Brigitte Bardot

Brigitte Bardot

Le portrait d’une femme passionnée, fascinante, parfois ambiguë.

Cette collection, intitulée « Les étoiles de l’Histoire », doit permettre de découvrir sans miroir déformant la vie de quelques stars de notre Histoire plus ou moins proche. Mission accomplie avec cet album consacré à B.B. !

Brigitte Bardot © Dupuis

Qui est réellement Brigitte Bardot, qui était-elle, qui est-elle aujourd’hui ? Pour répondre à cette question, Bernard Swysen, le scénariste de ce livre, s’est essentiellement fait biographe, avec un recul le plus objectif possible par rapport à son « sujet ». Et, reconnaissons-le, lorsqu’on aborde des personnalités comme BB ou Marilyn Monroe, être objectif tient presque de l’impossible ! La starification rend la compréhension d’un être humain extrêmement complexe, tant il est vrai que tout se mélange, le métier, la vie privée, les rêves, les déceptions, voire les désespoirs. Bernard Swysen ne s’est donc pas contenté de relayer ce que les journaux, en masse, ont dit et redit de Brigitte Bardot. Il les a lus, c’est évident, il en tient compte, comme il tient compte aussi des textes de Bardot elle-même, des confidences recueillies ici et là auprès de comédiens, de chanteurs qui l’ont approchée de près, de très près souvent même.

Brigitte Bardot © Dupuis

Pour commencer en beauté, ce livre nous offre une préface de Mylène Demongeot, une actrice qui aurait pu être star, elle aussi, à la manière de Brigitte Bardot, si ses engagements personnels et amoureux n’en avaient pas décidé autrement sans doute. Son regard sur ce qu’est une star mérite, assurément, d’être reproduit : « Je me suis aperçue d’une chose : les actrices remarquables, il y en a pas mal à travers le monde, mais les stars ? Dans les années soixante, je peux vous citer Marilyn Monroe, Brigitte Bardot, James Dean, Marlon Brando. C’est tout. Et quelle est la caractéristique de ces stars ? Eh bien, ces êtres d’exception émettent des vibrations sexuelles qui ne laissent personne indifférent. »

Et il est impossible, en effet, quand on parle de Brigitte Bardot, de parler d’indifférence, et de nier l’impact érotique que sa présence, son jeu, son phrasé a eu sur les millions de spectateurs à travers le monde. Avant même d’être une actrice, elle était déjà bien plus qu’une starlette, et c’est son image qui, en quelque sorte, a créé le mythe Bardot avant qu’il ne se révèle dans la lueur des projecteurs de cinéma.

Brigitte Bardot © Dupuis

Et une des qualités de cette bande dessinée, c’est de nous montrer Brigitte Bardot telle qu’elle était, c’est-à-dire multiple, presque indéfinissable. Source d’adoration et de haine, elle se savait actrice et on ne voulait d’elle que comme petite comédienne. Pendant des années, elle a eu « des grands rôles dans des petits films et des petits rôles dans des grands films ». Elle était cette icône que les journaleux et les pseudo-photographes poursuivaient jusque dans ses moments intimes, et, en même temps, elle était cette actrice qui, devenue « la Bardot » grâce à Vadim et son « Et Dieu créa la femme », crevait l’écran, selon l’expression consacrée, par la sensualité et le modernisme de son jeu. Femme libre, femme amoureuse, femme infidèle, femme symbole, femme volontaire, femme aux détresses évidentes, femme aux opinions tranchées, en une époque où le rôle de la femme était sociologiquement révolu au service de l’homme, Brigitte Bardot ne pouvait qu’être scandaleuse. Et provoquer, en étant elle-même simplement, ce mépris qui reste le titre d’un de ses films essentiels.

Et puis, au sommet d’une gloire incontestable, elle a été la star décidant d’arrêter le cinéma, et, surtout, se tenant à cette décision malgré les propositions dotées qui lui furent faites. Pas par lassitude, non, par un engagement pour la cause animale qui lui a offert quelques vraies réussites, quelques douloureuses désillusions, et, surtout, une image médiatique souvent mise à mal.

Brigitte Bardot © Dupuis

Brigitte Bardot a vécu mille vies, mais à partit du jour où elle a quitté irrémédiablement le monde du septième art, elle n’a jamais abandonné son combat pour les animaux. Tout en continuant, aussi, à être ce qu’elle a toujours été, une femme en nécessité d’amour. Une femme se refusant, également, à la langue de bois, à hurler avec les loups. Et c’est là qu’elle a vécu quelques nouvelles attaques contre elle, au travers de ses déclarations, qui ont pu être taxées de racistes, d’extrémistes, au travers de ses écrits.

