Depuis toujours, depuis Salverius, je ne rate aucun album de ces militaires atypiques ! Cauvin, certes, n’est plus aux commandes du scénario, la mort étant ce qu’elle est, mais Lambil reste fidèle au poste, et c’est tant mieux !

C’est Fred Neidhardt qui, comme dans les deux précédents albums de cette série, scénarise ce nouveau récit. Je le trouvais un peu « court », c’est vrai, mais totalement fidèle déjà à l’’esprit de cette saga populaire sans jamais être trop polie, trop gentille, trop dans l’air du temps ! Dans ce nouvel épisode, Neidhardt prend un peu plus ses marques, et accentue l’opposition entre Blutch et Chesterfield, entre l’obéissance aux ordres et une forme de révolte antimilitariste. Mais il accentue aussi un discours contre le monde militaire et ses pouvoirs, au travers des réflexions d’un haut gradé, le nommé Stilman, présent, depuis bien longtemps dans les albums des Tuniques Bleues…

Un champ de bataille… Des soldats allongés dans la plaine, morts sans doute, à côté de leurs chevaux… Parmi eux, le caporal Blutch et sa monture Arabesque. Morts, tous les deux ?… Non, bien évidemment ! Même les anti-héros ne peuvent pas mourir dans une bonne bd ! Arrive le général sudiste Lee, sur son cheval Traveller. Et là, c’est le coup de foudre entre un cheval sudiste et une jument nordiste ! Blutch va réussir à retourner dans ses lignes, avec Arabesque, mais une Arabesque qui refuse de partir sans Traveller. Et Lee, désespéré par le départ de son cheval, n’est plus que l’ombre de lui-même, et ne s’intéresse même plus à SA guerre !

Le reste de cette histoire, je vous la laisse découvrir dans ce septantième album. Je vous laisse aussi découvrir le retour de Cancrelat… Et je vous laisse aussi découvrir ces réflexions qui, comme je le disais, réussissent à être encore plus mordantes que celles qu’imaginait Raoul Cauvin… Neidhardt, incontestablement, a une verve qui ne trahit en rien la qualité de cette série ! je vous en laisse juges : « C’est amusant de constater que si un simple vol de cheval froisse votre sens de l’honneur, le fait d’envoyer des milliers d’hommes à la boucherie ne vous pose aucun problème de conscience… » et « Je serais curieux de savoir pourquoi, en temps de guerre, l’idée d’anéantir l’ennemi peut être perçue comme un imprévu. », ou encore « Douze balles dans la peau, ça lui apprendra la vie, certes… Mais il sera plus utile si on lui ordonne de réparer sa gaffe ! » !

Cet album ne dénature en rien le reste de cette série exceptionnelle dans l’histoire de la bande dessinée. Lambil, le dessinateur, du haut de ses nonante printemps, ne démérite d’aucune manière. Bien sûr, certains dessins montrent une certaine fatigue… Mais cela n’a strictement aucun intérêt face au plaisir que l’on sent, chez ce dessinateur qui appartient véritablement à l’Histoire de la bd populaire, la vraie bd donc, le plaisir, oui, à dessiner ces personnages de papier qu’on ne peut, encore et toujours, qu’aimer !
Jacques et Josiane Schraûwen
Les Tuniques Bleues : 70. Les Bleus Sur La Corde Raide (dessin : Willy Lambil – scénario : Fred Naidhardt – éditeur : Dupuis – octobre 2026 – 46 pages)