Adonowaï – Regards

Adonowaï – Regards

Faite de regards d’enfance, de regards et de mots de simple poésie, voici un album qui nous replonge dans le tout début des années 80, avec une bd qu’il était temps de voir rééditée !

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C’est dans le journal Tintin qu’Adonowaï est apparu pour la première fois, en 1979… Je vous parle d’un temps où la bande dessinée, après avoir été celle de l’aventure avec un A majuscule, celle de l’Humour avec le F majuscule de Franquin, après avoir entamé un passage à l’âge adulte avec les dessinateurs de Pilote, de A Suivre, entre autres, je vous parle d’un temps où la poésie avait également droit de cité dans les pages des magazines… Il y avait le monde d’Onironie… Il y avait bien entendu Olivier Rameau, ou Frank Pé, ou Hislaire… Et il y avait aussi Adonowaï, qui a fait rêver bien des lecteurs, dont j’étais…

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Personne, je pense, n’a réussi à définir ce qu’est la poésie… Adonowaï, à sa manière, nous dit qu’elle n’existe, en fait, qu’au travers du regard… Des regards… Qui se croisent, s’apprivoisent et font de ces rencontres des mots qui chantent… La poésie, comme il le dit dans cet album de réédition bienvenue, c’est la musique du vent, de la pluie, des oiseaux. Mais c’est bien plus qu’une simple balade bucolique et écologique dans le monde contemporain ! La poésie, et Adonowaï le prouve, ce n’est pas la négation du monde tel qu’il existe, avec ses horreurs, ses injustices, puisque dans ce livre on parle aussi de prise d’otages, de guerre, de morts…

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La poésie, elle s’incarne dans ce personnage de gamin amoureux de la vie et de la nature, s’opposant aux règes que les « grands » veulent lui imposer, mais toujours avec le sourire dans les yeux, sans violence, malgré, parfois, des vraies colères, des vraies révoltes.

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Ce livre nous fait (re)découvrir un univers qui, il faut le dire, n’a nullement vieilli ! Toutes les angoisses, les constatations, les larmes que contient cet album, tout cela pourrait être dessiné aujourd’hui : ce sont les mêmes questions, les mêmes hantises, les mêmes adultes tellement sûrs d’eux et de leurs imbéciles pouvoirs… Avec, en grande majorité, des historiettes d’une seule planche, Bob De Roover pose en effet des questions qui, malheureusement, horriblement, sont toujours d’actualité…

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« Cela sert à quoi un uniforme ? » – « Je ne veux pas devenir grand. » – « Pourquoi les grands détruisent-ils ce qui est beau ? » – « Viens avec moi à la banque pour y mettre dans un coffre quelques sourires et paroles gentilles. » – « Ils ont parfois de drôles d’idées du bonheur les gens civilisés. »

Tout cet album, ainsi, est émaillé de petites sentences, de réflexions qui, pour enfantines qu’elles puissent parfois paraître, éveillent bien des échos dans ce que l’humain peut avoir (encore) de conscience…

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Ce qui est intéressant aussi, dans ce livre, ce sont les pages, ici et là, qui parlent de l’histoire de cette « série », mais aussi de l’époque où elle a existé… Bob De Roover nous parle de la colorisation, de façon presque didactique, de grands de la bd qu’il a côtoyés, comme Eddy Paape, dessinateur exceptionnel également, tellement tristement oublié, lui aussi…

Adonowaï, c’est l’enfance de tout un chacun, quand on lui donne l’occasion de s’exprimer… Adonowaï, c’est un album qui n’est ni nostalgique, ni mélancolique, et que tout le monde, tous âges réunis, ne peut qu’aimer !