Cet album ne cache rien de tout cela, de tout ce qui forme la silhouette de Brigitte Bardot. Mais Swysen le fait presque comme un historien, en respectant une linéarité temporelle et en laissant son avis se vivre dans une sorte de distanciation respectueuse et tranquille. Son but n’est pas de juger, mais de montrer, et il y parvient avec une belle efficacité.

Une efficacité rendue encore plus possible grâce au dessin de Christian Paty. Sans se laisser aller à des effets spéciaux faciles, il a voulu s’approcher du plus près possible de Bardot, physiquement ai-je envie de dire, et, de ce fait, d’oser pour tous ceux et toutes celles qui l’entourent, une forme gentille de caricature. On sent ainsi son plaisir de graphiste à dessiner Bécaud, Trintignant, Gainsbourg, Birkin… Son dessin fait sourire, sans jamais effacer cependant l’émotion du scénario.

IL faut souligner aussi la simplicité de la couleur de Sophie David, dont la présence, « à l’ancienne », sied parfaitement à la ligne narrative de cet album.

Brigitte Bardot © Dupuis

Un excellent livre, donc… Et je vous conseille également, des mêmes auteurs, le tout aussi bon livre consacré à Marilyn Monroe. Avec, en clin d’œil, une petite scène similaire dans les deux albums, celle d’une rencontre entre ces deux stars immortelles du septième art !

Jacques Schraûwen

Brigitte Bardot (dessin : Christian Paty – scénario : Bernard Swysen – couleurs : Sophie David – éditeur : Dupuis – 135 pages – avril 2020)

De L’Autre Côté De La Frontière

De L’Autre Côté De La Frontière

Une exposition à Bruxelles, enfin, et un album sombre et superbe !

Simenon, entre réalité et fiction. Un scénario de Jean-Luc Fromental tout en nuances, un dessin d’une belle lisibilité : Berthet est un des dessinateurs essentiels de la bd belge…

De L’Autre Côté De La Frontière © Dargaud

La mise en quarantaine de l’Art, réalité essentielle, pourtant, de la vraie liberté intellectuelle, arrive enfin à son terme… Plus ou moins, c’est vrai, puisque les distanciations « sociales » (étrange expression pour une interdiction des contacts humains) restent des ordres légaux. Mais ne boudons pas, surtout, notre plaisir à de nouveau pouvoir découvrir, admirer, rêver… A voir se rouvrir des galeries d’art qui sont les miroirs des talents qui, confinés, nous ont tellement manqué !

Donc, c’est dans la galerie Champaka que Philippe Berthet va exposer du 14 mai au 6 juin les originaux de son dernier album, l’excellent et très littéraire « De l’autre côté de la frontière ».

Et pour rester dans l’air du temps, étant donné les contraintes actuelles concernant les déplacements, encore peu conseillés, l’exposition sera accessible de manière virtuelle dès le lundi 11 mai, pour toutes les personnes intéressées, via un lien Preview par simple demande sur la page d’accueil du site de la Galerie Champaka.

http://www.galeriechampaka.com/

Berthet © Berthet

Mais au-delà de cette exposition qui, comme toujours dans cette galerie, sera claire, dépouillée, lumineuse, il y a un livre, un album, une aventure policière passionnante. Nous sommes en Arizona, à la frontière mexicaine, juste après la deuxième guerre mondiale. François Combe est un écrivain européen. Il y vit avec sa femme, son fils, leur gouvernante, et sa maîtresse. Le libertinage et l’écriture sont ses réalités, ses quotidiens. Des quotidiens qui se rougissent du sang de quelques meurtres que l’on peut qualifier de crapuleux.

La mort, depuis toujours, est omniprésente dans l’œuvre de Philippe Berthet. Ici, plus que dans ses livres précédents encore, elle se fait tragédie, mêlée intimement au sexe, celui qu’on dit tarifié, celui qui naît de la séduction, celui qui n’est qu’un signe de pouvoir, de possession.

On peut qualifier le dessin de Berthet de « ligne claire », c’est évident. Il est tout aussi évident que les couleurs de Dominique David, informatiquement travaillées, accompagnent à merveille ce parti pris artistique, de par leur présence lourde, de par la simplification des ombres et des lumières.

