René Follet

René Follet

La disparition d’un dessinateur exemplaire et exceptionnel !

René Follet avait 88 ans. Et de tous les auteurs que j’ai rencontrés, il est celui qui m’a laissé une des plus belles impressions : celle ‘un talent pur, celle d’une humilité sans pareille, celle d’un homme se voulant artisan, et, ce faisant, se révélant comme un des artistes les plus importants du neuvième art.

© Follet

Je parlais d’humilité, et je n’oublierai jamais notre rencontre à l’occasion d’une exposition qui lui était consacrée à Bruxelles. Je lui demandais si cela ne l’attristait pas, de n’être pas « reconnu ». Il m’avait répondu, le sourire tranquille, qu’il avait eu les reconnaissances qu’il méritait, et que c’était très bien comme cela.

Pourtant, malgré le peu de « récompenses » qui lui furent données, René Follet est un des dessinateurs les plus admirés dans le monde de la bande dessinée. Illustrateur hors pair, du scoutisme, sous le pseudonyme de Ref, de Bob Morane aussi, auteur de différentes couvertures pour plusieurs de ses confrères, il a à son actif quelques séries d’aventures souvent passionnantes : les aventures de Steve Severin, Ivan Zourine, Edmund Bell, les Zingari, entre autres.

Et, plus récemment, comment ne pas rappeler son époustouflant « Stevenson », et l’excellent mais bien trop peu connu « Plus fort que la haine ». Deux livres que j’ai eu le plaisir de chroniquer…

https://www.rtbf.be/culture/article/detail_rene-follet-deux-albums-et-une-exposition-a-bruxelles-jacques-schrauwen?id=9212340

Il a été aussi l’ami d’un des plus grands dessinateurs actuels, Emmanuel Lepage, qui l’a accueilli dans « Les Voyages d’Ulysse » et « Les Voyages de Jules ». Il y eut là, sans aucun doute possible, une des plus belles collaborations graphiques que l’histoire du neuvième art a connues. Et je n’oublierai pas le plaisir qu’eut Emmanuel Lepage à me parler de son ami.

© Follet
Emmanuel Lepage: René Follet
Emmanuel Lepage: René Follet et le dessin

Avec la disparition de René Follet, c’est tout un pan de l’âge d’or de la bande dessinée qui s’enfouit dans des ailleurs qu’on ne connaît pas… Et l’occasion est bonne d’enfin (re)découvrir tous les talents qui étaient siens, des talents toujours empreints d’un véritable humanisme !

Jacques Schraûwen

René Follet © J.J. Procureur


Hubert : le décès d’un magicien de la bande dessinée…

Hubert : le décès d’un magicien de la bande dessinée…

Il avait 49 ans…

Coloriste, d’abord, scénariste ensuite, c’est avec toute la puissance et toute la poésie de ses mots qu’il a créé une série exceptionnelle : « Les Ogres-Dieux ».

Lorsque le premier de cette série de trois albums est paru, j’ai tout de suite été ébloui par le dessin de Bertrand Gatignol. Par cette évidence de noir et de blanc tout au long d’une saga créant un univers inspiré plus par Rabelais que par l’héroic fantasy.

Les Ogres-Dieux 1 © Soleil

Et puis, en me plongeant dans ce premier livre, et dans les deux autres, ensuite, c’est l’écriture qui m’a envoûté. Parce qu’Hubert était un véritable écrivain, un de ces êtres rares capables d’inventer des univers totalement plausibles et pourtant démesurément originaux. Des univers, surtout, qui ne devaient pas tout à la seule imagination, aussi fertile soit-elle.

Nous parlant de pouvoir, de destin, de résistance, « Les ogres-dieux » se construisent à la fois comme une bd, comme un recueil de nouvelles, comme un manuel d’Histoire improbable.

Avec les Ogres-dieux, extraordinaire récit dont les thèmes centraux (pouvoir, ambition, injustice, résistance…) étaient et restent terriblement d’actualité, il était sans aucun doute parvenu à innover dans un domaine où, pourtant, les scénarios se révèlent bien trop redondants !

