Ben/Boucq : Regards Croisés – une exposition à Bruxelles jusqu’au 27 avril 2019

Ben/Boucq : Regards Croisés – une exposition à Bruxelles jusqu’au 27 avril 2019


Ben/Boucq regards croisés © Huberty Breyne

Ben est un  » artiste  » qui se montre (et se vend) partout dans le monde. Conceptuel et graphiste de l’aphorisme, le voici face à face avec un immense dessinateur de bande dessinée, Boucq, un dessinateur dont le graphisme, mêlé aux mots, est totalement narratif…

Ben
Ben © Ben

Je me dois, d’emblée, de vous avouer que l’art conceptuel ne fait pas partie de mes attirances naturelles. Je me dois de vous avouer aussi que les aphorismes de Ben me semblent manquer souvent de cette poésie réelle qui était celle de Scutenaire, par exemple, ou de Jules Renard.

Ben © Ben

Cela dit, quelques-unes des phrases exposées à Bruxelles ne manquent pas d’intérêt. Mais ce sont des phrases, faciles d’accès, frontales, dans lesquelles l’art pictural, au sens le plus large du terme, n’a vraiment pas beaucoup de place…

Cela dit, il ne s’agit là que d’un avis personnel, et à une époque où le talent se définit en chiffre de vente, il ne fait aucun doute que Ben est un artiste contemporain à part entière !

Un artiste reconnu qui, dans la galerie Huberty Breyne, a accepté de se retrouver en face d’un dessinateur de bande dessinée… Et il y a dans cette confrontation entre deux univers totalement différents, voire même opposés, quelque chose d’éminemment intéressant.


Boucq © Boucq

Pourquoi ?…. Parce que, d’un côté, les mots occupent tout l’espace et naissent, mais avec quelques délires, du seul quotidien. Et parce que, de l’autre côté de ces regards croisés, les mots accompagnent, presque comme un décor, un univers dessiné tout aussi délirant. Plus délirant, même ! Pour Ben, les références avec le mouvement Dada, avec Cavan ou Duchamp, ces liens sont souvent évidents. Par contre, chez Boucq et son personnage  » Jérôme Moucherot « , le dadaïsme a laissé la place au surréalisme, et c’est bien de sur-réalité qu’il s’agit dans les planches originales qui sont exposées et qui sont celles de son dernier album, paru au Lombard, un album au titre pratiquement philosophique, voire freudien :  » Une quête intérieure tout en extérieur, histoire de ne pas salir chez soi « .

Boucq
Boucq © Le Lombard/Boucq

Je me suis baladé dans cette exposition, mes regards se sont posés, presque distraitement, mais, ma foi, avec intérêt, sur les œuvres de Ben. Par contre, ils se sont écarquillés devant les originaux de Boucq, face la démesure de son travail, à la méticulosité de sa façon de transformer en dessins la culturelle folie de son scénario.

Et c’est bien de regards croisés qu’il s’agit… De façon, simplement, à ce que chacun, chaque visiteur puisse faire ses choix… Puisse, tout simplement, laisser à ses regards la force du plaisir de la découverte…

Jacques Schraûwen

Ben/Boucq : Regards Croisés (exposition à la Galerie Huberty Breyne jusqu’au 27 avril 2019, 33 place du Châtelain à 1050 Bruxelles)

Tout Est Vanité : Manara et les Borgia s’exposent à Bruxelles…

Tout Est Vanité : Manara et les Borgia s’exposent à Bruxelles…

Ce sont des planches originales, adultes et superbes, aux couleurs directes lumineuses, qui s’exposent aux cimaises de la galerie Champaka… De quoi redécouvrir une bd sombre et puissante, et le travail d’un artiste incontestable du neuvième art !

