La Conquête De L’Espace

La Conquête De L’Espace

Il y a cinquante ans, l’homme marchait sur la lune !

Nous sommes à un mois de l’anniversaire d’un des événements les plus emblématiques du vingtième siècle, et le monde de la bande dessinée s’y intéresse de près…

la conquête de l'espace
La conquête de l’espace © Casterman

C’était le 21 juillet 1969… Merckx gagnait son premier tour de France, mais, surtout, l’homme mettait le pied sur la lune ! Un événement qui a enthousiasmé le monde entier. Sauf les poètes et les Frères Jacques… Un peu comme si le fait d’aller sautiller sur notre satellite ouvrait la porte à la réalité d’un monde meilleur ! C’était une aventure, certes, mais née, par l’intermédiaire de Von Braun, sur les cendres les plus horribles de la deuxième guerre mondiale !

Cela reste cependant, aujourd’hui, un des moments essentiels de l’Histoire de l’humanité !

Et le livre qui vient de sortir chez Casterman, dans la collection des « reportages de Lefranc », raconte cette épopée, de sa genèse jusqu’à son aboutissement. Ce livre,  » La conquête de l’espace « , n’est pas une bd, mais plus un livre de vulgarisation scientifique illustré à la manière d’une bande dessinée. Et aux commandes du texte, Pierre-Emmanuel Paulis, qui travaille à l’Euro Space Center, sait de quoi il parle, sans aucun doute !

Pierre-Emmanuel Paulis
Euro Space Center
Euro Space Center © JJ Procureur

La qualité de cette collection réside dans la volonté des auteurs de créer des albums lisibles par chacun, des albums qui, certes, correspondent à une passion, à une époque précise, à un événement, comme ici, mais qui replacent tout cela dans un contexte le plus précis possible. Précis, oui, historiquement comme technologiquement.

Pierre-Emmanuel Paulis construit son texte presque journalistiquement, dans un style direct totalement accessible. Et puis, il y a le dessin de Régric, un vrai dessin  » neuvième art « … Documenté, précis, mais aussi axé d’abord sur l’être humain ! Son style réaliste s’inscrit résolument dans la filiation de l’œuvre de Jacques Martin, et son sens de l’illustration sert de contrepoint aux photos qui, pour importantes qu’elles soient, manquent de vie, de vivacité, reconnaissons-le ! Reconnaissons aussi le talent de Bruno Wesel, dont les couleurs, très réalistes elles aussi, jouent avec les ombres et les perspectives avec beaucoup de réussite.

Régric
les auteurs de "La Conquête de l'Espace", "Lune Rouge" et "Airborne 44" à l'Euro Space Center
les auteurs de « La Conquête de l’Espace », « Lune Rouge » et « Airborne 44 » à l’Euro Space Center © JJ Procureur

Cet anniversaire ne pouvait pas se préparer sans livre, mais il ne pouvait pas non plus se faire sans la participation de l’Euro Center de Transinne, bien évidemment !

Une exposition y fait se côtoyer les dessins de Régric et différentes pièces étonnantes et parlantes de la collection privée de Pierre-Emmanuel Paulis.

Et en se baladant dans ce centre étonnant et extrêmement moderne, n’hésitez pas à tenter une expérience de réalité virtuelle aux sensations étonnantes, et puissantes ! Je vous garantis quelques frissons envoûtants!…

Dirk Frimout, Jarbinet et P.-E. Paulis
Dirk Frimout, Jarbinet et P.-E. Paulis © JJ Procureur

Cela dit, cet anniversaire va permettre à d’autres albums de parler de conquête spatiale, eux aussi, avec moins de précision scientifique (quoique !) et plus d’imagination… De quoi varier les plaisirs ! Dans  » La Lune Rouge  » (de Corteggiani et Alvès) , c’est en pleine guerre froide que nous plonge Lefranc. Une guerre froide qui est à la base de toute la technologie qui a permis, en 1969, de permettre à l’homme de fouler le sol de l’astre des poètes…

Avec Airborne 44, Jarbinet nous rappelle que les ruines d’une guerre permettent souvent des avancées telles que le monde ne peut, la guerre finie, que changer, évoluer, vite, sans tenir compte de la valeur humaine de ceux que la société accepte d’utiliser pour leurs valeurs scientifiques… Sur les ruines, parfois, se construisent des rêves auxquels donner vie!

Jacques Schraûwen

Les Reportages de Lefranc – La Conquête De L’Espace (dessin : Régric – texte : P.-E. Paulis – éditeur : Casterman)

La Conquête de l’Espace © Casterman
Pico Bogue : L’Heure Est Grave

Pico Bogue : L’Heure Est Grave

Humour, tendresse, poésie… sans aucune mièvrerie !

