copyright dargaud

Les Grandes Personnes – Un récit dans lequel l’aventure se fait humaine…

Un prologue, quatre chapitres, un épilogue… Une bande dessinée construite comme un roman, roman d’aventures, roman de réflexion… Mais BD d’abord et avant tout ! Et une bd formidablement humaniste…

copyright dargaud

Tout commence par un naufrage, celui du bateau que dirigeait un jeune bourgeois imbu de lui-même et pétri de stupides certitudes… Un naufrage particulier, dans la mesure où ce jeune godelureau en est le responsable. Dans la mesure, aussi, où ce fier navire est un navire négrier, dont la cargaison disparaît sans doute dans les flots en furie d’un océan lointain. Ce jeune type tellement sûr de lui réussit cependant à se sauver, dans une barque, en compagnie de Prudence, une esclave noire qui connaît bien des secrets de la nature.

copyright dargaud

Ils débarquent sur une île peu accueillante, sur laquelle, après quelques péripéties, le « héros », Emilien, est capturé par une peuplade de femmes géantes, tandis que Prudence, elle, reste libre. Et cette liberté lui permet de découvrir de cette île quelques réalités…Comme celle de l’existence d’une tribu d’individus à la peau blanche et presque lumineuse, une tribu cannibale pour laquelle les géantes sont des proies de choix. Et Prudence va également découvrir les pouvoirs de champignons luminescents, et sauver une jeune géante capturée par la tribu cannibale.

copyright dargaud

À partir de ce moment-là, Prudence, libre parmi les géantes, va aider Emilien à survivre… A vivre… A, peu à peu, changer sa manière de regarder ces femmes qui l’ont mis en servage, à ouvrir un peu plus les yeux sur un monde qui na jamais été le sien et avec lequel il se doit de collaborer, à défaut de s’y intégrer. A partir de ce moment-là, on se trouve dans un livre d’aventures, faisant sans aucun doute possible référence au Robinson Crusoé de Defoe ou au Gulliver de Swift. Mais ces références ne sont là, finalement, que pour battre en brèche, sans colère ai-je envie de dire, les convictions élitistes que véhiculaient parfois ces livres, par ailleurs essentiels dans l’histoire de la Littérature.

copyright dargaud

Parce que l’auteur de ces « grandes personnes » use de l’aventure la plus traditionnelle pour une narration qui est celle de l’évolution d’un humain, tout simplement. De l’évolution d’un regard porté sur la différence, qu’elle soit de taille, de peau, d’état, de langue, que sais-je encore, donc de l’évolution d’une intelligence… Tehem, cet auteur, fait de son dessin souple et lumineux, de ses cadrages suivis en séquences presque cinématographiques, de son sens des dialogues et des expressions de ses différents personnages, même les plus inexpressifs, Tehem fait de tout cela une œuvre originale, jamais pesante, avec un rythme tantôt soutenu, avec, tantôt aussi, le temps de laisser le silence faire de l’Aventure une découverte personnelle… Intérieure…

copyright dargaud

Ce livre n’est pas qu’un objet agréable à lire… Il est une quête, il est un partage, il est une réflexion importante. Je le disais et je le répète, ces « grandes personnes » dans lesquelles si peu d’adultes d’aujourd’hui peuvent (malheureusement) se reconnaître sont un livre à lire sans aucune difficulté, tout en étant un livre profondément humaniste, donc humain !

Jacques et Josiane Schraûwen

Les Grandes Personnes (auteur : Tehem – éditeur : Dargaud – janvier 2026 – 152 pages)

Les foot maniacs : tome 24

Les foot maniacs : tome 24

De la bd gentillette et d’actualité…

copyright bamboo

De la bd dans l’air du temps… Un album consacré, vous n’en serez pas surpris, au football ! Nous sommes en pleine coupe du monde, il était normal, donc, de parler ici, en quelques lignes, d’un album qui parle de foot, surtout, par le petit bout de la lorgnette, celui d’un humour bon enfant, potache, sans d’autre ambition que de faire passer un peu de bon temps entre deux mi-temps par exemple. Et nous en sommes au 24ème tome de cette série ! L’éditeur Bamboo aime ce genre de livres nous montrant un métier, un sport, une catégorie de gens, d’animaux, toujours par le biais du sourire, celui de l’humour…

copyright bamboo

On peut parler de bd « tout-venant » parlant de catégories humaines très variées… Il y a les profs, les blagues à toto, la vie au zoo, la mythologie, l’équitation, etc. Et, donc, le foot ! Toutes ces séries utilisent le même canevas, des gags d’une page, un dessin souple, des couleurs très présentes, des personnages bien typés, et des « vannes » toujours sans méchanceté ! De quoi amuser un lectorat jeune, mais pas seulement… Parce qu’il s’agit quand même de caricatures sympas et parfois très justes… Celles des supporters… Celles des joueurs qui rêvent d’être stars…

copyright bamboo

Et puis, coupe du monde oblige, donc, on y parle un peu de la coupe du monde ! Avec tous les proches du football club Palajoy qui vont suivre de près cette coupe du monde… Buts ratés, tacles loupés, blessés imaginaires… Tout y est. Même, comme l’annonce un petit autocollant en couverture, un rêve à réaliser : « album remboursé si la Belgique bat la France » ! A vérifier, on ne sait jamais, en allant voir sur le site de cet éditeur. Cela dit, il y a peu de chance que cela arrive, au vu de la piètre prestation des « diables », au vu de l’adulation imbécile offerte à « saint Lukaku » (je n’invente rien, ce sont des propos « sanctifiés » dits, stupidement et en outre erronément, par un commentateur sportif !) !

