Pico Bogue En Famille

Pico Bogue En Famille

Une exposition pétillante, à Bruxelles, jusqu’en mai prochain

Pico Bogue © Jacques Schraûwen

Ma rencontre avec Pico Bogue s’est faite au tout début de la carrière de ce gamin, fils naturel de deux univers, celui de Sempé et celui de Quino. Une comparaison qui, à l’époque, m’a valu les critiques acerbes d’une journaliste qui prédisait la fin rapide de cette série sans intérêt ! Elle a eu tort, j’ai eu raison, et la présence de Pico Bogue au Musée de la Bande Dessinée de Bruxelles est parfaitement bienvenue !

Pico Bogue © Jacques Schraûwen

Dominique Roques, scénariste, et Alexis Dormal, dessinateur, sont mère et fils. Ce lien familial, très fort, se ressent dans cette série, et dans sa série-sœur, Ana Ana. On ne peut, finalement, bien parler que ce qu’on connait, que de ce qu’on a vécu, même si l’imaginaire et le rêve s’ajoutent au réel pour en faire un lieu de sourires. Et d’éclats de rire, tant il est vrai que le dessin d’Alexis Dormal est presque iconique quand il s’agit pour lui de représenter un môme, Pico ou sa sœur, ou ses enfants, en train de rire aux éclats ! Cette espèce d’épure graphique se retrouve illustrée, mise en scène par petites thématiques souriantes, dans l’exposition que le Centre Belge de la Bande Dessinée consacre à ce personnage faisant de l’intelligence et de la culture les vrais chemins de l’existence !

Alexis Dormal et Dominique Roques © Jacques Schraûwen
Alexis Dormal : cette exposition
Pico Bogue © Jacques Schraûwen

Bien entendu, une exposition, c’est d’abord et avant tout un endroit dans lequel les regards convergent vers les œuvres accrochées aux murs. Et, à ce titre, pour être simple, l’exposition du musée de la bande dessinée est parfaitement agencée. Pas de tape-à-l’œil inutile, des crayonnés, des mises en couleur, des aquarelles lumineuses : tout est fait pour que le visiteur entre dans l’univers de Pico, pour qu’il en comprenne les réalités nourries de rêveries…

Et, à ce titre, Dominique Roques peut être heureuse, elle aussi, de cette exposition, qui permet de mettre en évidence l’apport de ses scénarios, elle qui a réussi à rendre humoristique l’étymologie des mots que nous utilisons chaque jour dans deux albums superbes !

Dominique Roques : cette exposition
Pico Bogue © Jacques Schraûwen

En une époque où, reconnaissons-le, les raisons de se réjouir ne sont pas légion, loin s’en faut, on ne peut qu’aimer un personnage comme Pico Bogue, moraliste et farceur, tapageur et attachant, iconoclaste et curieux de tout, enfant avant tout !

La série dont il est le héros n’évite pas, il est vrai, de parler de réalités qui n’ont rien d’agréable, comme la peur, la mort, la jalousie, la routine des heures et des jours. Mais même quand il s’agit d’aborder de telles thématiques, Dominique Roques et Alexis Dormal ne se prennent pas au sérieux. On pourrait dire d’eux, finalement, qu’ils sont sérieux comme le plaisir… Ou comme la sincérité !

Alexis Dormal et Dominique Roques : sérieux comme le plaisir
Pico Bogue © Jacques Schraûwen

Cette exposition est à l’image des aventures de Pico Bogue : souriante, tranquille, ludique même. Et je pense que tout le monde y trouvera son compte, enfants et parents. Allez-y, en toute confiance, et profitez-en pour découvrir un musée bruxellois qui mérite le détour !

Pico Bogue © Jacques Schraûwen

Jacques Schraûwen

Pico Bogue (parait chez Dargaud) En Famille (exposition au Musée de la Bande Dessinée, à Bruxelles, rue des Sables, jusqu’au 31 mai 2020)

Pico Bogue © Jacques Schraûwen
Serge Fino : une exposition à Bruxelles et deux nouvelles séries

Serge Fino : une exposition à Bruxelles et deux nouvelles séries

C’est au « Comic Art Factory », à Bruxelles, au 237 de la chaussée de Wavre que vous allez pouvoir admirer le travail d’un artisan du neuvième art, Serge Fino.

Amoureux de la mer, ce Toulonnais dessine depuis pratiquement 25 ans. Après avoir abordé l’univers de l’héroïc-fantasy, avec, par exemple, une série intéressante scénarisée par Tarquin, « Les ailes du Phaéton », il a trouvé chez l’éditeur Glénat le lieu où créer une série dans laquelle la Bretagne et ses marins, ses habitants, et, surtout, la mer et ses dangers. « Les chasseurs d’écume » nous raconte une vraie saga, à la fois familiale et politique, sociale et humaine, régionale et universelle.

En quelque huit volumes, Serge Fino trace dans cette série le portrait d’un monde, celui qui vit de et avec la mer, faisant preuve d’un intérêt soutenu pour ses personnages, des êtres de chair et de sang, de passion et de douleur, d’amour et de désespoir.

