Astérix Chez Les Belges : une exposition au Centre Belge de la Bande Dessinée, à Bruxelles, jusqu’au 3 septembre 2017

Astérix Chez Les Belges : une exposition au Centre Belge de la Bande Dessinée, à Bruxelles, jusqu’au 3 septembre 2017

La commissaire de cette exposition, Mélanie Andrieu, a répondu à nos questions et nous explique le pourquoi de cette exposition bien sympathique…

 

Astérix fait partie intégrante de la grande histoire de la bande dessinée, et l’album  » Astérix chez les Belges « , qui fut le dernier scénarisé par l’immense Goscinny, est sans aucun doute un des meilleurs titres de cette série mythique.

Goscinny et Uderzo ont eu, rappelons-le, leur premier grand succès avec une série parue dans le  » Journal de Tintin « , Oumpah-pah, à la fin des années cinquante. Une série qui, tant au niveau du dessin que du scénario, s’éloignait de façon assez indéniable de la ligne claire chère à Hergé, et se rapprochait même, par son esprit comme par sa construction, de ce qui se faisait du côté de Charleroi. Sans vouloir faire œuvre d’historien du neuvième art, il y a eu là, inconsciemment sans doute, la création d’un pont entre des rivaux de toujours, et ce pour le bien uniquement de la bande dessinée dans son ensemble.

Uderzo et Goscinny ont continué leur collaboration, et c’est dans le journal  » Pilote  » que l’irréductible petit Gaulois a pris vie.

Jusque-là, reconnaissons-le, les albums de bd se lisaient de manière le plus souvent  » linéaire « , et s’adressaient de but en blanc à un public de jeunes. Avec Astérix (et d’une certaine manière avec toutes les séries parues dans Pilote), il en a été autrement. Le génie de Goscinny est d’avoir compris que la bande dessinée allait connaître une évolution inéluctable, celui d’un art ouvert à tous les publics, et ce avant tout le monde (ou presque… n’oublions pas le travail exceptionnel fait par certains auteurs de chez Bayard…).

Citations latines, jeux de mots parfois tarabiscotés et dignes de Pierre Dac, situations anachroniques en rapport imagé et symbolique avec la société d’alors, c’est tout cela qui a fait de ce personnage un véritable héros. Et il est bienvenu de rendre hommage aujourd’hui à Astérix, Obélix, Goscinny et Uderzo, qui eux-mêmes ont rendu un bien bel hommage à notre petit pays !

 

Mélanie Andrieu, commissaire de l’exposition

 

 

 

Bien sûr, dans le regard que des Français pouvaient avoir sur les Belges à la toute fin des années 70, il ne peut y avoir que de la caricature. N’oublions pas que l’époque était chez nous à une véritable belgitude, avec des artistes qui revendiquaient leurs origines, comme Brel, Cordy, mais aussi toute une chanson wallonne de qualité, celle de Julos Beaucarne, et Jofroi, de bien d’autres… Et du côté flamand, il y avait entre autres Johann Verminnen…

Mais l’époque était aussi, dans l’Hexagone voisin, à un humour souvent grassement dirigé vers les petits Belges, humour dont le chef de file était Coluche, qui, dans ce domaine-là au moins, n’a pas vraiment fait preuve de délicatesse !…

Donc, de manière évidente, le regard d’Astérix sur le peuple belge, tout comme celui qu’il a eu sur les Normands ou sur les Espagnols, ce regard était empreint de préjugés bien établis dans l’intelligentsia française.

Mais Goscinny, par ailleurs auteur du Petit Nicolas, ne pouvait pas entrer dans un jeu qui n’eût été que celui d’une certaine forme de racisme ordinaire. Et dans  » Astérix chez les Belges « , avec l’aide du graphisme à la fois fouillé et vivant, animé et expressif de son complice Uderzo, c’est un portrait plutôt tendre et souriant qu’il nous offre de notre belgitude.

Et on sent, dans cet album comme dans l’exposition qui lui est aujourd’hui consacrée, que dessinateur et scénariste connaissaient parfaitement leur sujet, et qu’ils nous restituent, ma foi, un portrait qui n’est jamais à charge de note pays, mais qui, toujours, se nourrit de sourires et de partages de bons moments !

Et c’est dans cette  » gentillesse  » d’Astérix que réside, sans doute, le fait que, malgré parfois, depuis la mort de Goscinny, des faiblesses dans les scénarios, cette série reste emblématique de ce qu’est la bd pour toutes et tous, intelligente et souriante.

