Ric Hochet : 3. Comment Réussir Un Assassinat

Ric Hochet : 3. Comment Réussir Un Assassinat

Scénarisé par Zidrou, dessiné par Van Liemt (interviewé dans cette chronique), le tout avec plus que l’approbation de Nicole Tibet, Ric Hochet est redevenu un personnage de bande dessinée ancré totalement dans notre époque ! Une renaissance qui s’avère véritablement un renouveau !

Photo©Fabien Van Eeckhaut

L’histoire que nous raconte cet album est tout aussi compliquée et bien construite qu’une intrigue à la Agatha Christie. D’ailleurs, dans cette enquête autour de plusieurs meurtres commis dans l’environnement d’une maison d’édition, on reconnaît quelques thèmes narratifs chers à l’auteur de « L’inconnu du Nord Express ».
A l’origine de ces meurtres, et donc de l’enquête menée par Ric Hochet, son amie Nadine et le commissaire Bourdon, il y a un livre. Un petit « Marabout Flash » intitulé « Comment réussir un assassinat ».
Les éditions Marabout ont été particulièrement prolifiques entre l’après-guerre et les années 80, avec des auteurs comme Seignolle, Ray, ou Prévot, mais aussi Pierre Pelot et son extraordinaire Dylan Stark, ou Bob Morane de Vernes, ou Sylvie, qui a fait rêver des générations de jeunes filles. Avec, aussi, cette collection « Flash », des livres de petit format qui abordaient de manière sérieuse des thèmes quotidiens, qui allaient du bricolage à la psychologie, des jeux au savoir-vivre…
Et donc, notre héros sans peur et sans reproche va se plonger dans les méandres parfois nauséabonds du monde de l’édition pour découvrir qui a bien pu « éditer » ce livre pirate et, ainsi, pousser des lecteurs en « rupture » à des gestes ultimes !
Cela dit, si tout se passe, comme dans les albums originels, à la fin des années 60, voire au début des années 70, qu’on ne s’y trompe pas ! Ric Hochet est devenu, par la grâce de Zidrou et Van Liemt, un personnage terriblement humain ! Mal rasé, parfois, osant des regards quelque peu grivois de temps en temps, et ne résistant pas à la courbe des fesses de Nadine…
Il s’agit bien d’un renouveau, que Nicole Tibet et son fils « Bibi » apprécient totalement !

Ric Hochet 3 © Le Lombard

Simon Van Liemt: renouveau
Mme TIBET et son fils

Photo©Fabien Van Eeckhaut

 

Cela dit, tous les codes qui, en leur temps, furent créés par Tibet et Duchâteau, sont ici bien présents. Ce qui change, ce qui rend Ric Hochet actuel, c’est le traitement qu’en fait Zidrou. Un Zidrou qui, incontestablement, s’est lâché, dans les clins d’œil qui parsèment son scénario. On voit, par exemple, Ric Hochet, le regard égrillard, s’arrêter devant un magazine « Lui ». On découvre aussi un portrait de Henri Vernes, le créateur de Bob Morane, qui ne lui rend pas vraiment hommage et qui correspond, sans doute, plus à la réalité qu’à, la légende que ce dernier s’est forgée au cours des années. On voit Nadine, en petite tenue. Et je ne vous parle pas du texte de Zidrou, qui ne manque pas de « saillies », de jeux de mots (« scoop toujours »), et qui font que l’ensemble de cet album peut être qualifié de « politiquement incorrect » ! Surtout quand, la dernière page tournée, on se rend compte que la bonne morale n’est pas vraiment victorieuse !
Émaillé de références, de clins d’œil, avec, entre autres, un personnage absolument irrésistible, celui de « Grévisse », le Ric Hochet de Van Liemt et Zidrou perd avec bonheur son côté trop lisse et nous fait autant rire qu’il nous passionne par ses enquêtes…

 

Photo©Fabien Van Eeckhaut

Simon Van Liemt: références

Ric Hochet 3 © Le Lombard

Ce que j’apprécie énormément chez Zidrou, c’est ce mélange qui le caractérise de conjuguer le sérieux et l’humour, de nous parler, par exemple, du désespoir de l’amour, un désespoir qui peut mener au meurtre, et de nous parler en même temps du langage qui, vecteur des émotions, se veut aussi totalement délirant !
Le tout, chez lui, et donc aussi chez Van Liemt, le dessinateur, saupoudré d’un besoin de véracité historique. Construire une intrigue qui se déroule à la fin des années 60 demande qu’il y ait un travail de restitution de cette époque, à tous les niveaux… Jusqu’à celui des couvertures de la fameuse collection « Pocket », des couvertures dessinées par l’immense Pierre Joubert ! Qui, de cette façon, reçoit ici un hommage discret et parfaitement mérité.

Ric Hochet 3 © Le Lombard

Simon Van Liemt: Joubert

 

Voici donc Ric Hochet reparti pour de nombreuses aventures passionnantes et souriantes ! Des aventures qui seront des réussites tant que Zidrou et Van Liemt garderont cette belle complicité qui leur permet, dans ce troisième opus du retour de Ric Hochet, de délirer, mais de le faire avec justesse, dans le ton comme dans le dessin ! Et il me faut aussi souligner l’excellent travail du coloriste qui, plus que dans les deux précédents albums, réussit, dans les ombres, les lumières, les détails, les ambiances, à nous offrir une couleur qui devient à certains moments un vrai moteur de la narration.

