc rien à voir avec celle d’hier, ou d’avant-hier ! C’est celle d’aujourd’hui, mais vue à hauteur de regard d’un occidental voulant profiter pleinement de la vie. Et c’est aussi celle de son fils, observant, et restituant au papier ses impressions plus que le compte-rendu de retrouvailles dans une famille qui, sans doute, a dû se déchirer, mais dont, finalement, on ne sait rien.

 

          L’Afrique de Papa©Des Bulles dans l’Océan

 

Oui, c’est vraiment à un double regard que nous avons affaire ici…

Sans manichéisme, sans non plus de jugement… C’est un album qui a fait le choix, tout simplement, de nous parler d’émotion, de ressenti. De nous montrer des sensations…

Tout commence dans l’avion qui emmène Hippolyte au Sénégal, un avion dans lequel un clandestin est rapatrié dans son pays d’origine, ce qui provoque un sentiment mitigé à bord…

Et puis, il y a l’arrivée à Dakar : « l’Afrique est là, joyeuse et débordante, dans le bordel de l’aéroport, elle est là, autour de moi, dans mes narines, elle m’envahit… »

Et, finalement, il y a l’arrivée à Saly, centre touristique où l’attend son père.

Saly, où « l’européen a le pouvoir de l’argent, celui qui fait baisser les têtes, celui qui force les sourires, celui qui rend important le rêve ! »

Saly, l’Afrique de papa, l’afrique où le père d’Hippolyte n’arrête pas de répéter que la vie est belle…

Seul le père parle, pratiquement, le fils se contente de regarder, de dessiner, de photographier. D’écouter son père, mais aussi les Sénégalais qu’il croise et qui lui parlent du vrai Sénégal, celui de la prostitution, celui de la recherche de travail, celui de l’obligation de quitter sa famille pour survivre…

 

          L’Afrique de Papa©Des Bulles dans l’Océan

 

Et tout cela fait une bande dessinée… Mais une bd totalement atypique, dans laquelle se mêlent dessins et photos, dans laquelle se retrouvent, régulièrement, en clichés ou en esquisses, des lutteurs Sénégalais, un peu comme un symbolisme répétitif de la nécessité de la lutte pour exister vraiment dans un pays de soleil qui ressemble à un paradis mais qui n’est qu’artificiel…  Et comme le dit un des lutteurs : « c’est toujours ton corps qui t’aide… être un champion… ou un étalon… ». Au travers de cette phrase, oui, c’est l’Afrique d’aujourd’hui qui se révèle, une Afrique qui reste fière malgré une nouvelle forme de dépendance…

Et au total, c’est à un portrait en face à face qu’on assiste, un double portrait-vérité. Et, surtout, c’est un livre inclassable mais superbe que nous offre Hippolyte, avec son graphisme dans lequel l’aquarelle occupe une place lumineuse, dans lequel les photos prises par Hippolyte sont superbes, un livre dans lequel l’humain laisse la place, petit à petit, à un continent, à sa moiteur, à sa beauté, à la beauté de ses habitants, avant que cet humain ne redevienne, dans les dernières pages dessinées et dans le cahier de photos en noir et blanc, l’essence même de ce continent…

L’Afrique de Papa, ce n’est pas celle de nos grands-parents… C’est celle d’aujourd’hui, une Afrique que le regard des Occidentaux ne parvient toujours pas à comprendre !…

 

Un livre qui n’est pas sorti récemment, mais que vous pouvez commander chez votre libraire préféré… Un livre, assurément, qui pose des questions, et qui est une totale réussite !

