Mustang – une nouvelle aventure de Brian Bones, détective privé, une nouvelle voiture mise en scène !

Mustang – une nouvelle aventure de Brian Bones, détective privé, une nouvelle voiture mise en scène !

Georges Van Linthout est un dessinateur aux nombreux talents… Dans sa série des « Brian Jones », c’est à l’âge d’or de la bande dessinée qu’il rend hommage… Avec des récits classiques et bien charpentés !

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Même si la « mode » de nos jours est à des histoires de plus en plus ancrées dans le quotidien de notre monde, avec des sujets très « branchés », au long des « romans graphiques » qui oublient très souvent que c’est de bande dessinée qu’il s’agit, donc de dessin, avec des thématiques de « niches », qu’est-ce que cela fait du bien de se plonger dans une bd à l’ancienne, une bd populaire, des personnages entiers et traditionnels, un petit polar sympa qui ne « mange pas de pain » mais qui, de ce fait, fait passer un bon moment !

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Au dessin, donc, il y a Georges Van Linthout, un artiste qui aime varier les tons, les découpages, un auteur qui ne s’est jamais vraiment contenté de ronronner dans un style bien précis. Au scénario, il y a Rodolphe, que je n’aurai pas l’outrecuidance de nommer « vieux routier de la bd », mais dont toute la carrière appartient profondément à tout ce que la bande dessinée peut aborder comme univers, du polar au fantastique, en passant par l’utopie, le rêve, l’onirisme, la littérature…

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Et ces deux complices nous font ici retrouver Brian Bones, détective d’assurance, son ami garagiste Flint, et la fille de ce dernier, Lisa, amoureuse du beau détective à la chevelure rousse.

Et ils nous font retrouver également des vielles bagnoles, bien évidemment puisqu’ils s’agit là du fil conducteur de cette série.

Il s’agit d’une super Mustang rouge, que Fint a échangée contre un vieux clou, à une conductrice de passage. Lisa nettoie la belle Mustang, pendant que Brian et Flint boivent un bon coup, sans modération bien entendu.

Et au moment où Lisa découvre dans la voiture un doudou en peluche, la radio annonce, elle, l’enlèvement de la petite fille d’un magnat de la presse, dans une Mustang rouge…

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Puisque la police, au travers de Charlie, le copain pas toujours très futé de Brian, n’intervient pas, c’est cette fois Lisa qui décide de prendre les choses en main et de retrouver la femme à la Mustang et la gamine qu’elle a kidnappée.

On est dans les années 60… Et Brian et Flint s’inquiètent donc pour la santé de Lisa… Et comme son père, Indien, est aussi Shaman, il se fume une bonne pipe pleine d’herbes bizarres, pour avoir des visions qui vont lui permettre de retrouver sa fille… Des visions, il en a… Un ours bleu, des nuages, un enclos de poules cradingue et des chevaux qui courent… Où est-ce que tout cela va les conduire?….

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Là, on se retrouve dans un univers qui a toujours plu au scénariste Rodolphe, celui d’une forme pratiquement traditionnelle du fantastique… Mais il n’en abuse pas, et son scénario est, sans problème, dans la lignée des aventures précédentes de Brian Bones. Le vrai personnage central, à chaque fois, c’est une voiture, une voiture qui n’est jamais uniquement un élément de décor, une voiture qui révèle une passion indubitable des auteurs pour ces engins venus d’une époque où les pouvoirs politiques ne les interdisaient pas pour sauver une planète qui, comme toutes les planètes, n’a pas vraiment besoin d ‘être sauvée… C’est l’être humain qui devrait être soigné, cet être humain qui, dans chaque album de cette série, se montre sous son plus mauvais jour…

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Oui, il y a des bons, pas toujours parfaits, loin s’en faut, il y a aussi des méchants, des vrais, de ces méchants qu’on aime ne pas aimer ! Quoique… Il y a parfois des méchantes, aussi, qui ne manquent pas d’intérêt, ni pour les lecteurs, ni pour Brian Bones ! Cela dit, dans cet album-ci, outre la voiture, outre les méchants, la vraie héroïne, c’est Lisa… Flint, Brian et les flics ne font, finalement, que suivre les traces de son enquête, prouvant ainsi qu’on peut vivre dans une bd enfouie dans les années 60 sans être totalement macho (je parle des personnages de papier créés par Rodolphe et Van Linthout)… Le but d’un tel album, c’est d’amuser le lecteur, de le faire sourire, de lui offrir un bon moment de plaisir simple. Et ce but est parfaitement atteint!

