Tout le génie de Franquin en deux albums !

Tout le génie de Franquin en deux albums !

Franquin fut, avec des complices tels que Jijé, Jidéhem, Delporte, un des plus grands artistes du neuvième art. Et ces deux livres qui rendent hommage à son talent ne peuvent que se trouver dans toutes les bibliothèques des amateurs de BD !

 

Franquin©Dupuis

 

 

Les Bandeaux Titres du Journal Spirou (1953-1960)

 

Après la guerre 40/45, il s’agissait d’offrir à la jeunesse autre chose que les souvenirs de l’horreur. Le journal Spirou existait depuis pas mal de temps, déjà, et avait réussi, bon gré  mal gré, à se maintenir pendant les années d’occupation, usant et abusant de ses dessinateurs qui, à l’instar de Jijé, ont ainsi repris au vol des séries américaines interdites de séjour par l’occupant nazi.

Et c’est à la fin des hostilités que le plus grand des concurrents de Spirou a vu le jour, le fameux « Tintin magazine »… Un magazine qui, dès ses premiers numéros, attirait tous les regards par la richesse de sa une. Une richesse graphique, puisque les plus grands y offraient une véritable illustration en pleine page, de Hergé à Jacobs, de Martin à Vandersteen, de Cuvelier à Craenhals.

II a fallu au journal de Spirou quelques années pour comprendre que la une d’un magazine était la première des accroches possibles, et qu’il fallait s’en occuper avec un soin tout particulier. Après pas mal de tentatives, plus ou moins réussies, pour rendre cette toute première page attrayante au regard, est enfin venu le temps de Franquin. Artiste multiforme, on lui a pratiquement laissé carte blanche pendant des décennies pour annoncer, à la une, une des histoires à découvrir dans le journal.

Sans jamais pasticher, mais en respectant toujours à la fois son propre style et les propres qualités de la bande dessinée qu’il annonçait, Franquin s’est fait ainsi la véritable cheville ouvrière du magazine dont, en outre, il était le dessinateur de deux de ses héros primordiaux, Spirou et Gaston.

Et ce sont plis de 300 de ces bandeaux titres qu’on retrouve dans ce livre, chacun de ces bandeaux étant un hommage à un des collègues de Franquin… Buck Danny, Kim Devil, Timour, l’Oncle Paul, le Fureteur, Blondin et Cirage, tous ces personnages, toutes ces séries emblématiques du journal Spirou reprennent vie, dans cet album, avec toute la vivacité, l’imagination et le sourire de Franquin.

A ne rater, donc, sous aucun prétexte !…

 

     Franquin©Dupuis

 

 

Biographie D’Un Gaffeur

 

Les collectionneurs connaissent, bien évidemment, la collection Gag De Poche des éditions Dupuis. Cette collection, bon marché, en noir et blanc, et d’un format véritablement de poche, permettait, d’une part, de commercialiser encore plus largement les héros du journal Spirou, comme Bobo, Gil Jourdan, Boule et Bill ou le Vieux Nick, et, d’autre part, de faire découvrir des auteurs qui n’avaient pas braiment leur place dans le magazine, avec les Peanuts, Lassalvy, ou l’exceptionnel Virgil Partch.

Et Gaston, le héros sans emploi de l’administration du journal Spirou, a eu droit à son petit album gag de poche, lui aussi.

Il s’agissait, pour l’éditeur, évidemment, de rentabiliser un matériel graphique existant déjà. Mais dans ce gag de poche numéro 26, édité en 1965, si la majorité des « gags » étaient déjà parus précédemment en album, il y en a d’autres qui, inédits, ont été créés par Franquin et Jidéhem pour ce petit ouvrage.

Un ouvrage réédité, donc, et qui permet de mieux savourer encore, peut-être, tout le talent de Franquin. De par son format, de par l’adaptation de découpage qu’il a fallu faire à l’époque pour reconstruire les gags préexistants, de par le noir et  blanc, aussi, ce livre fait entrer encore plus, me semble-t-il, le lecteur dans l’univers déjanté et exceptionnel d’André  Franquin !

 

Jacques Schraûwen

« Les Bandeaux Titres Du Journal Spirou 1953-1960 » et « Biographie D’Un Gaffeur » (auteurs : Franquin,  Jidéhem et Delporte – éditeur : Dupuis – 2017)

Gyal Groar signale que dans le livre « biographie d’un gaffeur »:   » c’est que des gags de l’album zéro de Gaston, ce fascicule à l’italienne agrafé et toute première publication du gaffeur hors du journal de Spirou, on été re-dessinés pour ce livre de poche. »
Et Fred Jannin confirme: « En effet, Jacques, le « plus » de cet album est qu’il fut (presque) entièrement redessiné (dans des délais de fou, dixit Jidéhem) pour le format de poche. D’où cette nouvelle édition au format des originaux. Certaines planches sont juste « remontées » mais la plupart redessinées. Par exemple le gag des souris reproduit sur ton blog dont voici la première version. »

 

La Fleur dans l’atelier de Mondrian

La Fleur dans l’atelier de Mondrian

Un album envoûtant, une exposition qui fait rêver à la beauté !

