Robinson Crusoé, une époustouflante adaptation de TOPPI

Robinson Crusoé, une époustouflante adaptation de TOPPI

Plutôt que d’une adaptation, on doit parler, avec cet album de l’immense Toppi, d’une illustration d’un des romans les plus connus au monde !

copyright mosquito

Et ce roman, au fil des années, a eu droit à bien des adaptations… Plus ou moins réussies, au cinéma comme en bande dessinée… Face au foisonnement originel des aventures de ce naufragé célèbre, il faut reconnaître que la volonté de tout retranscrire en dessins est une gageure que bien peu d’artistes ont réussi à assumer… Et c’est donc intéressant, devant cet album de Toppi, de voir comment un artiste graphique exceptionnel parvient à offrir un récit totalement fidèle à l’œuvre de Daniel Defoe, tout en y recherchant les éléments pivots d’une aventure extrêmement touffue, intelligente, ancrée dans une réalité sociale bien précise, celle d’un dix-huitième siècle britannique.

copyright mosquito

Cette bande dessinée, certes, n’est pas neuve… Toppi, maître de la bande dessinée italienne, s’en est allé rejoindre ses personnages, il y a déjà quatorze ans… Et il nous a laissé une œuvre importante, une œuvre qui fait de lui une sorte de fer de lance du neuvième art italien… De l’utilisation du noir et blanc… Du sens aigu du raccourci graphique… De la manière, toujours, d’aborder un récit, et de le mettre, comme on dit, à sa main… Et c’est bien tout cela qu’on retrouve dans ce « Robinson Crusoé » qui se révèle, véritablement, être une œuvre maîtresse de ce dessinateur bd essentiel…

copyright mosquito

Tout le monde connaît l’histoire de ce Robinson, naufragé sur une île pendant 28 ans, y vivant avec un indigène auquel il a donné le nom de « Vendredi ». Des millions d’enfants, et d’adultes, très certainement, ont rêvé en lisant le livre de Daniel Defoe, rêvé à des horizons lointains, rêvé à des péripéties guerrières, à des moyens de survie de toutes sortes. Parce que, finalement, ce livre est un livre qui parle de survie… Matérielle, oui, mais surtout humaine… Intellectuelle, ai-je envie de dire… Avec, comme axe central, un « héros » issu d’un milieu de marchands d’esclaves… Un « héros » obligé, pour combattre sa solitude, de se faire le maître, puis l’ami, de ce « Noir » qui, seul, saura lui conserver l’envie de vivre, encore, toujours, sans désespoir…

copyright mosquito

Le portrait que Toppi fait de ce personnage légendaire est d’une beauté évidente… On le voit vieillir… On admire, surtout, de page en page, un rythme dans le dessin qui semble précéder le récit lui-même, de manière à ce que le lecteur se sente enfoui dans l’histoire… Ce rythme, c’est celui d’un homme devenant peu à peu humain, sans pour autant renier son univers social… Ce rythme, c’est surtout celui de la mer, de la nature, des cieux qui remplissent les trois quarts, parfois, des cases, créant ainsi dans la narration des profondeurs de champ qui permettent, en même temps, des focus graphiques sur Robinson… Sur Vendredi… Sur un perroquet, aussi… Toppi illustre le Robinson qui l’a fait, lui, rêver… Il reste ancré au récit de Defoe, mais n’y cherche et n’y trouve que ce que son art de dessinateur aime : faire de quelques planches mises bout à bout une œuvre qui, étrangement, peut peut-être ressembler à une sorte de symphonie musicale et muette en même temps…

copyright mosquito

Relisez le livre de Daniel Defoe, ou refeuilletez-le… Et puis, plongez-vous dans cet album, pour y ressentir, je pense, le souffle épique et humaniste que Defoe voulait mettre en évidence… Et que Toppi, ici, magnifie d’un dessin, je le répète, exceptionnel…

Jacques et Josiane Schraûwen

Robinson Crusoé (auteur : Toppi – éditeur : Mosquito – 2026 – 58 pages)

