Art et cartes postales: prenez donc un peu de  » Chat  » pour bien commencer l’année !…

Art et cartes postales: prenez donc un peu de  » Chat  » pour bien commencer l’année !…

Si aucun miaulement dessiné ne s’est tapi sous votre sapin, voici venu le temps de retrouver Philippe Geluck et ses sourires félins pour quelques rires toujours bienvenus !

Bons Baisers du Chat (auteur : Philippe Geluck – éditeur : Casterman)

Les bons baisers du chat se conjuguent en 100 dessins… 100 cartes postales, en fait, délicatement rangées dans un coffret, et qu’il appartient au lecteur d’ouvrir pour pouvoir les lire, les admirer, les mélanger, les déclasser.

Philippe Geluck a créé, avec le Chat, un personnage singulier, une espèce de philosophe venu en ligne directe du Café du Commerce, mais d’un Café du Commerce où se côtoieraient uniquement des amoureux du non-sens et des militants anti-connerie affirmés.

On a l’habitude de voir le Chat s’étaler sans vergogne dans des albums à ranger dans sa bibliothèque. Cette fois-ci, il n’en est rien, et Philippe Geluck a décidé de faire preuve de nostalgie en laissant son personnage fétiche s’exprimer dans le cadre étroit de cartes postales… Une manière, en quelque sorte, pour le géniteur de ce chat, de nous adresser une centaine de courriers, et de nous pousser, aussi, à retrouver le plaisir d’écrire et de  » communiquer  » en utilisant les mots et leurs mille possibles !

Philippe Geluck: les cartes postales

Depuis pas mal de temps, on peut dire que le Chat fait partie de la grande famille des humoristes imperturbables. Faire rire, soit, mais avec sérieux…

Cela dit, il est vrai qu’au vu des nombreux (milliers de…) dessins commis par Geluck, force est de reconnaître que certains d’entre eux font rire, d’autres sourire, d’autres encore peuvent laisser indifférent.

Mais c’est là la force de ce fameux Chat, dont l’humour peut se révéler provocateur, ou littéraire, ou de situation… Chacun, finalement, y trouve, selon son humeur, selon le moment de la journée ou de la semaine, son content. Et cette présentation en cartes postales participe pleinement à cette caractéristique :  » Bons baisers du chat « , c’est un peu comme une mangeoire hivernale où les oiseaux que nous sommes peuvent picorer à leur aise, en suivant le seul fil du hasard, sans choix préalable…

Philippe Geluck: le rire

L’Art et le Chat (auteur : Philippe Geluck – éditeur : Casterman)

Après le catalogue d’une exposition qui a eu lieu à Paris et qui mettait en face à face Le Chat et quelques peintres reconnus, voici un album plus complet consacré à ce qui fut un événement : la confrontation entre l’Art, avec un A majuscule, et celui qu’on dit neuvième.

Philippe Geluck s’est incontestablement amusé, dans ce livre, à plonger son personnage dans les méandres de la création d’artistes mondialement connus. De Vinci à Munch, de Mondrian à Pollock, Le Chat s’en donne à cœur joie, tout en laissant la place, également, et heureusement, aux œuvres originelles, et à un résumé succinct de leur histoire. Ce qui fait de cet ouvrage un livre à la fois humoristique et didactique…

Philippe Geluck: le Chat et les grands peintres

Sans passé, pas de présent… Sans culture, pas d’avenir… Et toutes les cultures ne survivent, finalement, que grâce à l’art qui en est né, et qui continue à éclairer plus que les mémoires de temps révolus.

L’art, ainsi, est un chemin, entre hier et aujourd’hui, certes, mais aussi et surtout entre les êtres humains. Sans art, pas d’humanisme, sans humanisme, pas d’humanité.

En cette époque où la barbarie, au sens premier du terme, tente de détruire toute trace de qui fit la richesse culturelle, intellectuelle, artistique, d’un passé, quel qu’il soit, un livre comme celui-ci a l’immense mérite d’exister. Sans violence, avec humour, et d’une manière décalée, Philippe Geluck, simplement, nous y rappelle que l’art est aussi un des ultimes moyens qui existent pour combattre la médiocrité !

Philippe Geluck: l’art

Un coffret, un livre… Et des tas et des tas de plaisirs en perspectives… Plongez-vous dans les aventures tumultueuses et immobiles du Chat, pour que cette année naissante puisse encore et encore s’offrir des sourires, tellement essentiels pour vivre debout !

 

Jacques Schraûwen

La Déconfiture

La Déconfiture

Juin 1940 : la fin de ce que certains historiens ont appelé pompeusement  » la bataille de France  » se dessine au quotidien de quelques soldats perdus dans une débâcle sans rémission. C’est ce que nous raconte ce livre, à la fois pudique, souriant, et terrible !

Des livres consacrés à la guerre qu’on dit seconde comme si, depuis, il n’y en avait plus eu, cela ne manque pas ! Entre le lyrisme de l’héroïsme et la douleur de l’innommable, tous les thèmes ont été abordés. Et il n’est pas évident de trouver une voie originale pour parler de cette époque qui, de nos jours encore, laisse des traces profondes dans notre société, et dans notre manière de vivre et de penser.

Tardi y est parvenu, avec le récit qu’il a fait du stalag où s’était retrouvé son père.

