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Son Of A Gun – Un dessin décalé pour un western atypique

Le western est un genre littéraire, cinématographique, dessiné, qui peut se prendre au sérieux, qui peut aussi se lancer dans de doux délires souriants…

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Dans cet album-ci, le scénariste, Philippe Pelaez nous raconte une vraie histoire « western ». Il y a des bons qui ne le sont pas vraiment, il y a des méchants qui assument leur état, il y a une femme qui n’a rien de timoré ni d’effacé, il y a des truands, un shérif, une armée mexicaine, des cavalcades sous le soleil couchant ou levant…

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Même si, de ci de là, existent des références aux grands westerns classiques, ceux avec Gary Cooper ou John Wayne, c’est plutôt vers les westerns spaghettis que se tourne ce scénariste. Et son dessinateur, évidemment, qui s’en donne, lui aussi, à cœur joie !

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Kentucky T. McBride est un braqueur. Un braqueur qui réussit à devenir le shérif d’une ville dans laquelle il vient de cambrioler la banque tout en laissant son colt ensanglanter gratuitement son forfait ! Sa route va croiser, dans la recherche d’un trésor somptueux, les destins de deux autres truands à leur manière : un nain qui n’arrête pas de parler, une chasseuse de primes impitoyable… Et une chèvre, et un molosse !

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Ce Kentucky T. McBride, devenant ainsi le chef d’une étrange bande, est certes un tireur excellent dont l’arme ne rate jamais sa cible, il a cependant un problème d’ordre psychologique : il éprouve une haine totale à l’encontre de tous les animaux et, au niveau du langage, cette haine l’amène à se mêler les pinceaux dans l’énoncé d’expressions populaires. Et, pour parvenir à dénicher le fameux trésor qu’ils sont trois à poursuivre, il faudra une collaboration étroite avec la chèvre, le tout sous l’œil sombre et la gueule baveuse de l’immense chien appartenant à la jeune et accorte Dolorès, partie prenante dans la recherche de ce trésor ! 

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Je le disais, c’est vers les westerns de Leone et de ses souvent tristes suiveurs que Pelaez et Corbet louchent. Vers Clint Eastwood, également, dans les films qui n’étaient pas de Leone, De « Joe Kid » à « two mules for sister Sarah »… Mais les regards de nos deux compères se sont aussi accrochés à des westerns plus ludiques, du genre des « Trinita »… Et, en outre, ils se sont également immergés, par petites touches à dénicher aux détours de chaque planche, dans l’univers du western dessiné.

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Oui, les références cinématographiques et graphiques sont nombreuses… Des « Tuniques Bleues » à « Lucky Luke », en passant par quelques autres héros bd qui complètent le tableau de cet album atypique, comme je le disais, mais parfaitement assumé et réussi ! Parce que le tour de force des deux auteurs réside dans le simple fait qu’ils parviennent à nous raconter un véritable western, avec tous ses codes narratifs et thématiques, tout en faisant sourire, tout en amusant le lecteur ! C’est ce mélange intime qui, sans aucun doute, rend la lecture extrêmement agréable, dans la mesure où ce récit, justement, n’a aucune mesure, et délire avec une sorte d’amusement de sale gosse, et, de ce fait, devient parfois immensément imprévisible !

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En conclusion, donc, je ne peux que vous dire le plaisir que j’ai pris à cette lecture, un plaisir que, simplement, ici et aujourd’hui, je partage avec vous !…

Jacques et Josiane Schraûwen

Son Of A Gun (dessin : Sébastien Corbet – scénario : Philippe Pelaez – éditeur : Grandangle – 2026 – 120 pages)

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Les sentiers d’Anahuac – une plongée superbe dans le monde des Aztèques, au seizième siècle

Il y a de ces livres qui réussissent, par l’image comme par le texte, à faire découvrir une part de l’Histoire qui nous était inconnue… C’est le cas avec ce somptueux album auquel je ne trouve que des qualités.

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Il y a de ces livres qu’on feuillette, qu’on referme, qui ne nous attirent pas plus que cela, qu’on dépose dans le coin d’une étagère, qu’on oublie… Et puis un jour, par hasard, on les retrouve, on les ouvre, et on se dit « allez, je vais m’y plonger »… C’est pour moi ce qui s’est passé avec ces sentiers d’Anahuac, et je me demande pourquoi j’ai mis autant de temps à le lire, à le savourer, à y trouver des chemins qui, sans aucun manichéisme, racontent une histoire, une Histoire, une civilisation, des humains soucieux déjà, il y a bien longtemps, à ne pas faire de la religion une opaque et imperméable conquête ! C’est un livre extrêmement bien fait, touffu sans être confus, intelligent, didactique et humaniste.

