Atom Agency: Les Bijoux De La Bégum

Atom Agency: Les Bijoux De La Bégum

Du polar à l’ancienne, proche d’Audiard et de Janson. Un album plein de surprises ! Yann en toute grande forme!

Atom Agency © Dupuis

La bande dessinée, évidemment, c’est du dessin. Et celui de Schwartz s’inscrit résolument dans une lignée « classique »… il est, sans aucun doute, le fils spirituel de gens comme Chaland, Jijé, Tillieux même. Et son style colle parfaitement à l’histoire que lui raconte (et nous raconte) le scénariste Yann.

Parce que la bande dessinée, tout aussi évidemment, c’est du texte, un scénario, un récit qui se doit d’accrocher le lecteur et ne plus le lâcher jusqu’au bout de sa lecture.

Dans ce premier volume d’une nouvelle série, le contrat est plus que rempli! Nous sommes en France, en 1949. La guerre, celle de 40, mon colon, est encore dans toutes les mémoires. Dans celles, entre autres, des Arméniens qui se firent résistants et qui, aujourd’hui, sont policiers.

Le fils de l’un d’eux, Atom Vercorian, choisit une autre voie, une voie parallèle, et se veut détective privé.

Aidé d’une accorte jeune femme et d’un colosse bien utile, il enquête sur un vol de bijoux. Un vol, d’ailleurs, qui prend sa source dans la réalité, puisque la Bégum, l’épouse de l’Aga Khan, a vraiment subi, à cette époque, un hold-up extrêmement bien orchestré.

Voilà le canevas créé par le raconteur d’histoires qu’est Yann. Une histoire tout en nostalgie, qui nous enfouit dans des décors qui n’existent plus, avec des personnages qui n’existent plus non plus, et qui, même truands, avaient un certain sens de l’honneur. Un honneur né de la guerre et ses soubresauts pour bien des Arméniens, des deux côtés de la barrière de la loi !

Il y a de la nostalgie, certes… Mais raconter le passé, finalement, n’est-ce pas aussi nous révéler le présent ?…


Atom Agency © Dupuis
Yann: raconter des histoires
Yann: Passé et présent

Cela dit, ne nous trompons pas, nous sommes ici dans du délassement, dans de la  » variété « , dans le sens noble du terme !

Dans de l’humour, aussi, surtout même !

Les références au cinéma sont omniprésentes. Il y a de l’Audiard, sans doute, mais surtout du Janson, cet auteur qui réussissait à ce que les mots qu’il mettait dans la bouche des personnages leur appartenaient vraiment.

Il y a du Pierre Dac, aussi, dans la construction « en cascade » des dialogues, des jeux de mot, voire même de quelque calembours bien cachés.

On se trouve baignés dans une ambiance anti-féministe, une  » ambiance  » d’hommes, de vrais, de durs, de  » tatoués  » !… Des mâles qui appelaient les femmes de quelques petits noms peu charmants, de cruches, de garces… C’était la fin des années 40 dans toute sa splendeur, avec, malgré tout, quelques femmes qui commençaient à occuper le terrain !

Le talent de Yann, c’est de réussir à faire de cette ambiance la toile de fond d’un véritable livre d’aventure, avec des codes précis qu’il s’amuse, comme à son habitude, à détourner. Une enquête presque à la  » Agatha Christie « , l’une ou l’autre  » vamp « , des méchants plus vrais que nature, des personnages typés, tant au niveau des dialogues que du graphisme: il y a tout cela dans ce livre, pour que le sourire soit sans cesse présent !

Un sourire qui va jusque dans les détails, inattendus, surprenants… Des détails que je vous laisse découvrir… Comme le dessinateur a dû le faire lui-même, d’ailleurs!…


Atom Agency © Dupuis
Yann: construction du scénario
Yann: stimuler le dessinateur

Le rendu des détails, justement, c’est une des caractéristiques du dessin de Schwartz. Il faut s’attarder sur ses cases, croyez-moi, il faut prendre le temps de les regarder, de près, dans tous les coins, pour se rendre compte du plaisir qu’il a eu à suivre les indications de son scénariste, bien entendu, mais à le faire à sa manière, en imprimant sa marque de bout en bout de cet album plein de mouvement, plein de couleurs impeccablement réussies également, et dues au talent de Hubert.