Milo Manara © Manara

« Tout est vanité »… Ce titre, emprunté à une maxime à la connotation religieuse incontestable, est celui du dernier volume de la série des « Borgia », scénarisée par Alejandro Jodorowsky et dessinée par Milo Manara…

Dans cette série de quatre albums, ce sont les bas-fonds de l’histoire de l’Europe et de la chrétienté qu’ont explorés les deux auteurs. Le scénario a pris plaisir à s’attarder sur l’horreur inspirée par une foi aux aveugles certitudes, sur l’horreur inspirée par la seule nécessité d’un pouvoir, sur l’horreur née de l’art se soumettant aux méandres des désirs les plus pervers.

Le dessin de Milo Manara, lui, est d’une sensualité extrême, voire étonnante, jusque dans la représentation graphique de la mort et de ses inacceptables délires.


Milo Manara © Manara

Et donc, cette exposition est totalement consacrée aux originaux de cet album sanglant, tumultueux, rendant hommage, à sa manière, aux grands peintres, tels Le Caravage, auquel d’ailleurs Manara, plus tard, a également consacré deux albums…

C’est que Manara, sans aucun doute possible, possède une fameuse formation classique… Picturale, certes, mais culturelle, surtout. Et pouvoir admirer de tout près son travail à la fois de dessinateur et de coloriste, de peintre plutôt, c’est un plaisir à ne pas se refuser, croyez-moi !


Milo Manara © Manara

De Milo Manara, on connaît, bien entendu, toute la puissance érotique, tout le bonheur qu’il a, depuis des années, à s’aventurer, et à nous aventurer à sa suite, dans les méandres presque révolutionnaires de l’érotisme. Ce qu’il aime, dans ses albums, c’est la transgression… Celle des codes de la bande dessinée, oui, mais aussi celle de la morale bien-pensante et du politiquement correct. Comme le disait Ferré, à peu de choses près, «l’emmerdant dans la morale, c’est que c’est toujours la morale des autres»! Et chez Manara, la morale n’est utile que pour être sans cesse battue en brèche ! C’est dire tout la plaisir qui fut le sien à dessiner le scénario de Jodorowsky !


Milo Manara © Manara

Quand on parle de Milo Manara, c’est évidemment à son œuvre graphiquement érotique, voire même plus, que l’on pense, à tous ses albums destinés, de manière évidente, à un public adulte.

Mais l’érotisme, voire la pornographie, ne sont jamais totalement gratuits chez lui. Ces réalités profondément ancrées à l’âme humaine s’acceptant charnelle, il en fait des axes narratifs essentiels, des perspectives qui dépassent toujours le premier regard.

Le regard…

C’est là une des constantes de son œuvre, s’approcher du plus près des regards de ses personnages, et réussir à y inscrire, par la couleur et par le trait, des émotions frémissantes…


Milo Manara © Manara

Mais il n’y a pas, chez Milo Manara, que cette façon qu’il a de magnifier la beauté, jusque dans la fange, en nous montrant des personnages, anti-héros d’abord et avant tout, aux traits purs, même dans l’horreur ou dans la jouissance…

Il y a aussi chez lui un vrai souci du décor… C’est vrai qu’il y a quelques années, il avait réduit ces décors à de simples jeux pratiquement photographiques, sans grand intérêt, il faut bien l’avouer ! Mais cette parenthèse dans son œuvre est oubliée, fort heureusement, et il a trouvé, avec les Borgia, avec Le Caravage ensuite, un bonheur total à dessiner les environnements de ses personnages. Et dans cette exposition, on ne peut qu’être admiratifs, justement, devant son approche à la fois de la nature et de l’architecture urbaine, à la fois des grands espaces et des intérieurs intimes propres à toutes les turpitudes…


Milo Manara © Manara
Milo Manara: Les décors

Après sa rétrospective à Angoulème, Milo Manara accroche quelques-unes de ses planches originales dans une galerie bruxelloise.

Des œuvres graphiques qui vous envoûteront… Des œuvres torrides, des œuvres dans lesquelles la beauté, l’érotisme, l’inacceptable et l’Histoire se mêlent intimement.

