Emma et Capucine

Emma et Capucine

Une série  » jeunesse  » consacrée à la danse… Mais aussi aux rêves, à l’adolescence, aux rapports familiaux, à l’apprentissage… Une série, tout compte fait, pour tous les publics !

Deux albums de cette série sont déjà parus :  » Un rêve pour trois  » et  » Premiers doutes « .

Emma et Capucine ont un même rêve : entrer dans l’Ecole de danse de l’Opéra de Paris. Mais si Capucine y parvient, Emma, elle, échoue… Et elle va devoir se trouver en cherchant une nouvelle voie à ses envies, à ses désirs, à ses rêves enfin personnels…

Sans aucun doute, de par son graphisme comme de par ce que cette série décrit et raconte, le but premier est de s’adresser à des adolescentes (et à des adolescents, pourquoi pas…), à des amoureux de la danse, également, mais pas uniquement. Parce que la danse n’est peut-être, dans ces deux albums (et dans ceux qui vont suivre), qu’un support à des réflexions qui dépassent, et de loin, la simple anecdote artistique.

Cela dit, ce support est omniprésent, et les deux auteurs savent, incontestablement, de quoi ils parlent. C’est même ce sujet qui les a rassemblés. Un sujet à la fois très graphique, à la fois aussi très littéraire.

La bande dessinée est faite, comme n’importe quel art, de codes plus ou moins assumés, plus ou moins imposés. La littérature jeunesse, dans le sens le plus large qu’elle peut avoir, n’échappe pas à la règle. Mais ce qui est réjouissant, dans  » Emma et Capucine « , c’est que ces codes (les amours adolescentes, par exemple, la vie de groupe, aussi, les jalousies entre jeunes filles…) sont régulièrement détournés par le scénariste. Un peu comme si, en fait, c’étaient les personnages eux-mêmes, par leurs choix, qui imposaient le rythme de la narration.

Jérôme Hamon: un thème, la danse, un public cible, la jeunesse
Jérôme Hamon: les codes à détourner

 

Le thème essentiel de cette série dépasse, je le disais, la simple immersion dans un milieu humain précis, celui de la danse. Il est beaucoup plus celui du rêve… Elles sont trois, dès le début du premier album, à partager un même rêve… Les deux sœurs, évidemment, mais surtout leur mère. Et là, on se retrouve dans la description, de l’intérieur, d’une espèce de syndrome bien plus répandu que ce que qu’on en pense généralement : le report sur ses enfants des rêves que l’on n’a pas réussi à vivre soi-même ! Le monde du sport regorge d’exemples qui sont dans ce sens, en tennis comme en athlétisme…

La mère de Capucine et Emma a voulu, adolescente, être une grand artiste… Et son amertume se reporte sur ses deux filles. Sur l’une d’entre elles, surtout, parce qu’elle se refuse, elle, à suivre un chemin qu’elle n’a pas choisi librement.

Différents questionnements, dès lors, commencent à fleurir dans cette série. De quel droit un adulte peut-il dire :  » tu le regretteras toute ta vie ? « …  Qui pourra un jour mesurer la douleur d’un rêve qui devient obsédant ?… Quel rôle les parents, l’éducation et le milieu socio-culturel jouent-ils dans le construction d’une personnalité, dans le passage de l’adolescence au monde adulte ?… Toute expression artistique n’est-elle pas acceptable uniquement à partir du moment où elle s’accepte éclectique ?

Autant de questions, oui, qui appartiennent au monde de l’adolescence, mais qui, ici, s’ouvrent aussi à des interrogations adultes. Celles des parents d’Emma et Capucine, mais celles aussi des lecteurs et des lectrices. Et là aussi, certains codes ont été détournés, puisque c’est le père qui fait preuve de tolérance et d’acceptation des besoins fondamentaux de ses filles…

Jérôme Hamon: les rêves imposés…

Cette bd ado nous dresse le portrait d’une jeunesse appartenant à une certaine élite. Mais l’intelligence du scénariste c’est de permettre, grâce à Emma, de mêler le monde du  » classique  » à celui du  » hip hop « , de faire s’accepter ainsi, dans le cadre de la jeunesse, deux mondes, deux milieux que d’aucune s’efforcent de ne voir et de ne définir qu’en opposition l’un de l’autre.

Cette bd ado est également une belle réussite au niveau du graphisme, un dessin uniquement fait par ordinateur, un dessin inspiré par le manga, mais aussi par l’illustration des livres pour enfants, un dessin qui conjugue la netteté et le flou avec talent, un dessin qui privilégie le mouvement à l’expression, et qui réussit à évoquer plus qu’à montrer…

Lena Sayaphoum, la dessinatrice
Jérôme Hamon: le dessin

 

En vous avouant que ce genre de bande dessinée ne fait pas partie de mes préférences habituelles, je dois aussi vous avouer tout autant que j’ai bien aimé ces deux albums. Et même si je pense que lu public cible, les adolescentes, ne peuvent qu’être séduites par cette aventure vécue au quotidien de deux jeunes filles, je pense aussi que les parents pourront y trouver de quoi sourire, de quoi réfléchir, de quoi peut-être porter un regard neuf sur leurs enfants… et leurs rêves !

 

Jacques Schraûwen

Emma et Capucine (dessin : Lena Sayaphoum – scénario : Jérôme Hamon – éditeur : Dargaud)