La BD Qui Fait Du Bien

La BD Qui Fait Du Bien

Quarante auteurs de bande dessinée se mobilisent au profit de l’association « Imagine for Margo », qui aide à la lutte contre le cancer des enfants. Un livre à acheter, bien évidemment, mais plus pour le geste que pour le contenu, peut-être !…

                    La BD Qui Fait Du Bien©Glénat

 

Je sais que les rapports entre éditeurs ne sont pas toujours au beau fixe, mais, d’emblée, je me dois quand même de m’étonner que dans un tel album aucune place n’ait été faite, même en simple citation, à l’extraordinaire série de Ernst et Zidrou, « Boule A Zéro » ! Depuis des années, ces deux auteurs parlent sans aucune mièvrerie du cancer des enfants, avec un humour toujours réconfortant, et réussissent à offrir à des hôpitaux des albums destinés, justement, à ces enfants.

                    La BD Qui Fait Du Bien©Glénat

 

C’est vrai que, la télé étant ce qu’elle est, la mode est à nous montrer les difficultés de rencontrent les gens malades, et des artistes comme Gad Elmaleh utilisent leur notoriété avec efficacité. La série télévisée « Les Bracelets rouges » participent de la même démarche, avec un évident talent.

Et il est bon, bien évidemment, que se multiplient ainsi les démarches culturelles et véritablement empathiques à  destination réelle des enfants malades.

Mais il eût été tout aussi bon, j’insiste, de ne pas oublier Ernst et Zidrou !

 

                    La BD Qui Fait Du Bien©Glénat

 

Cela étant dit, parlons de cet album-ci… Dans un livre collectif, chaque lecteur vient trouver ce qu’il aime, bien entendu. Ce qui fait que le panorama se doit d’être large, pour attirer un nombre le plus  important possible d’acheteurs, donc de participants à la cause pour laquelle est destiné cet ouvrage.

Quarante auteurs… Il y a donc, pour tout un chacun, au fil des pages, ce que individuellement chacun considérera comme moyen, mauvais, bon, ou très bon.

Quant à moi, sur les quarante auteurs présents, il y en onze que je plébiscite. Et, parmi ces onze, il y en a cinq qui me semblent, de par leur graphisme, de par leur texte et leur scénario, dépasser de loin tous les autres !…

Une chose m’étonne, d’ailleurs, dans ce livre : c’est le manque d’un vrai fil rouge, d’une vraie communauté d’imagination de la part de tous les auteurs participants.

Bien sûr, on va me dire que toute liberté leur a été laissée, et c’est très bien. Bien sûr, on va me dire que des essentiels y sont abordés : l’acceptation de la différence, la nécessité de faire plaisir, le pouvoir de l’imagination et du rêve, la puissance de l’amitié, la force du sentiment, la magie d’un sourire… Mais tous ces thèmes sont épars dans ce livre, ne sont pas toujours traités avec la même qualité d’approche, que ce soit au niveau du dessin ou du texte ! Et puisque c’est de maladie qu’on est censé parler dans ce livre, j’avoue ne pas comprendre la présence de certaines « nouvelles » dessinées qui estompent bien trop la réalité d’un cancer pour un être humain se trouvant à un moment qui devrait être l’aube d’une existence riche en beautés !

 

 

                    La BD Qui Fait Du Bien©Glénat

 

Cela dit, j’ai été séduit, et vraiment séduit, par Dav et son oiseau porteur de mauvaises nouvelles. Par Morvan et Evrard, toujours au plus proche de leurs personnages (comme Zidrou et Ernst dans Boule à Zéro, d’ailleurs !…). Par Domecq dont la poésie s’enfouit au plus profond de la maladie. Par Buche qui, même sans parler du cancer, nous remet en mémoire qu’il est plus important de vouloir vivre  que d’accepter de survivre !

Et il y a aussi  Nob, l’étonnant chapitre de Frazier, il y a Gilson, Coppée, et d’autres encore !

 

Je mentirais, donc, en disant que ce livre n’est, à mon goût, pas bon ! J’y ai déniché quelques vraies perles, quelques fulgurances créatives nécessaires lorsqu’on veut parler de ce qui est peut-être le plus injuste et  le plus horrible, l’enfance confrontée aux possibles de la mort.

Et, je vais me répéter, chacun y trouver ce qu’il veut bien y trouver. Mais il est important de l’acheter, cela j’en suis persuadé, parce que toutes les initiatives qui peuvent permettre à l’enfance de rester l’enfance, qui peuvent permettre aux regards de perdre toute curiosité et tout voyeurisme, qui peut permettre à tout le monde de choisir la voie de l’amitié et de la tendresse plutôt que celle de la peur et du repli, toutes ces initiatives doivent être encouragées !