Jacques et Josiane Schraûwen

Les foot maniacs 24 – dessin : Saive – scénario : Sti – éditeur : Bamboo – 2026 – 48 pages)

Gotlib – Œuvre complète : 1968

Gotlib – Œuvre complète : 1968

Une œuvre foisonnante, sage d’abord, sage parfois, outrancière et d’un humour à la fois potache et très référentiel..

copyright dargaud

Il y a, dans la grande histoire de la bande dessinée, des noms essentiels… Des noms incontournables, comme on disait au siècle dernier. Des noms d’Auteurs, tout simplement, qui ont permis aux petits mickeys de devenir un art, le neuvième… Et l’art, toujours, a permis aux trublions de le rendre vivant, de lui permettre des folies que la bonne pensée et la morale ambiante ne toléraient pas, ou pas encore ! La bd, dont la destination première était, depuis son origine, de distraire les enfants, a mis le temps avant de ruer totalement, ouvertement, dans les brancards de la routine. Et l’auteur « Gotlib » en est un exemple évident…

copyright dargaud

C’est au début des années 60 qu’il commence sa carrière, dans les pages de Vaillant, de Record… Et puis de Pilote, journal qui, sous la houlette de Goscinny, est passé progressivement du classicisme de bon aloi à une modernité qui fit éclore bien des talents graphiques et scénaristiques ! Goscinny qui a aimé le dessin de Gotlib, qui lui a ouvert les pages de son magazine, donc, pour quelques courts récits, d’abord, puis pour des séries devenues, on peut le dire, cultes : « les dingodossiers », « la rubrique à brac »…

copyright dargaud

Goscinny… Un scénariste prolixe, toujours surprenant, auquel Gotlib a maintes fois reconnu qu’il lui devait tout… Malgré leur rupture, un jour, malgré l’envie que Gotlib a eue, au début des années 70, de se lancer dans une aventure éditoriale avec « L’ Echo des Savanes », d’abord, et « Fluide Glacial » ensuite… Deux revues dans lesquelles l’humour se débridait, s’éloignait aussi des thématiques qui, dans Pilote, s’inspiraient quelque peu du magazine américain « Mad ». Un humour potache ?… Oui, sans aucun doute, et parfois formidablement provocateur. Un humour abordant la religion, le sexe, l’horreur sombre et hilarante… Un humour dans lequel l’immense Franquin a plongé, d’ailleurs, avec ses idées noires…

copyright dargaud

Mais Gotlib, ce n’est pas qu’un rédacteur en chef, qu’un scénariste un peu déjanté… C’est un dessinateur dont la carrière le conduit de l’image classique de la bd à celle qu’elle a pu (enfin) avoir dans les années 70 : l’image d’une vraie liberté de ton, de dessin, de mots ! Et cet album-ci, consacré à l’année 1968, nous montre parfaitement cette évolution dans l’œuvre de Gotlib… Une révolution tranquille, lente ai-je envie de dire… Parce qu’on y retrouve un des personnages fétiches de Gotlib, « Gai-Luron », qui paraissait dans un journal tous publics, Vaillant, et dont  la bonhomie très « Droopy » s’est peu à peu enfouie dans des approches humoristiques mais sérieuses en même temps de ce qu’est la « joie de vivre »… Et on retrouve, en parallèle, dans cet album, plein de « Rubrique-à-brac », une série dans laquelle Gotlib, après « Les dingodossiers » et avec l’aval et le plaisir de Goscinny, s’amusait à casser quelques codes, reracontant parfois l’histoire à sa manière, créant des héros improbables comme Newton, pratiquant la dérision, le deuxième, troisième ou quatrième degré, révélant ainsi, par petites touches, l’auteur qu’il allait devenir…

copyright dargaud

Ne croyez pas que le contenu de cet album est « daté » ! Les « œuvres » de Gotlib font toujours sourire, rire, elles n’ont pas que le charme de « l’ancienneté », de la « reconnaissance » ! Gotlib était, je l’ai dit, un trublion… Et les trublions n’appartiennent pas qu’au passé des arts, ce sont eux qui, les faisant évoluer, les rendent sans cesse présents, parce que toujours proches des envies de déraison de tout un chacun, donc des lecteurs de bd aussi ! Des lecteurs qui se réjouiront, dans ce livre-ci, de découvrir pas mal d’inédits également !

Jacques et Josiane Schraûwen

Gotlib – Œuvre complète : 1968 (éditeur : Dargaud/Fluide Glacial – 2026 – 140 pages)

copyright dargaud