Pour tout découvrir de cet album, rendez-vous à Bruxelles, à la Galerie Champaka… Une exposition qui, assurément, mérite tous les détours ! Du 8 décembre 2017 au 7 janvier 2018.

 

Mondrian, dans un cimetière parisien, dessine une fleur, la montre à une jeune femme, et voilà ce qu’il en dit :  » C’est le mot : joli…  »

Et c’est en partie à partir de cette phrase, qui dénie à la seule représentation de la réalité l’adjectif « beau », à partir de cette rencontre que les auteurs de cet album d’une envoûtante pureté, imaginent qui était Piet Mondrian, et ce que furent ses élans humains. Et les auteurs, Peyraud et Lapone, nous racontent ainsi une vie imaginée du peintre venu des Pays-bas.

Une vie imaginaire, oui, mais d’une vérité évidente…

 

 

Tout le monde connaît l’art de Piet Mondrian, de nos jours… Plages blanche cernées par d’épais traits noirs, géométries colorées qui se plongent dans l’infini du regard, son abstraction mathématique fait partie depuis de longues années maintenant du quotidien de la mode, du design, de la rue donc. Il n’en fut pas toujours ainsi, loin s’en faut, et Piet Mondrian, dans l’après-guerre de 14/18, dessinait des fleurs à Paris pour payer son loyer. La folie des années d’oubli des horreurs de la der des ders ne lui était pas joyeuse, loin s’en faut, et l’amour se vivait essentiellement tarifié.

Ce qui, par contre, n’avait rien de mercantile pour lui, c’était la danse, la musique, le jazz, et les soirées et les nuits vécues loin de la réalité, voyageant à deux tout au long de notes virevoltantes, avec une partenaire amoureuse elle aussi de la danse.

Pour raconter Mondrian, autrement qu’au travers de ses œuvres, les auteurs ont choisi une narration extrêmement originale et particulière. Ce sont des petits moments d’existence, des minuscules tranches de vie qu’ils nous montrent, avec des titres, parfois, qui ne définissent rien d’autre que des ambiances :  » Le Lapin »,  » Vert », « Francine »…

Et, d’une certaine manière, ce sont ces touches d’existence juxtaposées qui réussissent à nous montrer le trajet humain et artistique qui a conduit Mondrian à devenir ce qu’il est aujourd’hui, un des plus simples et intéressants des peintres abstraits.

 

Comme le dit un des personnages, Francine, les toiles de Mondrian ressemblent à des vitraux. Des vitraux qui n’ont nul besoin de lumière pour étinceler de mille silences sereins.

Personnage peu amène, habité par sa seule peinture, Mondrian n’aime ni le vert ni l’amour. Aime-t-il la vie ?… C’est un peu la question que Lapone et Peyraud posent dans ce livre, sans vraiment y apporter de réponse d’ailleurs.

En fait, ce livre est l’hommage d’un artiste sans cesse à la recherche du  » beau  » à un autre artiste pour qui la beauté ne pouvait qu’être non-humaine, non-descriptive.

Le style graphique de Lapone rappelle, c’est vrai, l’esthétisme de la toute fin des années 50, du début des années 60… Son dessin est parfois à la limite de l’épure, parfois rempli de détails qui, pour insignifiants qu’ils paraissent, se révèlent nécessaires pour créer une ambiance et un mouvement. Et l’exposition de ses dessins originaux est là pour montrer tout le travail, sans doute, qui conduit à une planche de bande dessinée mais, surtout, à laisser le visiteur, le spectateur, voyager en compagnie de l’artiste dans un monde où la recherche de la beauté, quel que soit le sens qu’on puisse donner à ce terme, est un but en soi. Le but d’une vie. Celle de Mondrian, sans aucun doute, celle de toutes celles et de tous ceux qui, au travers de tous les arts, ont voulu dévoiler au monde une part de ses vérités…

Antonio Lapone

 

Ce livre, d’un format peu habituel, permet d’apprécier pleinement le dessin de Lapone. Il se termine par un petit dossier dans lequel les épures, les esquisses, les travaux préparatoires à certaines planches, à certaines vignettes, montrent l’itinéraire artistique de Lapone dans la construction qu’il fait d’une bande dessinée.