 

Mélanie Andrieu, commissaire de l’exposition

 

 

Les expositions du Centre Belge de la Bande Dessinée sont une des preuves que la BD est un art totalement vivant… Et cette exposition consacrée au Gaulois le plus célèbre aux quatre horizons de la planète réussit à nous plonger à la fois dans l’Histoire majuscule du neuvième art, dans l’histoire de l’humour à la française, et dans l’histoire, simplement, de notre  » pays petit aux frontières internes « , comme le disait Claude Semal…

Une belle exposition, sans tape-à-l’œil inutile, tout en simplicité, et intéressante à bien des points de vue. A aller admirer, donc…

 

Jacques Schraûwen

Astérix Chez Les Belges : une exposition au Centre Belge de la Bande Dessinée, jusqu’au 3 septembre 2017

Ter : 1- l’étranger – un album, une exposition jusqu’en octobre, une interview

Ter : 1- l’étranger – un album, une exposition jusqu’en octobre, une interview

De la science-fiction solide pour une nouvelle série passionnante : un album somptueux et une belle exposition consacrée à un dessinateur au talent passionné !

Au scénario, Rodolphe, un vieux routier du neuvième art extrêmement prolifique, puisque c’est à la fin des années 80 qu’il a débuté dans ce métier. C’est dire qu’il sait ce que c’est que raconter une histoire avec efficacité…

Au dessin, un jeune auteur suisse, Christophe Dubois.

Et à l’édition, un homme Daniel Maghen, amoureux de la bd, galeriste, et qui n’édite que des livres de très grande qualité graphique, comme ceux de Prugne ou de l’exceptionnel Lepage…

Au total, un livre de science-fiction absolument passionnant !

Un livre dont les planches originales sont exposées, jusqu’au 8 octobre, dans un lieu prestigieux, le Centre Belge de la Bande Dessinée, à Bruxelles. Un lieu dans lequel les dessins de Christophe Dubois ont totalement leur place.

Même s’il n’a qu’une carrière assez courte encore dans l’univers de la bd, Christophe Dubois se révèle être un dessinateur réaliste exceptionnel ! Ses planches sont des petits bijoux, avec des angles de vue qui permettent vraiment de plonger dans un univers qui, totalement fictionnel, fait cependant mille et une référence, dans le texte comme dans le graphisme, au monde qui est le nôtre. Et l’exposition montre avec talent que dessin et texte sont en véritable osmose dans ce livre…

Un bel hommage, donc, que cette exposition, à un auteur, certes, mais aussi à un éditeur engagé dans la défense du neuvième art.

 

Rodolphe: Daniel Maghen éditeur

 

En un lieu indéfinissable, il y a une cité. Il y a la ville du haut, occupée par les  » collèges  » et les maîtres de la religion…

Il y a la ville du bas, peuplée des gens « normaux ».

Parmi eux, il y a Pip qui gagne sa vie en pillant les tombes. Et, dans une de ces tombes, il découvre un jeune homme nu, sans mémoire et sans langage.

Il le ramène chez lui et, là, cet inconnu, rapidement, apprend à parler, à communiquer, à écrire. Et, surtout il se révèle capable de réparer tous les objets étranges recueillis, au cours de ses rapines, par Pip : un grille-pain, par exemple, mais aussi un objet qui attire sur lui l’attention des gens de la ville du haut ! Un objet qui diffuse, en 3d, des images qui parlent d’une guerre et d’un holocauste, de deux tours jumelles détruites, de la disparition d’un tableau intitulé la Joconde.

Et c’est ainsi que ce livre, premier d’une série, s’ouvre à des réflexions qui dépassent le simple récit.

On parle de langage, comme seul lien possible, finalement, entre les êtres vivants, on y parle aussi de mémoire, cette faculté que l’homme a de se restaurer à lui-même grâce à ses mille vécus.

On s’ouvre aussi à des réflexions sur le rôle du pouvoir, sur la présence de la foi, quelle que soit la forme qu’elle puisse prendre, dans le monde de demain comme dans celui d’aujourd’hui d’ailleurs. Rodolphe aime créer des ponts entre l’imaginaire et le réel, qu’il appartient au lecteur, en définitive, d’emprunter ou pas.

