Drogue – Une Histoire Mondiale

Drogue – Une Histoire Mondiale

Une bd « documentaire » et historique, qui nous parle d’un fléau qui existe depuis toujours !

copyright delcourt

L’actualité et ses réalités sont pleines, depuis des semaines, des mois, des années, de références aux drogues, à leur diffusion, aux groupements qui en profitent, à leurs usagers, à leurs dealers. Cet album le fait aussi, mais s’attarde surtout à montrer que la drogue, les drogues, depuis toujours, ont accompagné les êtres humains… Pour des raisons délictuelles, pour des raisons économiques, pour des raisons politiques et colonialistes, aussi, comme ce fut le cas en Chine !

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Il est vrai qu’on n’arrête pas, dans les journaux et les médias, de nous parler du narcotrafic, de l’insécurité qui en résulte, des violences qu’il engendre au jour le jour jusque dans les rues de nos cités. Ce livre nous parle, certes, de ces drogues nouvelles, comme le Fentanyl, un des plus grands scandales sanitaires aux Etats-Unis depuis des années. Des drogues de plus en plus accessibles, dont l’utilisation se propage avec une sorte de facilité déconcertante… La série du « Docteur House » en était, à sa manière, d’ailleurs, une illustration…

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Ce livre nous parle bien sûr de la manière dont la drogue pénètre toutes les couches de la population, hommes et femmes, jeunes et vieux. Mais les auteurs ne se contentent pas de dresser un tableau actuel, factuel, de ce phénomène. Ce que fait ce livre, c’est nous raconter, oui, l’histoire des drogues, de siècle en siècle, de civilisation en civilisation, de religion en religion aussi, des Chamans aux militaires en guerre, dans toutes les guerres, celle de 40-45 , celle du Vietnam également… Et pas seulement dans une époque proche de la nôtre !

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Au fil des temps, bien des drogues ont existé, adorées ou diabolisées. Et ce livre, dessiné par l’excellent Nicolas Otero, scénarisé par le tout aussi bon Jean-Pierre Pécau, n’évite pas, de ce fait, d’aborder le débat qui existe dans notre société entre légalisation et criminalisation… Mais cet ouvrage ne prend pas position, et se révèle ainsi être un livre intelligent, documentaire, didactique presque. C’est un bouquin, simplement, qui replace un des fléaux contemporains les plus terrorisants dans une perspective historique, une perspective, finalement, qui remet l’humain en face de sa propre histoire, donc de sa propre responsabilité.

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Un livre véritablement intéressant, un livre qui s’adresse à tout qui, curieux, ne se contente pas uniquement de ce qu’on lui raconte en télé, en radio, en journaux, en réseaux sociaux !

Jacques et Josiane Schraûwen

Drogue – Une Histoire Mondiale (dessin : Nicolas Otero – scénario : Jean-Pierre Pécau – éditeur : Delcourt – octobre 2025 – 136 pages)

Soli Deo Gloria – Un livre dans lequel la musique se dessine…

Soli Deo Gloria – Un livre dans lequel la musique se dessine…

Dans un monde qui ressemble à notre dix-huitième siècle, un garçon et une fille, jumeaux, naissent dans la misérable réalité d’un hameau, d’une ferme, et d’une étable dans laquelle humains et bêtes s’entassent. Et c’est la musique, don qu’ils partagent, qui va accompagner toute leur existence…

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« Toute naissance est un chant »… Et la naissance d’Helma et Hans est celle, aussi, d’une vie dans laquelle la laideur et la beauté vont sans cesse s’affronter, tout comme le mercantilisme et l‘art, leur ouvrant, peu à peu, d’improbables et d’inattendues portes vers des lieux de société que même leurs rêves n’imaginaient pas. Hans se découvre capable de jouer de mille et un instruments. Helma, elle, possède une voix exceptionnelle qui fait danser toutes les musiques. Et ce sont ces deux talents conjugués qui vont faire d’eux des personnages symboliques d’un saint-Empire dans lequel des guerriers cruels peuvent aussi se vouloir artistes.