 

Jacques Schraûwen

L’Afrique de Papa (auteur : Hippolyte – éditeur : « Des bulles dans l’océan »

Brian Bones, Détective Privé : Eldorado

Brian Bones, Détective Privé : Eldorado

De la bd classique, dans son dessin comme dans son scénario, un album  » franco-belge  » qui se lit avec plaisir… Et une interview de son dessinateur, Belge et souriant…

 

 

Brian Bones a l’avantage d’associer deux métiers très différents l’un de l’autre : mécanicien automobile, d’une part, et détective privé auprès surtout d’une compagnie d’assurances d’autre part. Ce qui lui permet de côtoyer deux univers qu’il aime par-dessus tout, celui des belles carrosseries, celui du monde du cinéma aussi, de ses acteurs, de ses producteurs, de ses actrices.

Et, dans cet album-ci, il peut admirer de près la Cadillac Eldorado, ses chromes, ses formes, et chercher à comprendre comment un producteur a pu assassiner sa femme dans un accident de voiture, alors que c’était lui qui conduisait. Embrouilles, fric, complicités nauséabondes, tous les ingrédients d’un bon polar sont au rendez-vous de cette bd de facture incontestablement  » classique « .

Georges Van Linthout, par ailleurs auteur de quelques excellents romans graphiques, aime les voitures, c’est évident, il aime aussi dessiner es jolies filles, et il adore se plonger, graphiquement, dans une Amérique où tous les rêves semblent possibles, où tous les rêves, finalement, peuvent aussi se détruire en se frottant aux angles de la réalité.

Georges Van Linthout: la bd « classique »

 

Georges Van Linthout: l’Amérique

 

 

Rodolphe, en vieux routier du neuvième art, sait parfaitement raconter une histoire, utiliser les codes du polar avec talent pour que l’ensemble tienne la route parfaitement, pour que l’intrigue soit de bout en bout plausible. Avec Georges Van Linthout comme complice, le plaisir est au rendez-vous, et cela se ressent au fil des pages. On est dans un univers de ligne claire, avec des références nombreuses, certes à l’Amérique que tous deux connaissent et retranscrivent avec le sourire, mais aussi à leurs aînés de la bd. Il y a ainsi un vrai clin d’œil à Gil Jourdan, par exemple… Mais aussi de nombreuses références au cinéma américain, celui des années 60 bien sûr, mais celui de Clint Eastwood également.

N’allez pas croire cependant que ce classicisme graphique et littéraire rend cet album pesant et exclusivement nostalgique. Il n’en est rien, et le scénario de Rodolphe est vif, vigoureux, avec tous les rebondissements nécessaires à construire une narration passionnante. C’est du vrai délassement que cet album, et c’est un album assumé et réussi !

 

Ce qui fait la réussite d’un tel album, c’est aussi, bien entendu, l’osmose entre le dessinateur et le scénariste. Au-delà de l’histoire racontée par Rodolphe, au-delà de son récit charpenté avec précision et parfaitement bien huilé, il y a tout ce que le dessin de Van Linthout apporte comme détails, comme sourires, comme décors soignés et attirant le regard. Sans démesure, mais avec simplicité, ce graphisme crée toute l’ambiance nécessaire à alléger le déroulement narratif, d’une part, à le rendre plus lumineux d’autre part. Et le fait de rendre la voiture omniprésente (il n’y a que 7 planches sur 47 où aucune voiture n’apparaît…) crée une dynamique originale et intéressante à l’ensemble du livre.

Finalement, ce qui fait la richesse d’un polar, ce sont les personnages, c’est vrai, mais aussi et surtout l’ambiance générée par l’histoire. Une ambiance qui, en bd, naît du dessin… Une ambiance, ici, qui, vous l’aurez compris, complète l’intrigue à la perfection !

Georges Van Linthout: l’intrigue et l’ambiance

 

Un livre simple, un livre agréable, un livre classique, un livre bon enfant, un livre  » dans la tradition « …

Un album, en tout cas, extrêmement agréable…

Ne boudons pas notre plaisir à aimer la bd classique quand elle ne se hausse pas du col et quand elle atteint son but : nous faire sourire, nous faire passer un bon moment !

 

Jacques Schraûwen

Brian Bones, Détective Privé : Eldorado (dessin : Georges Van Linthout – scénario : Rodolphe – éditeur : Paquet)