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Ce livre est la preuve qu’une bande dessinée peut à la fois être rigoureuse, historiquement, et passionnante, agréable à lire. Il y a tellement, de nos jours, de bd qui sortent et qui sont plus pédantes que didactiques, plus ennuyeuses que lisibles, plus « mode » que véritablement de grande qualité… Le scénariste, Romain Bertrand, est un historien, et son approche du sujet de ce livre est exemplaire. Il y a à la fois tout un côté explicatif fouillé, et à la fois une aventure humaine, la rencontre de deux êtres, les rencontres qui en résultent. Et le total est un tableau de quelque 160 pages qui met en lumière, en clair-obscur ai-je envie d’écrire, le Mexique du milieu du seizième siècle et, surtout, le courage et la volonté d’un Franciscain de préserver la mémoire du peuple aztèque avant son anéantissement.

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Et qu’en est-il du dessin de Jean Dytar ? Il en est ici à son septième album bd, et c’est en virtuose que ce dessin donne vie au scénario… En virtuose, oui, avec un travail du noir et blanc exceptionnel de beauté partagée, avec aussi une façon tout aussi exceptionnelle, graphiquement, de rendre accessible à tout un chacun les méandres de la civilisation aztèque, de ses divinités, de ses « glyphes ». Je n’ai qu’exceptionnellement rencontré deux talents ainsi fusionnels dans une bande dessinée… Et puis, ce qui ajoute encore à la qualité « d’objet » de cette bd, c’est son format, 27,5 sur 27,5 centimètres, et la texture du papier, épais, souple sous les doigts, et doux au regard…

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Ces « sentiers d’Anahuac » nous racontent, en fait, l’histoire d’un livre, le « codex de Florence », initié par le père Bernardino, se mettant à l’écoute de ce qu’était cette région du monde avant la colonisation des Espagnols. Ce Franciscain ne s’est pas arrêté aux simples relations qu’on faisait à l’époque des sacrifices humains des Aztèques. Il s’est fait journaliste avant l’heure, gommant ses propres préjugés et ceux de sa religion, pour aller à la rencontre des gens… De leurs souvenances… De leur culture… Et, dans ce périple en des sentiers que le dieu chrétien imposé par le colonisateur ignorait, il est parti, simplement, à la découverte d’une civilisation et d’une religion… Dans ces sentiers qu’il a empruntés avec Antonio Valeriano, un jeune Mexicain converti au catholicisme, il va se promener sans apriori, l’âme en éveil, le cœur en accord avec la terre, le ciel, et les humains, quels qu’il soient. On ne parle pas d’âme dans ce livre, mais elle est là, omniprésente, et d’une complexité et d’une tolérance étonnantes.

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En fin d’album, un dossier complète la lecture, en nous expliquant comment ce codex de Florence a été créé, ce qu’ont été les destins du padre Bernardino et de son élève mexicain Antonio Valariano. Dans ce dossier, on découvre également le travail de recherche graphique qui a permis à cette bande dessinée de ne rien trahir de que fut cette civilisation aztèque. Et on y ajoute un glossaire espagnol, un glossaire de la langue « nahuatl », et la liste des divinités aztèques également. Un dossier passionnant, lui aussi, à lire!

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Je parlais du scénario… Un récit charpenté avec un immense talent, dans lequel les mots, les dialogues, les réflexions forment la trame réelle de cet album. Voici quelques-uns de ces mots…

« – Je dois reconnaître, Juanito, que le génie de ton peuple n’a rien à envier à celui des Romains. – Je sais, padre. Qu’est-ce que c’est, le génie des Romains ? »

« C’est un lieu difficile que la terre, un lieu de pleurs et de douleurs, où l’on connaît l’amertume et l’affliction. Le vent glacé passe et glisse : on dit qu’en réalité la chaleur et le vent se calment, mais il n’y a que la faim et la soif. Les choses sont simplement ainsi. »

« – Je ne sais plus qui croire. Qui dit la vérité, qui n’en dit qu’une partie… qui la transforme ? – Dieu seul le sait, Antonio. – Certes… Mais il faut admettre qu’Il n’est pas bavard, ces temps-ci… »

« Pour la première fois, la pensée m’effleura que l’entreprise du padre Bernardino pouvait n’être rien d’autre que son propre rêve. »

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Ce rêve-là, profondément humaniste, méritait d’être vécu… Et d’être raconté… Ce livre, croyez-moi, est d’une qualité totalement exceptionnelle, à tous les niveaux… Et, en outre, c’est un très bel objet ! A placer, sans attendre comme je l’ai fait, dans votre bibliothèque d’honnête Homme…

Jacques et Josiane Schraûwen

Les sentiers d’Anahuac (dessin : Jean Dytar – scénario : Romain Bertrand – éditeur : Delcourt – octobre 2025 – 160 pages)

Soli Deo Gloria – Un livre dans lequel la musique se dessine…

Soli Deo Gloria – Un livre dans lequel la musique se dessine…

Dans un monde qui ressemble à notre dix-huitième siècle, un garçon et une fille, jumeaux, naissent dans la misérable réalité d’un hameau, d’une ferme, et d’une étable dans laquelle humains et bêtes s’entassent. Et c’est la musique, don qu’ils partagent, qui va accompagner toute leur existence…

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« Toute naissance est un chant »… Et la naissance d’Helma et Hans est celle, aussi, d’une vie dans laquelle la laideur et la beauté vont sans cesse s’affronter, tout comme le mercantilisme et l‘art, leur ouvrant, peu à peu, d’improbables et d’inattendues portes vers des lieux de société que même leurs rêves n’imaginaient pas. Hans se découvre capable de jouer de mille et un instruments. Helma, elle, possède une voix exceptionnelle qui fait danser toutes les musiques. Et ce sont ces deux talents conjugués qui vont faire d’eux des personnages symboliques d’un saint-Empire dans lequel des guerriers cruels peuvent aussi se vouloir artistes.