Bien sûr, comme je le disais, il y a des influences… Mais ce sont plutôt des  » présences « … Des hommages… Chaland, oui, Dubout aussi, de ci de là… Et du côté du scénario, on sent que Yann a adoré les récits de Tillieux comme ceux de Delporte !


Atom Agency © Dupuis
Yann: influences

Il y a des livres qu’on lit plus ou moins distraitement, qu’on apprécie, qu’on referme, et qu’on oublie. Ils sont nombreux et je dirais même que, à l’instar du cinéma d’aujourd’hui qui cherche à imiter la télé et ses tristounettes réalités, cette proportion d’œuvres vite reléguées aux oubliettes de la mémoire tend à augmenter.

Ce n’est pas du tout le cas avec ce livre-ci… Il est comme les bons Franquin : le relire permet, à chaque nouveau regard, de découvrir des éléments qu’on n’avait pas vus, de découvrir des liens cachés entre différentes scènes, entre différentes séquences.


Atom Agency © Dupuis
Yann: lire et relire

Après des années de disette, osons le dire, avec des étalages de librairies spécialisées qui se couvraient ce livres se ressemblant tous, des  » héroic-fantasy « , et puis, après, des  » romans graphiques  » vite réalisés, tout aussi vite oubliés, le temps est venu, semble-t-il, d’un nouvel âge d’or du neuvième art. Nous vivons une époque où la liberté de ton et de parole reprend peu à peu le pas sur la mode et ses imbéciles routines.

Humoristiques ou sérieux, les albums de qualité se multiplient, et l’éclectisme de cette production ne peut qu’engendrer un éclectisme tolérant auprès des lecteurs, espérons-le !

Atom Agency s’inscrit dans cette lignée… Livre de délassement, il est construit avec une superbe précision, tant au niveau du scénario que du dessin, et, soulignons-le encore une fois, au niveau de la couleur, due à Hubert, qui agit ici plus en créateur qu’en simple coloriste…


Atom Agency © Dupuis
Yann: liberté, âge d’or

Jacques Schraûwen
Atom Agency: Les Bijoux De La Bégum (dessin : Olivier Schwartz – scénario : Yann – couleurs : Hubert – éditeur : Dupuis)

Lou: 8. En Route Vers De Nouvelles Aventures

Lou: 8. En Route Vers De Nouvelles Aventures

Créé en 2004, le personnage de Lou en arrive aujourd’hui à sa huitième « aventure », pour une fin de « cycle » qui annonce une prochaine « saison » s’éloignant de l’adolescence. Cette série à succès, qui a rencontré un large public jeune, ne manque vraiment pas d’intérêt.

Lou © Glénat

J’avais découvert Julien Neel à l‘occasion d’un livre superbe, chroniqué ici d’ailleurs en son temps, « Le Viandier de Polpette ». Un livre qui, je le pense, aurait mérité une suite… Mais Julien Neel a préféré voler de ses propres ailes, faire ses propres scénarios… Et grand bien lui a pris, sans aucun doute, puisque, avec LOU, il a rencontré, tout de suite, un public jeune enthousiaste, un public qui s’est immédiatement reconnu, retrouvé, dans les aventures de cette « gamine » vivant sa jeunesse et son adolescence avec un sens de l’indépendance la rendant à la fois sympathique et espiègle. Faisant d’elle, en quelque sorte, un résumé de toute adolescence… De toute vie humaine en train de se définir.

Au fil des albums, Julien Neel nous a donc raconté la vie quotidienne de cette gamine qui, peu à peu, vieillit. Une vie avec sa mère, avec un « petit ami », avec des rencontres, avec des habitudes, des sourires, des peurs, des larmes aussi.

Dans cet album-ci, elle s’émancipe, elle s’en va de chez elle, elle coupe le cordon ombilical qui la relie depuis si longtemps à sa maman, elle décide de découvrir le monde et ses possibles !

Lou © Glénat

A partir de ce départ, qui n’a rien d’une fuite, Lou, adolescente et se voulant adulte, fait de nouvelles rencontres. Rencontres de gens, de lieux, rencontres de sensations, de sentiments. Rencontres aussi avec ses propres souvenirs qui s’égrènent au fil des pages, des souvenirs qui sont souvent ceux de rendez-vous manqués… Avec l’amour peut-être, et Tristan, avec un père absent, aussi.