Cette bd se doit donc de se trouver dans votre bibliothèque, et d’être offerte à tous vents…Même et surtout, sans doute, à celles et ceux qui sont confrontés, autour de  vous, autour de nous, à la maladie, ou l’ont été…

 

Jacques Schraûwen

La BD Qui Fait Du Bien (ouvrage collectif paru chez Glénat)

Boni: La Dernière Bouchée De Carotte

Boni: La Dernière Bouchée De Carotte

Des gags « jeune public » qui sentent bon l’animation… Des lapins pas vraiment crétins… Un auteur, Ian Fortin, qui vous parle dans cette chronique de ses personnages terriblement humains!

 

 

Dans le monde de la bande dessinée pour jeunes, nombreuses sont les réussites. On peut parler de Titeuf, évidemment, du Petit Spirou aussi. Mais on ne peut pas oublier toute l’influence qu’ont eue, dans ce domaine, un Quino et sa Mafalda, un Shulz et son Charlie Brown.

Ian Fortin navigue, avec Boni, entre tous ces univers, picorant ici et là de quoi alimenter un style qui se révèle finalement, très personnel. Ce sont des fables qu’il nous raconte, à sa manière, puisqu’il a choisi la voie d’un symbolisme vieux comme Esope et La Fontaine pour nous parler, tout simplement, de la vie, d’un enfant qui se doit, au jour le jour, d’apprendre à être lui dans un environnement où l’enfance, finalement, n’a que peu de place.

Pour ce faire, l’auteur laisse des lapins se faire les doubles des humains. Ce ne sont pas des lapins venus d’ailleurs et prêts à toutes les bêtises, non! Ce sont des personnages qui vivent les problèmes humains de tout un chacun, problèmes relationnels, problèmes quotidiens, problèmes, surtout, provoquant le sourire au travers d’une sereine tendresse d’observation.

 

Ian Fortin: des lapins…

 

 

La bande dessinée animalière a le grand avantage de pouvoir rendre compte des réalités humaines en les démesurant, en les caricaturant lorsque c’est nécessaire. La caricature, d’ailleurs, fait partie intégrante de l’humour qui s’adresse à l’enfance, à l’adolescence, et les auteurs de mangas l’ont compris depuis bien longtemps, d’ailleurs. La caricature, c’est une manière de démultiplier, graphiquement, mais sans effets spéciaux, les expressions, les mouvements, voire même les discours de personnages qui, ainsi, montrent de manière évidente et frontale ce qu’ils ressentent, ce qu’ils vivent.

Cela dit, dans cet album, la caricature n’est jamais un exercice que s’impose l’auteur, elle vient à son heure, elle reste de bout en bout totalement naturelle.

Elle est là, surtout aussi, pour désamorcer à sa façon quelques thèmes abordés qui sont véritablement sérieux, comme le harcèlement entre les enfants, comme la violence dans le cadre de l’école, comme la difficulté à accepter les réalités d’un grand-père qui se refuse à exprimer toute empathie.

Et c’est là la grande qualité de cet album, de ce personnage, de cet auteur: faire sourire en nous montrant, pourtant, des vérités qui, elles, n’ont rien de fondamentalement amusant. Le sourire est constant, dans ce livre, et Boni est de ces personnages auxquels on ne peut que s’attacher. Et qui, de sourire en sourire, feront réfléchir à leur attitude dans la vie ses lecteurs, qu’ils soient parents, grands-parents, ou enfants!

Ian Fortin: la caricature
Ian Fortin: des sujets également sérieux

 

Sous l’apparente simplicité du trait se cache une maîtrise graphique sans faille, une maîtrise narrative aussi. Il ne faut que quelques dessins à Ian Fortin pour amener le gag à maturité, ai-je envie de dire, et le rendre palpable à même la page que le lecteur regarde.

Et pour soutenir ces gags, ce rythme aussi, il utilise, certes, tous les codes du mouvement dessiné, et ses personnages, ainsi, ont une vraie existence. Mais il utilise aussi la couleur comme élément majeur des ambiances de chacune des petites histoires qu’il nous raconte. Simples, presque élémentaires, ces couleurs font véritablement partie de la réussite de ce livre.

Et, ma foi, qu’on ait douze ans ou soixante ans, Boni est un enfant diablement attachant, croyez-moi!… Et je suis certain qu’il lui reste encore bien des bouchées de carotte à nous offrir!

Ian Fortin: la couleur

 

Jacques Schraûwen

Boni: La Dernière Bouchée De Carotte (auteur: Ian Fortin – éditeur: Dupuis)

Bob et Bobette : Cromignonne

Bob et Bobette : Cromignonne

Pour Yann, que vous pouvez écouter dans cette chronique, ce livre est un véritable hommage aux personnages de Vandersteen. Pour moi, cet album, de toute évidence, revisite avec une sorte d’humour iconoclaste et d’irrévérence une des bandes dessinées les plus emblématiques du Plat Pays !

