Hôtel Atlantide

Hôtel Atlantide

Illustration et voyage graphique

Je vous invite à une promenade hors du temps, aux profondeurs du surréel…

Le tout dans un livre d’art qui vous invite à en faire, peut-être, une bd…

Hôtel Atlantide © Le Tripode

Ce livre (superbement étonnant !) nous fait balader, de page en page, dans les chambres d’un hôtel qui mêle l’océan et ses mystères à la poésie du quotidien. Et cette balade ressemble ainsi à une sorte de roman graphique dans lequel seul l’imaginaire a sa place.

Les chambres ressemblent à toutes les chambres de tous les hôtels de province. Des murs sans âme, des fenêtres, des portes ouvertes, des lavabos, des baignoires parfois. Une lumière, comme presque éteinte. Et des locataires, dont on devine parfois qu’ils sont là depuis longtemps, dont on croit qu’ils viennent à peine d’arriver, parfois, dont on pense qu’ils ne sont là, souvent, que pour quelques heures. Quelques nuits. Quelques rêves toujours éveillés…


Hôtel Atlantide © Le Tripode

On n’est pas en présence, à proprement parler, d’une bande dessinée, c’est évident. Mais toutes ces chambres visitées en quelque 50 pages forment, en fait, la trame d’une histoire à inventer, sans cesse, à réinventer… C’est donc une bd, oui, scénarisée par chaque lecteur à sa manière… Ce sont mille et une bd… Quand je parlais de surréel, je parlais surtout de surréalisme. Et il est vrai que Serge Kliaving, le rêveur dessinateur de ce livre, est à inscrire dans la mouvance d’Armand Simon ou du Magritte dessinateur. Dans la mouvance, surtout, de l’immense Topor, par les symbolismes que Kliaving utilise dans plusieurs de ses dessins, des symbolismes qui ont tous une base pratiquement freudienne.


Hôtel Atlantide © Le Tripode

L’Hôtel Atlantide, pour improbable qu’il soit, prend vie, prend rêverie… Les femmes et les hommes qu’on y croise vivent et bougent (à peine…) dans un univers à la fois très ressemblant au nôtre, avec des murs, des miroirs, des sièges, mille objets du quotidien, et à la fois issu des profondeurs marines. De cette mer dont Baudelaire disait à l’homme qui devait la chérir toujours.


Hôtel Atlantide © Le Tripode

Le dessin peut être immédiat, il peut être silencieux, il peut être narratif. Il peut aussi ne pas avoir besoin de mots pour exprimer toutes ses folies. Et, à ce moment-là, le dessin devient art, sans doute, mais poésie, surtout ! Et cet Hôtel Atlantide est à savourer, de dessin en dessin, comme une plongée dans l’univers d’un artiste qui assume pleinement et avec talent ses influences évidentes…

Jacques Schraûwen

Hôtel Atlantide (auteur : Serge Kliaving – éditeur : Le Tripode)


Hôtel Atlantide © Le Tripode

Le Centre Belge de la Bande Dessinée : Départ annoncé de son directeur général, Jean Auquier.

Jean Auquier, annonçant aujourd’hui soin départ vers de nouveaux horizons, a marqué de manière essentielle la vie et l’évolution du Musée de la BD à Bruxelles !

Jean Auquier © Jean Auquier

Journaliste de formation, Jean Auquier a été très vite, il y a plus de trente ans, une des chevilles ouvrières de ce haut lieu de la culture populaire qu’est devenu, au fil des ans, le Centre Belge de la Bande Dessinée. Un centre qu’on appelle souvent aujourd’hui le «Musée de la Bande Dessinée».

Et c’est vrai que la bande dessinée méritait, à Bruxelles, un endroit où s’exposer, se conserver, être disponible pour le plus grand nombre.

Les premières années de Jean Auquier au CBBD l’ont vu s’occuper, de par son métier de départ, de communication. Ensuite, très vite, il s’est lancé dans la supervision, voire la création d’expositions, ces expositions qui, depuis des années, font de ce musée un lieu totalement vivant !

Depuis onze ans, il préside aux destinées de cet endroit dans lequel TOUS les créateurs du neuvième art se sont trouvé un peu comme une maison, comme un nid.

Il a participé pleinement à offrir à cette fenêre culturelle bruxellois une audience internationale. Avec une approche professionnelle, il a ainsi permis à cette entreprise culturelle associative, avec une trentaine d’emplois directs, d’être financièrement saine, sans pour autant dépendre de subsides souvent aléatoires. Sans non plus, surtout même, effacer quoi que ce soit des fonctions premières de cette vénérable maison, la transmission, la conservation, la porte ouverte à l’innovation graphique et narrative.