Mais il ne faut pas oublier non plus qu’il a à son actif quelques séries chez Glénat (avec le scénario à la Oscar Wilde du très bon « Monsieur Désire »), chez Dargaud, chez Dupuis.

Le neuvième art perd avec lui un scénariste qui a osé dépasser les frontières de la tradition comme de la modernité, grâce, tout simplement, à un talent mêlant la vision aux mots, la description de lieux et de sentiments à la littérature !

Un scénariste que j’ai eu le plaisir et la chance de pouvoir interviewer…

Jacques Schraûwen

Claire Bretécher : un regard lucide sur notre société

Claire Bretécher : un regard lucide sur notre société

Florence Cestac, Annie Goetzinger, Chantal Montellier… et Claire Bretécher : des « autrices » qui se sont affirmées femmes dans un monde d’hommes, des femmes qui furent des pionnières de la bande dessinée moderne !

Petits Travers © Dargaud

Claire Bretécher avait 79 ans, et son décès est celui d’un des auteurs essentiels de l’Histoire de la bande dessinée. Une autrice…

C’est dans les années 60 qu’elle a osé, le mot n’est pas trop fort, se lancer dans le monde des « petits mickeys », un monde qui, lentement, commençait à vouloir sortir des chemins battus, à s’éloigner des habitudes et leurs morales.

Elle a ainsi collaboré, avec plus ou moins d’originalité, aux magazines qui occupaient alors le terrain de la bd pour jeune public : Tintin, Record, Spirou. Spirou, dans les pages duquel elle donnera vie aux Gnan-Gnan, aux Naufragés, entre autres, avec des scénaristes comme Cauvin ou Yvan Delporte.

Et puis, ce fut Cellulite, dans Pilote. Une héroïne tout ce qu’il y a de plus quotidien, une femme loin des canons habituels de la féminité. Un personnage de papier qui, enfin, révélait le talent tout à fait particulier de Claire Bretécher. L’art et la manière de souligner, avec humour, tendresse et cynisme, les petits travers de la vie au jour le jour…

Petits Travers © Dargaud

Avec l’Echo des Savanes, ensuite, ce fut la création des « Frustrés », image peu épique d’une société à la recherche d’un sens, d’une valorisation. La société des années 70, cette société dans laquelle l’amertume d’une révolution ratée le disputait à une arrivée en force d’un monde aux seules valeurs financières, donc déshumanisantes.

Petits Travers © Dargaud

Il serait fastidieux de citer toutes les séries, tous les albums de Claire Bretécher. Mais il faut quand même se souvenir de sa participation à l’extraordinaire « Trombone Illustré », en compagnie de Franquin…

Ce qui n’est pas fastidieux, par contre, c’est de souligner qu’elle fut toujours revendicatrice d’une place essentielle à accorder aux femmes dans tout acte créatif, donc dans e neuvième art également. Et, pour ce faire, Claire Bretécher s’est faite plus sociologue que combattante, imposant son style et son humour dans un monde qui avait de la peine à arrêter d’être « macho ».

Il y a deux ans, elle nous offrait un livre d’humour grinçant, « Petits Travers », dans lequel elle parle de conflit de générations, de look, de maternité, de vieillesse. De la vie, tout simplement, des femmes d’aujourd’hui, dont chaque âge, finalement, est une aventure…

Claire Bretécher © France24

Claire Bretécher, c’est de la bande dessinée, c’est du dessin simple, un peu comme du Sempé simplifié… Ce sont des gags aussi, comme dans ces « Petits travers », des histoires humaines résumées en un seul dessin.

Claire Bretécher, c’était et c’est toujours un miroir aux reflets éblouissants de qui nous sommes, de ce que nous vivons, de ce dont nous rêvons…

Jacques Schraûwen

Petits Travers (autrice : Claire Bretécher – éditeur : Dargaud – 112 pages – date de sortie : septembre 2018)