Les éditions Standaard étonnent, et c’est tant mieux ! Après la réécriture, graphique comme scénaristique, de Bob et Bobette avec la série  » Amphoria « , voici que cet éditeur du nord de la Belgique décide de permettre à des duos inédits de reprendre à leur compte, une fois par an, les personnages mythiques créés par Willy Vandersteen. Et les premiers à se lancer dans l’aventure sont, pour le scénario, Yann, dont tout le monde connait l’humour et l’imagination, et, pour le dessin, un artiste peu connu du côté francophone de la Belgique, Gerben Valkema.

Pour ces deux auteurs, il s’est agi, d’abord et avant tout, de raconter une histoire  » dans le style  » des histoires traditionnelles de Bob et Bobette. C’est-à-dire une histoire d’aventure pimentée de rires, de sourires, et peuplée de personnages attachants et adorablement caricaturaux.

Au début du vingtième siècle, un être de Cro-Magnon a été découvert dans la glace. Faute de moyens financiers et de volonté politique, ce spécimen du passé de l’humanité est toujours prisonnier de la glace dans un congélateur de l’Institut Royal des Sciences Naturelles de Bruxelles. C’est en lisant, par hasard, des vieux journaux servant à masquer une vitrine, que Jérôme découvre l’existence de cet être qui appartient au monde d’où lui-même vient. Et cet humain venu du fonds des âges se févèle, en se décongelant, être une femme des cavernes!… Il n’en faut pas plus pour que toute la bande, Bob, Bobette, Lambique, Sidonie et Jérôme décident d’en savoir plus… Et comment en savoir vraiment plus, si ce n’est en utilisant les talents du professeur Barabbas qui les envoie tous dans le passé !

Vous voyez, tous les ingrédients sont là pour que l’histoire corresponde aux codes habituels de cette série destinée à un jeune public.

Seulement, à partir de ces bases bien connues, Yann s’est amusé à revenir, certes, aux premières qualités de cette série, mais en y ajoutant un regard décalé que Vandersteen n’avait pas toujours !

Yann: les bases de la série Bob et Bobette

 

 

 

Les personnages eux-mêmes, ainsi, n’ont pas tout le côté lisse qu’ils avaient, le plus souvent, chez leur créateur. Lambique aime la bière, la vraie, pas celle qui, appartenant à de grandes industries déshumanisées, finit par créer des produits partout pareils. Il râle, il rouspète, il porte des jugements péremptoires sur un monde dans lequel, incontestablement, il se sent mal à l’aise, le monde d’aujourd’hui. Bobette, elle, qui, dans les albums originels, servait surtout de faire-valoir à Bob, devient ici la vraie meneuse. Sidonie a perdu son côté éthéré pour devenir une femme d’aujourd’hui, qui boursicote et a les deux pieds bien sur terre. Quant à Jérôme, personnage central tout compte fait de cet album, il reste ce qu’il a toujours été.

Yann, calmement, revisite donc les personnages de Vandersteen, il leur donne une autre réalité, à sa manière. Mais, ce faisant, il utilise les ficelles de la bande dessinée comme du cinéma, pour créer des personnages secondaires qui, de par leurs défauts, peuvent imprimer un vrai rythme au récit. Sans Haddock, Tintin serait mièvre, sans Lambique, Bob et Bobette seraient bien trop sages. Et c’est cette dichotomie que Yann accentue ici, avec un plaisir non dissimulé !

Ce qu’il fait aussi, dans cet album, c’est reprendre le côté fable de Vandersteen, qui, parlant à petites touches du monde et de la société, retirait toujours de ses récits une certaine  » morale « . Mais la morale de la fable racontée ici par Yann et son complice Valkema est aussi inattendue, finalement, que la trame même de l’histoire loufoque qu’ils nous racontent !

Cela dit, au-delà de tout cela, c’est bien d’un hommage qu’il s’agit ici, un hommage vécu en toute liberté par un scénariste sans complexe, et par un dessinateur qui s’inscrit pleinement dans le style  » Vandersteen « , tout en poussant la caricature bien plus loin que ce que faisait le créateur de Bob et Bobette !

Yann: Lambique
Yann: comme dans une fable, la morale … en guise d’hommage!

 

Il y a, dans ce  » Cromignonne « , des tas de références aux albums anciens de Bob et Bobette. Il y a également un côté typiquement bruxellois, dans le langage comme dans les décors. Il y a des jeux de mots que n’auraient pas désavoué un Dac ou un Goscinny (dura silex sed lex, Hanna et Barbarella…).

Et puis, il y a le thème lui-même qui, malgré son humour, se révèle extrêmement sérieux. Le voyage dans le temps, l’homme face à son propre passé, les sentiments passés au laminoir de la mémoire, et les distorsions temporelles qui ne peuvent que naître d’une intervention immédiate dans ce qui a été et ne sera, dès lors, plus de la même manière !