Rabaté, ici, dans cette  » déconfiture « , y parvient aussi, parfaitement.

On peut parler de proximité, d’ailleurs, entre ces deux auteurs. Par l’axiome qui est le leur, d’abord, de ne vouloir voir la grande Histoire qu’au travers du prisme de l’individu. Par le dessin, ensuite, qui prend le choix d’éviter les effets et de rendre compte, en noir et blanc, d’une réalité observable.

C’est donc loin des aventures héroïco-militaires que nous entraîne cet album. Nous accompagnons simplement, au fil des pages, les errances de Videgrain, instituteur dans le civil, et militaire désabusé au présent d’un quotidien sans aucune gloire.

La débâcle est partout : dans le matériel inadapté, dans les civils croisés qui rejettent l’armée et son incompétence, dans les morts qui jonchent les routes, dans les bombardements allemands, aveugles et désespérants pour les errants d’une guerre perdue.

Rabaté a fait de ce personnage le guide de ses lecteurs. C’est au travers de son regard, de ses réflexions, de ses rencontres qu’on découvre l’envers du décor, la réalité, simplement, de ce qu’est une défaite humaine vécue à l’échelle d’un pays. D’une culture…

Mais qu’on ne se trompe pas, Pascal Rabaté ne nous impose pas, dans ce qui doit être le premier tome d’un diptyque, un pensum philosophique. Il est observateur, simplement. Sans jamais être manichéen, il nous montre un monde qui n’est plus, un univers qui s’autodétruit, et il le fait par petites touches tantôt intimistes, tantôt plus généralistes, mais toutes d’abord et avant tout humaines. Et c’est pour cela que, dans ce livre, plus que les situations décrites et racontées, aussi horribles soient-elles par l’habitude de l’horreur qu’elles provoquent chez les militaires en déroute, plus que l’événementiel, ce qui frappe dans cette  » Déconfiture « , ce sont le texte et les dialogues.

Pascal Rabaté est un dessinateur au dessin extrêmement clair, au graphisme se refusant à multiplier les décors et les détails qui ne pourraient que réduire la présence des personnages. Il est aussi un dialoguiste chevronné, qui réussit à ce que chaque protagoniste ait son propre langage. A ce titre, on peut dire que son talent d’auteur de BD se rapproche de l’art cinématographique, tant par le découpage que par le soin pris à ce que tous les rôles aient une importance et soient mis en valeur, même et surtout ceux que l’on dit seconds…

 

Le Passeur

Le Passeur

Hermann et Yves H. nous ont concocté un album totalement désespéré et désespérant. La mort, le destin et l’horreur y sont les personnages principaux !

Résumer ce livre est, somme toute, assez facile. Dans un monde qui est celui de nos lendemains, les hommes ont encore et toujours le rêve de vivre sans souci, de pouvoir, grâce à l’argent, laisser derrière eux la violence, les ruines et la peur. Pour arriver à cette espèce de paradis qui pourrait n’être qu’une légende urbaine de plus, hommes et femmes sont prêts à tout risquer. Tout risquer, oui, pour rencontrer le passeur, le payer, et se glisser dans ce qui ne peut qu’être le bonheur. Et, dans cet album, nous suivons Sam et Samantha dans une quête qui ne peut, on le devine vite, que mener au néant.

Je n’ai pas toujours été fan des scénarios de Yves H., trop exacerbés souvent au niveau du langage, et manquant de consistance au niveau de la narration.

Ici, il n’en est rien. Yves H. a choisi la simplicité, dans le propos comme dans son traitement, laissant ainsi à Hermann tout le loisir de se lancer, une fois de plus, dans des prouesses graphiques qui accompagnent le lyrisme discret, mais bien présent, de son scénariste.

 

Je n’ai pas souvenance d’avoir vu, dans un livre de Hermann, un travail symbolique sur la couleur tel qu’il existe dans ce  » passeur « . Même si la couleur occupe depuis très longtemps une place essentielle dans l’œuvre de Hermann, elle ne m’a jamais donné l’impression comme ici d’être un élément moteur, de se faire à la fois acteur du récit et révélateur de ce que ressentent les protagonistes de ce récit. Un peu comme si Hermann réussissait dans cet ouvrage une symbiose totale entre sensation et environnement, entre horreur et désir, entre démesure et intimisme. Vert et rouge se succèdent, se mélangent enfin, comme se mêlent dans l’existence l’espoir et son inutilité, la survivance et la mort. Et tout se doit, graphiquement comme narrativement, de se terminer dans l’obscurité la plus totale, celle d’une ultime et dérisoire preuve d’amour qu’d’un personnage détruit lance à celle qu’il a détruite…

Auréolé du prix qu’il a reçu à Angoulème l’année dernière, Hermann ne s’endort pas sur ses lauriers, loin de là, et nous prouve, dans ce livre, qu’il est et sera toujours capable de surprendre ses lecteurs, anciens et nouveaux.

En compagnie de Yves H., il nous offre un album plein de clins d’œil, à Jeremiah, à Bernard Prince même. Il nous livre surtout une histoire noire comme la mort… Une fable, finalement, dans laquelle le quotidien de l’horreur ne laisse la place qu’à l’horreur de l’inutile espérance…

 

Jacques Schraûwen

Le Passeur (dessin : Hermann – scénario : Yves H. – éditeur : Dupuis)