Le Musée de la Bande Dessinée fête ses trente ans avec une exposition d’Emmanuel Lepage à ne rater sous aucun prétexte !

Le Musée de la Bande Dessinée fête ses trente ans avec une exposition d’Emmanuel Lepage à ne rater sous aucun prétexte !

Il y a trente ans, c’était sans doute un pari un peu fou que de vouloir créer un « Centre Belge de la Bande Dessinée ». Et de vouloir le faire dans un bâtiment emblématique de l’Art Nouveau. Aujourd’hui, ce centre est un musée, un vrai, et l’aventure n’en est qu’à ses débuts !

© Centre Belge de la Bande Dessinée

Un vrai musée, oui, puisqu’on y multiplie les expositions consacrées à toutes les réalités du neuvième art, celui d’hier comme celui d’aujourd’hui. Des expositions qui, également, s’ouvrent à des auteurs de toutes les générations, permettant ainsi aux visiteurs de pouvoir explorer, en bd, la voie de l’éclectisme ! Sous la houlette de Jean Auquier, aujourd’hui parti vers de nouvelles aventures, ce « centre » est devenu peu à peu un musée de renommée internationale, un lieu où la conservation et le partage sont des mots d’ordre essentiels.

Et c’est bien de partage qu’on peut parler avec l’exposition qui, jusqu’en mars prochain, fait entrer les visiteurs dans l’univers d’un des plus grands auteurs actuels ! Auteur de reportages-bd comme « Un Printemps à Tchernobyl », de séries passionnantes comme « Névé », de livres extrêmement littéraires comme « Les voyages de … », d’albums empreints e silence et de beauté comme Ar-Men, Emmanuel Lepage est fier, sans doute, de voir son univers prendre vie à Bruxelles… Bruxelles, qui ne peut, elle, qu’être fière de sa présence aux cimaises du CBBD !

Parce que cet auteur, tout simplement, appartient déjà à la grande histoire de la BD. Et dans cette exposition, qui suit son évolution sans s’occuper, visuellement d’une linéarité chronologique tout compte fait inutile, il y a un réel plaisir de voir les hommages qu’Emmanuel Lepage rend à quelques « anciens », Follet, Joubert, entre autres, qui, certes, l’ont influencé, mais qui, probablement, ont vu tout de suite en lui un talent extrêmement personnel !

Emmanuel Lepage © Centre Belge de la Bande Dessinée
Emmanuel Lepage : la fierté d’exposer au CBBD
Emmanuel Lepage : les influences

L’intitulé de cette exposition correspond bien à ce qu’est l’œuvre d’Emmanuel Lepage. Il est un explorateur, c’est une évidence… Il a initialisé, en quelque sorte, le mariage entre le reportage humain et la bande dessinée, il a fait de ses voyages des horizons sans cesse nouveaux, sans cesse changeants, et toujours humanistes, à partager avec ses lecteurs. A ce titre, plus qu’un explorateur, je dirais qu’Emmanuel Lepage est un des grands aventuriers de la bande dessinée, du neuvième art !

Emmanuel Lepage © Jacques Schraûwen
Emmanuel Lepage : un aventurier de la bande dessinée

Un livre, quel qu’il soit, peut prendre des formes, dans sa construction comme dans sa finalité. Force est de reconnaître, cependant, que bon nombre des livres qui paraissent choisissent la voie du monologue, la voir de l’imagination pure, la voie de la seule fiction. Et reconnaissons que cette manière d’envisager l’écriture, ou le dessin, ou la bande dessinée, crée souvent des livres extrêmement intéressants, passionnants, importants. Parce que, tout simplement, les auteurs, alors, parviennent à intégrer à leurs récits un peu d’eux-mêmes au travers de ce sans quoi la réussite ne peut exister : l’émotion !