Onzième volume d’une série bd exceptionnelle ! Et je pense que Pico Bogue devrait être « l’ami » de toutes celles et de tous ceux pour qui l’enfance ne s’efface jamais !

pico bogue
Pico Bogue © Dargaud

D’album en album, Alexis Dormal, le dessinateur, affirme l’originalité de son talent. Sans rien renier de ses influences totalement assumées, qu’elles soient celles de Sempé ou de Quino, il possède réellement un dessin à l’évidente personnalité. Ses traits, parfois à peine esquissés, mais toujours expressifs, en sont une des qualités… Mais la plus puissante de ses qualités et de ses originalités réside dans la couleur qui, transparente, lumineuse, fait de chaque dessin, ou presque, une petite aquarelle que l’on peut admirer dans la douce lenteur de l’instant qui passe.

pico bogue
Pico Bogue © Dargaud

Pico Bogue est-il un personnage emblématique de ce qu’on appelle la littérature jeunesse ? Pas vraiment, non… Bien sûr, ses  » aventures  » (vécues à taille d’enfance) peuvent être lues et savourées par un jeune public qui s’y retrouvera, qui y retrouvera ses quotidiens, ses jeux, ses angoisses, ses éclats de rire, ses découvertes. Mais Pico Bogue est aussi un personnage merveilleusement adulte, par son côté moralisateur, mais dans le bon sens du terme, le sens à  » La Fontaine « , sans dogmatisme aucun. Et toujours pour le simple plaisir de partager ses impressions et ses questions avec des adultes qu’il ne comprend pas toujours, comme eux ne le comprennent pas non plus.

pico bogue
Pico Bogue © Dargaud

Pico Bogue (et ses créateurs…) joue avec les mots et les idées. Il nous prouve que la vraie philosophie, loin des Serres ou BHL pontifiants, c’est l’enfance. Une enfance qui garde sans cesse les yeux ouverts, la mémoire en éveil, et le sentiment toujours présent. Une enfance qui n’est pas celle de l’âge, mais du regard, du rêve, de l’humour, de la poésie.

Pico Bogue, ainsi, nous parle de douleur, de beauté, d’éducation, il nous montre une famille, avec ses failles, certes, mais avec son amour et ses partages aussi, avec cette nécessité essentielle de parler, de communiquer. A ce titre, je trouve extrêmement intéressant et intelligent le fait que les auteurs nous montrent un univers dans lequel, la plupart du temps, les technologies actuelles (smartphone, tablette, etc.) sont inexistantes. L’essentiel de cette série, c’est l’échange, c’est la volonté de se découvrir les uns les autres, en face à face.

Oui, Pico Bogue est un philosophe humaniste et humanisant !

pico bogue
Pico Bogue © Dargaud

 » Ca me nuit d’être exceptionnel « , nous dit Pico Bogue… Mais cett lucidité, tellement nécessaire dans un monde où Audiard ne saurait plus où donner de la tête et du mot, est d’une fraîcheur toujours prête à s’émerveiller. Et elle n’empêche nullement la poésie, celle des yeux qui se croisent, celle des silences qui s’entrecroisent, celle des tendresses qui s’avouent.

Et cette poésie, sans rimes, sans raison, mais avec passion, n’empêche nullement, elle, l’humour… Mais aussi d’aborder des réalités qui ne sont pas toujours réjouissantes : le sexisme, le commerce, l’éducation, la politique… Et la vie intérieure, les émotions amoureuses, l’amitié avec ceux qui ne nous ressemblent pas…

Et puis, il y a dans cet album-ci une longue histoire d’une quinzaine de planches, qui, elle, nous parle de la peur, de la vieillesse, de la maladie, de la mort… Tout en petites touches quotidiennes, ce récit, tout en émotion, nous montre un enfant qui découvre que l’éternité n’est jamais que celle du moment qui passe…

Pico Bogue vieillit, oui, d’album en album, sans jamais rien perdre de son besoin de ne pas correspondre à des  » codes  » imposés par une société dans laquelle, c’est vrai, il s’inscrit pleinement, tout en s’en éloignant par la seule force de ses sourires et de ses réflexions.

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Pico Bogue © Dargaud

Dominique Roques, la scénariste, ne cherche à aucun moment à  » éblouir  » par sa culture générale, par la pureté simple de ses textes. Tout comme Alexis Dormal, son dessinateur de fils, ne cherche nullement, lui, à faire étalage de ses talents de coloriste et de graphiste !

Pico Bogue, c’est une fusion entre deux auteurs… C’est une série essentielle qui se doit d’avoir sa place dans toutes les bibliothèques, et pas seulement celles consacrées à la bande dessinée !

Jacques Schraûwen

Pico Bogue : L’Heure Est Grave (dessin : Alexis Dormal – scénario : Dominique Roques – éditeur : Dargaud)