 

Ric Hochet 3 © Le Lombard

Le travail à deux

 

Ric Hochet vit dans ce livre-ci sa troisième nouvelle aventure. Et je lui en souhaite bien d’autres encore, sans nostalgie, avec respect mais aussi avec humour et dérision ! Et si vous avez envie d’en savoir plus sur l’extraordinaire auteur qu’était Tibet, plongez-vous dans le livre qui lui a été consacré : Mystères ! Une biographie de Tibet en images (auteur : Vincent Odin – éditeur : Editions Daniel Maghen).

 

Jacques Schaûwen
Ric Hochet : 3. Comment Réussir Un Assassinat – d’après Tibet et Duchâteau (dessin : Van Liemt – scénario : Zidrou – couleurs : Cerminaro – éditeur : Le Lombard)

 

Photo©Fabien Van Eeckhaut

Résilience : tome 2 – La Vallée Trahie

Résilience : tome 2 – La Vallée Trahie

Anticipation ou science-fiction, cette série nous parle de nous, de ce que nous mangeons, de ce que nous sommes, au travers d’une aventure à taille humaine avant tout… Et Augustin Lebon, son auteur, en parle avec passion dans cette chronique…

Fuir la ville…. Cette cité tentaculaire dans laquelle, avec l’alibi du progrès et du bonheur universel, l’être humain n’est plus qu’un objet aux mains d’un pouvoir qui veut tout gérer… A commencer par l’agriculture… Il y a là, sans aucun doute possible, un rapport évident et immédiat avec ce que nous vivons aujourd’hui, et la mainmise de quelques multinationales sur notre vie quotidienne, des multinationales soucieuses exclusivement de rentabilité. Avec des semences toutes semblables, toutes génétiquement modifiées, avec des bières et des vins au goût similaire d’un bout à l’autre de la terre, l’avenir qui nous est promis est un monde sans saveur, donc sans plaisir, donc sans révolte ni révolution !

A ce titre, cette série est véritablement une série  » engagée « . Pas de manière politique, heureusement, mais de façon véritablement écologique, au sens premier du terme, celui d’une science au service de l’homme et de ses aspirations comme de ses besoins.

A ce titre également, le propos d’Augustin Lebon est terriblement d’actualité, avec les ZAD par exemple… Avec cette nécessité de vivre une résistance qui, souvent, n’a rien de manichéen et peut très vite passer du pacifisme à la violence.

Augustin Lebon: un livre engagé…

 

Augustin Lebon: Résistance et violence

Les personnages du premier tome chroniqué ici en son temps, se sont donc enfuis, et se retrouvent dans une vallée normalement protégée par l’Unesco, une forêt dans laquelle se sont réunis des résistants désireux de continuer à cultiver -et le terme est particulièrement adéquat- leur différence, leur volonté de liberté, leur nécessité à ne pas se plier à des diktats destructeurs d’humanisme. Un lieu, on le devine, on le ressent, qui va être assiégé par ce fameux progrès que ces résistants refusent.

Ils sont trois, donc, Adam, Agnès et Ellen, à rejoindre ce qui ressemble à un paradis sur terre. Mais un paradis dans lequel leurs vécus amoureux ne vont qu’exacerber leur combat quotidien contre la normalisation imposée par Diosnyta, cette entité informe qui possède le pouvoir, presque TOUS les pouvoirs. Il y a donc, dans cet album, encore plus que dans le précédent, des sentiments nombreux, qui se mêlent, s’affrontent, se révèlent tantôt antinomiques, tantôt fusionnels.

Et c’est par la force de ces sentiments, par le talent aussi d’Augustin Lebon qui, par son dessin comme par ses dialogues, restitue avec force toutes les différences qui rendent unique chaque être humain, c’est par ce côté romanesque parfaitement assumé que cette série se fait passionnante, passionnelle autant qu’engagée !

Augustin Lebon: dessiner la différence

 

Augustin Lebon: les sentiments

 

Il y a, vous l’aurez compris, dans cette série, de quoi plaire à tout le monde, ou presque… Au travers d’un scénario de ce qui pourrait être de l’anticipation proche, Augustin Lebon cherche d’abord à construire une histoire qui tient en haleine, à le faire en mêlant les thèmes et en n’oubliant jamais de raconter une histoire de femmes et d’hommes en butte à leurs sentiments, à leurs sensations plus qu’à des réflexions politiques qui leur sont imposées par les aléas de l’existence.

Lebon, ainsi, nous plonge dans des jeux de regards, dans des décors qui varient, sans cesse, et il parvient à magnifier par son dessin, justement, les décors naturels de cette vallée dans laquelle la violence va faire irruption.

