Michel Plessix : la disparition d’un poète du neuvième art

Michel Plessix : la disparition d’un poète du neuvième art

Il avait 57 ans… 57 printemps… Et il laisse, dans l’univers de la bande dessinée, quelques albums à la poésie et à la tolérance omniprésentes… C’était un des grands auteurs d’aujourd’hui, toujours soucieux de s’ouvrir à tous les publics!

 

Je ne vais pas citer ici tous les livres qu’il a créés, tous les albums qui ont enchanté mes lectures (et les vôtres…). Mais comment ne pas vous parler d’un de ses personnages emblématiques : Julien Boisvert? héros pâle, falot, embarqué dans une quête qui le dépasse mais qui le magnifie en même temps, cet être profondément humain et humaniste était, sans aucun doute, à l’image de son créateur : simple, tolérant, humaniste, souriant…

Michel Plessix n’a jamais cherché à briller, à se montrer, à s’imposer. Il était de ces créateurs pour qui priment le récit, le partage, et son trait, tout en courbes et en sourires, tout en lumières et  en couleurs ensoleillées, son trait comme ses mots s’attachaient toujours essentiellement à l’humain, au travers de la fable animalière aussi, au travers du paysage, au travers de l’expression…

Avec Michel Plessix, c’est un artiste discret qui disparaît, mais un artiste qui laissera dans la grande Histoire de la BD une vraie empreinte : celle du bonheur à raconter des histoires qui dépassaient toujours la simple anecdote littéraire et graphique…

Et je vous invite à le redécouvrir dans un livre chroniqué ici, « Là où vont les fourmis »… Il parlait, dans cette chronique, de son livre, certes, mais aussi de lui et de ses talents…

Bernie Wrightson : la disparition d’un des maîtres de la bd américaine

Bernie Wrightson : la disparition d’un des maîtres de la bd américaine

Créateur de  » La créature des marais « , Bernie Wrightson est mort ce 19 mars, vaincu par le cancer. Il est de ceux qui ont influencé de manière durable le neuvième art, des deux côtés de l’Atlantique !

Né en 1948, Bernie Wrightson a commencé sa carrière à vingt ans, dans des revues qui s’amusaient à parler d’horreur, comme Vampirella, Creepy et Eerie, deux revues qui se virent traduites en français pendant quelques temps dans les années 70.

Et c’est dans ces petites revues, qu’il a fait ses armes, aux côtés de dessinateurs essentiels, comme Richard Corben, ou Frank Frazetta. C’est en suivant leurs pas, en quelque sorte, qu’il s’est créé un style incomparable, un style qui va faire de lui un des maîtres absolus du comics américain.

Parler de Bernie Wrightson, c’est d’abord se souvenir de ce qui fut peut-être sa première très grande série :  » La Créature des marais « , parue dans les années 70 en français aux éditions du Fromage. On y trouvait déjà ce qui va, en quelque sorte, être sa marque de fabrique pendant toute sa carrière : un sens aigu des perspectives gothiques, une manière extrêmement personnelle d’utiliser la hachure pour donner de la vie à ses personnages, un travail puissant sur le noir et blanc, et surtout une approche humaniste de toutes ses histoires, même les plus horribles et les plus improbables, une approche à taille humaine, une approche poétique, même, souvent.

Maître du noir et blanc, du contraste gothique de la narration graphique, Bernie Wrightson aimait aussi la couleur, bien entendu, et, là aussi, il faisait preuve d’un talent expressionniste largement reconnu.

Il est également l’auteur de ce qui restera sans aucun doute la meilleure adaptation en bd de  » Frankenstein « .

Artiste extrêmement prolifique, illustrateur et bédéiste, toujours attiré par le fantastique, sous toutes ses formes, Bernie Wrightson fut aussi en effet un excellent adaptateur, pour Edgar Allan Poe, pour Stephen King, par exemple.

Travailleur infatigable jusqu’à ce que le cancer du cerveau lui impose de vivre une horreur véridique et quotidienne, il a évidemment à son actif des réalisations moins réussies que d’autres, comme son immersion dans l’univers des super-héros. Mais même là, sa  » patte  » est reconnaissable au premier coup d’œil !

Dès l’annonce de sa mort, des hommages lui ont été rendus sur les réseaux sociaux par des auteurs de bd venus de tous les horizons possibles et imaginables, des Américains et des Français, des gens comme Jean-Pierre Dionnet (Des dieux et des hommes), Jean-Luc Cornette (un million d’éléphants), Gihef (Starfuckers), Michel Lefeuvre (Fox Boy), Pierre Alary (Silas Corey), Eric Puech (Le horla)…

 

Un jour ou l’autre, des psychanalystes se pencheront avec pédanterie sur son œuvre, comme sur celle de Corben et consorts. Mais Bernie Wrightson, c’est du dessin, du scénario, en osmose, d’abord et avant tout, et un plaisir à le lire, à le relire, à le redécouvrir sans cesse !

Le lire, oui, c’est lui rendre le seul hommage que son talent démesuré mérite !

 

Jacques Schraûwen

Jirô Taniguchi : la disparition d’un des artistes les plus extraordinaires de la bande dessinée !

Jirô Taniguchi : la disparition d’un des artistes les plus extraordinaires de la bande dessinée !

Il avait 69 ans. Imprégné de la culture japonaise, il est un des rares mangakas à avoir réussi à rendre ses livres totalement universels, sans jamais renier qui il était ni où il vivait !

On a souvent dit de lui qu’il était le plus européen des auteurs de bande dessinée japonaise. Et c’est vrai que c’est en Europe, grâce entre autres à Moebius (qui, par ailleurs, lui avait écrit un scénario…), que ce Japonais tranquille, serein, presque effacé même, c’est vrai que c’est dans la vieux continent qu’il a atteint une vraie notoriété.