En lisant cet album, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à René Barjavel, l’auteur extraordinaire de l’extraordinaire  » Voyageur imprudent « . Le thème est le même, mais, ici, il fait sourire, alors que, chez Barjavel (ou Poul Anderson), il est source d’angoisse et d’horreur.

Et j’avoue apprécier que le neuvième art, ainsi, non content de se rendre hommage à lui-même, s’avère capable de rendre hommage également à une littérature qui mériterait d’être redécouverte !

Yann: Bob et Bobette et Barjavel

Les fans inconditionnels de  » Bob et Bobette  » seront sans doute déstabilisés par cette bd-hommage. Mais la démarche de créer une nouvelle série qui pourrait s’intituler  » Le Bob et Bobette de…  » ne manque ni d’ambition ni de possibilités imaginatives et créatives !

Et même si le dessin de Gerben Valkema n’est pas de ceux qui m’attirent dès le premier regard, il accompagne parfaitement le texte de Yann, dans cette aventure souriante, iconoclaste parfois, endiablée souvent, respectueuse à sa manière.

Un bon album qui, en outre, donne l’envie de relire les grands classiques de Vandersteen, comme le Diamant noir, le Teuf Teuf Club, Lambique gladiateur… Un album qui souligne l’importance que Bob et Bobette ont eue, et ont encore, dans la grande histoire de la bande dessinée !…

 

Jacques Schraûwen

Bob et Bobette : Cromignonne (dessin : Gerben Valkema – scénario : Yann – d’après Willy Vandersteen – éditeur : Editions Standaard)

Le Singe Jaune

Le Singe Jaune

Un album de Barly Baruti, c’est toujours un plaisir. Plaisir de mots, plaisir de couleurs, plaisir de partages… Et c’est encore le cas ici, avec ce livre dont il parle, dans cette chronique, avec une vraie tendresse pour son sujet !

Nous sommes en 2008. Une jeune journaliste belge, Paulette Blackman, part en République Démocratique du Congo, accompagnée d’Anaclet Verschuren, un traducteur métis, ex-employé à l’Office des Etrangers. Sa mission : retrouver et photographier une nouvelle espèce de primate, un singe jaune à gorge rouge ! Un singe qui a été découvert, au fin fond du Congo, par le docteur Pieter Goovaerts.

Et cette jeune européenne va ainsi se confronter à un pays immense, un univers aussi avec lequel son propre univers de journaliste belge n’a aucun rapport.

Au-delà de ce qui est, profondément, une bande dessinée d’aventures exotiques, avec tous les rebondissements qui font une bonne histoire, comme on dit, Barly Baruti aime parler de ce qu’il connait, de ce qu’il est, aussi. Et de deux pays dont l’histoire, celle que l’on pourrait définir comme majuscule, se rejoignent, intimement. Au travers des sujets qu’il traite dans ce  » Singe jaune « , et ils sont nombreux, des enfants soldats jusqu’à un néo-colonialisme latent, du métissage jusqu’au pillage des richesses d’un pays, de la haine à la tendresse, de l’esclavage moderne à l’émerveillement, au travers de ces thèmes qui lui sont chers depuis toujours, c’est aussi de rendez-vous manqués qu’il nous parle, entre deux mondes, entre deux pays, entre deux cultures. Mais il le fait avec presque de la sérénité, en posant des questions, certes, mais des questions qui se révèlent surtout des pistes de réflexion, et qui, à aucun moment, ne se veulent moralisatrices ou, pire, porteuses de jugements a posteriori.

 

Barly Baruti: des questions qui ne sont jamais moralisatrices

Les personnages sont nombreux, dans ce livre. Celui qui semble être le pivot du récit, c’est Anaclet Verschuren. Il l’est parce qu’il est en quête d’un père qu’il n’a jamais connu, même s’il se refuse à le reconnaître. Il l’est, parce que ce sont ses propres racines qu’il va découvrir dans ce pays où moiteur et chaleur se mêlent et se propagent jusqu’au plus profond de l’âme. Il l’est de par sa particularité physique, bien entendu, puisqu’il est mulâtre.

C’est d’ailleurs, finalement, ce qui sous-tend réellement ce livre : le métissage ! Un métissage qui fait peur, autant aux Africains qu’aux Européens, aux Blancs qu’aux Noirs. Un métissage qui dépasse la seule apparence pour devenir un moteur d’existence. Un métissage qui, peut-être, est le véritable avenir de l’humanité !

Barly Baruti: le métissage

 

 

 

Barly Baruti est un dessinateur congolais. Il est surtout un dessinateur réaliste particulièrement doué, de ses crayons comme de ses pinceaux, de ses traits comme de ses couleurs, pour restituer au papier tout ce qui le fait vibrer, tout ce qui le fait sourire.