Pour raconter ce « voyage » à la fois intime et ouvert sur les autres, Julien Neel continue à utiliser un dessin simple, moderne, vif, avec un vrai sens du mouvement, avec des couleurs simples elles aussi, presque primaires même, mais qui réussissent parfaitement à rythmer le récit.

Son découpage, par contre, tient du défi, puisque Julien Neel invite le lecteur à suivre Lou dans toutes ses rencontres, dans toutes ses souvenances, aussi… Il s’agit, pour Neel, de découper l’histoire en un gaufrier traditionnel, mais, en même temps, de découper le temps… Le temps vécu par Lou… Le temps pris par elle à se re-trouver… Et c’est une réussite.

Lou © Glénat
Julien Neel: Découper le temps

En fait, la toute première nouvelle aventure de Lou, dans ce huitième album, c’est de vieillir. Et de le faire sans rien renier de ce qu’elle a vécu, de ce qu’elle a aimé, de ceux qu’elle aime.

Et la question qui finalement sous-tend toutes ses pérégrinations, tous ses dialogues avec des inconnus, tous les regards qu’elle porte sur l’univers non-familial qu’elle découvre, la question essentielle qui se pose à elle touche au « voyage » : faut-il s’arrêter, ou continuer à voyager ? Et en continuant, où faudra-t-il s’arrêter ?…

Dans la description intime (et littéraire…) de Lou, Julien Neel a choisi de ne jamais insister, de ne jamais ouvrir totalement des portes. Il entrouvre des fenêtres, plutôt, et c’est au lecteur d’accompagner Lou dans sa maturité en naissance !

Et c’est ainsi que le récit de Julien Neel se construit à la fois d’ellipses et de symboles.

Lou parle, souvent, et souvent seule… A elle-même… Elle est une fille d’aujourd’hui, « connectée », et, en même temps, ce huitième album lui permet, et lui offre la chance, de découvrir qu’une vie « non-connectée » est possible, aussi…

Mais tout est dit et raconté, par l’auteur, sans qu’il soit jamais donneur de morale, et c’est aussi ce qui fait la richesse de ce livre !

Lou © Glénat
Julien Neel : ellipses, symbolismes

C’est une série « jeune public », c’est évident… Une série qui voit ses lecteurs vieillir en même temps que son héroïne, c’est tout aussi évident… Une série, surtout, qui n’a rien d’infantilisant, ni de moralisateur, qui est de bout en bout souriante, amusée et amusante.

Lou est une héroïne d’aujourd’hui, dans une famille éclatée d’aujourd’hui, et son succès réside dans le simple fait que ses aspirations sont celles de tout un chacun… Des adolescent(e)s, mais aussi de leurs parents, qui se plongeront avec bonheur, j’en suis certain, dans ce huitième album !

Jacques Schraûwen

Lou: 8. En Route Vers De Nouvelles Aventures (auteur : Juien Neel – éditeur : Glénat)

L’Incroyable Histoire Du Vin

L’Incroyable Histoire Du Vin

Un voyage tout en plaisir à travers les mille paysages et les mille époques du vin… De la préhistoire à nos jours, l’Histoire du vin est une extraordinaire aventure… Humaine, religieuse… Et, surtout, une plongée profonde dans les délices du plaisir et du partage… Avec modération, bien évidemment (paraît-il…) !


L’incroyable histoire du vin © Les arènes bd

Depuis quelques années, le vin est devenu un thème souvent utilisé dans le monde de l’édition. Les romans qui parlent de ce breuvage, qui en usent comme moteur narratif ou comme simple décor, ne manquent pas. Ils n’ont jamais manqué, d’ailleurs, il faut le reconnaître ! Par contre, dans le monde de la bande dessinée, ce n’était pas le cas, le vin n’était présent que par hasard, et le plus souvent pour le  » gag « .

Mais les choses ont bien changé ! Et il serait presque fastidieux, aujourd’hui, de citer toutes les séries bd qui ont fait du vin l’élément moteur et principal de leurs intrigues.

On peut épingler quelques titres, malgré tout…  » Les Ignorants « , d’Etienne Davodeau, chez Futuropolis.  » Châteaux Bordeaux « ,  » Bodegas  » et  » In Vino Veritas  » chez Glénat, avec souvent Corbeyran aux commandes scénaristiques, ou encore quelques livres d’humour chez Bamboo.

