L’école est finie ! – Une BD lucide et souriante

L’école est finie ! – Une BD lucide et souriante

Une autobiographie vive et entraînante, qui nous emmène dans les méandres d’une scolarité quelque peu déphasée…

copyright robinson

Une gamine, comme toutes les autres, ou presque… Un peu boulotte, portant un patronyme qui fait aboyer tout le monde autour d’elle, copains de classe comme professeurs adeptes d’un humour de bas étage. (Remarquez qu’on s’y fait ! Mon nom, ressemblant à celui d’une marque automobile, a fini par me servir d’alibi pour amuser la galerie et me différencier de la masse…) Une petite fille qui se doit de grandir en entrant dans la grande école. Une petite fille déjà révoltée et le devenant encore plus ! Mais à son rythme, sans trop d’éclats, avec humour et humeur cependant.

copyright robinson

Voilà ce que nous raconte ce livre… Un album autobiographique, oui, qui révèle, le plus simplement du monde, c’est-à-dire en décrivant un quotidien, sans plus, ce que l’enseignement peut avoir d’inutile, de « méchant », d’ennuyeux, de liberticide, d’une part, et ce qu’il peut être aussi d’important, quand on y retrouve, jeune, la force de se lancer à l’assaut de ses rêves… Evemarie a eu une scolarité hachée… Elle n’avait, en fait, sans en avoir conscience, pas sa place dans un système scolaire manquant d’imagination. Parce que cette fillette de dix ans (au début du livre) en possède bien un, elle, de monde imaginaire ! Un monde, aussi, dans lequel elle sait qu’un jour elle sera dessinatrice de petits mickeys ! Et c’est donc ce trajet de vie qu’Evemarie observe avec un tout petit recul, ce trajet d’existence qui est le sien, et qu’elle nous raconte. Sans aucun « effet spécial » !

copyright robinson

Les quotidiens de nos existences scolaires, hier et avant-hier comme aujourd’hui, sans doute, ont tous des points communs… Prévert et son cancre… Les cours de musique avec une flûte rébarbative… Les cours de gym pleins de brimades à cause du physique… L’apparence qu’on a et qui provoque rejets, et harcèlements… La réalité du redoublement… Ces quotidiens sont aussi ceux de l’existence hors-école… Les carambar… Et, pour Evemarie comme pour tout le monde, la découverte de chansons qui accompagnent la vie ! Pour elle, ce sont les Beatles, pour d’autres, de génération en génération, c’est Bécaud, Brel, Barbara, que sais-je encore… Et c’est tout cela qui forme la trame de cet ouvrage qui, de ce fait, devient un peu le miroir de nos propres scolarités… De nos propres enfances…

copyright robinson

Ce livre se construit au gré de quelques chapitres bien charpentés, au gré aussi de quelques parenthèses temporelles, qui ponctuent avec intelligence le récit. Ce livre nous raconte une vie, certes, mais elle aborde, à petites touches simplement observatrices, des thématiques que tous les enfants, un jour ou l’autre, doivent subir : les angoisses liées à cet âge qui se voit obligé de « grandir », l’ennui de devoir sans cesse refaire les mêmes choses, la découverte que toute existence est mortelle, les violences et sévices qu’on subit, dans certaines écoles, sans en parler… Avec cette réflexion d’une extraordinaire lucidité que nous fait Evemarie, cette réflexion étant une réalité humaine que j’ai souvent côtoyée au long de mon existence : « D’en rire, ça ne s’est pas transformé en trauma, mais en souvenirs moqueurs » ! C’est donc le trajet d’une vie, oui, que ce livre… Avec, comme point d’orgue, l’attitude des parents d’Evemarie qui lui ont permis de rêver, et d’accomplir ses rêves… Avec la volonté d’une gamine de ne grandir qu’avec le but d’être elle-même… Avec, après différentes écoles incapables de la voir vivre, l’arrivée dans un école artistique, à Tournai, et la découverte de pouvoir y trouver, ou, plutôt, y vivre sa voie, sans besoin de quelque permission que ce soit pour exister !

copyright robinson

C’est donc un livre qui, finalement, rend hommage aussi à l’enseignement quand il sort des sentiers battus ! Avec un dessin qui fait penser parfois un peu à celui de Florence Cestac (et c’est une qualité), c’est un livre qui parle à tous les anciens élèves, donc à tous les lecteurs, qui ont et revendiquent une mémoire fidèle et sans réinventions ! Un bon moment de lecture, avec le portrait d’une gamine comme toutes les gamines, capable d’atteindre ses rêves !