J’ai toujours pensé que ce qui faisait l’intérêt, et le talent, d’un artiste, quel que soit le domaine de son art, tenait d’abord et avant tout au fait qu’il parle de ce qu’il connaît. De lui, bien sûr, de ses rêves, de ses passés, de ses imaginaires, mais aussi des lieux dans lesquels il a vécu, des endroits où ses pas ont croisé ceux des personnages qu’ensuite il nous fait découvrir.

Ainsi, la  » brousse  » dans laquelle ses héros,  » bons  » et  » méchants  » se baladent pendant une bonne partie de cet album, cette forêt, cette jungle, Baruti la connaît, et cela se ressent. Ce qui se ressent aussi, c’est tout le soin qu’il a pris à dessiner le monde animal. Avec, même, à certains moments, un bel humour, quand un homme blanc exprime toute sa peur face à un gavial, et que le guide africain lui indique que cet animal n’attaque jamais l’homme… Il y a là un côté didactique intéressant, également…

Le talent réaliste de Barly Baruti fait merveille. Dans la lignée évidente, la filiation plutôt d’un Hermann, c’est une certaine perfection dans la représentation qu’il recherche, ce qui l’a poussé, pour cet album, à aller chercher de l’aide auprès du plus grand de nos dessinateurs animaliers, Frank Pé. Et le résultat nous met en présence d’une Afrique que tous ceux qui la connaissent ne fut-ce qu’un peu reconnaîtront immédiatement!

Barly Baruti: la brousse

 

En une époque où les penseurs et les historiens oublient bien trop souvent, par idéologie bien plus que par science, de replacer les événements dans leur contexte, il est réjouissant de lire un livre comme celui-ci. Un livre qui n’évite nullement de nous montrer les drames que vit le Congo, aujourd’hui, des drames qui prennent leur source, et personne ne peut le nier, dans un passé colonial qui fut celui de la Belgique et de tous les pays occidentaux.

Mais Barly Baruti ne juge pas, il nous raconte une histoire, il nous mène des larmes à l’émerveillement, il nous fait accompagner les pas de différents personnages d’abord et avant tout en quête d’eux-mêmes, il nous montre la réalité, faite de viol, de violence, mais aussi de sourires et de partages, il nous montre, par des non-dits et des sous-entendus, une société africaine qui ne renie à aucun moment ses origines tribales, il nous parle du hasard qui reste un des éléments essentiels de l’existence. Il le fait avec humour, ancré qu’il est de par sa profession dans les deux mondes qu’il nous restitue, celui de la Belgique et celui du Congo.  » Flamand, ça sonne mieux que mulâtre « , dit, par exemple, un de ses protagonistes.

Et puis, il y a, tout au long de cet album, un optimisme bienvenu en cette époque de doutes qui est la nôtre. Un optimisme qui n’a rien de béat et qui est même d’un bel humanisme !

Barly Baruti: l’optimisme

 

Même si, de ci de là, quelques erreurs sont visibles (une différence entre les dates du dossier et du quatrième de couverture et les dates réelles de l’aventure vécue dans l’album, par exemple…), ce  » Singe Jaune  » est un livre passionnant, de bout en bout. Et Barly Baruti fait, sans aucun doute possible, partie des grands dessinateurs réalistes actuels, un des grands maîtres de la couleur en bd également !

Un livre qui vaut le détour!….

 

Jacques Schraûwen

Le Singe Jaune (dessin, scénario, couleurs : Barly Baruti – scénario : Christophe Cassiau-Haurie – éditeur : Glénat)

Chronique publiée sur le site de la RTBF le mardi 13 février 2018

La Guerre des Lulus : 5. 1918

La Guerre des Lulus : 5. 1918

La Grande Guerre, celle de 14, touche à sa fin. Et les Lulus, ballotés par des événements qui les dépassent mais qui les poussent à se révéler à eux-mêmes, vivent peut-être les ultimes heures de leur amitié.

 

Cela fait cinq ans, cela fait cinq albums que Régis Hautière et Hardoc nous font suivre, avec passion, les pérégrinations de leurs jeunes héros. Jeunes ?… Oui, en tout cas au début de cette série, en 1914, lorsqu’ils ont dû quitter l’abri de leur orphelinat pour fuir l’avancée d’un ennemi impitoyable. Moins jeunes, infiniment, en cette année 1918, où, de retour en France, ils découvrent que la résistance est une réalité quotidienne, une résistance à laquelle ils participent bon gré mal gré.

Ces quatre Lulus, qui, en fait, n’ont de commun que les premières lettres de leurs prénoms respectifs, ont commencé la guerre comme une aventure, rien de plus. Ils l’ont continuée, cette aventure, en perdant peu à peu tous leurs rêves d’enfants, obligés de les confronter à une réalité où l’utopie laisse la place à la mort, où l’espérance se heurte à des avenirs aux couleurs de l’horreur.

