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De L’Une.e À L’Autre – un petit livre étonnant, un petit livre « objet », un cri de révolte…

Ce n’est pas « vraiment » une bande dessinée… Ce sont pourtant des « récits » humains qui y sont dessinés… C’est un livre d’une totale originalité, c’est un petit album envoûtant…

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… et poétique ! Un livre féministe sans doute, féminin sans aucun doute. C’est un long poème qui raconte notre monde, notre société, sans rimes mais avec raison, et qui épingle au travers de différents « portraits » de femmes emmêlés, emmêlant les décors, toutes les colères qu’il reste à cet univers qui est nôtre à exprimer, à assumer !

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Par un montage fait de pages qui, en « découpages », font se suivre et se ressembler différentes femmes, différents milieux, Florian Huet ne nous fait pas rêver. Il nous montre qui nous connaissons, qui nous laissons, autour de nous, subir une vie dans laquelle les obligations quotidiennes effacent les rêveries possibles. En feuilletant cet objet graphique et littéraire, on se sent presque de retour dans les jeux de nos jeunes âges, utilisant des ciseaux et du papier pour créer des univers que les seuls yeux de l’enfance peuvent aimer, comprendre, voire regarder. Retour à l’enfance, oui, mais pour une sorte de livre-jeu qui n’a rien d’idéalisé, et qui, tout au contraire, nous dévoile, avec lucidité, les désespérances des heures qui passent.

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Je le disais, ce livre est d’abord un poème. Et un poème extrêmement bien écrit, un long texte qui emmène les lecteurs dans un espèce de voyage immobile auquel les dessins donnent vie et mouvement… Le bateau des mots se fait ivrogne de descriptions et de colères, d’espérances sans cesse battues en brèche, le tout dans des environnements professionnels, dans des positions de travail qui ne laissent que peu de place à l’émerveillement. Mais cet émerveillement existe, au feu des illustrations, au brasier du texte, aussi :

« Il y a des gants qui plongent dans l’abdomen sanglant des bœufs, il y a l’oreille qui entend les ordres et la bouche qui crache… » « Il y a le sang versé et la compresse tendue, il y a les corps, il y a les substances et les matières, les choses qui creusent et les formes façonnées, le temps payé… »

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Que dire de plus de cet album ?… Qu’il permet de croire que la bande dessinée a encore bien des choses à nous dire, à montrer, à nous faire ressentir, et que ce petit livre est la preuve que la créativité et l’inventivité d’un artiste rendent l’émotion palpable. C’est un livre à savourer, longuement, à découvrir pour laisser libre cours, encore et encore, à des imaginaires qui sont aussi des réalités tangibles…

Jacques et Josiane Schraûwen

De L’Une.e À L’Autre (auteur : Florian Huet – éditeur : La Poinçonneuse – 2026 – 26 pages qui se répondent et conduisent le regard au long de portraits féminins se répondant les uns les autres)

Le Siècle De Jeanne – Une famille suisse dans les remous du 19ème siècle

Le Siècle De Jeanne – Une famille suisse dans les remous du 19ème siècle

Nous sommes bizarres, nous les humains… Nous encensons notre Histoire, nous en gommons les aspérités gênantes, et, en même temps, nous nous intéressons tellement peu à l’Histoire des pays voisins… A l’histoire des gens qui construisirent cette Histoire…

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Cela dit, je ne suis pas différent ! Je vais vous parler aujourd’hui d’un livre datant de 2022, que j’avais laissé traîner sur un rayonnage de ma bibliothèque, celui consacré aux albums qu’il me reste à lire. Un livre surprenant, pour nous, citoyens d’un 21ème siècle souvent caricatural : la Suisse ne nous renvoie-t-elle pas l’image stéréotypée d’un paradis fiscal, d’une tranquillité sereine, d’une forme de démocratie confédérale laissant la parole véritablement aux citoyens, à tous les citoyens ? Eh bien, cette Suisse-là, il a fallu qu’elle se construise… Et ce fut le cas tout au long d’un siècle, le dix-neuvième, que nous raconte cette bande dessinée passionnante et intelligente…

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Eric Burnand, le scénariste, a pris comme fil conducteur l’histoire d’une famille… Le côté fictionnel sert de point de départ au récit : en 1872, une jeune femme de vingt ans apprend qu’elle a été adoptée… Au travers d’une lettre qui a été écrite par sa grand-mère inconnue, cette jeune femme, Eugénie, va chercher à connaître ce passé qui est le sien, ce passé qui est la trame de ses racines. Et dès lors, dans une construction narrative qui mêle adroitement le présent du récit à l’histoire de la Suisse tout au long d’un siècle, Fanny Vaucher, la dessinatrice, nous entraîne à sa suite dans ce qui pourrait s’appeler une fresque historique, mais à taille humaine, quotidienne…

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Le déroulé historique de la Suisse n’a rien d’un large lac tranquille ! Et c’est ce que nous montre, avec un graphisme simple et efficace, cet album riche de quelque 240 pages. Un album qui pourrait ressembler à un livre d’histoire scolaire, mais qui ne l’est vraiment pas… Ce serait plutôt une fresque vivante, conjuguée comme un roman, avec quatre chapitres qui suivent les errances d’un pays tout au long d’un siècle… Des révoltes de paysans, au tout début des années 1800, une longue famine, des familles exilées, une guerre civile, une révolution industrielle, comme dans tout le monde occidental, voilà ce qui nous est raconté, partagé, dans ce livre. Un livre didactique ?… A sa manière, oui… Parce que, dans le fil du récit, les auteurs prennent le temps de nous dresser, en une planche chaque fois, des portraits d’acteurs importants de cette tranche d’histoire qui a forgé, en quelque sorte, ce pays si proche de nous, et si peu connu…