Et pour mieux savourer encore ce travail qui n’en est jamais totalement un, allez admirer, de tout près, les originaux de Lapone, dans une galerie bruxelloise qui ouvre ses cimaises depuis bien longtemps aux trésors de la bande dessinée contemporaine…

 

Jacques Schraûwen

La Fleur dans l’atelier de Mondrian : un album envoûtant et une exposition (dessin : Antonio Lapone – scénario : Jean-Philippe Peyraud – éditeur : Glénat

 

Une exposition à la Galerie Champaka de Bruxelles, jusqu’au 7 janvier 2018 : rue Ernest Allard 27, 1000 Bruxelles)

Les Fantômes de Katyn – 1940

La grande Histoire est faite d’événements dont l’horreur ne peut se mesurer !… C’est le cas de ce massacre de Katyn, que cet album remet en mémoire tout en le replaçant totalement dans son contexte historique…

 

 

 

C’est en 1940 qu’eut lieu un véritable assassinat de masse, celui de plusieurs milliers de Polonais, dans un village russe.

Cette tuerie n’avait rien de gratuit, puisqu’elle décapitait l’élite polonaise, en supprimant des militaires, certes, mais aussi et surtout des intellectuels, des ingénieurs, des médecins. Les  forces vives et jeunes, en fait, de la population de la Pologne.

C’est en 1941, après la fin du pacte qui unissait Hitler et Staline, que ce massacre fut connu. Et, immédiatement ou presque, imputé aux Allemands.

Il a fallu ensuite pratiquement 50 ans pour que les vrais responsables, les Russes et leur police politique, soient enfin désignés, par l’aveu même d’une Russie désireuse, en fin de guerre froide, de se couper d’un stalinisme par trop pesant.

C’est cette saga que nous raconte ce livre. En faisant part de toute l’évolution historique de cette atrocité, en analysant les philosophies et les politiques qui en ont été à l’origine, mais en s’attardant, avant tout, sur les êtres qui ont vécu, de près ou de loin, cette horreur indicible dont le but était d’anéantir en Pologne toute résistance aux idées du communisme stalinien !

 

 

 

             Les fantômes de Katyn 1940 @ éditions du Triomphe

 

Très fouillé historiquement, parfois même un peu trop, cet album peut se découvrir comme un devoir de mémoire. Il peut aussi, par sa construction narrative construite comme un puzzle mêlant sans cesse  les époques et les lieux, il doit même s’envisager comme un regard lucide trop peu connu sur une époque de la guerre 40/45 trop peu connue sans doute.

Le scénario de Patrick Deschamps entre réellement dans les enjeux politiques de cette époque, et n’hésite pas à se plonger dans les réalités allemandes  comme dans celles des soviétiques.

Ce n’est pas de l’Histoire racontée, mais de l’Histoire vécue et racontée par ses témoins que nous livre le scénario de Deschamps.

Un scénario historique, un scénario extrêmement réaliste, et il lui fallait, bien évidemment, un graphisme solide et tout aussi sérieux quant à son réalisme.

C’est le cas avec Philippe Glogowski qui, incontestablement, peut revendiquer une filiation avec cette bande dessinée proche toujours de la réalité, de celle des ressemblances des personnages avec ce qu’ils furent réellement par exemple, une bd didactique, parfois manichéenne certes, mais efficace et agréable à l’œil comme à la lecture.

 

            Les fantômes de Katyn 1940 @ éditions du Triomphe

 

Ce qui est intéressant dans un livre comme celui-ci, c’est qu’il nous permet d’ouvrir les yeux sur ce qui est et reste notre propre histoire. Une histoire qui, souvent, trop souvent, a le hoquet, comme le prouve notre époque où l’indifférence politique et l’inefficacité de l’ONU fait bien souvent penser aux années 30 de l’inutile SDN…

Ces fantômes de Katyn, comme ceux d’Oradour, se doivent de ne pas être oubliés, et, à ce titre, cet album est une vraie réussite !…

 

Jacques Schraûwen

Les Fantômes de Katyn 1940 dessin : Philippe Glogowski – scénario : Patrick Deschamps – éditeur : Editions du Triomphe)

 

Face Au Mur

Face Au Mur

Braquages, casses, évasions… Ce livre est le portrait fragmenté d’un truand  » à l’ancienne « , mais il est aussi le portrait d’une société, la nôtre, et de ses mille enfermements… Il est le fruit d’une rencontre passionnée et passionnante!

Toute œuvre d’art naît d’une rencontre entre un auteur et son sujet. Ici, c’est un être humain que l’auteur a rencontré, et c’est cet être-là, avec toutes ses dérives, qui est devenu le sujet de son livre.

Dès le départ de cet album, le ton est donné par une phrase en exergue… Il s’agit de fiction inspirée par des faits réels. Des faits qui ont été racontés à Laurent Astier, le dessinateur et scénariste, par Jean-Claude Pautot, crédité dès lors comme coscénariste. Des faits qui sont ceux du grand banditisme. Des faits relatés par un braqueur multirécidiviste, condamné à perpétuité, à un dessinateur, au long d’une relation qui s’est faite amitié.