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Je ne vais pas vous raconter toutes les péripéties (et elles ne manquent pas!) qui vont conduire ces deux enfants à se découvrir ensemble, unis, à se perdre aussi, éperdus tous deux de musique, et perdus à deux dans les méandres de mélodies qui font chanter leurs âmes et celles de ceux qui les écoutent. Ces péripéties les mènent d’un « hermite » à une « ersatsmutter », d’un « margrave » à la ville « d’Adamstern », de la « Laguna Majora » à la cité du pontife-roi, « Romula »… Tous ces mots, ces endroits, tout comme d’ailleurs les noms des personnages, rappellent, évidemment, des figures mythiques de notre Histoire et on croise Bach comme Stradivarius, à peine cachés ! Tous les récits, aussi, qui, de chapitre en chapitre construisent ce livre, nous rappellent que cette Histoire dont nous sommes issus n’a jamais rien eu d’idéal… La cupidité, la mort, la misère, la trahison, l’orgueil, telles étaient aussi les vérités de ce dix-huitième siècle, aux côtés d’une explosion de l’art sous toutes ses formes.

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Ce qui est passionnant, dans ce livre, ailleurs même que dans les aventures contées, c’est qu’il nous montre un apprentissage à l’art musical et à la vie, en même temps… Qu’il nous dit que tous les dons se doivent d’être travaillés… Ou, plutôt, d’être ensemencés, sans cesse, par l’expérience, par la découverte, par le plaisir, par la nature, le chant du vent et celui des oiseaux … Le dessin d’Edouard Cour, à ce titre, est une musique à lui tout seul… Il permet, véritablement, de donner vie à la musique de Hans et Helma, en la rendant pratiquement palpable au travers d’un graphisme qui souligne, dans les concerts, dans les solitudes de la création, les infinies et folles couleurs que possède la musique pour qui sait l’écouter, donc la regarder… La voir !

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Pendant quelque 280 pages, admirablement dessinées, le scénariste Jean-Christophe Deveney nous raconte une histoire universelle… Je sais que bien des chroniqueurs se sont déjà penchés sur ce livre… Je sais aussi que la plupart d’entre eux parlent d’un « roman graphique ». Certes, c’est un livre extrêmement graphique… Certes, c’est un livre charpenté en chapitres… Mais j’aime de moins en moins ces alibis actuels qui essaient de donner à des vraies et puissantes bandes dessinées des excuses, presque, de n’être que des « petites mickeys » ! Cet album est une bd, tout simplement, magnifiquement ! La bande dessinée, pour être un art, n’a nul besoin qu’on la mette dans des niches intello-bienpensantes…

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Ce livre, qui se lit et se regarde avec une sorte de magique facilité, nous parle de création, d’art, de musique, de peinture, de compromissions… De gémellité, aussi, du talent, de l’acquis et de l’inné… Il est œuvre historique, détournée, c’est vrai, mais d’une évidente fidélité à l’époque montrée… Il est comme une fable, qui aborde le thème de l’existence, du vécu, de l’apprentissage, de la fusion des âmes, de l’amour, de la haine, de la séparation, des retrouvailles si souvent impossibles… Il nous parle de la différence entre exister et être, de la mort, aussi, et de ses silences… Il nous dévoile, en nous illustrant ce titre, « A Dieu seul la gloire », les ressources de l’humain, et le fait que toute gloire artistique, finalement, appartient à ceux qui l’écoutent, qui la regardent, qui la lisent, que sais-je encore… Ce livre est une osmose « extra-ordinaire » entre un scénariste, un dessinateur, et le lecteur qui ne peut que se laisser envoûter par un rythme musical, muet mais dessiné, qu’on ne peut oublier la dernière page tournée…

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Je supporte de moins en moins cette sorte de règle dans le monde de l’édition de ne mettre en avant que les dernières nouveautés ! Les libraires bd devraient consacrer, il me semble, une part de leurs magasins à des livres qu’ils ont lus, qu’ils ont absolument aimés, et qui datent de plusieurs mois ! Des livres qu’ils pousseraient à exister plus que deux ou trois mois! Des livres qui sont la musique d’un art que l’on dit neuvième et qui aurait tout à gagner à ne pas se contenter des routines d’un marché qui perd, de plus en plus, l’envie d’être culturel…

Jacques et Josiane Schraûwen

Soli Deo Gloria (dessin : Edouard Cour – scénario : Jean-Christophe Deveney – éditeur : Dupuis – octobre 2025 – 280 pages)

Les Enfants Cachés : 1939 – Paroles D’Étoiles – 1945

Les Enfants Cachés : 1939 – Paroles D’Étoiles – 1945

Il y a des livres que je lis lentement, que je relis souvent, des livres qui dépassent la simple lecture et s’adressent à l’âme… Je parle de Baudelaire, de Léautaud, de Céline, de Malet… Je parle aussi de bandes dessinées qui vibrent d’une émotion essentielle. Et c’est le cas avec cet album-ci ! Une réédition à ne pas rater !!!!!!