Les Nouvelles Enquêtes Scapola : 1. Les Templiers Noirs

Les Nouvelles Enquêtes Scapola : 1. Les Templiers Noirs

Un prêtre enquêteur… Une jeune enquêtrice charmante… Une abbaye abandonnée… Des moines qui disparaissent… Un mystère qui date de la deuxième guerre mondiale…

copyright éditions du tiroir

Le cardinal, c’est Scapola qui, dans les méandres du Vatican, est à l’affut de tout ce qui pourrait mettre en danger l’Eglise, la chrétienté… Les enquêteurs, ce sont Alys et Ludo… Le mystère met en scène des hauts dignitaires nazis, un mage, de la sorcellerie, et, bien évidemment, un autre cardinal avide de pouvoir absolu… Et le tout est mis en scène par deux auteurs qui ne cachent rien (et ils ont raison) de leurs attaches à une bande dessinée populaire, sans prétention, dans la lignée, sans aucun doute, de celle qui a enchanté leurs enfances…

copyright editions du tiroir

Quand je parle d’anciennes bd, je ne peux que dire que ces « enquêtes Scapola » s’inspirent du personnage de Gil Jourdan… N’allez pas dire que je compare le travail de nos deux auteurs compères (très proches l’un de l’autre d’ailleurs) à celui de Tillieux, un des artistes essentiels de ce neuvième art qui se laissait lire avec un plaisir immédiat, pour le dessin, pour l’humour, pour, également, toutes les fenêtres ouvertes, toujours, sur les réalités contemporaines. Non, Stibane au dessin ne cherche nullement à imiter Tillieux… Van Linthout au scénario ne veut en aucun cas resucer des scénarios d’avant-hier… Ils font, dans cet album, en fait, œuvre d’hommage à une bande dessinée qui a tendance à ne plus plaire aux intelligentsias bienpensantes, donc foncièrement stupides…

copyright editions du tiroir

D’accord, ce livre n’est pas la huitième merveille de la bd ! Ses influences, évidentes, en font cependant à la fois un livre-hommage, comme je le disais, et un récit qui tient la route et qu’on lit avec bien du plaisir ! Et le plaisir, en une époque d’experts imposant leurs vérités, de gouvernements réinventant la haine par les armes, au nord de l’Europe comme en Moyen-Orient, le plaisir, quel qu’il soit, n’est-il pas toujours bon à prendre ? Et oui, j’ai pris plaisir à lire ce livre, dans lequel le dessin, souple et classique, retient le regard, dans lequel le scénario aime à filer dans tous les sens, flirtant avec la satire sociale, avec l’humour quelque peu débridé, avec une approche, aussi, sur l’institution religieuse, ses failles, ses luttes internes… Mais tout cela se fait avec une légèreté tranquille, avec un sourire constant, avec une bonne humeur, ma foi, réjouissante !

copyright editions du tiroir

Un livre sympathique, donc, des auteurs qu’on sent s’amuser au fil des pages et des péripéties qu’ils inventent ! Un album qui ne déparera pas les bibliothèques des amateurs de bandes dessinées soucieuses de respecter leur passé, de bandes dessinées qui, toutes différentes les unes des autres, construisent la réalité d’un art à part entière… Un agréable moment de lecture, indubitablement!

Jacques Et Josiane Schraûwen

Les Nouvelles Enquêtes Scapola : 1. Les Templiers Noirs (dessin et couleur : Stibane – scénario : Georges Van Linthout – éditeur : éditions du Tiroir – octobre 2025 – 48 pages)

Jean-Paul Krassinsky

DÉCÈS DE JEAN-PAUL KRASSINSKY – 25 novembre 1972 – 31 mars 2026

Il avait 53 ans… Je l’ai rencontré par trois fois, et, à chacun de ses albums, je me suis trouvé face à un auteur, un vrai, un homme aimant raconter des histoires, aimant les dessiner, possédant à la fois un sens aigu de la narration et une originalité évidente du graphisme.

copyright krassinsky

Lucidité et romantisme sont les axes de son « œuvre »… S’y ajoute aussi un sens de l’humour, de la dérision même, au travers de ses récits, certes, mais surtout au travers des regards qu’il y portait sur le monde, sur ses personnages, sur l’Histoire aussi… Dessinateur passionné par la peinture, scénariste passionné pour des collaborations artistiques toujours réussies, c’est dans ses quelques ivres, désormais, que s’enfouit son éternité… Une éternité à lire, à relire, à faire lire… Adieu l’artiste !

Jacques Schraûwen

Ecoutez-le, dans cette ancienne chronique… Sa voix ressemblait à ses sourires…