Pour l’avoir rencontré quelques fois, je ne peux que dire que sa présence accueillante et « connaisseuse » me manquera, comme à bien d’autres…

Jacques Schraûwen

Les Prix Rossel de la Bande Dessinée – Un palmarès intéressant…

Les Prix Rossel de la Bande Dessinée – Un palmarès intéressant…

En 2019, Les prix Rossel s’intéressent aussi au neuvième art ! Et même si, comme dans toutes les remises de prix, on peut regretter certains choix du jury, on ne peut pas nier que la qualité est au rendez-vous !

Le Grand Prix a été remis à Frank Le Gall (éditeur : Dupuis)

Aventures marines et humaines, telles sont les errances que vit, en quelque treize albums, le héros de Frank Le Gall, Théodore Poussin. Un héros qui n’ rien d’héroïque, qui se laisse souvent mener par les événements, mais qui, finalement, prend son destin en main pour se conquérir lui-même et aller au bout d’une quête qui ne peut que mêler intimement vie, survie et mort.

Le dessin de Frank Le Gall réussit à se faire extrêmement réaliste dans ce qu’il exprime, tout en rondeurs dans son trait. Il y a chez cet auteur complet une osmose entre les mots et le graphisme, entre l’humain et son environnement, entre le rêve et le réel, et c’est qui en fait un des auteurs les plus complets de la bande dessinée, avec des références à des gens comme Hugo Pratt, certes, mais aussi Blaise Cendrars. Un prix largement mérité pour cet auteur qui, dans un style qu’on pourrait qualifier de classique, a réussi à créer une œuvre qui se démarque de la mode et de ses habitudes… Le tout avec un sens aigu de l’aventure et de la manière de la raconter !

Théodore Poussin © Dupuis
Frank Le Gall: l’aventure

Le Prix de l’album de l’année : Trap (de Mathieu Burniat – éditeur : Dargaud)

La première caractéristique de ce livre réside dans sa construction. Pas un mot… Et, pourtant, on ressent les bruissements des feuilles, les feulements des animaux sauvages, le bruit du vent au sommet des arbres immenses de cette immense jungle. Burniat se révèle vraiment un dessinateur du mouvement, avec une évidente influence de certains mangas comme Gon, l’extraordinaire dinosaure de Tanaka.

 » Trap « , c’est le portrait d’un aventurier, dans un univers à la fois réel et « fantastique ». Le portrait d’un homme qui doit se battre pour survivre, pour garder, aussi, une véritable humanité dans un univers aux incessantes vénalités. Et c’est ainsi que cette fable dessinée devient aussi une épopée presque homérique…

Avec des auteurs comme Mathieu Burniat, la bande dessinée belge n’est pas prête à ronronner dans la routine et l’habitude ! Et ce livre-ci, cette épopée fantastique et remuante, devrait plaire à un large public, en commençant par les adolescents… Un prix mérité pour un auteur belge dont le talent s’affirme de livre en livre !

Trap © Dargaud
Mathieu Burniat: l’épopée

Le Prix Rossel de la série : Stig & Tilde (auteur : Max de Radiguès – éditeur : Sarbacane)

Là où vivent Stig et Tilde, les adolescents, arrivés à l’âge de 14 ans, doivent être initiés à la vie adulte en passant un mois de survie sur une île déserte. Mais on est loin de Koh Lanta, puisque, sur cette île, tout le confort, ou presque, est bien présent… Mais une tempête va obliger les deux adolescents, jumeaux aux caractères bien différenciés, à vivre une vraie aventure…

Max de Radiguès, dessinateur au trait rapide, immédiat, s’adresse ici à un public jeune, et il le fait avec à la fois un récit qui se lit vite et bien, à la fois aussi en s’amusant à utiliser des trucs et ficelles très présents dans ce qu’on appelle la littérature jeunesse, mais à les étirer, à les transformer, avec un peu de provocation et beaucoup d’humour ! Un prix qui couronne une série pour lecteurs à partir de 11 ans.

Stig & Tilde © Sarbacane

Un auteur classique, deux auteurs résolument modernes, voilà donc le palmarès de ces tout premiers prix Rossel de la bande dessinée!

Des prix qui couronnent donc, à la fois, une sorte de classicisme et une manière de s’ancrer résolument dans notre monde. Trois graphismes très différents, aussi… 

Trois auteurs, en tout cas, qui devraient, grâce à ces prix Rossel, se retrouver  en bonne place sur les étalages de votre libraire préféré et, également, dans votre bibliothèque!

Et des prix Rossel à qui je ne peux que souhaiter « bon vent »!… 

Jacques Schraûwen