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Les auteurs parviennent ainsi à dépasser les lieux communs, les images d’Epinal concernant leur pays, et à nous montrer un peuple qui a vécu les remous de la grande histoire, de révolte en restauration, d’aide républicaine française exclusivement intéressée en désillusions cruelles… L’Histoire de la Suisse au 19ème siècle, c’est un peu l’Histoire de tous les pays d’Europe, de tous les gens d’ici et d’ailleurs qui ont cru à des jours meilleurs, et ne les voyant pas arriver, ont pris leur destin entre leurs mains, avec des erreurs, des réussites, des tristesses, des guerres, des violences, des injustices… Des réalités quotidiennes dont ce livre nous parle avec un talent évident… Alors, en conclusion de cette petite chronique, je ne peux que vous conseiller de commander cet album auprès de votre libraire préféré, ou chez l’éditeur suisse, parce que toutes les histoires de gens normaux sont les nôtres ! Et méritent, assurément, d’être lues, découvertes, et aimées !

Jacques et Josiane Schraûwen

Le Siècle De Jeanne – Une famille suisse dans les remous du 19ème siècle (dessin : Fanny Vaucher – scénario : Eric Burnand – éditeur : Antipodes – 2022 – 245 pages)

Marsupilami : 35. La dernière chasse

Marsupilami : 35. La dernière chasse

Une série qui, au long des années, reste résolument (et heureusement!) souriante et populaire…

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Souvenez-vous… Fantasio et Zantafio, face à face dans la jungle palombienne, à la recherche d’un animal aussi mythique que le monstre du Loch Ness. Nous étions en 1952 ! Oui, c’est dans les aventures de Spirou, dans l’album « Spirou et les héritiers », sous la plume et l’imagination du génial Franquin, qu’est née cette bête étrange à la longue queue, le Marsupilami, maillon improbable entre l’humain et l’animalité pensante.

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Et puis, malgré l’affection que Franquin a toujours portée à cet être fantasque et souvent révolté, il a accepté en 1987 d’en confier les rênes à Batem, qui en a fait un héros à part entière, sans jamais trahir ce que Franquin avait voulu qu’il soit. Batem, depuis, a fait évoluer le Marsupilami, au gré d’aventures de plus en plus ancrées dans les réalités géo-politico-écologistes du temps présent. Il a réussi ce coup de maître: ne pas faire vieillir ce personnage haut en couleurs tout en faisant de lui une illustration d’un monde en continuel changement. Et cette réussite, il la doit aussi, bien évidemment, aux scénaristes qui l’ont accompagné, de Greg à Colman, de Dugommier à Yann, entre autres.

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Et revoici donc ce Marsupilami, pour une trente-cinquième aventure, toujours dessiné par Batem, mais scénarisé par un nouveau duo d’auteurs, Kid et Ced.

Deux scénaristes qui ont, derrière eux, une carrière très éclectique, très variée… Les séries à succès signées Kid (Toussaint) ne manquent pas, de « Holly Ann » à « Magic 7 ». Quant à Ced, il a baladé son dessin comme ses scénarios chez plusieurs éditeurs, restant soucieux, semble-t-il, de ne pas s’enfermer dans un seul style, dans un seul genre.

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Ont-ils réussi à entrer pleinement dans l’univers du Marsupilami ?…

Ce qu’ils ont réussi, en tout cas, c’est raconter une histoire parfaitement insérée dans les codes chers à ce marsupilami toujours insaisissable. Ils mettent en scène cinq chasseurs débarqués en pleine jungle pour qu’un mystérieux commanditaire puisse accrocher sur son mur un trophée de plus, celui de cet animal ! Et la narration fonctionne, sans aucun doute… Il y a de l’action, il y a ces chasseurs qui, très différents les uns des autres, de par leurs passés comme de par leurs raisons d’être là, existent vraiment… Il y a bien évidemment toute la famille du Marsupilami (avec des bébés qui, étrangement, semblent l’être éternellement…), il y a un Indien déraciné, il y a un pauvre Ara, peu de piranhas, mais des méchants serpents, il y a une romance improbable entre une figure bien connue, Bring M. Backalive, et une chasseuse émotive… Il y a quelques jeux de mots… Il y a un vrai rythme.

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Cela dit, la sauce ne prend pas tout le temps… Les références existent, mais un peu trop transparentes… Le récit en lui-même manque un peu de souffle, tout en réussissant quand même, disons-le, à ne pas lasser le lecteur… En fait, il me semble, et l’ultime dessin de l’album me le prouve d’ailleurs, que cette « Dernière Chasse » n’est que l’entame d’un nouveau cycle des aventures du superbe Marsupilami. Et je mise dès lors sur les talents conjugués de Batem, Kid et Ced, pour peaufiner leur entrée dans le monde foisonnant, et populaire, d’un héros râleur créé par l’immense Franquin !

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Cette dernière chasse prouve, mille fois mieux que les tristes et inutiles guignolades de Chabat, ou pire encore, de Lacheau, que le Marsupilami existe, et existe bien, lorsque ses auteurs décident de ne pas en faire un simple objet de marketing imbécile ! En ce qui concerne le Marsupilami, et 95% des bd que d’aucuns ont cru pouvoir adapter en cinoche, n’allez pas au cinéma, mais lisez !!! Et lisez ce 35ème volume de ses aventures toujours réjouissantes!

Jacques et Josiane Schraûwen

Marsupilami : 35. La dernière chasse (dessin : Batem – scénario : Kid et Ced – éditeur : Dupuis – 2026 – 55 pages)