Play With Me

Play With Me

Un « artbook » consacré à Nicoletta Ceccoli… Plongez-vous dans l’univers d’une enfance qui n’a sans doute pas grand-chose de réjouissant ! Le tout en quatre chapitres somptueux !

 

Premier chapitre : Candyland

 

Play With Me©Soleil-Venusdea

 

 

Nicoletta Ceccoli est une illustratrice dont vous avez certainement déjà croisé les œuvres, par exemple en couverture du « Prédicateur », polar venu du nord et froid comme la désespérance.

Dans ce livre-ci, elle construit un univers qui, né du quotidien de l’enfance, de toutes les enfances, se révèle très vite envoûtant et pesant tout à la fois, aérien et désespéré, désespérant et souriant.

Dans le premier chapitre, Nicoletta Ceccoli nous offre quelques dessins dans lesquels le péché mignon de tous les enfants est mis en évidence : la gourmandise… Le  plaisir de manger, le plaisir de découvrir, avec les yeux d’abord, avec l’âme  ensuite, des saveurs nouvelles, des sucreries aux âcretés inattendues. Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit, avec Nicoletta Ceccoli : l’inattendu ! Un inattendu qui, sous les couleurs pastel de scènes qui pourraient être sages et sereines, se dévoile au travers de détails qui flirtent avec l’horreur, avec le fantastique, avec le merveilleux lorsqu’il dévie de ses intentions premières.

 

Deuxième chapitre : Wild Beauties

 

 

Play With Me©Soleil-Venusdea

 

 

Dans la deuxième partie de ce livre d’art, l’auteure nous convie à découvrir les liens étroits que l’enfance construit au quotidien avec la nature. Mais là encore, au-delà de l’image d’Epinal habituelle à ce genre de sujet, Nicoletta Ceccoli met en scène des enfants qui ne sourient pas, des enfants dont le regard se pose plus loin que celui du spectateur, comme au travers d’improbables photographies dans lesquelles les modèles se soumettent aux poses les plus étranges. Il y a du mal-être, de la désespérance, dans le sérieux presque absent des petites filles sans sagesse que nous présente Ceccoli.

 

Troisième chapitre : Come Play With Me

 

 

Play With Me©Soleil-Venusdea

 

Peut-on avoir vraiment envie de jouer avec ces petites filles dont les jouets servent à des mises en scène qui n’ont rien d’enfantin, qui parlent de mort, de larmes, de déchirures, de failles à sans cesse venir ? Le monde des poupées, des pantins, des peluches qui, dans ce chapitre, accompagne et peut-être crée les rêves de gamines qui y pénètrent, ce monde est d’un sérieux qui fait peur… Une peur semblable, il est vrai, à ces cauchemars impossibles à raconter que, toutes et tous, nous avons faits enfants !

 

Quatrième chapitre : Tales From Wonderland

 

 

Play With Me©Soleil-Venusdea

 

 

Dans le dernier chapitre de ce livre, Nicoletta Ceccoli nous convie à la suivre dans l’univers des contes pour enfants. Mais là aussi, de labyrinthe en prince charmant fuyant les tentacules du désir, la magie des belles histoires disparaît pour laisser la place à des châteaux de cartes toujours prêts à s’écrouler,à des sirènes qui ne sont que de dangereuses méduses… Le pays des merveilles dans lequel Nicoletta Ceccoli nous fait entrer n’est pas celui d’Alice… Il y ressemble un peu, de par ses couleurs, de par ses thèmes, mais il s’en éloigne par l’intensité d’un sentiment qui, de bout en bout de ce chapitre et de tout ce livre est omniprésent : l’absence ! Absence de sentiments, de sensations, de rêves nouveaux, absence de l’enfance à elle-même !…

 

 

Formellement beau, à tous les niveaux, le graphisme, la composition, la couleur, ce livre est d’une totale impudeur. Nicoletta Ceccoli appartient à cette race de dessinateurs pour qui la réalité n’est jamais ce reflet que l’habitude nous montre d’elle… Il y a du désespoir, dans ses dessins, comme chez  Topor, comme chez Bosc, comme chez Ungerer, mais il y a une façon de traiter ce désespoir quotidien qui choisit l’anecdote pour fouiller au plus profond de toutes les angoisses que l’enfance fait naître, éternellement, dans l’âme des adultes…

 

Un livre superbe, à feuilleter, à regarder, encore, et encore… Pour se faire peur ?… Un peu, par ce que la peur, comme l’amour et la tendresse, sont les horizons qui nous font toutes et tous vivants !

 

Jacques Schraûwen

Play With Me (auteure : Nicoletta Ceccoli – éditeur : Soleil-Venusdea)