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Un plaisir simple, oui, et « populaire », et « traditionnel », dans un style semi-réaliste plein de mouvements, de paysages, de petits rebondissements, de réflexions souriantes… Oui, c’est de la bd à l’ancienne, et populaire, et, je me répète, c’est de la bonne bande dessinée, tout simplement ! Réalisée par deux complices qui s’amusent, on le sent, et accompagnés par un coloriste, Stibane, qui connaît très bien son job, lui aussi !

Jacques et Josiane Schraûwen

Mustang (dessin : Georges Van Linthout – scénario : Rodolphe – couleur : Stibane – éditeur : Paquet – 2026 – 48 pages

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Son Of A Gun – Un dessin décalé pour un western atypique

Le western est un genre littéraire, cinématographique, dessiné, qui peut se prendre au sérieux, qui peut aussi se lancer dans de doux délires souriants…

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Dans cet album-ci, le scénariste, Philippe Pelaez nous raconte une vraie histoire « western ». Il y a des bons qui ne le sont pas vraiment, il y a des méchants qui assument leur état, il y a une femme qui n’a rien de timoré ni d’effacé, il y a des truands, un shérif, une armée mexicaine, des cavalcades sous le soleil couchant ou levant…

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Même si, de ci de là, existent des références aux grands westerns classiques, ceux avec Gary Cooper ou John Wayne, c’est plutôt vers les westerns spaghettis que se tourne ce scénariste. Et son dessinateur, évidemment, qui s’en donne, lui aussi, à cœur joie !

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Kentucky T. McBride est un braqueur. Un braqueur qui réussit à devenir le shérif d’une ville dans laquelle il vient de cambrioler la banque tout en laissant son colt ensanglanter gratuitement son forfait ! Sa route va croiser, dans la recherche d’un trésor somptueux, les destins de deux autres truands à leur manière : un nain qui n’arrête pas de parler, une chasseuse de primes impitoyable… Et une chèvre, et un molosse !

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Ce Kentucky T. McBride, devenant ainsi le chef d’une étrange bande, est certes un tireur excellent dont l’arme ne rate jamais sa cible, il a cependant un problème d’ordre psychologique : il éprouve une haine totale à l’encontre de tous les animaux et, au niveau du langage, cette haine l’amène à se mêler les pinceaux dans l’énoncé d’expressions populaires. Et, pour parvenir à dénicher le fameux trésor qu’ils sont trois à poursuivre, il faudra une collaboration étroite avec la chèvre, le tout sous l’œil sombre et la gueule baveuse de l’immense chien appartenant à la jeune et accorte Dolorès, partie prenante dans la recherche de ce trésor ! 

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Je le disais, c’est vers les westerns de Leone et de ses souvent tristes suiveurs que Pelaez et Corbet louchent. Vers Clint Eastwood, également, dans les films qui n’étaient pas de Leone, De « Joe Kid » à « two mules for sister Sarah »… Mais les regards de nos deux compères se sont aussi accrochés à des westerns plus ludiques, du genre des « Trinita »… Et, en outre, ils se sont également immergés, par petites touches à dénicher aux détours de chaque planche, dans l’univers du western dessiné.

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Oui, les références cinématographiques et graphiques sont nombreuses… Des « Tuniques Bleues » à « Lucky Luke », en passant par quelques autres héros bd qui complètent le tableau de cet album atypique, comme je le disais, mais parfaitement assumé et réussi ! Parce que le tour de force des deux auteurs réside dans le simple fait qu’ils parviennent à nous raconter un véritable western, avec tous ses codes narratifs et thématiques, tout en faisant sourire, tout en amusant le lecteur ! C’est ce mélange intime qui, sans aucun doute, rend la lecture extrêmement agréable, dans la mesure où ce récit, justement, n’a aucune mesure, et délire avec une sorte d’amusement de sale gosse, et, de ce fait, devient parfois immensément imprévisible !