Laurent Astier: l’origine de ce livre

 

 » Face au mur « , c’est un album puissant, sombre, mais, en même temps, animé par une forme d’espoir. C’est un livre qui plonge dans la vie d’un prisonnier qui se souvient, qui nous parle de lui. Un prisonnier qui, bien évidemment, ressemble à Jean-Claude Pautot, aujourd’hui libre. Un ex-prisonnier, désormais, qui se retrouve dans ce livre tel qu’il a vécu, marginal de la société, vivant de règles qui n’avaient jamais rien de moral mais qui répondaient toujours à l’urgence du moment, en une trajectoire humaine à la poursuite d’une sorte de liberté impossible. Un ex-taulard qui a livré au dessinateur son passé, au rythme de sa seule mémoire.

Le résultat en et un album dans lequel la chronologie est absente, puisque aucune souvenance humaine ne suit les diktats d’une quelconque fidélité au temps qui passe.

Le personnage central de ce livre se retrouve face au mur, le mur de l’asociabilité, le mur de ses propres absences, le mur de ses passés, fragmentés, qui lui reviennent par petites touches… Des petites touches qui, grâce au talent narratif de Laurent Astier, deviennent des chapitres, des chapitres qui, comme dans un roman, nous restituent d’abord et avant tout l’humanité d’un être, au travers de sa voix, une voix qui raconte, une voix qui rythme tout le récit, une voix sans laquelle les aventures  » policières  » racontées ne seraient que polar de seconde zone.

Jean-Claude Pautot: la force de ce livre
 Jean-Claude Pautot: le passé fragmenté
Laurent Astier: le personnage

 

Outre Jean-Claude Pautot, le second personnage de cet album, c’est la prison, l’enfermement, la solitude de la condamnation, l’obligation pour un humain de n’être plus qu’un matricule pour la société, un truand pour les autres prisonniers.

Alors, bien entendu, on retrouve dans cet album bien des influences, littéraires plus que graphiques d’ailleurs. Le ton de la narration est un ton  » parlé « , mais parlé à  la manière des grands dialoguistes du cinéma d’antan, Spaak, Prévert, Audiard… Parlé à la manière, tout simplement, de Jean-Claude Pautot, pour qui, derrière les murs de chaque prison, subsiste toujours une forme de fratrie. Pas d’honneur, non ! L’honneur, c’est bon dans les films qui ont besoin de grands sentiments. La fratrie, c’est simplement la notion d’appartenance à une sorte d’ordre parallèle de la société, celui des bannis.

Ainsi, au-delà de l’histoire racontée dans ce  » Face au mur « , ce livre est  également une réflexion, comme au travers d’un miroir très actuel, de ce qu’est la prison, de ce qu’elle a été, de ce qu’elle devient. A ce titre, Laurent Astier ne se contente pas d’être le biographe d’un ami, mais il interroge, au travers de cette biographie parfois imaginaire ce qu’est, profondément, l’enfermement légal et ce qu’il sous-entend comme évolution de notre société.

Laurent Astier: la prison
Jean-Claude Pautot: fratrie et honneur

Jean-Claude Pautot est désormais un être libéré. De ses démons ?… Pas totalement sans doute, loin s’en faut. Mais réinséré, à sa manière, dans un monde auquel tout, il y a peu encore, l’opposait. Cette  » sortie d’écrou  » est née d’une réalité qui dépasse tout réalisme : l’art. C’est en commençant à peindre, derrière les barreaux, dans l’ombre des grands murs inhumains, que Jean-Claude Pautot, tout en appréhendant des règles de composition qui lui étaient jusque-là inconnues, a appris à se regarder et à se voir différemment, autrement. Aujourd’hui, il peint, il expose, dans un quartier chic de Paris, un de ces quartiers qui, autrefois, n’auraient été pour lui que terrain de chasse. Aujourd’hui, même si ses tableaux sont habités, profondément, par tout ce qu’il a vécu, tout ce qu’il a souffert et fait souffrir, et vu souffrir, même si la violence de son existence trouve un exutoire dans sa peinture, Jean-Claude Pautot sait qu’on peut changer la vie. Et son message, dans ce livre comme dans son quotidien, désormais, c’est celui-là : rien n’est jamais totalement détruit, et l’espérance folle de s’en sortir par la curiosité, par l’écoute, par le respect, cette espérance peut être une réalité pour ses nouveaux amis, les rappeurs, et par leur public auquel il veut faire passer ce message-là : la mort n’est pas et ne sera jamais une solution, même à l’injustice !