Jacques et Josiane Schraûwen

L’école est finie ! (autrice : Evemarie – éditeur : Robinson – mars 2026 – 120 pages)

Drogue – Une Histoire Mondiale

Drogue – Une Histoire Mondiale

Une bd « documentaire » et historique, qui nous parle d’un fléau qui existe depuis toujours !

copyright delcourt

L’actualité et ses réalités sont pleines, depuis des semaines, des mois, des années, de références aux drogues, à leur diffusion, aux groupements qui en profitent, à leurs usagers, à leurs dealers. Cet album le fait aussi, mais s’attarde surtout à montrer que la drogue, les drogues, depuis toujours, ont accompagné les êtres humains… Pour des raisons délictuelles, pour des raisons économiques, pour des raisons politiques et colonialistes, aussi, comme ce fut le cas en Chine !

copyright delcourt

Il est vrai qu’on n’arrête pas, dans les journaux et les médias, de nous parler du narcotrafic, de l’insécurité qui en résulte, des violences qu’il engendre au jour le jour jusque dans les rues de nos cités. Ce livre nous parle, certes, de ces drogues nouvelles, comme le Fentanyl, un des plus grands scandales sanitaires aux Etats-Unis depuis des années. Des drogues de plus en plus accessibles, dont l’utilisation se propage avec une sorte de facilité déconcertante… La série du « Docteur House » en était, à sa manière, d’ailleurs, une illustration…

copyright delcourt

Ce livre nous parle bien sûr de la manière dont la drogue pénètre toutes les couches de la population, hommes et femmes, jeunes et vieux. Mais les auteurs ne se contentent pas de dresser un tableau actuel, factuel, de ce phénomène. Ce que fait ce livre, c’est nous raconter, oui, l’histoire des drogues, de siècle en siècle, de civilisation en civilisation, de religion en religion aussi, des Chamans aux militaires en guerre, dans toutes les guerres, celle de 40-45 , celle du Vietnam également… Et pas seulement dans une époque proche de la nôtre !

copyright delcourt

Au fil des temps, bien des drogues ont existé, adorées ou diabolisées. Et ce livre, dessiné par l’excellent Nicolas Otero, scénarisé par le tout aussi bon Jean-Pierre Pécau, n’évite pas, de ce fait, d’aborder le débat qui existe dans notre société entre légalisation et criminalisation… Mais cet ouvrage ne prend pas position, et se révèle ainsi être un livre intelligent, documentaire, didactique presque. C’est un bouquin, simplement, qui replace un des fléaux contemporains les plus terrorisants dans une perspective historique, une perspective, finalement, qui remet l’humain en face de sa propre histoire, donc de sa propre responsabilité.

copyright delcourt

Un livre véritablement intéressant, un livre qui s’adresse à tout qui, curieux, ne se contente pas uniquement de ce qu’on lui raconte en télé, en radio, en journaux, en réseaux sociaux !

Jacques et Josiane Schraûwen

Drogue – Une Histoire Mondiale (dessin : Nicolas Otero – scénario : Jean-Pierre Pécau – éditeur : Delcourt – octobre 2025 – 136 pages)

copyright huet

De L’Une.e À L’Autre – un petit livre étonnant, un petit livre « objet », un cri de révolte…

Ce n’est pas « vraiment » une bande dessinée… Ce sont pourtant des « récits » humains qui y sont dessinés… C’est un livre d’une totale originalité, c’est un petit album envoûtant…

copyright huet

… et poétique ! Un livre féministe sans doute, féminin sans aucun doute. C’est un long poème qui raconte notre monde, notre société, sans rimes mais avec raison, et qui épingle au travers de différents « portraits » de femmes emmêlés, emmêlant les décors, toutes les colères qu’il reste à cet univers qui est nôtre à exprimer, à assumer !

copyright huet

Par un montage fait de pages qui, en « découpages », font se suivre et se ressembler différentes femmes, différents milieux, Florian Huet ne nous fait pas rêver. Il nous montre qui nous connaissons, qui nous laissons, autour de nous, subir une vie dans laquelle les obligations quotidiennes effacent les rêveries possibles. En feuilletant cet objet graphique et littéraire, on se sent presque de retour dans les jeux de nos jeunes âges, utilisant des ciseaux et du papier pour créer des univers que les seuls yeux de l’enfance peuvent aimer, comprendre, voire regarder. Retour à l’enfance, oui, mais pour une sorte de livre-jeu qui n’a rien d’idéalisé, et qui, tout au contraire, nous dévoile, avec lucidité, les désespérances des heures qui passent.

copyright huet

Je le disais, ce livre est d’abord un poème. Et un poème extrêmement bien écrit, un long texte qui emmène les lecteurs dans un espèce de voyage immobile auquel les dessins donnent vie et mouvement… Le bateau des mots se fait ivrogne de descriptions et de colères, d’espérances sans cesse battues en brèche, le tout dans des environnements professionnels, dans des positions de travail qui ne laissent que peu de place à l’émerveillement. Mais cet émerveillement existe, au feu des illustrations, au brasier du texte, aussi :

« Il y a des gants qui plongent dans l’abdomen sanglant des bœufs, il y a l’oreille qui entend les ordres et la bouche qui crache… » « Il y a le sang versé et la compresse tendue, il y a les corps, il y a les substances et les matières, les choses qui creusent et les formes façonnées, le temps payé… »

copyright huet

Que dire de plus de cet album ?… Qu’il permet de croire que la bande dessinée a encore bien des choses à nous dire, à montrer, à nous faire ressentir, et que ce petit livre est la preuve que la créativité et l’inventivité d’un artiste rendent l’émotion palpable. C’est un livre à savourer, longuement, à découvrir pour laisser libre cours, encore et encore, à des imaginaires qui sont aussi des réalités tangibles…

Jacques et Josiane Schraûwen

De L’Une.e À L’Autre (auteur : Florian Huet – éditeur : La Poinçonneuse – 2026 – 26 pages qui se répondent et conduisent le regard au long de portraits féminins se répondant les uns les autres)