En cinq albums, ils ont vieilli, ils ont mûri, ils sont passés de l’enfance à l’adolescence, très vite, et encore plus vite de l’adolescence à l’aube de l’âge adulte. Ils sont passés de la naïveté au drame, un drame qui, dans cet album-ci, n’est plus un simple décor mais devient partie intégrante de leurs quotidiens d’enfants perdus dans la guerre et éperdus de liberté et d’amitié.

Ce qu’ils découvrent aussi, en vieillissant, c’est que la noblesse des sentiments et des actes reste possible même face à l’adversité la plus terrible. Ils comprennent, au-delà des collaborations honteuses, ce que signifie l’expression qu’ils ne connaissaient pas :  » être un honnête homme « …

Régis Hautière: de la naïveté au drame
Régis Hautière: un honnête homme
Régis Hautière: l’amitié

Dans ce genre de série, la difficulté pour les auteurs, c’est de parvenir à soutenir l’intérêt des lecteurs d’album en album, certes, mais c’est aussi de réussir à ce que l’ensemble de l’histoire qu’ils nous racontent reste cohérent et sans cesse plausible.

Et là, tant dans le texte de Régis Hautière que dans le dessin de Hardoc, la réussite est totalement au rendez-vous. Les personnages vieillissent, tant dans l’apparence que dans le caractère, lentement, progressivement, et c’est de par cette évolution mentale et physique qu’ils deviennent proches des lecteurs, des lecteurs adolescents comme des lecteurs adultes.

Le trait de Hardoc, classique dans sa forme semi réaliste, dans la lignée de ce qu’on appelle l’école de Charleroi, ne cherche jamais à éblouir. Son graphisme ne veut rien prouver ni démontrer, il restitue, tout simplement !

Et ce qui permet aussi à l’attention du lecteur de ne jamais faiblir, c’est le travail de dialoguiste de régis Hautière. Tous les personnages, même les secondaires, ont un langage qui leur appartient, comme leur appartiennent, grâce au dessin, les mouvements et les gestes.

 

Et puis, il y a la couleur de David  François et Hardoc, qui, elle non plus, ne cherche à aucun moment à prendre toute la place, à faire étalage d’une virtuosité. Dans une série  » chorale « , il était important, à tous les niveaux, que les projecteurs restent braqués, même indirectement, sur les héros du récit, et la lumière comme la couleur participent pleinement à cette réussite !

Hardoc: la couleur

Ce  » 1918  » pourrait être l’ultime épisode de cette série qui, plus loin que son sujet central, la guerre, nous fait suivre des jeunes hommes à la recherche d’eux-mêmes, à  la poursuite de vérités  sans cesse changeantes. Des hommes en devenir qui apprennent le poids de la trahison, la force de l’amitié, la détresse de l’abandon.

Mais ce livre n’est pas la fin de l’histoire ! Régis Hautière tout comme Hardoc se doivent, désormais, de nous montrer leurs héros dans des  quotidiens qui n’auront plus rien à voir, peut-être, sans doute, avec la survie.

Et je me réjouis de retrouver très vite ces quatre Lulus qui, adultes, vont avoir à lutter encore et encore, certainement, pour garder en eux la souvenance et la réalité de ce que furent leurs combats entre 1914 et 1918. Leurs combats, et leurs rêves, et leur amitié!…

 

Jacques Schraûwen

La Guerre des Lulus : 5. 1918 (dessin : Hardoc – scénario : Régis Hautière – couleur : David François – éditeur : Casterman)

Chronique publiée sur le site RTBF le vendredi 09 février 2018

Tout le génie de Franquin en deux albums !

Tout le génie de Franquin en deux albums !

Franquin fut, avec des complices tels que Jijé, Jidéhem, Delporte, un des plus grands artistes du neuvième art. Et ces deux livres qui rendent hommage à son talent ne peuvent que se trouver dans toutes les bibliothèques des amateurs de BD !

 

Franquin©Dupuis

 

 

Les Bandeaux Titres du Journal Spirou (1953-1960)

 

Après la guerre 40/45, il s’agissait d’offrir à la jeunesse autre chose que les souvenirs de l’horreur. Le journal Spirou existait depuis pas mal de temps, déjà, et avait réussi, bon gré  mal gré, à se maintenir pendant les années d’occupation, usant et abusant de ses dessinateurs qui, à l’instar de Jijé, ont ainsi repris au vol des séries américaines interdites de séjour par l’occupant nazi.

Et c’est à la fin des hostilités que le plus grand des concurrents de Spirou a vu le jour, le fameux « Tintin magazine »… Un magazine qui, dès ses premiers numéros, attirait tous les regards par la richesse de sa une. Une richesse graphique, puisque les plus grands y offraient une véritable illustration en pleine page, de Hergé à Jacobs, de Martin à Vandersteen, de Cuvelier à Craenhals.

