Quand deux auteurs à part entière, deux artistes qu’on peut qualifier d’humanistes, se rencontrent et décident de collaborer, le résultat est un album attachant, intelligent, parfaitement réussi…

Bruno Duhamel, c’est l’auteur de « Jamais » et « Nouveau contact », deux albums lumineux, que j’ai eu le plaisir de chroniquer ici… David Ratte, c’est l’auteur de l’excellent « Réfugiés climatiques et castagnettes », chroniqué également ici… De leur rencontre est née une véritable alliance : celle de deux regards proches l’un de l’autre, deux regards posés avec tendresse sur le monde qui est nôtre, avec tendresse, oui, mais sans angélisme, loin s’en faut !

« Whisky », c’est une tranche de vie consacrée à Amir, un réfugié kurde sans papiers, et Théo, un vieux clochard qui n’a pas sa langue en poche… Ils vivent ensemble, eux que le hasard a fait se rencontrer, sous un pont, dans une cité qui pourrait être n’importe quelle ville, une ville dans laquelle les yeux des passants se détournent des réalités trop grises. Ces deux hommes, très différents l’un de l’autre, survivent ensemble, Théo prenant sous son aile Amir pour lui apprendre, au jour le jour, comment résister à l’indifférence et vivre debout dans un monde aveuglé par ses certitudes et ses silences !

Ces deux paumés de l’existence rencontrent un jour un chien, Whisky, un bon toutou bourgeois qui, immédiatement, séduit le vieux clochard misanthrope… Un petit chien perdu qui ne plaît pas du tout à Amir, pour des raisons à chercher tout au fond de sa mémoire de réfugié. Il en résulte une sorte de rupture d’amitié entre les deux hommes… Mais le quotidien, lui, ne rompt pas les horreurs d’une existence d’exclu… Et Théo, un jour, se fait tabasser par des jeunes dealers qui ont, tout simplement, envie de casser du vieux, de casser du clochard… Théo, pris en charge par des policiers qui n’ont rien de caricatural, ni dans un sens ni dans l’autre, se retrouve à l’hôpital… Laissant Amir seul avec un chien qu’il ne supporte pas… Mais qui va, de par leurs deux solitudes partagées, l’apprivoiser… Et faire taire ses cauchemars…

Duhamel et Ratte construisent ensemble un album qui, sans être manichéen, sans rien embellir d’une situation humaine plus que difficile, est empreint de bout en bout d’émotion, de sentiment, et d’une forme, également, d’observation désabusée. Comme cette page dans laquelle on voit Amir vouloir sauver, dans les flots du fleuve qui traverse la ville, Whisky, avec ce dialogue tellement tristement probable d’observateurs :
- C’est qui, ce malade ?
- Appelez les pompiers !
- Je ne peux pas, je filme.

Je le disais, c’est une tranche de vie que nous racontent David Ratte au dessin, et Bruno Duhamel au scénario. Ils ne tentent en aucune manière de nous donner une leçon. Mais ils nous plongent, avec un graphisme non réaliste aux couleurs chaudes, dans notre propre environnement. Oui, c’est un livre à taille humaine, véritablement, sans faux semblant, sans aucune idéalisation non plus… Et c’est, surtout, un livre merveilleusement émouvant, merveilleusement écrit et dessiné, que tous les publics, de 10 ans à 99 ans, peuvent lire et aimer !
Jacques et Josiane Schraûwen
Whisky (dessin : David Ratte – scénario : Bruno Duhamel – couleur : Atomix et David Rate – éditeur : Grandangle – 2025 – 64 pages)