Jean-Claude Pautot: l’art

Pour parler de ce livre, j’ai rencontré les deux auteurs, vous l’aurez compris. Et vous aurez compris également toute la puissance que me fut cette rencontre avec un homme comme Jean-Claude Pautot. Je connaissais déjà Laurent Astier, j’aimais son travail, sa collaboration avec un scénariste comme Dorison par exemple. Mais ici, sans aucun doute possible, il devient un des grands auteurs de la bd, un de ces auteurs capables de s’effacer derrière un sujet qui le dépasse mais qu’il réussit à rendre présent grâce à son talent graphiste fait de réalisme et d’ellipses, grâce aussi à la façon dont il use de la couleur pour qu’elle soit là, continuellement, afin de souligner la puissance des faits relatés, et la force son propos d’auteur. Un auteur à part entière!

 

Jacques Schraûwen

Face Au Mur (dessin et scénario : Laurent Astier – scénario : Jean-Claude Pautot – éditeur : Casterman)

FRNCK : 1. Le Début Du Commencement

FRNCK : 1. Le Début Du Commencement

Aventure et humour sont au rendez-vous de cette série débutante, qui traite avec intelligence de bien des thèmes contemporains, et qui, d’emblée, se veut ouverte à tous les publics, à tous les âges ! Dans cette chronique, allez à la rencontre du trio d’auteurs de cet album à ne pas rater !

Olivier Bocquet, le scénariste

Je connaissais Bocquet comme auteur du très beau  » Terminus « , un album post-apocalyptique sombre, désespéré, et dont le texte accompagnait un graphisme aux réalités artistiques évidentes.

Ici, Olivier Bocquet nous emmène dans un univers plutôt  » pré-apocalyptique « , l’apocalypse étant, finalement, ce que nous vivons aujourd’hui, petit à petit !

Franck est un ado comme tous les ados. Un peu plus paumé, quand même, puisqu’il est orphelin et qu’on le voit, dès les premières pages de cet album, prêt à être adopté. Et pas très coopératif ! Et puis, le jardinier de cet orphelinat lui explique où il a été trouvé, en pleine forêt, et que personne ne sait rien de ses parents.

Et voilà que peut commencer pour cet ado d’aujourd’hui une vraie quête identitaire. Qui est-il, d’où vient-il ?

L’adoption, pour lui, ne peut qu’être une fuite devant sa nécessité à se définir. Et donc, il s’en va, téléphone portable dans la poche, avec sa faim de pizzas succulentes, dans les profondeurs de la forêt, jusqu’à arriver à ce qui ressemble au portail d’entrée d’un parc d’attraction consacré à la préhistoire.

Mais là où il tombe, en une chute vertigineuse, ce n’est pas dans un jurassic park, loin s’en faut ! Mais dans une véritable préhistoire… Un monde dans lequel ses gadgets modernes sont inutilisables, dans lequel le langage n’existe pas. En tout cas, pas son langage d’adolescent du vingt-et-unième siècle. Ce sont des borborygmes qu’utilisent pour communiquer les personnages velus et presque nus qu’il rencontre. Des borborygmes ?…. Non, mais des mots dans lesquels toutes les voyelles ont disparu… Franck devient ainsi Frnck… Un Frnck qui va s’efforcer d’apprendre les voyelles à ces êtres primitifs, ce qui va provoquer le premier vrai mot de l’humanité! (et je vous en laisse la surprise…)

L’aventure est constante, dans ce premier album qui ne se contente pas de mettre en place les personnages, LE personnage en fait. Elle se nourrit aussi d’humour, en se décalant par rapport à toute une série de clichés qu’Olivier Bocquet s’amuse à détourner sans cesse.

La réflexion est présente, elle aussi, et elle prend plus de présence encore grâce au rythme imposé à l’intrigue. Frnck, c’est également, tout compte fait, une bd qui parle des addictions et des dépendances  » technologiques  » qui, de nos jours, remplacent la réalité et ses expérimentations… Frnck, c’est aussi une réflexion sur le langage, en une époque où l’écriture  » sms  » devient une règle sans règles. Frnck, c’est, enfin, une réflexion sur l’évolution, les personnages les plus évolués, dans le monde où se trouve Franck, se révélant aussi les plus cruels et les plus dangereux.

Olivier Bocquet

Brice Cossu, le dessinateur

A partir d’un scénario touffu, inventif, il fallait que le dessinateur soit à la hauteur du défi : mêler à l’univers connu qui est le nôtre un nouveau monde plausible de bout en bout, graphiquement. Il fallait que le dessin accompagne totalement le mouvement du récit, sans faux rythme.

Et c’est, sans aucun doute, ce que Brice Cossu a réussi à faire.

Son dessin se révèle influencé, c’est une évidence, par les mangas : expressions des visages, accentuation des mouvements et des courses, simplification parfois des décors pour laisser place à une forme d’expressionnisme exacerbé.

L’histoire de Franck, c’est l’histoire d’un enfant qui ne veut pas grandir sans d’abord savoir qui il est. On n’est pas loin des grands classiques de la littérature  » jeunesse  » que sont Peter Pan, ou Alice au pays des merveilles, ou même Harry Potter !