II a fallu au journal de Spirou quelques années pour comprendre que la une d’un magazine était la première des accroches possibles, et qu’il fallait s’en occuper avec un soin tout particulier. Après pas mal de tentatives, plus ou moins réussies, pour rendre cette toute première page attrayante au regard, est enfin venu le temps de Franquin. Artiste multiforme, on lui a pratiquement laissé carte blanche pendant des décennies pour annoncer, à la une, une des histoires à découvrir dans le journal.

Sans jamais pasticher, mais en respectant toujours à la fois son propre style et les propres qualités de la bande dessinée qu’il annonçait, Franquin s’est fait ainsi la véritable cheville ouvrière du magazine dont, en outre, il était le dessinateur de deux de ses héros primordiaux, Spirou et Gaston.

Et ce sont plis de 300 de ces bandeaux titres qu’on retrouve dans ce livre, chacun de ces bandeaux étant un hommage à un des collègues de Franquin… Buck Danny, Kim Devil, Timour, l’Oncle Paul, le Fureteur, Blondin et Cirage, tous ces personnages, toutes ces séries emblématiques du journal Spirou reprennent vie, dans cet album, avec toute la vivacité, l’imagination et le sourire de Franquin.

A ne rater, donc, sous aucun prétexte !…

 

     Franquin©Dupuis

 

 

Biographie D’Un Gaffeur

 

Les collectionneurs connaissent, bien évidemment, la collection Gag De Poche des éditions Dupuis. Cette collection, bon marché, en noir et blanc, et d’un format véritablement de poche, permettait, d’une part, de commercialiser encore plus largement les héros du journal Spirou, comme Bobo, Gil Jourdan, Boule et Bill ou le Vieux Nick, et, d’autre part, de faire découvrir des auteurs qui n’avaient pas braiment leur place dans le magazine, avec les Peanuts, Lassalvy, ou l’exceptionnel Virgil Partch.

Et Gaston, le héros sans emploi de l’administration du journal Spirou, a eu droit à son petit album gag de poche, lui aussi.

Il s’agissait, pour l’éditeur, évidemment, de rentabiliser un matériel graphique existant déjà. Mais dans ce gag de poche numéro 26, édité en 1965, si la majorité des « gags » étaient déjà parus précédemment en album, il y en a d’autres qui, inédits, ont été créés par Franquin et Jidéhem pour ce petit ouvrage.

Un ouvrage réédité, donc, et qui permet de mieux savourer encore, peut-être, tout le talent de Franquin. De par son format, de par l’adaptation de découpage qu’il a fallu faire à l’époque pour reconstruire les gags préexistants, de par le noir et  blanc, aussi, ce livre fait entrer encore plus, me semble-t-il, le lecteur dans l’univers déjanté et exceptionnel d’André  Franquin !

 

Jacques Schraûwen

« Les Bandeaux Titres Du Journal Spirou 1953-1960 » et « Biographie D’Un Gaffeur » (auteurs : Franquin,  Jidéhem et Delporte – éditeur : Dupuis – 2017)

Gyal Groar signale que dans le livre « biographie d’un gaffeur »:   » c’est que des gags de l’album zéro de Gaston, ce fascicule à l’italienne agrafé et toute première publication du gaffeur hors du journal de Spirou, on été re-dessinés pour ce livre de poche. »
Et Fred Jannin confirme: « En effet, Jacques, le « plus » de cet album est qu’il fut (presque) entièrement redessiné (dans des délais de fou, dixit Jidéhem) pour le format de poche. D’où cette nouvelle édition au format des originaux. Certaines planches sont juste « remontées » mais la plupart redessinées. Par exemple le gag des souris reproduit sur ton blog dont voici la première version. »

 

Maxime & Constance 3 : Eté 1794

Maxime & Constance 3 : Eté 1794

Chronique de Jacques Schraûwen, publiée sur le site RTBF

 

Avec cet album se termine  » La Guerre des Sambre « . Une œuvre majeure de l’histoire de la bande dessinée! Et, dans cette chronique, écoutez l’interview des auteurs, Yslaire et Boidin…

 

Au départ, il y a la série intitulée tout simplement  » Sambre « . Une série qui a obligé, assez vite, son auteur, Yslaire, à plonger dans d’autres époques, dans d’autres histoires capables d’expliquer, ou au moins d’éclairer, les aventures tragiques et romantiques de ses personnages premiers. C’est ainsi qu’est née  » La Guerre des Sambre « , en trois époques, en trois triptyques. Dont le dernier, aujourd’hui, prend fin, et avec brio, avec cet  » Eté 1794 « .