Adonowaï, c’est un livre à lire, à acheter, à placer en bonne place dans votre bibliothèque, au rayon des sourires partagés…

Jacques et Josiane Schraûwen

Adonowaï – Regards (auteur/éditeur : Bob De Roover – 2025 – 72 pages)

Pour vous le procurer : chez l’auteur ou à la librairie UOPC d’Auderghem

Dino Attanasio – le départ d’un des derniers représentants d’une bd essentiellement divertissante…

Dino Attanasio – le départ d’un des derniers représentants d’une bd essentiellement divertissante…

Il avait plus de cent ans, et derrière lui une carrière bien remplie. Certes, Dino Attanasio n’a jamais vraiment appartenu à une bande dessinée engagée dans des chemins de traverse. Il s’est contenté, avec le talent qui était le sien, d’amuser ses lecteurs, de les faire sourire, rire…

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Mais il ne fut pas seulement un dessinateur humoristique, puisque ses débuts dans la bande dessinée belgo-française, il les a connus avec quelques « belles histoires de l’Oncle Paul », avec aussi les aventures de « Bob Morane ». Il a signé cinq albums de cette série mythique, sans doute, mais le plus souvent aux scénarios de Vernes incertains, il faut bien le dire…

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Il a surtout donné vie à des héros de bd sympathiques, non réalistes, reprenant par exemple la série « Modeste et Pompon »… Le tout avec plusieurs collaborateurs, dont l’excellent Lucien Meys, et le non moins talentueux Marc Wasterlain. Il a aussi eu comme scénariste le génial et jamais remplacé Goscinny, pour des aventures de « Spaghetti »… Une vingtaine d’albums consacrés à ce héros a vu le jour, gentillets et empreints toujours d’un humour, encore sage sans doute, mais s’aventurant déjà dans le plaisir des jeux de mots, des gags à la limite de l’absurde.

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Il est aussi l’auteur de « Johnny Goodbye », avec différents scénaristes qui, avec lui, vont véritablement faire leurs armes sans doute. Il réalisa également pas mal de one-shots… L’un de ceux-ci, « Boccace », en une époque où l’érotisme devenait compagnon de jeu de la bande dessinée, fut pour lui un essai intéressant mais non abouti de participer à cette émancipation des petits mickeys.

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Dino Attanasio appartient, véritablement, à ces heures pendant lesquelles la bande dessinée, cantonnée dans des niches sereines, tranquilles, sages et bien-pensantes en quelque sorte, ronronnait et amusait, tout simplement… Une bd populaire, et ce mot n’a rien de péjoratif sous mes doigts, loin s’en faut. Et même si, dans ces one-shots, il n’a pas toujours brillé par le choix de ses sujets, et je pense au très mauvais « Il était une fois dans l‘oued », Attanasio est un des vrais pionniers de la bande dessinée. Pour l’avoir rencontré quelques fois, je peux dire qu’il était fier… De son travail, oui, mais surtout de ce que son fils réalisait dans une vie professionnelle artistique également ! C’était un homme attachant, qui a parfois manqué de lucidité dans ses choix artistiques, mais qui est toujours resté pareil à lui-même…

Jacques et Josiane Schraûwen

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Hergé-Jacobs – Du Duo Au Duel

La bande dessinée étant un art, le neuvième, des livres que j’appellerais œuvres d’analyse sont nombreux. Celui-ci intéressera tous les amoureux d’Hergé ou de Jacobs, mais aussi toutes celles et tous ceux qui s’intéressent, simplement, à la grande histoire de la bd !

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Eric Verhoest, l’auteur de cet album, a tout d’abord voulu en soigner l’iconographie, la mise en scène graphique. Et ce livre, en effet, peut déjà plaire rien qu’en le feuilletant, rien qu’en s’y baladant, du bout des yeux, au hasard des pages tournées… Il y a bien évidemment des dessins à foison, des crayonnés, des mises en couleur, des approches que le regard, ainsi, peut faire des évolutions parallèles, et parfois confondues, de ces deux artistes, Jacobs et Hergé, qui ont marqué de leur empreinte l’Histoire de la BD, l’histoire aussi de ce qu’on appelle la « ligne claire ». Il y a aussi des photos qui, mieux qu’un dessin parfois, montrent entre ces deux artistes une complicité évidente.

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Eric Verhoest, ensuite, a voulu laisser le moins de choses possibles dans l’ombre, en parlant de ces deux auteurs… De leur vie… Il en résulte un texte dense qu’il faut, là aussi, savourer en le grignotant ici et là… Surtout que la chronologie n’est pas la ligne directrice de cet ouvrage, et qu’Eric Verhoest aime assez, pour que son propos se clarifie, des retours en arrière dans le suivi biographique d’Hergé comme de Jacobs, dans celui aussi de celles et ceux qui ont accompagné l’existence de ces deux figures marquantes de la bande dessinée.