Mais le dessin de Cossu, lui, va puiser ses inspirations dans tout autre chose que le classicisme. Et son style mêlant la vitesse de description des œuvres japonaises à la mise en place et la mise en scène des personnages et des lieux « à l’européenne », voire à la « comics américains », ce dessin se révèle attirant dès le premier regard, et totalement en osmose avec l’histoire qu’il ne se contente pas d’illustrer, mais qu’il aide à raconter, véritablement.

Brice Cossu

Yoann Guillo, le coloriste

Au début de son Histoire, la bande dessinée ne créditait que les dessinateurs. Au fil du temps, les scénaristes ont vu leur nom apparaître en couverture, et se sont finalement vus reconnaître comme éléments essentiels à la réussite d’une bonne histoire.

Un troisième  élément, cependant, dans la création et la construction d’un album bd, peut se révéler essentiel lui aussi: la couleur !

Il faut bien dire que, souvent, la mise en couleurs d’un livre n’accroche pas vraiment le regard. Que des tas d’albums qui sortent chaque année finissent ainsi par se ressembler tous par leur palette chromatique.

Ici, ce n’est pas le cas du tout, et Yoann Guillo a travaillé en artiste pour donner à ce livre une tonalité originale et participant pleinement à l’ambiance, certes, mais aussi à la réalisation, dans le sens pratiquement cinématographique du terme, de la narration !

Yoann Guillo

Cossu et Bocquet: les couleurs

Un livre à offrir et à s’offrir!

La bande dessinée, avant d’être appelée neuvième art, était un moyen de délassement offert à l’enfance. Au long de son histoire, cette bd s’est ouverte à des récits de plus en plus élaborés, passant, en guise de public, de l’enfance à l’adolescence, puis de l’adolescence à l’âge adulte. Avec parfois, reconnaissons-le, un certain hermétisme qui rompait avec la finalité de ce que doit être un livre, quel qu’il soit : lisible d’abord et avant tout !

Ici, on revient en quelque sorte aux principes de base de la bande dessinée : une bonne histoire, solide, charpentée, dessinée avec talent, colorisée avec passion, avec des personnages entiers qui n’ont rien de manichéen, avec un  » héros  » attachant par ses qualités comme par ses défauts !

Ici, on se trouve en présence d’un vrai album  » tous publics  » passionnant, passionné, intelligent, souriant, qui, sans se prendre au sérieux, est un vrai grand moment de plaisir pris à la lecture !

 

Jacques Schraûwen

FRNCK : 1. Le Début Du Commencement (dessin : Brice Cossu – scénario : Olivier Bocquet – couleurs : Yoann Guillo – éditeur : Dupuis – mars 2017)

Fouché : 1. Le révolutionnaire

Fouché : 1. Le révolutionnaire

Grande image, ambigüe mais omniprésente, de la révolution française, du Consulat et de l’Empire, Fouché méritait, assurément, que la bande dessinée s’y intéresse. C’est désormais chose faite avec cette série naissante qui ne manque pas d’intérêt !

Il y a de ces noms qui appartiennent à la conscience collective d’une Histoire majuscule… Robespierre, Marat, Napoléon, Danton, sont ainsi des personnages dont tout le monde a entendu parler, plus ou moins bien, avec plus ou moins de véracité historique. Parmi les ténors de cette Révolution française, faite d’idéal et de veulerie, d’espérance et de haine, de liberté et de dictature, il faut ajouter également Joseph Fouché.

Petit professeur à Nantes, rien ne prédisposait Fouché à devenir une des figures marquantes de la révolution d’abord, de l’Empire ensuite… Rien, sinon un idéalisme évident, un besoin presque charnel de refuser des autorités qui se refusaient à prendre en considération le petit peuple, rien, sinon une nécessité d’action nourrie de ce qu’on a appelé aussi le siècle des lumières.

Nicolas Juncker, le scénariste de cet album, n’a pas fui la difficulté, loin de là, pour nous parler à la fois d’un personnage à l’ambiguïté évidente et d’une époque dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle fut particulièrement troublée, politiquement, socialement, et humainement. Et le résultat est un livre dans lequel Fouché est un être de chair, de sang, de rêves et de destruction, de trahison et de continuité dans une certaine notion de l’idéalisme.

Nicolas Juncker: le personnage

Nicolas Juncker: l’époque

Dans ce premier volume de ce qui doit être une série historique passionnante, Ce sont les premières années de Fouché qui sont mises en avant. En avant, en dessin et en couleur !