On y parle également, avec une belle impudeur, d’une toute autre mémoire, une mémoire qui devient langage silencieux : la mémoire du corps, la mémoire des chairs. Parce que ce livre se construit aussi, narrativement, autour du sentiment amoureux, au sens large du terme.

 

Rodolphe: le langage

 

Rodolphe: le personnage central

 

 

Le scénario de Rodolphe est d’une narration sans défaut, et le lecteur ne se perd jamais en route, malgré les différents récits parallèles que le scénariste met en scène. Les personnages sont nombreux, et chacun possède une véritable existence, tant au travers des dialogues que de la façon dont le dessinateur, Christophe Dubois, se les approprie.

Et ce scénario prend vie grâce au dessin, évidemment. Il y a ici et là, dans le graphisme de Christophe Dubois, des réminiscences d’académisme, il y a aussi des références, dans quelques cases, à quelques grands dessinateurs réalistes, comme Manara voire même Pratt…

Il y a aussi, dans le dessin, un plaisir à créer un univers que le lecteur croit sans cesse reconnaître, et qu’il ne comprend vraiment qu’à la toute dernière page… Il est amusant, alors, et passionnant, de revenir en arrière, de se balader de planche en planche pour y dénicher tous les signes palpables de cet univers que Dubois y avait placés et qu’on n’avait pas vraiment remarqués !

Réaliste, ce dessin n’est cependant jamais figé, loin s’en faut, et dans certaines constructions, dans certaines perspectives, Dubois aime s’aventurer dans des constructions qui font mieux qu’accompagner le récit de Rodolphe, qui le démesurent…

Christophe Dubois et Rodolphe: le dessin
Christophe Dubois et Rodolphe: le réalisme

 

Un des éléments importants dans ce livre, un élément qui participe pleinement à sa réussite, c’est l’utilisation que Dubois y fait de la couleur. La lumière change, évolue, de page en page, de case en case même, parfois, et avec elle changent également les couleurs, leurs présences, parfois presque diaphanes, parfois d’une épaisseur sombre.

C’est peut-être encore plus  » palpable  » dans les quelques scènes érotiques qui, restant poétiques, n’en demeurent pas moins extrêmement charnelles. Dans la représentation des corps amoureux, Christophe Dubois prend un incontestable plaisir, partagé par tous ses lecteurs (et lectrices)…

 

Christophe Dubois: la couleur
Christophe Dubois: l’érotisme

Je l’ai déjà dit, je le redis : Daniel Maghen est un éditeur qui ne publie que des auteurs qui appartiennent pleinement au Neuvième Art.

Et c’est encore le cas avec Ter, croyez-moi… Vous ne pourrez d’ailleurs que vous en rendre compte par vous-mêmes en allant voir l’exposition consacrée à ce livre !

 

Jacques Schraûwen

Ter : 1- l’étranger (dessin : Christophe Dubois – scénario : Rodolphe – éditeur : DM Daniel Maghen)

Exposition au Centre Belge de la Bande Dessinée jusqu’au 8 octobre 2017

Le Coup de Prague : un très bel album et une superbe exposition à voir à Bruxelles jusqu’au 13 mai 2017

Le Coup de Prague : un très bel album et une superbe exposition à voir à Bruxelles jusqu’au 13 mai 2017

A Vienne, Graham Greene fait des repérages pour le film qu’il doit scénariser,  » Le Troisième Homme « . Espions, espionnes et proches des nazis sont au rendez-vous dans un univers en déliquescence…

1948… La capitale de l’Autriche est, comme l’Europe, divisée en plusieurs zones d’influence et de gestion. Des égouts au métro, des ruelles sombres aux palaces encore debout, Vienne est aussi une cité dans laquelle se vivent les trafics les plus inacceptables, les rencontres les plus improbables, les faux-semblants et les déguisements. Une cité, surtout, dans laquelle l’espionnage international tente, parfois désespérément, de préparer une nouvelle Europe.

Et c’est dans ce monde à la recherche de lui-même que débarquent les deux héros de cet album. Graham Greene, auteur à la recherche d’inspiration, de décors, d’ambiances, mais aussi personnage trouble qui semble s’amuser à espionner. Et ensuite, la belle Elisabeth, actrice, sans doute, aventurière, certainement, espionne non repentie aussi et surtout !