Emmanuel Lepage, lui, a choisi la voie du dialogue. Chacun de ses ivres, quel qu’en soit le sujet, semble se nourrir de l’envie qu’i a à parler avec ceux qui le lisent, à les écouter, aussi. Et c’est par là, par ce partage, par ce sentiment qui se révèle devenir une sorte d’amitié impalpable, c’est par cette grâce-là aussi qu’Emmanuel Lepage est un des auteurs les plus importants de la bd réaliste d’aujourd’hui !

Emmanuel Lepage © Jacques Schraûwen
Emmanuel Lepage : le lecteur, toujours essentiel

Les expositions qui ont lieu au Musée de la bande dessinée, au Centre Belge de la Bande dessinée, ne manquent jamais d’intérêt. Que ce soit dans la petite salle ou à la place de choix où le monde d’Emmanuel Lepage se dévoile aujourd’hui, elles permettent, depuis trente ans, de dresser un panorama très large de ce qu’est la bande dessinée, de ce qu’elle fut, de ce qu’elle devient.

Et, avec l’exposition consacrée aujourd’hui à Emmanuel Lepage, le CBBD permet de découvrir, de tout près, l’évolution de cet artiste hors du commun. Et il est passionnant, par exemple, de voir comment la couleur s’est imposée, au fil des ans, à ce dessinateur amoureux de la lumière !

Emmanuel Lepage © Jacques Schraûwen
Emmanuel Lepage : la couleur

Le Centre Belge de la Bande Dessinée est un musée vivant. Tout comme la bande dessinée est un art populaire vivant. Et c’est aussi la force de ce CBBD d’avoir su, au fil des ans, ne jamais dépendre des modes, toujours éphémères, mais d’avoir, simplement, avec simplicité oui, exploré tous les méandres de la création graphique lorsqu’elle se fait aussi écriture !

Jacques Schraûwen

  • Le musée de la bande dessinée a trente ans.
  • Exposition : Emmanuel Lepage – L’explorateur (jusqu’au 8 mars 2020)
  • 20, rue des Sables – 1000 Bruxelles
Jacques Schraûwen © Jean-Jacques Procureur

https://www.cbbd.be/fr/accueil

Loustal : un nouvel album et une exposition à Bruxelles

Loustal : un nouvel album et une exposition à Bruxelles

Jacques de Loustal est un auteur éclectique, certes, puisqu’il est autant, voire plus, illustrateur qu’auteur de bd, auteur de carnets de voyages comme de photos ou de livres pour jeune public… Et c’est une double actualité qui est la sienne aujourd’hui !

Loustal © Loustal

Bijou (dessin : Loustal, texte : Fred Bernard – éditeur : Casterman – 69 pages – parution : juillet 2019)

Deux dessins par page, qui accompagnent et complètent deux petites textes de Fed Bernard : une osmose entre deux auteurs pour nous raconter l’histoire d’un diamant qui se mêle à l’Histoire du vingtième siècle.

Nous ne sommes donc pas dans l’univers pur de la bande dessinée, ou alors dans un retour aux prémices de ce qu’elle fut au temps, par exemple, des images d’Epinal. Pas de « bulles », mais un récit dans lequel le dessin n’est pas la simple continuité du texte, dans lequel le texte n’est pas le simple support du dessin ! La narration en ressort grandie, et d’une belle efficacité !

Bijou © Casterman

Même si le dessin de Loustal appartient à ce qu’on peut appeler la « Ligne Claire », par la netteté des contours, par la mise en couleur faite de manière simple et homogène, il s’en différencie cependant par toute l’attention que Loustal porte à la fois aux expressions des visages et à l’importance des décors. Des décors qui, ici, dans ce livre, occupent une place prépondérante, puisque ce sont eux, d’une certaine manière, qui font évoluer l’histoire qui nous est racontée.