Par les couleurs, également celles de Hugo Poupelin, complice talentueux d’Augustin Lebon (crédité, d’ailleurs, à même la couverture de cet album, ce qui est à souligner !), des couleurs qui accentuent les ambiances et en font un élément de narration extrêmement vivant, vibrant, lumineux.

Augustin Lebon: les décors…
Augustin Lebon: les décors et la couleur…
Augustin Lebon: les couleurs…

J’avais beaucoup aimé le premier tome… Et j’aime énormément ce deuxième opus, qui nous prouve qu’Augustin Lebon est totalement capable de varier les plaisirs, le sien et ceux de ses lecteurs, en construisant des scénarios qui, de par leur contenu, ne ronronnent jamais dans des habitudes…

 » Résilience « , c’est une bande dessinée d’aventures, de réflexion, d’amour, de passion, qui s’inscrit résolument dans les préoccupations qui sont celles de notre monde contemporain… A lire et à partager, sans aucun doute!

Jacques Schraûwen

Résilience : tome 2 – La Vallée Trahie (auteur : Augustin Lebon – scénario : Augustin Lebon et Louise Joor – couleurs : Hugo Poupelin – éditeur : Casterman)

Les Reportages De Lefranc : Les Batailles De Moselle

Les Reportages De Lefranc : Les Batailles De Moselle

Chronique de Jacques Schraûwen, publiée sur le site de la RTBF le samedi 20 janvier 2018 à 12h20

 

La Moselle a toujours été, en France, de par sa proximité avec l’Allemagne, un terrain de batailles farouches et meurtrières. Trois d’entre elles sont décrites et analysées dans cet album historique de fort belle tenue.

C’est en 1952, avec la parution des premières planches de  » La Grande Menace « , dans les pages du  » journal de Tintin  » et dessiné par Jacques Martin, que le personnage du journaliste Guy Lefranc prend vie.

Dans cette après-guerre, Guy Lefranc a été un héros dans la lignée de Valhardi : sans peur, sans reproche, se battant pour la paix, contre les méchants de l’époque qui, bien entendu, étaient d’anciens nazis, ou de terribles communistes, très souvent.

Jacques Martin, en créant son héros, s’inscrivait dans son époque, de manière talentueuse, en racontant des histoires d’aventure au premier degré, mais extrêmement bien construites, toujours. Peut-être parce que, comme Jacobs de son côté avec Olrik, il mettait en face de Lefranc un vrai  » méchant  » superbe, l’infâme Borg !

Au fil des années, après le décès de Jacques Martin, Guy Lefranc, avec des hauts et des bas, a survécu. Il a aussi donné naissance à quelques albums qui ne sont pas de la bande dessinée, mais des reportages historiques illustrés.

C’est à cette collection que  » Les Batailles de Moselle  » appartient.

Le département de la Moselle, de par sa position entre deux pays historiquement ennemis, l’Allemagne et la France, a toujours été un enjeu à la fois politique et militaire. C’est une région de France qui a été, de ce fait, le théâtre de combats souvent extrêmement meurtriers.

Et dans ce livre-ci, les auteurs s’attardent sur trois de ces batailles, au cours de trois guerres différentes : Gravelotte en août 1870, Morhange en août 1914, et Dornot-Corny en septembre 1944.

Olivier Weinberg: trois batailles emblématiques

 

 

Je le disais, il ne s’agit nullement d’une bande dessinée, mais d’un véritable livre d’histoire, avec une documentation fouillée, avec un texte clair, avec des photos d’époque, avec une remise en perspective de chaque événement décrit et raconté.

A ce titre, Olivier Weinberg, le dessinateur-illustrateur attitré de cette série, se devait de rendre son dessin d’abord et avant tout parlant, de par les lieux dessinés, de par les mouvements de troupe qui y sont décrits, de par un réalisme qui se doit de montrer l’horreur d’un combat sans pour autant s’en faire le voyeur. Il se devait aussi de se révéler didactique. Il s’agit pour lui, au profond de chacune des trois batailles présentes de ce livre-ci, de ne pas trahir la vérité historique du texte, de montrer sans s’appesantir, de raconter sans avoir besoin de codes narratifs précis… Et à ce titre, on peut dire que son travail est une réussite. Un peu, mais de manière plus moderne, comme l’étaient les chromos qu’on trouvait dans des barres chocolatées ou, plus loin encore, comme l’étaient les images d’Epinal.

Olivier Weinberg: un dessin didactique

Les passionnés d’Histoire, celle des guerres, certes, mais celle, surtout qui a construit la société dans laquelle nous vivons aujourd’hui, trouveront leur content, sans aucun doute, dans cet album. Les curieux aussi, ceux qui aiment, simplement, les récits qui évitent les grandes envolées lyriques pour s’attarder, finalement, sur l’humain, d’abord et avant tout.

Un bon livre, donc, instructif, comme le sont tous les reportages de Lefranc depuis quelques années.

 

Jacques Schraûwen

Les Reportages De Lefranc : Les Batailles De Moselle (auteur : Olivier Weinberg, d’après Jacques Martin – couleurs : Emmanuel Bonnet – textes : Marc Houver et Jean-François Patricola – éditeur : Casterman et le Département de la Moselle)