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La guerre 40-45, comme toutes les guerres d’ailleurs, a fait d’une idéologie répugnante une arme exclusivement meurtrière… Toutes les guerres tuent des gens simplement « comme tout le monde », toutes les guerres détruisent ce qui est faible, toutes les guerres assassinent des hommes, des femmes, des enfants sans avoir besoin de quelque raison que ce soit… Au milieu du vingtième siècle, ce furent les tueries en masse de communistes, de roms, d’homosexuels, d’handicapés. Et de Juifs, qui payèrent le plus lourd des tributs à l’immense connerie humaine !

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Pendant cette guerre, à côté des lâchetés pratiquement institutionnalisées, des milliers d’enfants juifs furent sauvés par des milliers d’anonymes… Ce sont quelques-uns de ces enfants qui nous parlent, dans ce livre, au travers de leurs lettres, de leurs récits. Et c’est à partir de ces mots, de « leurs » mots, grâce aux ouvrages de Jean-Pierre Guéno, que ces « enfants cachés » nous livrent, ici, leurs vérités, leurs réalités, leurs souvenances… Et pendant presque 100 pages, toutes les émotions de l’âme humaine s’agrippent à nos présents, et osent être simplement émouvants dans un monde qui ne ressent plus beaucoup d’émotion !

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Comme un roman, ou, plutôt, comme plusieurs séquences de plusieurs journaux intimes, cet album a pris le choix, d’abord, de se découper en chapitres… Avec des introductions, à chaque fois, qui sont sans doute de la main de Guéno, avec des préfaces qui, elles, sont de Serge Le Tendre, scénariste, avec enfin des illustrations dues chaque fois à un dessinateur différent. Et ces chapitres, par leurs titres mêmes, forment comme un paysage, puisque tout démarre à marée basse, avant que n’arrivent tempête, naufrage et nuit, que ne vienne l’échouage à même la terre, qu’éclate enfin en étoiles la marée haute de l’existence, s’accompagnant d’une résurgence qui n’a rien de paisible.

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Je ne vais pas citer tous les dessinateurs qui, par leur variété graphique, font étonnamment de ce livre un ensemble parfaitement homogène. Parmi eux, je ne peux cependant que souligner le talent exceptionnel de Guillaume Sorel… Mais tous les artistes présents dans les pages de ce livre sont excellents… Thierry Martin, entre autres, qui, avec un dessin presque déstructuré, dessine à même les visages les douleurs du récit… Mais il y a aussi Demarez, Biancarelli, et bien d’autres encore ! Ce sont eux, par leurs dessins en offrande, qui aident à exprimer l’absurdité du silence, les incompréhensions de l’enfance, les abandons devenant haines, parfois, les souvenances se révélant être de secrets traumatismes… Ce sont eux qui nus dessinent l’enfance perdue dans une guerre infâme (comme toutes les guerres), l’enfance et ses injustices que les années, ensuite, ont dû servir à réparer…

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On aborde dans ce livre énormément de thématiques différentes… Celles de certains « sauveurs » plus proches des Thénardier que des justes… Bien entendu, l’antisémitisme est une de ces thématiques, mais il est vu au travers des yeux d’une enfance qui ne peut que subir, sans héroïsme, les affres d’un monde dans lequel, ensuite, ils auront à survivre… Une enfance dont je veux citer ici deux petites citations trouvées au fil des pages de ce livre : « La peur s’est insinuée en moi », « On m’avait raflé mon enfance »… Rafle, un mot qui, il y a peu, prononcé par un avocat pourtant Juif sur une chaîne de télé très « à droite », éveille de nouveaux échos inacceptables… Dangereux… Prouvant, si besoin en était encore, que les idéologies, quelles qu’elles soient, ne créent que des barrières !…

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Vous l’aurez compris, je pense que cet album fait de texte et de dessins, de témoignages et de réflexions, est un livre absolument nécessaire ! Parce qu’il est, d’abord, humain, parce qu’il se refuse à toute politique, parce qu’il nous est miroir de nos réalités, aussi, et donc de celles de notre monde, issu de celui qu’ont créé ces enfances perdues, ces enfants cachés. « Quand une âme se libère, une étoile chante. C’est le moment de faire chanter le ciel. » Ces mots terminent ce livre… Et me font rêver à des cieux étoilés de jaune, de blanc, de rouge, de noir, de brun, toutes les couleurs des arcs-en-ciel de la vie !

Jacques et Josiane Schraûwen

Les Enfants Cachés : 1939 – Paroles D’Étoiles – 1945 (Auteurs : Jean-Pierre Guéno, Serge Le Tendre, et dix dessinateur différents – éditeur : Soleil – 96 pages)