Miles Hyman, le dessinateur, nous a habitués à nous plonger à sa suite dans des années disparues. Pour Jean-Luc Fromental, le scénariste, cette immersion dans la fin des années 40 allait de soi, vu le sujet choisi. Il y a dans cette démarche double une forme de nostalgie, sans doute. Mais une nostalgie qui ouvre, aussi, des portes avec nos présents…

Miles Hyman: la nostalgie
Jean-Luc Fromental: la nostalgie

 

Même si le personnage central reste l’écrivain/scénariste Graham Greene, le choix narratif de Fromental a été de choisir Elisabeth comme fil conducteur, tantôt femme fatale, tantôt féministe, tantôt amoureuse, tantôt perdue. C’est elle, accompagnatrice de choix, qui ponctue et rythme le récit, narratrice d’une histoire dans laquelle s’engluent réalités et sentiments, fiction littéraire et réalités glauques.

Jean-Luc Fromental est un auteur extrêmement éclectique, romancier, scénariste pour le cinéma et la télé (Navarro, par exemple…), rédacteur en chef du mythique Métal Hurlant.

Et sa manière d’envisager un scénario, de le construire, d’aimer piéger son lecteur en jouant sans cesse sur les apparences et les sentiments, sa façon d’écrire se nourrit bien évidemment de tous ses centres d’intérêt, de toutes ses incursions dans les nombreux domaines de la culture populaire. Il a, incontestablement, une vue extrêmement précise sur ce qu’est le neuvième art, et sur la manière d’en faire un outil culturel essentiel.

Jean-Luc Fromental: bd et scénario
Jean-Luc Fromental: la construction du scénario

L’actualité de ce  » Coup de Prague « , c’est bien sûr cet album superbe, superbement dessiné, aux couleurs et aux lumières omniprésentes.

L’actualité de ce  » Coup de Prague « , c’est aussi une exposition à la galerie Champaka des planches originales de cet album. Des planches dessinées au fusain, donc en noir et blanc, exclusivement. De quoi pouvoir admirer de tout près la maîtrise technique de Miles Hyman. De quoi aussi apprécier, en comparant la planche originale et le résultat final dans l’album, de comprendre que la technique de colorisation assistée par ordinateur peut être proche de la perfection artistique !

Miles Hyman, comme le dit Jean-Luc Fromental, est un chirurgien du dessin, et il le prouve, tant graphiquement que grâce à ces couleurs et ces lumières qu’il réussit à imprimer à tout son livre. Son art se nourrit du plaisir qui est encore toujours le sien à créer des illustrations, mais il dépasse cette approche illustrative de la bd en construisant ses planches avec une méticulosité également narrative.

Miles Hyman: le dessin et la couleur
Miles Hyman: illustration et bd

Ce  » Coup de Prague  » est un livre ambitieux, et l’ambiance qui en nimbe chaque page est celle du chef d’œuvre cinématographique  » Le troisième homme « . Bien sûr, la lecture n’en est pas toujours facile, ce qui est une caractéristique de toutes les œuvres qui s’intéressent à l’espionnage. Bien sûr aussi, cette lecture sera plus aisée pour ceux qui ont vu « Le Troisième Homme  » et qui ont lu Graham Greene.

Mais cet album est aussi un excellent livre qui se savoure autant avec les yeux qu’avec l’intelligence. Un livre qui est né, sans aucun doute possible, de plus qu’une complicité entre le scénariste et le dessinateur, d’une véritable osmose artistique entre eux deux, faite d’un respect mutuel et d’une envie commune à raconter et à charpenter une histoire solide.

Jean-Luc Fromental: la collaboration entre deux auteurs

Ce livre ne peut qu’avoir sa place dans votre bibliothèque… Une bonne place ! Et vous ne pourrez qu’être séduits par l’exposition qui lui est consacrée, une exposition dans laquelle tout l’art de Miles Hyman se révèle sans apprêts inutiles !

 

Jacques Schraûwen

Le Coup de Prague (dessin : Miles Hyman – scénario : Jean-Luc Fromental – éditeur : Dupuis – exposition à la galerie Champaka jusqu’au 13 mai – rue Ernest Allard 27 – 1000 Bruxelles)

Jean-Marc Krings expose au Centre Belge de la Bande Dessinée jusqu’au 21 mai

Jean-Marc Krings expose au Centre Belge de la Bande Dessinée jusqu’au 21 mai

Jean-Marc Krings est un auteur belge à part entière. Et ce sont les planches de son dernier album, paru pour le moment uniquement en néerlandais, qui s’accrochent aux cimaises du musée bruxellois de la bande dessinée.