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Je ne vais pas vous résumer ce livre, bien évidemment ! Mais sachez qu’on y apprend bien des choses sur la création du journal Tintin, par exemple, sur un Jacobs finissant par, tout en douceur, fermer la porte au nez des années d’amitié, sur ce que fut, pour Hergé, pape de cette ligne claire qui est sa marque, le sens à donner au partage des tâches avec ses proches… A ce titre, je tiens à souligner les approches très « détachées » mais bien expliquées des soucis qu’Hergé a eus avec la justice lors de l’épuration… Et qu’au contraire, par exemple, d’un de ses amis, il a pu, tout compte fait, obtenir les certificats nécessaires à pouvoir continuer à « travailler », à dessiner. Ce dont Verhoest parle également, dans ce livre, c’est d’une forme d’autocensure évidente que la morale catholique a réussi à imposer à la bande dessinée pendant des années… Il le fait, cela dit, sans vraiment creuser la chose, parlant à peine, par exemple, de l’abbé Wallez… Mais c’est normal, tout compte fait, dans la mesure où il s’intéresse, d’abord et avant tout, à l’époque pendant laquelle Hergé et Jacobs ont été « amis »…

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Et même si, au fil des pages, on sent qu’Eric Verhoest cherche (et trouve) des excuses à la « domination » d’Hergé vis-à-vis de ses collaborateurs comme de son entourage, malgré cela, ce livre revêt une belle honnêteté. Parce que, en fait, c’est bien, au-delà d’une amitié, le portrait d’abord du créateur de Tintin qu’Eric Verhoest nous trace… Un « patron » qui, sûr de lui, de son talent, voulait, consciemment, laisser une trace dans l’Histoire… Et ce malgré des époques de dépression, pendant lesquelles Jacobs, et d’autres, ont permis que l’œuvre d’Hergé continue…

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Hergé, homme d’affaires, aussi, soumettant son art au pouvoir de la rentabilité… Hergé dont la rencontre avec Leblanc ressemble finalement à celle de l’art et du fric… Une rencontre qui a permis à Hergé, d’ailleurs, de devenir l’icône qu’il est aujourd’hui. Un personnage complexe, également, dont Eric Verhoest dit : « 31 janvier 1947 – Jacobs reprend sa liberté et Hergé essaie de ne pas lui en garder rancune. » Il y a, dans cette phrase, toute la retenue d’un biographe qui prend le temps de peaufiner ses mots…

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Une des raisons pour lesquelles cette amitié s’est muée, si pas en duel, en une certaine forme d’indifférence et d’éloignement, c’est qu’Hergé, prenant comme prétexte le desiderata de l’éditeur, a refusé à Jacobs qu’il cosigne ces albums dans lesquels, pourtant, l’auteur de Blake et Mortimer avait pris énormément de place, quant aux couleurs, aux dessins, aux mises en scène, voire aux scénarios… Hergé, sous l’apparence de l’amitié, a toujours été le « patron » ! Il y a dans ce livre, d’ailleurs, cette phrase qui résume assez bien probablement, et l’attitude générale d’Hergé vis-à-vis de ses équipes, et les raisons profondes du départ de Jacobs : « Jacobs n’aurait pas voulu devenir ce que Bob De Moor devint par la suite ».

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Ce livre est d’une belle honnêteté. Il est extrêmement intéressant à lire, également. Il nous raconte sans détour deux carrières parallèles, parallèlement artistiques, avec, en décor, la création à la fois du journal Tintin et du mythe Hergé… Un livre, donc, qui se doit de prendre place dans la bibliothèque de tous les amoureux « objectifs » de la bande dessinée !

Jacques et Josiane Schraûwen

Hergé-Jacobs – Du Duo Au Duel (auteur : Eric Verhoest – éditeur : éditionsmoulinsart/Casterman – 188 pages – janvier 2026)