Une exposition à voir, à savourer…

Jacques Schraûwen

Tout Est Vanité – une exposition consacrée à Milo Manara, à la Galerie Champaka, rue Ernest Allard à 1000Bruxelles. Jusqu’au 20 avril 2019!


Milo Manara © Manara

http://www.galeriechampaka.com/

Foire Du Livre de Bruxelles

Foire Du Livre de Bruxelles

Si on s’en réfère à son étymologie et ses origines latines, le mot « foire » parlerait de jours de repos et de fête… Et c’est bien le cas, depuis des années, à Bruxelles, pour cette grande rencontre de tous les amoureux de l’intelligence écrite… J’y ai rencontré une quinzaine d’auteurs à aimer ! Autant de chroniques à bientôt découvrir ici !…

Ecrite et dessinée, bien sûr puisque, dès sa création (il y a cinquante ans !!!), la Foire de Bruxelles ouvrait ses étalages et ses stands au monde de la bande dessinée.

Elle se déroulait alors au « Martini Center », du côté de la place Rogier, et, à l‘époque, on avait le temps de parler avec les auteurs qu’on aimait, qu’on découvrait en face à face. J’ai des souvenirs de Claude Seignolle, par exemple, ou de Franquin, ou encore d’Eddy Paape…

Martin Milan © Le Lombard

Aujourd’hui, les choses ont bien changé. Le monde de l’édition a bien changé, aussi ! Et la bande dessinée est devenu un neuvième art à part entière. Un Art qui attire les foules, qui en fait de longues files en attente d’une dédicace. Mais la Foire du Livre, énorme librairie ouverte à toutes les réalités de l’écriture, permet aussi, et c’est sa force et son intelligence, de découvrir, tout simplement…

Les Enfants de la Résistance © Le Lombard

… découvrir des livres, albums, romans, qu’on ne connaissait pas, qu’on n’imaginait même pas ! Découvrir aussi des êtres humains pétris bien plus de passion que d’ambition : les auteurs, les vrais, ceux qui ne sacrifient pas aux modes toujours éphémères. Ceux qui ne se contentent pas de caresser l’imaginaire de leurs lecteurs dans le sens du poil de l’habitude…

Alix © Casterman

Et je me suis baladé, donc, dans les travées de cet événement culturel essentiel. Je me suis promené, découvrant, dans le stand du « Grand Est », ces livres extraordinaires sur Juillard, sur Laloux… Sur Bernard Dimey, aussi… J’ai trouvé, dans le stand de « Buchet Chastel » des « cahiers dessinés qui méritent le détour… Et deux ou trois livres consacrés à l’immense Topor, que tout amateur d’art se doit de posséder !

Nestor Burma © Casterman

Mais j’y ai aussi été, dans cette foire, bien évidemment, pour rencontrer quelques auteurs de BD… Des dessinateurs et des scénaristes dont les livres, lorsque je les ai lus, m’ont plu, pour des raisons très diverses, d’ailleurs… Et j’ai ainsi rencontré les auteurs d’un nouvel Alix surprenant mais parfaitement abouti… Les auteurs des « enfants de la résistance », aussi, de « Nestor Burma », du livre d’humour absolument détonnant « un peu de tarte aux épinards », de « Trap » déjanté et envoûtant.


Un peu de Tarte aux Épinards © Casterman

Et puis, j’ai eu le bonheur de pouvoir m’entretenir avec un dessinateur qui appartient totalement à la grande Histoire de la bande dessinée, lui qui, dans les années 60, a créé pour les « jeunes » un série qui avait son franc parler, et qui, surtout, n’hésitait pas à aborder des vraies interrogations adultes sur un monde qui était en totale mutation… Oui, j’aurai la joie de consacrer très bientôt une chronique à l’exceptionnel Christian Godard, auteur d’un des héros de bd les plus attachants, Martin Milan !

N’hésitez pas à vous abonner à ce site, donc, pour être tenus au courant de chaque chronique lorsqu’elle sera mise en ligne !

http://bd-chroniques.be/

Jacques Schraûwen

La Minute Belge © Dupuis