De L’Autre Côté De La Frontière © Dargaud
Philippe Berthet : le dessin
Philippe Berthet : la couleur

Au départ, on a l’impression de se retrouver en face d’une intrigue policière bien construite, respectueuse des codes du genre. Mais très vite, on se rend compte que derrière le personnage central François Combe se cache Georges Simenon, auteur belge incomparable de Maigret, certes, mais de bien d’autres livres également, tous s’enfouissant profondément dans les méandres de l’âme humaine. Je me souviendrai toujours du professeur Paul Osterrieth à l’ULB, dans son cours de psychologie, qui disait que les vrais psychologues, on les trouvait dans la littérature, et il citait Simenon parmi eux…

Ce choix d’un personnage central plus qu’inspiré par le réel a amené, bien évidemment, chez les deux auteurs, une approche très particulière de leur travail.

De L’Autre Côté De La Frontière © Dargaud
Jean-Luc Fromental et Philippe Berthet : le personnage central

Jean-Luc Fromental est un amoureux de la bande dessinée, lui qui, en son temps, a été rédacteur en chef du magazine Métal Hurlant. Il est aussi un amoureux du dessin, vouant une vraie admiration au génie de Pierre Joubert. Il est enfin un amoureux de la littérature, de l’Histoire, sous toutes ses formes. Dès lors, il a fait de Simenon, véritablement, un personnage de BD, de narration… Le choix d’un héros écrivain, c’est en quelque sorte, pour Fromental, dire que seule la littérature, sous toutes ses formes, peut rendre compte du rêve et du réel en même temps.

L’attrait avoué de Simenon pour les jeux de l’amour, de l’étreinte plutôt, sa plongée imaginée dans la vérité de meurtres innommables, tout cela fait du scénario de Fromental une réflexion sur la place du créateur : est-ce être libertin que de parler de sexe, est-on observateur ou voyeur, ou réussit-on à être les deux en même temps ?

De L’Autre Côté De La Frontière © Dargaud
Jean-Luc Fromental : Simenon, la mort, le sexe

Avec comme anti-héros central un « littérateur », il était normal que ce livre soit aussi extrêmement écrit, littérairement construit. Le langage de Fromental, ainsi, rend hommage à celui de Simenon, mais sans pour autant être trop présent. Le langage, en fait, est tout autant celui des mots que du graphisme, de la couleur que de l’ambiance, des décors que des visages et des regards. Et ce sont ces langages en osmose qui permettent également des raccourcis qui allègent le récit et laissent au lecteur des plages de réflexion personnelle…

De L’Autre Côté De La Frontière © Dargaud
Jean-Luc Fromental et Philippe Berthet : le langage

Montrer Simenon photographe d’intimes étreintes, c’est une manière détournée de réfléchir à la tentative toujours un peu désespérée qu’ont les écrivains de « montrer » les mots… La photo de Simenon, le dessin de Berthet, ce sont des mémoires, d’abord et avant tout. Et si le sexe est axial, il est bien moins un révélateur d’une apparence…

Philippe Berthet a toujours Accordé une belle importance aux femmes, dans ses livres. Des femmes fatales, souvent, dans la filiation directe des grands polars américains, littéraires ou cinématographiques.

Ici, c’est différemment le cas. Nous sommes en présence d’un livre de femmes, mais des femmes qui ne sont pas des icônes attendues et manichéennes. Des femmes, en tout cas, qui sont beaucoup moins spectatrices de leurs existences mélangées qu’actrices d’un destin qui, de toute façon, ne peut que les dépasser.

De L’Autre Côté De La Frontière © Dargaud
Jean-Luc Fromental et Philippe Berthet : un livre de femmes

Vous l’aurez compris, « De l’autre côté de la frontière » est un livre excellent, qui donne d’ailleurs l’envie, je l’avoue, de se replonger dans les mémoires de Georges Simenon. Et Philippe Berthet fait partie, pour moi, et depuis longtemps, de ces auteurs dont le classicisme n’empêche jamais l’originalité, ni l’évolution dans le dessin. Vous avez envie d’autre chose que d’une balade chez Ikea ou Brico ou Action?…. Rendez-vous dans la galerie Champaka, à Bruxelles !

Jacques Schraûwen

De L’Autre Côté De La Frontière (dessin : Philippe Berthet – scénario : Jean-Luc Fromental – couleurs : Dominique David – éditeur : Dargaud – 72 pages – mars 2020)

EXPOSITION JUSQU’AU 6 JUIN 2020 à la Galerie Champaka, 27, rue Ernest Allard – 1000 Bruxelles

http://www.galeriechampaka.com/