On aurait pu penser, pour  » raconter  » le destin d’un homme comme Fouché, à un graphisme excessivement réaliste, de manière à s’approcher au plus près de ses vérités. Le choix a été tout autre, et le dessin de Patrick Mallet s’inscrit dans la ligne d’auteurs comme Moynot, ou Ferrandez : réaliste, sans doute, mais avec un sens de l’épure évident. Les visages, ainsi, expriment, certes, les émotions, mais d’une façon parfois proche de la caricature ou, en tout cas, de l’image d’Epinal. C’est la simplicité des traits, tant dans le regard que dans la bouche, qui soulignent les états d’esprit de Fouché, ou de Robespierre, bien plus que les expressions de la chair, voire les mouvements du corps.

Et puis, outre le dessin, assez expressionniste ma foi, mais avec simplicité, sans ostentation, il y a la couleur de Laurence Croix. C’est cette couleur qui rend essentiels, dans la trame narrative, les décors, par exemple, c’est cette couleur qui souligne ici l’horreur de la guerre, là la routine de la guillotine…

Patrick Mallet: le dessin

Patrick Mallet: le dessin et la couleur

Pour parler de Fouché, et de cette époque révolutionnaire où, refusant d’abord la mort du roi, puis votant sa décapitation, devenant d’abord proche de Robespierre, avant de tout faire pour qu’il soit abattu, pour parler de ce héros anti-héros et de son époque, les auteurs ont un parti-pris : ne rien cacher, ne rien embellir. Ce n’est pas un album-icône qu’ils nous offrent, mais un livre qui montre un monde tel qu’il était, un monde dans lequel la vertu, tant défendue par Robespierre, ne pouvait qu’engendrer la haine et la mort. Un monde dans lequel, pour arriver au pouvoir politique, il fallait pouvoir se salir les mains aux boues de l’horreur et du sang.

Et le scénariste comme le dessinateur, tout comme la coloriste d’ailleurs, se sont incontestablement coltinés avec l’horreur pour rendre leur livre le plus proche possible de ce qu’était la réalité de la Révolution française. Et à ce titre, étrangement, il y a des échos très contemporains qui naissent de leur travail, comme un autodafé à Lyon qui fait penser à d’autres exactions du même genre bien plus proches de nous !

Patrick Mallet: le dessin et la violence

Nicolas Juncker: vertu, liberté, violence

Dans les volumes suivants, j’imagine qu’on suivra la suite de la carrière de Fouché, lui qui a aussi laissé son nom dans l’histoire comme étant l’inventeur de la police moderne.

Et je ne raterai pas le deuxième volume de cette série, sachez-le. Dans ce  » Révolutionnaire « , les auteurs ont en effet réussi à me faire découvrir un personnage que je connaissais très peu, à me montrer un Robespierrre, aussi, qui n’était pas uniquement celui de la  » Terreur « … Fred Vargas, dans un de ses superbes polars, y était parvenue, elle aussi, d’ailleurs !

On peut parfois, à la lecture de ce  » Fouché « , être quelque peu désarçonné par le dessin, c’est vrai… Mais il faut passer outre cette petite difficulté de lecture pour découvrir, ensuite, que scénario, graphisme et couleurs forment véritablement un  » Tout  » particulièrement réussi !

 

Jacques Schraûwen

Fouché : 1. Le révolutionnaire (dessin : Patrick Mallet – scénario : Nicolas Juncker – couleur : Laurence Croix – éditeur : Les Arènes BD)

Franquin : Il était une fois Idées Noires

Franquin : Il était une fois Idées Noires

 

2017 sera-t-elle l’année Franquin ?…. Cela commence bien, en tout cas, puisque voici un album (à paraître le 18 janvier!…) consacré à ce créateur essentiel dans l’histoire du neuvième art, et à ses fabuleuses idées particulièrement sombres ! Avec des témoignages, dont celui de Frédéric Jannin.

1977… Alors que la bande dessinée, en Belgique, ronronne doucement, alors qu’en France, issus de Pilote, des dessinateurs ruent dans les brancards, alors que le neuvième art voit fleurir fanzines de toutes sortes, alors que l’underground ouvre la porte à tout un tas de nouvelles revues consacrées à la BD, Franquin et Delporte réussissent à lancer un superbe pavé dans la mare bien-pensante d’un journal de Spirou oublieux de ce qui faisait aussi sa qualité, l’irrévérence.

Ce pavé, c’était le mythique  » Trombone Illustré « , qui a tenté, pendant une trentaine de numéros insérés dans le journal de Spirou, de faire croire aux lecteurs qu’il s’agissait d’une édition pirate !

Y régnait une liberté de ton que Spirou n’avait pratiquement connue jusque-là que grâce à Gaston, une liberté de critique, aussi, même vis-à-vis de ce qu’étaient les valeurs véhiculées par le journal de Spirou, vis-à-vis de son rédacteur en chef, accusé plus qu’à demi-mot de mercantilisme aigu.