Pour résumer cet épisode, je me contenterai de vous dire qu’on retrouve Maxime et son épouse Louise, déchus de leur  » noblesse « , dans un Paris vibrant aux accents de la Révolution. Un Paris où le pouvoir est celui de la rue, d’abord et avant tout, même si cette rue suit quelques tribuns comme Robespierre. La guillotine, la trahison, l’amour des femmes, le feu de la haine quotidienne, l’obligation pour tout un chacun de se réinventer dans une société où tout est sans cesse à recréer, voilà quelques-unes des trames qui construisent cet album.

Mais il y en a plein d’autres : Yslaire parvient à ne perdre aucun de ses lecteurs dans l’accomplissement des destins de ses personnages, et il le fait à la manière des tragédiens classiques. La foule, le peuple, omniprésents dans ce livre, sont là comme un chœur antique, qui regarde, qui réagit, qui intervient parfois et modifie ainsi l’action telle qu’elle aurait pu ou dû exister.  » Sambre « , c’est une tragédie, oui, dans laquelle les femmes occupent un rôle primordial très souvent… Un fils trahit son père, un mari renie sa femme, une religieuse devient folle de liberté… Et planent toujours, sur ces êtres tous à la dérive, le rouge de regards qui, signes d’une maladie, sont aussi les images-mêmes d’une damnation sans recours !

La superbe trouvaille, très symbolique aussi, qu’a eue Yslaire pour nous emporter à sa suite dans ce qui est, profondément, son  » grand œuvre « , c’est de choisir comme ligne narrative les écrits que Louise envoie à sa mère, et de nous montrer en même temps que le langage de la rue, lui, ne correspond plus du tout à celui, châtié, poétique presque, d’une noblesse condamnée à disparaître ou à se renier.

Yslaire: Sambre, un « grand œuvre »…

 

Ce qui est remarquable, dans cet album, c’est le foisonnement des personnages, un foisonnement qui n’empêche nullement que chacun de ces personnages ait une vraie consistance, une vraie présence. La figure de Robespierre, par exemple, occupe une place importante. Le regard qu’Yslaire porte sur lui n’est pas celui auquel on est habitué, d’ailleurs, tout comme le faisait Fred Vargas dans un de ses romans policiers. En fait, il y a chez les auteurs, le scénariste comme le dessinateur, la volonté de s’intéresser essentiellement à l’humanité de tous ceux qu’ils mettent en scène, quels qu’en soient les défauts et les veuleries. Et cela passe par leurs mots, par leurs gestes, par leurs regards, aussi, surtout même.

Cela passe également par un trait graphique qui refuse la pudibonderie, sans pour autant déraper dans un voyeurisme inutile. Le dessin, pour raconter Maxime, Louise, Constance, Josepha et tous les autres, pour les expliquer, pour leur donner vie, ne pouvait qu’être charnel… C’était déjà ce que faisait Yslaire au tout début de la série, c’est aussi, avec talent, ce que fait Boidin.

Yslaire: Robespierre

 

Parlons-en, d’ailleurs, du dessin de Marc-Antoine Boidin. C’est en metteur en scène qu’il travaille, incontestablement, et son dessin, même si ce n’est pas de la copie de celui d’Yslaire, s’en inspire de manière évidente. Tout en s’en déviant, par les angles de vue, d’une part, par le découpage aussi, plus sage, plus traditionnel.

Sa façon de travailler la couleur est également assez différente de celle d’Yslaire. Boidin a une palette moins variée, sans doute, mais il pallie ce manque de variété par un sens aigu de la lumière, par la façon qu’il a d’éclairer chaque page, créant ainsi plus que des ambiances, de véritables fils conducteurs entre les différentes actions qu’il nous dessine, qu’il nous raconte.

Marc-Antoine Boidin: le dessin
Marc-Antoine Boidin: la lumière et les couleurs

 

 

Le gros problème avec cette saga des Sambre (au total, pour le moment, 16 albums !), c’est que le lecteur, parfois, peut se perdre dans les différentes histoires, dans les différentes tranches d’Histoire également.

Ici, avec cet ultime tome de la Guerre des Sambre, il n’en est rien. La mémoire revient vite, très vite, dès les premières pages, sans qu’on se sente obligé, lecteur, à aller relire le ou les volumes précédents.

 » Eté 1794 « , c’est un livre sur les infidélités, charnelles, religieuses, de conviction aussi. C’est un livre sur le langage. C’est un livre sur la mémoire, sur la folie, sur le regard, sur la grande Histoire, sur la naissance et la mort toujours intimement mêlées.

C’est un livre extrêmement réussi qui appartient totalement et sans faiblesse à cette œuvre somptueuse dont Yslaire est le maître d’œuvre : les Sambre, et leurs yeux couleur de sang !

 

Jacques Schraûwen

Maxime & Constance 3 : Eté 1794 (scénario : Bernard Yslaire – dessin et couleurs : Marc-Antoine Boidin – éditeur : Glénat)