D’abord, sans doute, parce qu’il s’est toujours démarqué de l’espèce de démesure caricaturale de la grande majorité de ses collègues auteurs de mangas. Même lorsqu’il a abordé des histoires de samouraïs, c’était avec une certaine retenue graphique, refusant le spectaculaire jusque dans les combats. Pourtant, pas question de parler de style épuré lorsqu’on veut définir son dessin ! C’est un graphisme clair, sans ostentation, qui s’intéresse en même temps, et c’est là une particularité rare dans le monde du neuvième art, en même temps, oui, et avec la même intensité, à ses personnages et aux environnements dans lesquels ils évoluent, vivent, et s’émerveillent…

L’émerveillement, oui, celui de la poésie quotidienne, celui d’un regard toujours capable de s’étonner devant un objet, un plat, un enfant, une vieille personne croisée, un chien…

La manière simple et immédiate dont Taniguchi dessinait lui a permis de construire des scénarios toujours exclusivement à taille humaine. Dans tous les mondes qu’il a abordés, et ils sont nombreux, il a toujours réussi à éviter l’écueil du tape-à-l’œil. Western, polar, livre de samouraïs, errances aux routines de la ville, tout lui était prétexte, le  plus simplement du monde, à décrire de la beauté les mille méandres.

Avec Jirô Taniguchi disparaît un artiste complet, un de ces hommes qui, jamais, ne disparaissent derrière leur œuvre.

De  » L’homme qui marche  » au  » Sommet des dieux « , de  » La montagne magique  » aux  » Années douces « , de  » Tomoji  » à  » Quartier lointain  » et au  » Gourmet solitaire « , la marque de talent, de génie d’écriture et de narration qu’il a imprimée dans cet art que l’on dit neuvième, cette marque-là restera à l’instar des plus grands, de Franquin à Eisner, en passant par Hergé et quelques autres…

 

Jacques Schraûwen

Jean-Luc Vernal : la mort d’un auteur passionné par l’Histoire

Jean-Luc Vernal : la mort d’un auteur passionné par l’Histoire

C’est le 15 janvier dernier que Jean-Luc Vernal est décédé. Journaliste de formation, il a été scénariste pour quelques dessinateurs importants, et le dernier rédacteur en chef du Journal de Tintin.

Le monde de la bande dessinée doit beaucoup, sans aucun doute possible, à ces auteurs qui, souvent oubliés de nos jours, ont participé sans vedettariat à l’évolution de cet art mêlant écriture et graphisme.

Parmi eux, il y eut Jean-Luc Vernal. Passionné par l’histoire, il fut le scénariste de la série Jugurtha, avec deux dessinateurs hors du commun, Hermann, d’abord, Franz ensuite. Mais aussi de Ian Kalédine avec Ferry, ou de Tetfol avec Eric. Des séries mêlant la grande histoire à une imagination fertile mais toujours soucieuse de créer des univers historiquement vraisemblables.

A côté de ça, il fut aussi le scénariste de plusieurs récits exclusivement historiques, eux, dans la continuité de ce qui se faisait déjà dans le journal de Tintin comme dans celui de Spirou (avec l’oncle Paul), des récits didactiques plus que d’aventure.

Et il a touché également au fantastique et à l’humour avec « Brelan de Dames ».

Il fut aussi le rédacteur en chef de la dernière époque de vie du Journal de Tintin, de 1979 à 1988. C’est à cette époque que les personnages créés par Servais, entre autres, ou Chaillet ont pris vie dans les pages de ce magazine.

Discret et talentueux, toujours très précis dans son écriture, qu’il voulait simple sans être simpliste, et, également, grammaticalement et orthographiquement sans défauts, il est de ceux dont la bd peut s’honorer!

C’était, à sa manière, un puriste du neuvième art, travaillant dans la tradition sans pour autant refuser certaines ouvertures vers une bd plus moderne.

C’est, incontestablement, un des grands noms du scénario des années 80 qui vient de rejoindre son ami Franz dans les paradis imaginés de la bd !…

 

Jacques Schraûwen

Pascal Garray : Benoît Brisefer et les Schtroumpfs orphelins une nouvelle fois…

Pascal Garray : Benoît Brisefer et les Schtroumpfs orphelins une nouvelle fois…

Les Schtroumpfs, personnages mythiques de la bd franco-belge, créés par Peyo, ont toujours continué à vivre leurs aventures grâce à des dessinateurs amoureux du style graphique de leur créateur. Parmi eux, Pascal Garray, dont on a appris aujourd’hui le décès.

Pascal Garray avait 51 ans. Toute sa carrière, il l’a passée dans l’ombre du grand Peyo. A ses côtés, d’abord, participant au dessin des Schtroumpfs. Sous sa houlette, ensuite, en reprenant Benoît Brisefer, et en continuant à lui donner vie le temps de sept albums, après la mort du « maître »…

C’est probablement avec ce personnage, super-héros souriant du quotidien, qu’il a pu le mieux exprimer son talent, dans la continuité, certes, de l’art de Peyo (mais aussi de Walthéry…), mais en y imprimant, par le mouvement et le travail sur les décors par exemple, sa propre empreinte.

Après l’aventure de Benoît Brisefer, Pascal Garray n’a pas abandonné les studios Peyo, et on lui doit une collaboration efficace le temps de 17 albums des Schtroumpfs, dont  » L’arbre d’Or  » et  » Schtroumpf les bains « .

Il venait de terminer les dessins du prochain album des petits personnages bleus, qui sera publié en septembre prochain, sous le titre  » Les haricots mauves « .

Avec lui, c’est un continuateur précis et fidèle de l’œuvre de Peyo qui disparaît.

 

Jacques Schraûwen