Le nord de la Belgique a l’habitude des longues séries dont les héros, à chaque album, vivent une nouvelle aventure. Bob et Bobette, Le Chevalier Rouge, Bessy en sont d’évidents exemples. Kiekeboe également, cette série typiquement familiale et bon enfant, animée depuis quelque 150 albums par son auteur, Merho.

Le nord de la Belgique a aussi, depuis quelques années, l’habitude de prendre comme base ces séries populaires et ouvertes surtout au monde de l’enfance, et de les transformer, en parallèle des livres originels, en des albums résolument adultes. Amphoria, par exemple, superbement traduit en français par les éditions Paquet, en est un exemple flagrant, puisqu’y vivent tous les personnages de Bob et Bobette dans un environnement beaucoup plus réaliste, d’une part, et dans des aventures qui n’évitent ni violence, ni sensualité ! Voire plus, même !…

Et c ‘est au tour de Kiekeboe, aujourd’hui, de laisser échapper un de ses personnages, Fanny K, pour en faire l’héroïne d’une série qui s’éloigne résolument de son univers originel. Une héroïne dessinée par Jean-Marc Krings.

Jean-Marc Krings: Fanny K
Jean-Marc Krings: le dessin

 

Jean-Marc Krings a un style, c’est vrai, qui ne peut que coller à ce genre d’aventure : nervosité dans le trait, rapidité dans la mise en scène, sens de l’expressivité, amour, aussi, de la courbe dans tout ce qu’elle peut avoir de féminin, dans un environnement où le réalisme laisse la place à l’efficacité graphique.

Krings est un de ces auteurs prolifiques dont tout le monde a déjà vu au moins un dessin : proche, graphiquement, de l’école de Marcinelle, il a derrière lui une belle carrière, déjà. Qu’on en juge, d’ailleurs, puisqu’il fut le dessinateur de la très jolie série Violine, mais aussi de la reprise de la Ribambelle, du Code Quanta, ou encore de Jacky Ickx…

Dessinateur résolument populaire, c’est-à-dire prêt à tenter toutes les aventures éditoriales susceptibles de lui permettre d’aller encore plus à la rencontre de publics différents, le voici également honoré par une exposition. Et pas n’importe où, mais dans ce lieu prestigieux qu’est le Centre Belge de la Bande Dessinée, un endroit véritablement ouvert à toutes les créations du neuvième art, des plus traditionnelles aux plus innovantes !…

Jean-Marc Krings: l’exposition

 

Bien, sûr, Fanny K n’existe encore qu’en néerlandais. Mais d’après Jean-Marc Krings, une traduction est prévue d’ici quelques mois.

Et, de toute façon, c’est être Belge aussi que de s’ouvrir à toutes les réalités culturelles de notre petit pays. Et le dessin, de souplesse, de rythme, de rapidité, qui est celui de Krings, ce dessin-là mérite assurément d’être vu et regardé de tout près !

 

Jacques Schraûwen

Une expo consacrée à Fanny K, au CBBD, jusqu’au 21 mai 2017

Les Enfants de la Résistance : 3. Les Deux Géants – Une série totalement réussie et une exposition au musée de la résistance

Les Enfants de la Résistance : 3. Les Deux Géants – Une série totalement réussie et une exposition au musée de la résistance

Troisième tome d’une série étonnante et qui ne faiblit absolument pas, que du contraire ! Avec en outre une exposition dans un lieu à découvrir, le Musée de la Résistance!

Dans ce troisième volume, nous sommes en été. En été 1941 ! François, Lisa et Eusèbe, dans leur petit village presque tranquille, après avoir enterré le père de François fusillé par les nazis, sont plus que jamais décidés à résister. C’est d’amitié qu’il s’agit, entre ces trois enfants devenant adolescents, bien entendu. D’un courage, aussi, qui les dépasse et qui ressemble peut-être, au secret de leur âme, à un grand jeu à la Rudyard Kipling.

Mais ce dont il s’agit surtout, pour les auteurs, Dugomier au scénario et Ers au dessin, c’est de dresser le portrait d’une époque de notre Histoire, une époque douloureuse, et de le faire au travers de trois regards encore enfantins, de le faire, oui, à hauteur d’enfance plutôt qu’à hauteur adulte !