Aujourd’hui, viennent de sortir en trois mois de temps, toujours chez Glénat, deux nouveaux albums, deux nouvelles séries en naissance : « L’or des Marées » et « Seul au monde ». Deux séries qui s’enfouissent, encore plus, avec une intensité lumineuse plus puissante, dans tout ce qui construit une aventure humain face à l’immensité d’une mer porteuse à la fois d’espérances et de désirs, de départs définitifs et de larmes…

Et l’exposition qui lui est consacrée à Bruxelles s’intéresse à ces trois séries « marines »… En nous proposant des originaux qui révèlent toute l’évolution de Fino en quelque 25ans de dessins… En nous montrant comment son dessin, d’un réalisme traditionnel au début de sa collaboration avec l’éditeur Glénat, est devenu aujourd’hui plus épuré, avec une présence de la couleur qui accentue encore plus, encore lieux, la lumière de la mer et se ambiances sans cesse changeantes.

Serge Fino

Jacques Schraûwen

Serge Fino s’expose au Comic Art Factory jusqu’au 28 décembre 2019.

https://www.comicartfactory.com/serge-fino-seul-au-monde-l-or-des-marees-les-chasseurs-d-ecume-glenat/

BD : Jean-Claude Servais au-delà du trait

BD : Jean-Claude Servais au-delà du trait

Jusqu’en septembre 2020, une superbe exposition à Bastogne

Dans la bande dessinée belgo-française, Jean-Claude Servais occupe une place de choix. Ce Gaumais, amoureux de sa région depuis toujours, reçoit aujourd’hui un hommage somptueux à Bastogne, ce qui prouve qu’on peut être prophète dans son pays ! Dans sa région, tout au moins !

Expo J.C. Servais © Jacques Schraûwen

Dès ses premières bandes dessinées, parues il y a quarante ans, Jean-Claude Servais mettait en place un style reconnaissable dès le premier regard. A l’instar des grands acteurs (je pense à Louis Jouvet, entre autres), Jean-Claude Servais est toujours le même, avec un trait qui, certes, s’est affiné au fil des ans, mais sans jamais perdre son adn originel. Mais, en même temps, chaque album est différent, les récits qu’il invente, ou réinvente, sont neufs, à chaque !e fois. 40 ans de carrière, une cinquantaine d’albums, et une passion sans cesse renouvelée ! Son nouveau livre, « Le fils de l’ours », paru chez Dupuis, est d’une facture à la fois poétique et « naturelle », avec un trait qui, comme son habitude, aime raconter les beautés et les troubles de ses personnages.

J.C. Servais © Jacques Schraûwen

Et, en parallèle de ce nouvel album, c’est au Musée de la Grande Ardenne qu’on retrouve quelque 120 de ses originaux, tout au long d’une exposition comme, je l’avoue, je n’en ai jamais vu ! C’est à Bastogne, à Piconrue, que cela se passe. Cette exposition, fabuleuse, il n’y a pas d’autre mot, avec une scénographie qui, volontairement, refuse la chronologie pour s’intéresser aux thèmes de prédilection de l’artiste (la nature, la féminité, la révolte…), nous balade, au fil de petites salles à l’éclairage parfait, dans l’œuvre et l’univers de Jean-Claude Servais. Et ce, de manière, croyez-moi, éblouissante !

J.C. Servais : l’expo

Enumérer les livres de Jean-Claude Servais serait fastidieux, et inutile. Mais on peut épingler « La Tchalette », « Tendre Violette », « Les saisons de la vie », « Lova », et le sublime « Chalet bleu » ! Tout comme son dernier né, le fils de l’ours, qui nous parle de gémellité, d’identité, de naissance, de sensualité…

Son univers, qui se trouve exposé à Bastogne, est double.

J.C. Servais © Jacques Schraûwen

D’abord, il y a les gens… Les gens normaux, les « petites bens », les « honnêtes gens », dans l’esprit du dix-huitième siècle. Il y a les gens ballotés par l’histoire, influencés par des légendes. Il y a les gens les femmes surtout, qui se battent contre le pouvoir, contre les conventions. Avec un sens de la liberté, de la sensualité, voire même du libertinage absolument réjouissant.

Et puis, il y a la nature, omniprésente… La faune et la flore de notre Ardenne, de la Gaume, de Bretagne, d’Alsace… Une nature dans laquelle toute magie et toute poésie sont possibles, et le seront toujours, pourvu que les pouvoirs politiques et industriels n’en détruisent pas l’équilibre et la beauté… Cette nature dans laquelle Jean-Claude Servais vit, lui qui ne dessinera jamais que ce qu’il connaît vraiment !

J.C. Servais : la Gaume
J.C. Servais © Jacques Schraûwen

Un hommage comme celui de cette exposition est extrêmement bien construit, bien « scénographié ». Et, croyez-moi, il s’agit de l’exposition bd la plus belle qu’il m’ait été donné de voir… La plus belle, la plus intelligente, une exposition que vous ne pouvez pas rater, vous qui aimez le neuvième art !

Jacques Schraûwen

Jean-Claude Servais au-delà du trait (exposition à Piconrue, à Bastogne, jusqu’en septembre 2020)

Le fils de l’ours (auteur : Jean-Claude Servais – couleur : Raives – éditeur : Dupuis)

https://www.piconrue.be/fr/