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Je ne vais pas vous raconter toutes les péripéties (et elles ne manquent pas!) qui vont conduire ces deux enfants à se découvrir ensemble, unis, à se perdre aussi, éperdus tous deux de musique, et perdus à deux dans les méandres de mélodies qui font chanter leurs âmes et celles de ceux qui les écoutent. Ces péripéties les mènent d’un « hermite » à une « ersatsmutter », d’un « margrave » à la ville « d’Adamstern », de la « Laguna Majora » à la cité du pontife-roi, « Romula »… Tous ces mots, ces endroits, tout comme d’ailleurs les noms des personnages, rappellent, évidemment, des figures mythiques de notre Histoire et on croise Bach comme Stradivarius, à peine cachés ! Tous les récits, aussi, qui, de chapitre en chapitre construisent ce livre, nous rappellent que cette Histoire dont nous sommes issus n’a jamais rien eu d’idéal… La cupidité, la mort, la misère, la trahison, l’orgueil, telles étaient aussi les vérités de ce dix-huitième siècle, aux côtés d’une explosion de l’art sous toutes ses formes.

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Ce qui est passionnant, dans ce livre, ailleurs même que dans les aventures contées, c’est qu’il nous montre un apprentissage à l’art musical et à la vie, en même temps… Qu’il nous dit que tous les dons se doivent d’être travaillés… Ou, plutôt, d’être ensemencés, sans cesse, par l’expérience, par la découverte, par le plaisir, par la nature, le chant du vent et celui des oiseaux … Le dessin d’Edouard Cour, à ce titre, est une musique à lui tout seul… Il permet, véritablement, de donner vie à la musique de Hans et Helma, en la rendant pratiquement palpable au travers d’un graphisme qui souligne, dans les concerts, dans les solitudes de la création, les infinies et folles couleurs que possède la musique pour qui sait l’écouter, donc la regarder… La voir !

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Pendant quelque 280 pages, admirablement dessinées, le scénariste Jean-Christophe Deveney nous raconte une histoire universelle… Je sais que bien des chroniqueurs se sont déjà penchés sur ce livre… Je sais aussi que la plupart d’entre eux parlent d’un « roman graphique ». Certes, c’est un livre extrêmement graphique… Certes, c’est un livre charpenté en chapitres… Mais j’aime de moins en moins ces alibis actuels qui essaient de donner à des vraies et puissantes bandes dessinées des excuses, presque, de n’être que des « petites mickeys » ! Cet album est une bd, tout simplement, magnifiquement ! La bande dessinée, pour être un art, n’a nul besoin qu’on la mette dans des niches intello-bienpensantes…

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Ce livre, qui se lit et se regarde avec une sorte de magique facilité, nous parle de création, d’art, de musique, de peinture, de compromissions… De gémellité, aussi, du talent, de l’acquis et de l’inné… Il est œuvre historique, détournée, c’est vrai, mais d’une évidente fidélité à l’époque montrée… Il est comme une fable, qui aborde le thème de l’existence, du vécu, de l’apprentissage, de la fusion des âmes, de l’amour, de la haine, de la séparation, des retrouvailles si souvent impossibles… Il nous parle de la différence entre exister et être, de la mort, aussi, et de ses silences… Il nous dévoile, en nous illustrant ce titre, « A Dieu seul la gloire », les ressources de l’humain, et le fait que toute gloire artistique, finalement, appartient à ceux qui l’écoutent, qui la regardent, qui la lisent, que sais-je encore… Ce livre est une osmose « extra-ordinaire » entre un scénariste, un dessinateur, et le lecteur qui ne peut que se laisser envoûter par un rythme musical, muet mais dessiné, qu’on ne peut oublier la dernière page tournée…

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Je supporte de moins en moins cette sorte de règle dans le monde de l’édition de ne mettre en avant que les dernières nouveautés ! Les libraires bd devraient consacrer, il me semble, une part de leurs magasins à des livres qu’ils ont lus, qu’ils ont absolument aimés, et qui datent de plusieurs mois ! Des livres qu’ils pousseraient à exister plus que deux ou trois mois! Des livres qui sont la musique d’un art que l’on dit neuvième et qui aurait tout à gagner à ne pas se contenter des routines d’un marché qui perd, de plus en plus, l’envie d’être culturel…

Jacques et Josiane Schraûwen

Soli Deo Gloria (dessin : Edouard Cour – scénario : Jean-Christophe Deveney – éditeur : Dupuis – octobre 2025 – 280 pages)