C’est là toute la force de cette série, certainement… Une série résolument ouverte à tous les publics, à tous les âges. Une série dont le message premier est de prouver que la résistance est d’abord une manière d’être, une manière d’exister, une manière de penser et de réfléchir.

A la fin de chaque album, il y a un dossier qu’on peut qualifier de pédagogique. Et ce sont ces pages-là qui sont exposées au musée de la Résistance, à Bruxelles, rue Van Lint. Une exposition à laquelle le conservateur du musée, Jean-Jacques Bouchez, attache beaucoup d’importance…

Vincent Dugomier: résister

Jean-Jacques Bouchez, le conservateur du musée de la résistance

Je l’ai déjà dit ici lors de mes chroniques consacrées aux albums précédents de cette série : il s’agit véritablement d’une réussite !

Une réussite due, entre autres, à la précision que les deux auteurs ont voulue dans le construction de leur récit, de leurs récits pluriels même.

Comme exemple, j’en veux l’œil historique sérieux sur le monde des enfants en ces années quarante naissantes. Les stéréotypes étaient nombreux, sur ce qui pouvait être vécu par les petits garçons et par les petites filles. Les stéréotypes étaient tout aussi nombreux en ce qui concerne les réalités sociales et sociologiques de tout un chacun, de l’accès aux études, du travail à la ferme. Il y avait les notables et les autres, dans le village de nos trois enfants-héros. Il y avait ceux qui reprenaient la ferme et les autres qui pouvaient faire des études et s’élever, ainsi, au long de ce qu’on ne nommait pas encore l’échelle sociale. Et ces réalités-là, tellement différentes de ce que notre occident connaît aujourd’hui, sont bien présentes et mises en perspective dans cette série.

Ce qui est important aussi, c’est que les personnages, qu’ils soient centraux ou secondaires, ne sont jamais figés. On les voit évoluer, changer, physiquement et moralement. Et c’est encore plus le cas avec nos trois héros qui, d’album en album, gagnent en maturité physique et mentale…

Dugomier et Ers: le quotidien des enfants

Vincent Dugomier: la maturité

Dans les deux premiers volumes, on était totalement dans l’aspect  » grand jeu  » dont je parlais plus haut. Bien sûr, le rendu de l’époque était complet, avec ses réalités sociales et politiques, mais le tout était traité en arrière-plan plutôt qu’à l’avant de l’intrigue.

Ici, dans ces « deux géants », deux géants qui se jaugent, se jugent et finissent par s’affronter, il en va tout autrement. La politique est bien présente, par petites touches d’abord, puis avec de plus en plus d’insistance. Il faut dire qu’en 1941, l’Allemagne Nazie s’est retournée contre l’URSS ! Et le Japon est à son tour entré en guerre !…

Mais cette réalité politique n’empêche pas le trio des enfants résistants de continuer à vivre comme des enfants… A essayer, ainsi, de comprendre des adultes qui deviennent de plus en plus incompréhensibles, emberlificotés qu’ils sont dans les méandres de leurs convictions politiciennes. Parmi ces adultes, il y a les Français, d’abord. Ceux qui acceptent, ceux qui refusent, ceux qui collaborent. Il y a les personnages ambigus, aussi, comme le parrain de François, ambitieux et vénal, et, en même temps, aimé par son résistant de filleul…

Parmi ces adultes, il y a aussi les occupants, les nazis, les militaires, les simples soldats et leurs officiers.

Et ce n’est pas la moindre des qualités de cette série que d’éviter, jusque dans la description de ces  » méchants « , tout manichéisme qui se serait révélé inutile et trop lourd, narrativement parlant !

Benoît Ers et Vincent Dugomier: la politique

Benoît Ers: le « nazisme normal »…

 Les enfants de la résistance

Le scénario de Vincent Dugomier se construit dans la tradition, quelque peu disparue il faut le reconnaître, des aventures linéaires, bien racontées, superbement documentées, bien écrite, admirablement bien dialoguée, avec un minimum de raccourcis littéraires. Un peu comme dans ces romans pour adolescents signés Dalens ou Foncine.

Le dessin de Benoît Ers, plus que dans les albums précédents peut-être, joue énormément avec la couleur. Il est vif, rappelle, lui aussi, les illustrations de ces livres pour la jeunesse des années 50, comme la fameuse collection Signe de Piste. Sans pour autant renoncer aux scènes graphiquement ambitieuses, comme l’attaque japonaise sur Pearl Harbor.