Un diamant est découvert par un ami de Jack London, à l’aube du vingtième siècle. Et cet objet de luxe va passer de main en main, de mort en mort, jusqu’à l’annonce du décès d’Alain Bashung, l’auteur de la chanson « Bijou »

Le thème de ce récit n’est pas neuf, c’est vrai. Mais sa construction, ici, en fait une fable lumineuse, merveilleusement colorée, une fable qui nous parle de la mort, de l’ambition, de la coïncidence… Une fable qui nous dit que la grande Histoire n’est peut-être qu’une succession de hasards et de jeux culturels emmêlés. Une fable dans laquelle l’idée prime sans cesse sur le réalisme, créant ainsi, dans un tissu narratif très littéraire, une histoire de néant peuplé d’un expressionnisme puissant.

Bijou © Casterman

Loustal illustre Simenon : une exposition jusqu’au 19 octobre 2019 à « HUBERTY & BREYNE GALLERY » 33, Place du Châtelain – 1050 BRUXELLES

Dans ce lieu spacieux, lumineux, je vous invite à aller voir de tout près le travail d’illustrateur de Loustal. Un illustrateur amoureux, depuis des années déjà, de l’œuvre du Belge Simenon. Et sur les murs de la galerie Huberty & Breyne, vous verrez ainsi que Loustal, maître d’une couleur parfois très « flash », peut également prendre un vrai plaisir au noir et blanc, au crayon, s’éloignant ainsi très fort de cette fameuse Ligne Claire à laquelle on le rattache le plus souvent.

Loustal © Loustal

Le style de Loustal, je le disais, est reconnaissable au premier coup d’œil. Souvent imité, cet auteur inclassable aime la vie, l’Histoire, l’être humain, dans tout ce qu’il peut posséder de contradictions, de terreurs, de routines, d’horreurs. L’univers qui est le sien, un univers de disproportions évidentes, et celui de Simenon, un univers de faux-semblants, ne pouvaient que se rencontrer, et se mêler. Ce sont ces deux univers-là que vous pouvez découvrir aux cimaises de cette galerie bruxelloise.

Loustal © Loustal

Loustal fait partie de ces auteurs qu’on peut aimer au premier regard, ou dans l’univers desquels, tout au contraire, on ne réussit pas à pénétrer.

Mais il fait partie intégrante de l’Art, au sens le plus large du terme, et sa double actualité devrait vous pousser, si ce n’est pas encore le cas, à le découvrir, à trouver chez lui des miroirs parfois déformants de nos mille réalités…

Jacques Schraûwen

Le Château De Malbrouck

Le Château De Malbrouck

600 ans d’Histoire et une exposition « Hergé »

Une activité de vacances intelligente, et un livre qui la prépare avec clarté !…

Le Château de Malbrouck © Casterman

Et si vous profitiez de vos vacances pour découvrir un livre qui nous parle d’un château au nom mythique et musical : Malbrouck ! A la triple frontière France/Luxembourg/Allemagne, ce château dresse fièrement ses 600 ans de pierre et d’Histoire. Et il s’offre ici à votre curiosité, déjà, tout au long d‘un livre qui mêle  la grande Histoire et la ligne claire…

Ce château est un endroit, en effet, qui a vu se multiplier bien des confits, bien des guerres, mais qui a vu aussi, de siècle en siècle, finir le Moyen-Âge et naître la Renaissance, un endroit qui, de ruines en reconstructions, participe pleinement à la grande aventure d’un département français passionnant, la Moselle.