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En conclusion, donc, je ne peux que vous dire le plaisir que j’ai pris à cette lecture, un plaisir que, simplement, ici et aujourd’hui, je partage avec vous !…

Jacques et Josiane Schraûwen

Son Of A Gun (dessin : Sébastien Corbet – scénario : Philippe Pelaez – éditeur : Grandangle – 2026 – 120 pages)

Hérétique – Une envoûtante plongée dans la ville d’Anvers au seizième siècle

Hérétique – Une envoûtante plongée dans la ville d’Anvers au seizième siècle

Avec des allures de « comics » à l’américaine, voici un album qui nous entraîne dans une sorte de thriller historique d’une puissance d’évocation extrêmement réussie…

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Dans les comics, j’avoue humblement que les scénarios sont le plus souvent, à mon goût, ou manichéens et tous un peu semblables, ou fouillés à l’extrême, et, de ce fait, pratiquement incompréhensibles. Cet album-ci n’est pas un de ces comics… S’il fallait, du côté du dessin, le rattacher à un genre, un style, ce serait du côté de Gal et de ses « armées du conquérant » qu’il faudrait se tourner. Dans la forme, en effet, ce récit est d’un beau classicisme, avec un travail du noir et blanc qui rend hommage (consciemment ou pas) à des auteurs comme Gal, oui, ou Wrightson, mais avec un ancrage narratif, lui, résolument européen.

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Nous sommes en Belgique, en 1529. A Anvers, plus particulièrement, une des villes portuaires les plus importantes en cette époque de l’Histoire… Une cité cosmopolite, financière, économique, marchande, dans laquelle se sont réfugiés depuis pas mal de temps déjà les Juifs chassés d’Espagne… Refuge dans lequel ils ont pu continuer à être eux-mêmes, à travailler dans les domaines que les catholiques n’aiment pas, celui des diamants, par exemple, et du financement, pour les grands de la ville entre autres. Cette ville, dans ce livre, est montrée d’une manière vraiment superbe… Les lieux, la foule, les bâtiments, la manière de vivre au quotidien, le sens du mot société en cette époque, tout cela est raconté et montré avec un vrai talent historique.

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Ce qui est montré et raconté, également, c’est la mainmise de l’Eglise sur l’existence de la ville comme de ses habitants… Ce sont les actes d’une inquisition bien plus politique que religieuse, des actes qui mettent face à face les sorciers et sorcières et leurs bourreaux, le mal et le bien en des principes horriblement galvaudés, la vie et la mort, la magie et l’imaginaire, la révolte et la défaite… Et dans ce monde anversois, un premier cadavre est découvert, crucifié dans la cathédrale… Un membre éminent du clergé… D’autres cadavres vont suivre, dans une ambiance lourde et teintée d’un ésotérisme sanglant, et les inquisiteurs eux-mêmes vont appeler comme enquêteur Cornelius Agrippa, un esprit libre, un avocat, un chevalier, médecin et intellectuel dont les recherches se glissent dans les labyrinthes des magies noires et blanches. Ce libre penseur avant l’heure sait très bien qu’il s’agit, dans cette demande, d’un piège pour faire de lui une victime de plus de ce bras armé de l’Eglise, l’inquisition…

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Mais il va mener son enquête, en compagnie de sa fille Juliette, et d’un jeune élève, Jean Wier. Il faut dire qu’en cette époque, à côté de l’espèce de pouvoir absolu du pape Clément VII et de son inquisition, la régente de la Hollande des Habsbourg, Marguerite d’Autriche, le protège, et protège également la communauté juive essentiellement visée par les inquisiteurs. Et, donc, de la sainte Eglise Catholique et de ses représentants, qui aimeraient voir le commerce des diamants tomber entre leurs mains… Et c’est donc cette enquête mêlant magie, médecine, horreur, que nous narre ce livre… Avec des rebondissements… Avec un sens du dialogue qui dépasse la simple anecdote historique pour rendre le récit très actuel, le récit d’un pouvoir qui en veut plus, toujours, qui n’est fait que de jalousie et de racisme… Il est, de nos jours, quelques « inquisiteurs » à gauche, à droite, au centre et ailleurs, qui se targuent de démocratie pour assouvir des besoins autocrates et, ma foi, assassins…

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C’est, véritablement, un livre passionnant, passionné, admirablement scénarisé, tout aussi merveilleusement dessiné, avec des séquences colorées extraordinaires… Avec un message de tolérance, aussi, jusque dans la souffrance des chairs et de l’âme… Avec cette phrase de Cornelius, en fin d’album, qui réunit, à sa manière, le 16ème siècle flamand et notre 21ème siècle pitoyable : « Peut-être que tous les démons sont notre propre création. Les dieux aussi. Et peut-être qu’au final, il n’y a que nous. » !

Jacques et Josiane Schraûwen

Hérétique (dessin : Charlie Adlard – scénario : Robbie Morrison – éditeur : Delcourt – janvier 2026 – 128 pages)