Dans ce fameux Trombone qui lançait à tous vents ses notes contestataires, bien des dessinateurs qui n’avaient rien à voir avec Charleroi vinrent rejoindre le duo Delporte/Franquin : de Bretécher à Bilal, de Gotlib à Clerc, de Rosinski à Tardi, ils ont tous été collaborateurs de ce fameux Trombone.

Mais ce qui a marqué les mémoires, surtout, c’est que ce média plus ou moins pirate, même s’il avait l’approbation de Monsieur Dupuis, a vu André Franquin créer des  » idées noires « , désespérées et désespérantes, inspirées tantôt par l’actualité, tantôt par des considérations écologiques ou politiques d’ordre général. C’est avec lui et avec Delporte, c’est grâce à eux, que deux générations de dessinateurs de bédé se sont trouvées en accord ! C’est grâce au Trombone et à ses idées noires que Franquin est devenu un élément majeur de ce que fut la nouvelle bande dessinée !

Frédéric Jannin: Franquin et la « nouvelle bande dessinée »

L’aventure du Trombone a dû bien sûr un jour se terminer, vaincue par une hiérarchie qui, tous comptes faits, n’a pas, à l’époque, compris grand-chose à l’évolution de la bd.

Mais l’aventure des idées noires, elle, ne s’est pas arrêtée, grâce à Gotlib qui a ouvert les pages de son magazine, Fluide Glacial, à Franquin et à ses dessins de plus en plus pointus, de plus en plus sombres, de plus en plus ancrés dans les soubresauts d’une société se lançant dans une course effrénée à l’inutile.

C’est à cause de ces planches souvent cruelles et dessinant de la société une image sans concessions qu’on a dit de Franquin que c’était un éternel déprimé. Il a, c’est vrai, eu des moments de dépression, comme tout un chacun, ai-je envie de dire, surtout dans ce monde en mutation qu’était la bande dessinée. Mais ce livre qui vient de sortir chez Fluide Glacial remet les choses en place, et restitue de Franquin une image infiniment plus juste, celle d’un homme ouvert à toutes les réalités du monde, et s’amusant au quotidien comme dans son métier. Une image vivante, en quelque sorte, grâce à plusieurs témoignages, celui de la fille de Franquin, entre autres, celui de Frédéric Jannin, également, qui fut un des proches de Franquin.

Frédéric Jannin: une mise au point sur les « déprimes » de Franquin, ses idées noires, …

Ce livre est essentiellement consacré aux idées noires de Franquin, avec, de ci de là, quelques hommages… Celui de Foerster, par exemple, ou celui de Goossens ! Mais cet album, de par les textes qui l’émaillent, est aussi un ouvrage qui se consacre à la personne d’André Franquin, au-delà de son seul  » art « . On le découvre vraiment, ici, sans apprêt, pas du tout comme une icône à la  » Hergé « . On en voit les failles, les regrets, les déceptions, les plaisirs, l’enfance sans cesse restaurée à elle-même. On le découvre aussi  » engagé  » et participant, graphiquement, à des revues résolument et politiquement de gauche. Tout en dessinant aussi, en même temps, pour la FSC (fédération des Scouts Catholiques de Belgique)… Franquin était un être humain complet, avec ses contradictions, avec, surtout, ses coups de cœur, et c’est ce personnage-là qui apparaît, de bout en bout, dans ce livre !

Frédéric Jannin: Franquin et la conscience politique

A mon très humble avis, André Franquin est un des créateurs les plus importants de l’Histoire de la bande dessinée, un de ceux qui ont réussi à faire de leur métier d’amuseurs pour enfants un art à part entière. Et ce sans mercantilisme, sans besoin de reconnaissance, sans envie d’être mis en évidence.

Lui rendre hommage, c’est vouloir, simplement, que se lisent et se relisent, encore, et encore, ses gags, ses dessins, ses trouvailles, ses inventions.

En cette année 2017 qui voit pointer le soixantième anniversaire de Gaston, ce livre arrive à son heure, et je pense qu’aucun amoureux du neuvième art ne s’en privera ! Cela dit, j’aurais aimé que Fluide Glacial se paie un correcteur, pour éviter les redites, trop nombreuses, et les fautes d’orthographe: cela aurait évité de voir Jijé écrit de deux manières différentes, dont une, évidemment, totalement fausse (Jigé!!!!).

Un bon livre, donc, qui remet en lumière les idées superbes de Franquin, mais qui aurait mérité une approche éditoriale mieux construite!… Heureusement qu’Isabelle Franquin et Frédéric Jannin, eux, se souviennent avec talent de qui fut André Franquin!

 

Cela dit, s’il exist déjà une version « kiosque » de cet album, sous la forme d’un Fluide Glacial spécial, pour acquérir le « livre », il vous faudra attendre le 18 janvier prochain… A commander, donc, chez votre libraire préféré!…

 

Jacques Schraûwen

Franquin : Il était une fois Idées Noires (Gérard Viry-Babel – éditeur : Fluide Glacial)