On sent qu’ils sont tous les deux plus que des partenaires dans la création de cette série. Qu’ils sont réellement co-auteurs. Il en résulte trois albums à savourer !

Benoît Ers: la couleur

Enfants, adolescents, adultes, n’hésitez pas, en cette époque troublée, à acheter ces trois premiers albums d’une série intelligente à tous les points de vue ! A l’acheter, à l’offrir, et à vous rendre au musée de la Résistance à Bruxelles pour en découvrir un outil pédagogique accessible aux écoles !…Et pour en savoir plus, suivez les liens ci-après !…

 

Les éditions du Lombard

Le Musée de la Résistance

 

Jacques Schraûwen

Les Enfants de la Résistance : 3. Les Deux Géants (dessin : Benoît Ers – scénario : Vincent Dugomier – éditeur : Le Lombard)

Exposition au Musée de la Résistance – 14, rue Van Lint – 1070 Bruxelles – jusqu’au 30 juin

Le Réseau Madou : une superbe réédition et une belle exposition chez Champaka!

Le Réseau Madou : une superbe réédition et une belle exposition chez Champaka!

Un livre de 1982 entièrement  » reconstruit « , aujourd’hui, exposé aux cimaises d’une galerie bruxelloise (Champaka), et qui mérite assurément qu’on s’y attarde !

 » Le Réseau Madou « , c’est d’abord et avant tout un hommage, littéraire et graphique, à la fameuse  » Ligne Claire « , celle de Jacobs surtout.

Littéraire, d’abord, parce que François Rivière agit ici en écrivain, en écrivain de roman policier à l’ancienne, ai-je envie de dire,  » à l’anglaise « .

Certes, sa narration subit d’évidentes influences, que François Rivière, par ailleurs, assume pleinement. Il y a une construction qui, parfois, rappelle certaines œuvres de ce qu’on a appelé le nouveau roman. Il y a aussi une succession de plans qui appartient, elle, au monde cinématographique.

Graphiquement, il en va de même, et on peut se demander, d’ailleurs, à certains moments, dans quelle mesure Alain Goffin a illustré le scénario de François Rivière, ou, à d’autres moments, dans quelle mesure le scénariste a illustré de ses mots le découpage de son dessinateur.

 » Le Réseau Madou « , c’est ensuite une histoire. Un récit parfaitement charpenté d’espionnage dans l’immédiate avant-guerre (1938). Résumer cette histoire est impossible tant elle comprend de fausses pistes, d’indices parsemés tout au long des dessins, de rebondissements aussi. Le héros de cet album, dans la plus pure tradition de la bande dessinée pour la jeunesse, est un jeune scout, Thierry Laudacieux. Le propos, lui, est plus adulte, incontestablement, tout en respectant toutes les règles  » tous publics  » chères aux tenants de La Ligne Claire…

Par contre, ce qu’il faut souligner, c’est que cet album est une véritable  » re-création  » de l’original. On peut parler de  » remastérisation « , à tous les niveaux, et le résultat en valait la peine ! Dois toilé, rendu des traits et des images d’une netteté exemplaire, tout est fait, réellement, pour que tenir ce livre entre les mains et le lire participent d’un vrai plaisir.

François Rivière: le scénario et les influences…

Alain Goffin: le scénario et le re-création…

A la fin de cet album quelques pages dressent un paysage succinct mais intéressant de ce que  » La Ligne Claire  » a apporté au monde de la bande dessinée.

Et c’est vrai qu’on peut se poser la question de savoir si cette manière de créer en bd est toujours d’actualité, a toujours sa place dans l’univers actuel du neuvième art, tellement varié.

Mais c’est par et pour cette variété que l’art cher à Hergé reste actuel, reste un médium capable encore et encore de raconter des histoires, qu’elles soient accessibles à tous ou réservées aux adultes.

C’était d’ailleurs, déjà, le  » message  » de ce réseau Madou, puisque un des éléments moteurs du récit se situe dans une bande dessinée éditée en strip par un journal bruxellois. La bande dessinée, dans la bd, en quelque sorte, mais montrant que la bd, qu’elle qu’en soit la forme finalement, est un vecteur de communication, pour utiliser un terme à la mode aujourd’hui, mais qui ne l’était pas en 1982, et certainement pas non plus du temps des albums de Hergé ou de Jacobs !