Et sans doute était-il temps que quelqu’un dépasse le seul aspect anecdotique (tout en étant didactique…) du vin, pour nous dresser véritablement le portrait de cette boisson aimée des dieux avant d’être adorée par les hommes.

C’est chose faite, avec ce livre de quelque 120 pages, dans lequel Benoist Simmat et Daniel Casanave nous emmènent dans les méandres de l’Histoire de l’humanité, une Histoire qui se mêle intimement à celle du vin… Et le guide qui nous est proposé dans cet album allait de soi, puisqu’il s’agit de Bacchus !

Benoist Simmat: La BD

Benoist Simmat: Bacchus

L’incroyable histoire du vin © Les arènes bd

C’est avec les toutes premières civilisations qu’est né le vin. C’est avec les premières conquêtes (militaires ou marchandes…) qu’il s’est propagé à travers le monde.

Et Bacchus, demi-dieu, donc profondément humain, nous guide, de page en page, dans un périple qui, de siècle en siècle, de millénaire en millénaire, finit par couvrir la totalité du globe terrestre.

Alors que la bière est restée pendant très longtemps réservée à la classe populaire, le vin, quant à lui, mystérieux dans sa création, a jusqu’il y a peu (quelques siècles à peine) été destiné aux classes dominantes, et, mieux encore, aux membres du pouvoir religieux.

Cette prise de possession de la religion sur le vin s’explique, comme nous le dit Bacchus et nous le prouve l’histoire de tous les peuples de la terre, par l’ivresse qu’il provoque, une ivresse totalement étrangère à celle que peut provoquer la bière, une ivresse qui est restée inexplicable avant que la science s’y intéresse de près…

Et en l’absence de science, cette ivresse fut considérée comme le meilleur chemin à suivre pour parler et dialoguer avec les dieux, pour en devenir le messager sur terre.

Le vin est par exemple très présent aussi dans la religion musulmane, malgré l’interdit qui le frappe aujourd’hui, comme nous le montre et nous l’explique ce livre !


Benoist Simmat: Ivresse et religion

L’incroyable histoire du vin © Les arènes bd

Le vin est donc le signe de la lumière divine… Une lumière dont il doit se cacher, en même temps, pour ne pas se dégrader…

Ainsi, ce breuvage a été de tout temps et reste aujourd’hui empreint de bien des symbolismes! 

Et même la science, avec Pasteur entre autres, avec, aujourd’hui, les vins naturels, avec, de nos jours, la possibilité pour tout un chacun de faire du vin en connaissant les arcanes de sa fabrication et en ne laissant pas faire le seul hasard, même la science, oui, et ses inventions qui ont permis au vin de devenir  » courant « , laisse la première place au plaisir. Et ce plaisir à savourer un bon verre de vin, un Savigny-les-Beaune, un coteaux du Layon déniché chez un petit producteur, un Rioja ou un Barolo, semble même s’amplifier du fait de toutes ces avancées techniques, scientifiques, technologiques, qui permettent à la qualité du vin de s’épanouir de mieux en mieux… Il ne faut pas oublier, non plus, que le vin fut considéré dans plusieurs civilisations et plusieurs époques comme un moyen de médecine, également !…


Benoist Simmat: inventions et plaisir

L’incroyable histoire du vin © Les arènes bd

Cela dit, même si ce livre est passionnant de bout en bout, fouillé, même si, didactiquement, il permet à tout le monde de découvrir des réalités dont on ne se rendait pas compte (la différence entre les vins mutés et les vins liquoreux, par exemple…), l’essence même de son contenu est de rappeler à tous les lecteurs que le vin est d’abord et avant tout un plaisir de partage ! Loin de Noé, et de la première ivresse de la Bible, le vin appelle la conversation. Boire seul n’a que peu d’intérêt, la solitude n’amenant, en tout état de cause, que très peu de bonheur à l’âme comme à la chair.

Et c’est bien là la leçon et la morale de ce livre : le vin est un plaisir, depuis l’aube des temps ou presque, et tout plaisir ne peut s’épanouir que dans l’échange et le partage !


Benoist Simmat: plaisir du partage

L’incroyable histoire du vin © Les arènes bd

Jacques Schraûwen

L’Incroyable Histoire Du Vin (dessin : Daniel Casanave – scénario : Benoist Simmat – éditeur : Les Arènes BD)