Le Château de Malbrouck © Casterman
Jean-François Patricola: le texte

Je parlais de ligne claire…

La ligne claire, c’est cette façon que des dessinateurs de BD ont eue (et ont encore…) de dessiner, de faire de la Bande dessinée, en pratiquant la clarté par le dessin comme par le texte. Des contours clairs, des couleurs sans fioritures, un rythme soutenu tant au niveau du graphisme que de la narration écrite. Il y a eu Hergé, bien évidemment, mais aussi Jacques Martin, l’auteur de séries aussi variées qu’Alix, Lefranc ou encore Jhen. Jhen qui, à l’instar de la plupart des héros de Martin, continue à vivre. En bd, et en voyages… Jhen, héros du quinzième siècle, est devenu en effet un peu un guide historique et touristique, dans le sens noble du terme, avec une collection chez Casterman qui s’intitule « les voyages de Jhen ». Chaque livre, avec une base historique sérieuse et fouillée, nous fait découvrir un lieu, une région, au fil des siècles. Il y a eu des albums consacrés à Stavelot, à Bruxelles, à Carcassonne, et, aujourd’hui, au château de Malbrouck, situé à la frontière entre la France, le Luxembourg et l’Allemagne. Et la caractéristique première de tous les albums de cette collection, c’est la vérité historique, grâce, entre autres, à une documentation essentielle.

Le Château de Malbrouck © Casterman
Pierre Legein: la documentation

Aux commandes du texte, il y a Jean-François Patricola, un historien qui réussit à la fois à nous conter 600 ans d’histoire souvent très mouvementée, et à le faire de manière claire, accessible, didactique même, et jamais pédante ! Du côté du dessin, il y a trois auteurs, qui collaborent avec efficacité et talent, et toujours dans la filiation directe de l’œuvre de Jacques Martin. Pierre Legein et Yves Plateau sont les maîtres du crayonnage, entre autres, et Olivier Weinberg, finalise des illustrations qui, au-delà de la précision historique des lieux et des costumes, laisse une place prépondérante, toujours, à l’être humain. Un dessinateur qui n’oublie jamais de mettre en avant des détails qui dont d’une illustration un récit complet.

Le Château de Malbrouck © Casterman
Olivier Weinberg

Le nombre d’auteurs aurait pu faire de ce livre quelque chose d’indigeste, un ouvrage dans lequel chacun aurait cherché à tirer la couverture à soi. Et il n’en est rien, loin s’en faut, nous nous trouvons même en présence d’un album qui réussit à être passionnant et intéressant, narratif et pédagogique, grâce à ce qui fut, on le devine, on le sent, une collaboration tout en respect, grâce aussi à ce sens de la tradition de la bd belge, un sens porté par les dessinateurs comme par l’excellent coloriste, Emmanuel Bonnet. Plus que de la collaboration, on peut parler d’osmose entre tous les participants à cet ouvrage collectif.

Le Château de Malbrouck © Casterman
Olivier Weinberg, Pierre Legein

Texte, dessin et iconographie importante, tant au niveau des photos et des tableaux, voilà tout ce qui construit de livre. Et ce qui en fait un bel « objet culturel », également, c’est le plaisir pris à le feuilleter, certes, mais à le lire, aussi, surtout même. Je suis de ceux qui pensent que la culture, la vraie, naît souvent de la lecture, et qu’une lecture ne peut avoir d’intérêt que par le plaisir qu’elle peut faire ressentir au lecteur. Et c’est bien le cas, ici, avec comme responsable éclairé, entre autres, Jean-François Patricola, maître d’œuvre d’un texte sans ennui !

Jean-François Patricola: la didactique

Et le château de Malbrouck, après 600 ans d’Histoire, de guerres, de rêves, et même de musique populaire, est en train de devenir un vrai lieu d’accueil pour les amoureux de l’art et, singulièrement, du neuvième. Et c’est ainsi que ce château superbe ouvre ses salles, aujourd’hui, et pour plusieurs mois, à une exposition consacrée à Hergé.

Hergé et les vieilles pierres, et l’Histoire de la Moselle, à presque deux pas de la Belgique, un bien beau programme, croyez-moi !… A entamer, donc, avec ce livre, paru chez Casterman, « Le château de Malbrouck ».

Jacques Schraûwen

Les Voyages de Jhen : Le Château De Malbrouck (auteurs : Jean-François Patricola, Olivier Weinberg, Pierre Legein, Yves Plateau, Emmanuel Bonnet – éditeur : Casterman)