Alain Goffin: La Ligne Claire

François Rivière: la BD dans la BD…

Cela dit, ce qui prime aussi chez tous les utilisateurs actuels de la ligne claire, c’est une certaine forme de nostalgie. Nostalgie d’une architecture, nostalgie de meubles et de décors intérieurs, nostalgie d’une ambiance infiniment plus lente que celle qu’on connaît de nos jours, nostalgie de vêtements, nostalgie de  » valeurs « , au sens large du terme. Une nostalgie qu’Alain Goffin revendique, totalement…

Alain Goffin: la nostalgie

 

Je pense que la réédition de cet album vient en son temps. Pour prouver que l’essentiel, dans le neuvième art, reste et restera toujours le fait de raconter une histoire, et de le faire d’une manière qui permette aux auteurs, le dessinateur comme le scénariste, de s’exprimer totalement et librement.

Ce qui vient à son heure aussi, c’est l’exposition-vente organisée à l’occasion de cette réédition par la Galerie Champaka à Bruxelles, et qui permet à la fois de découvrir tout le talent d’Alain Goffin, mais aussi tout le travail qui a été fourni, aujourd’hui, pour actualiser un album qui, sinon, aurait sans doute paru très daté…

Alain Goffin: l’exposition

 

Un livre une expo…. Que demander de mieux pour rendre hommage à La Ligne Claire ?….

Aux nostalgiques de la bd à l’ancienne, aux nostalgiques d’un Bruxelles disparu où la Place Flagey n’était pas encore un lieu  » branché « , aux amateurs de bonnes histoires bien racontée, à tous ceux qui aiment le neuvième art sous toutes ses formes, ce livre et cette exposition ne pourront que plaire !

 

Jacques Schraûwen

Le Réseau Madou (dessin : Alain Goffin – scénario : François Rivière – éditeur : Dargaud)

Exposition à la Galerie Champaka – 27, rue Ernest Allard – 1000 Bruxelles – du 3 au 18 mars

Jean-Christophe Chauzy : deux albums et une exposition à Bruxelles

Jean-Christophe Chauzy : deux albums et une exposition à Bruxelles

Auteur de deux albums étonnants,  » Le Reste du Monde  » et  » Le Monde d’Après « , Jean-Christophe Chauzy est un dessinateur de bande dessinée pour qui la couleur et le décor sont des éléments essentiels.

Ces deux albums qui se font suite racontent une fin de monde… Ou plutôt la fin d’un monde… Des personnages y sont perdus dans un univers qui cherche envers et contre à se réinventer, à perdurer… Et la construction graphique que Chauzy imprime à son histoire, à ses récits entremêlés qui mettent en scène autant l’humain que la nature dans tout ce que ces deux réalités du vivre peuvent avoir de démesuré, cette mise en scène narrative est extrêmement rythmée, vive, vivante.

Voir les planches originales de ces deux livres qui nous racontent l’histoire de quelques survies humaines à la frontière de l’animalité, c’est un vrai plaisir, une vraie découverte aussi. Et la Galerie Champaka, spécialisée au Sablon dans le neuvième art, réussit à mettre ces dessins, ces planches, ces couleurs en évidence dans un décor simple et souple tout à la fois.

C’est en s’attardant devant ces originaux qu’on se rend compte à la fois du travail de composition de l’artiste et de la différence entre l’œuvre accrochée et le résultat imprimé. Les albums, bien sûr, ne dénaturent en rien les évidences de couleurs que Chauzy impose à ses planches, des évidences qui expriment, en quelque sorte, la matière du récit. Mais il y a malgré tout une lumière différente dans ces originaux, une lumière tantôt sereine, comme quand Chauzy emmène ses héros dans des horizons où ils ne sont plus que des ponctuations d’un espace trop grand pour eux, une lumière tantôt brutale, quand, pour Jean-Christophe Chauzy, il s’agit de nous parler de combat, de lutte, celle d’une femme prête à tout pour sauver ceux dont elle a la charge.

Au total, une exposition qui met en perspective l’œuvre d’un dessinateur de BD qui ne manque vraiment pas de talents pluriels… Et deux albums que je vous conseille vraiment de découvrir!…

 

Jacques Schraûwen

Une exposition à la Galerie Champaka jusqu’au 25 février

 » Le Reste du Monde  » et  » Le Monde d’Après  » (auteur : Jean-Christophe Chauzy – éditeur : Casterman)